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Examiner l'innovation et la productivité au Canada (LPL1-V70)

Description

Cet enregistrement d'événement permet d'examiner les facteurs qui façonnent l'innovation et la productivité au Canada ainsi que la manière grâce à laquelle les politiques, les institutions et les systèmes de recherche peuvent stimuler la croissance économique et renforcer l'écosystème d'innovation du Canada.

Durée : 01:27:38
Publié : 25 mai 2026
Type : Vidéo


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Examiner l'innovation et la productivité au Canada

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Transcription : Examiner l'innovation et la productivité au Canada

[00:00:00 Le logo animé de l'EFPC apparaît à l'écran. Texte à l'écran : Bienvenue].

[00:00:07 Caroline Pitfield apparaît en plein écran.]

Caroline Pitfield : Bonjour, je m'appelle Caroline Pitfield. Je suis membre-cadre du corps professoral de l'École de la fonction publique du Canada. Je suis très heureuse de modérer l'événement d'aujourd'hui, et j'ai hâte d'entamer la conversation.

[00:00:17 Texte superposé à l'écran : Caroline Pitfield, Membre-cadre du corps professoral, École de la fonction publique du Canada.]

Caroline Pitfield : Avant de commencer, j'aimerais souligner que je m'adresse à vous depuis le territoire traditionnel non cédé du peuple algonquin anishinaabe, et je tiens à exprimer ma gratitude aux premiers gardiens et aux premières gardiennes de cette terre, passés et présents. Je tiens à exprimer ma gratitude d'être parmi vous. Tout en reconnaissant que vous nous regardez aujourd'hui depuis différentes régions du pays, je vais m'arrêter un instant et vous donner le temps de réfléchir au territoire que vous occupez et à la relation que vous entretenez avec lui.

Ces jours-ci, nous réfléchissons particulièrement à ce que signifie le privilège d'être Canadien·ne. En tant que personnes et en tant que fonctionnaires, nous réfléchissons beaucoup à nos forces en tant que nation et à la manière dont nous pouvons les exploiter. Mais nous réfléchissons également à certaines de nos vulnérabilités. À cet égard, notre pays est largement admiré pour ses instituts de recherche, sa main-d'œuvre qualifiée, ses investissements publics dans l'innovation, ainsi que ses abondantes ressources naturelles. Pourtant, lorsqu'il s'agit de traduire ces atouts en répercussions économiques tangibles, notre histoire est plus complexe.

Bien qu'il se soit classé au 17e rang de l'indice mondial de l'innovation en 2025, le Canada demeure confronté à des difficultés persistantes lorsqu'il s'agit de stimuler la productivité, de commercialiser l'innovation et de concrétiser des idées à grande échelle dans ses diverses régions et ses secteurs d'activité variés. La discussion d'aujourd'hui porte sur une question cruciale et très actuelle : Comment les politiques, les institutions et les systèmes de connaissances peuvent-ils mieux soutenir l'innovation qui mène à une croissance économique durable et inclusive?

[00:02:00 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Caroline Pitfield : Pour nous aider à explorer cette question, j'ai le plaisir d'accueillir trois universitaires du Canada qui se spécialisent dans l'innovation. La première est Shiri Breznitz. Bonjour, Shiri. Elle est professeure Roz et Ralph Halbert de l'innovation à l'École Munk des affaires internationales et des politiques publiques et directrice de recherche de l'École Munk des affaires internationales et des politiques publiques de l'Université de Toronto.

Notre deuxième panéliste est Richard Gold. Bonjour, Richard. Richard vient de McGill. Il est l'éminent professeur James McGill, Faculté de droit, Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'École de l'environnement Bieler. Il est également chef des politiques et des partenariats chez Conscience, une organisation sans but lucratif qui se consacre à la mise en place du Réseau de découverte de médicaments en science ouverte.

Notre dernière conférencière aujourd'hui est Catherine Beaudry. Catherine est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion et économie de l'innovation et professeure au Département de mathématiques et de génie industriel de Polytechnique Montréal. Catherine est spécialisée dans l'évaluation de la manière dont les dépenses en science et en recherche et développement (R et D) se traduisent par des résultats économiques, en particulier par l'entremise de réseaux de collaboration, de jeunes entreprises et d'innovations industrielles.

Ces trois personnes apportent des perspectives très uniques sur la manière dont les systèmes d'innovation, les politiques en matière de propriété intellectuelle et les réseaux de recherche s'entrecroisent pour influencer la productivité et la trajectoire économique du Canada. Aujourd'hui, nous sommes les heureux bénéficiaires de la richesse des connaissances acquises en les écoutant ensemble dans une conversation. Nous allons commencer par demander à chaque panéliste de faire une courte présentation. Nous passerons ensuite à une table ronde au cours duquel j'aurai le privilège de poser les questions. Ensuite, il y aura une séance de questions envoyées par vous, l'auditoire.

Nous aborderons la séance de questions-réponses un peu plus tard, mais je vous invite à soumettre vos questions à nos panélistes à l'aide de l'interface de la webémission dès qu'elles vous viennent à l'esprit. Il n'est pas nécessaire d'attendre. Si vous posez vos questions dès le début, elles seront prêtes lorsque nous commencerons la séance de questions. Pour soumettre vos questions, cliquez simplement sur l'icône de la fonction de clavardage, qui se trouve dans le coin supérieur droit de votre écran.

[00:04:11 Caroline Pitfield apparaît en plein écran.]

Caroline Pitfield : Vous pouvez poser vos questions dans la langue de votre choix, et nous y répondrons aussi longtemps que possible.

[00:04:22 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Caroline Pitfield : Alors, sur ce, je vais d'abord laisser la parole à Catherine, qui va nous donner un petit aperçu de nos termes clés, notamment la productivité et l'innovation.

Catherine, c'est à vous.

Catherine Beaudry : Eh bien, merci pour cette aimable présentation. Bon après-midi à tout le monde.

[00:04:34 Catherine Beaudry apparaît en plein écran. Texte superposé à l'écran : Catherine Beaudry, Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion et en économie de l'innovation et professeure Département de mathématiques et de génie industriel, Polytechnique Montréal.]

Catherine Beaudry : J'ai les parties ennuyeuses de la conversation : énoncer un certain nombre de définitions. La productivité peut être considérée comme un rapport entre les extrants et les intrants. Elle vise à mesurer l'efficacité économique. Elle compare la quantité de biens et de services produits avec la quantité de ressources à la disposition de l'entreprise, par exemple. Elle est généralement mesurée en dollars. Si l'on divise les dollars par les dollars, on obtient un pourcentage.

Pourquoi parle-t-on autant de la productivité et de l'innovation? Quel est le lien entre les deux? On peut considérer que l'innovation contribue aux deux parties des ratios, à la fois sur le numérateur et le dénominateur. Nous pouvons améliorer le numérateur en introduisant la création de nouveaux produits sur le marché. Nous pouvons améliorer le dénominateur en introduisant l'innovation dans les processus d'entreprise. Idéalement, nous nous attaquons aux deux, et c'est ainsi que nous améliorons la productivité.

Qu'est-ce que la création de nouveaux produits, au numérateur? Il s'agit essentiellement de l'introduction de nouveaux biens ou services, ou de produits et services améliorés de manière significative afin de répondre aux demandes de la clientèle, de résoudre des problèmes, et d'apporter une valeur ajoutée. Fondamentalement, elle stimule la croissance par de nouvelles caractéristiques, de nouvelles fonctionnalités, ou par l'introduction de produits entièrement nouveaux, qui n'existaient pas auparavant.

Au dénominateur, nous pouvons aborder la création de nouveaux processus opérationnels. Pour faire les choses plus efficacement. Il s'agit de la mise en œuvre d'une nouvelle logistique de production, considérablement améliorée. Et vous pouvez peut-être montrer la première diapositive qui présente les différentes définitions de l'innovation.

[00:06:20 Écran partagé : Catherine Beaudry et une diapositive, conformément à la description.]

Catherine Beaudry : Vous pouvez voir qu'il y a la création de nouveaux produits d'un côté, et que la création de nouveaux processus opérationnels est répartie en six types différents. Production, logistique, marketing, systèmes d'information, méthodes opérationnelles qui visent toutes à améliorer l'efficacité, à réduire les coûts et à augmenter la valeur. Il s'agit donc de repenser les flux de travail, d'adopter de nouvelles technologies, de restructurer les processus, et tout cela vise à stimuler la productivité. Et la partie importante dans l'innovation, c'est qu'elle doit être utilisée. Sinon, elle reste du domaine de l'invention ou des brevets.

Et il y a la partie orange, l'innovation sociale, sur laquelle nous pourrons revenir au cours de la discussion. Diapositive suivante, s'il vous plaît.

[00:07:14 Écran partagé : Catherine Beaudry et une diapositive, conformément à la description.]

Catherine Beaudry : Commençons par un problème très simple. Vous avez mentionné que nous étions un pays riche en ressources, alors commençons par un problème simple qui n'a pas de solution simple, malheureusement.

Nous sommes donc presque au sommet du classement de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). J'ai entendu dire que, dans le classement de l'innovation, nous étions au 17e rang. Eh bien, cela dépend des différents types de classement. Nous avons les meilleures universités du monde. Nous avons la chance de disposer de nombreuses ressources naturelles et de terres fertiles pour l'agriculture. Cependant, il semble que nous ne transformons pas cette chance en revenus et en bénéfices auxquels nous pourrions nous attendre d'une telle économie du savoir.

Donc, si nous continuons à extraire les minéraux du sol, à récolter les cultures et à les exporter directement, nous renonçons à l'effet multiplicateur de l'innovation, de la création de nouveaux produits principalement tout au long de… vous pouvez voir la chaîne de transformation de ces minéraux critiques, de ces éléments de terre rare, des protéines provenant des cultures… de fait, nous réduisons la valeur de la productivité par la conception. En exportant trop tôt, nous détruisons l'équation de la productivité sur-le-champ. Voyons donc ce que le Growth Lab de l'Université Harvard dit du Canada. Le chiffre que vous voyez sur la diapositive… je pense que vous pouvez passer à la diapositive suivante.

[00:08:38 Écran partagé : Catherine Beaudry et une diapositive, conformément à la description.]

Catherine Beaudry : Ces données proviennent de l'analyse des codes SH des exportations canadiennes. Pour les personnes qui ne savent pas ce que sont les codes SH, il s'agit essentiellement d'un système harmonisé, le code SH, qui est utilisé pour mesurer les marchandises qui passent la frontière.

Ce sont donc les autorités douanières qui classent les différents produits échangés en différents types de technologies, ce qui permet de déterminer les produits et, plus important encore, de déterminer les droits, les taxes, les règlements et les tarifs qui sont si populaires chez notre voisin du Sud. C'est à cela que servent les codes SH.

Le Growth Lab utilise ces codes pour calculer un indice de complexité, et vous voyez sur la carte ce que… en fait, sur la diapositive précédente, vous aviez l'indice de complexité. Il s'agit ici des différents types de technologie. Si vous revenez à la diapositive précédente, désolé, j'avais la mauvaise instruction.

[00:09:47 Écran partagé : Catherine Beaudry et une diapositive, conformément à la description.]

Catherine Beaudry : Donc, dans le texte, vous pouvez voir que nous avons perdu 8 places, et que nous nous classons maintenant au 35e rang mondial. Alors, qu'est-ce que cela signifie? Et à quoi cela est-il dû, principalement? C'est essentiellement dû au fait que nous exportons de plus en plus de produits, de moins en moins complexes, ce qui fait que nous descendons dans le classement, c'est-à-dire que nous exportons des matières premières. Et si nous dépendons trop des prix définis par le marché mondial, notre économie se retrouve dans cette situation, car nous avons un pourcentage aussi élevé de notre économie qui est exportée.

Alors, qu'exportons-nous? C'est à ce moment-là qu'il faut passer à la diapositive suivante. Je m'excuse. Si vous voulez bien passer à la diapositive suivante.

[00:10:42 Écran partagé : Catherine Beaudry et une diapositive, conformément à la description.]

Catherine Beaudry : D'accord, voilà. Nous exportons… en marron, vous voyez du pétrole brut; en doré, et c'est amusant, nous exportons de l'or; nous exportons des récoltes, la grande partie jaune que vous voyez. Et il s'agit pour la plupart de matériaux non transformés ou à peine transformés qui constituent une grande partie de nos exportations. En bref, nous sommes en partie une économie fondée sur les ressources, en ce sens que nous exportons beaucoup de ressources naturelles et de produits agroalimentaires sans vraiment de transformation, et malheureusement, sans grande valeur ajoutée ici non plus.

Donc, quelles en sont les conséquences? Nous l'extrayons du sol, nous mettons le contenu dans un conteneur, et nous l'expédions ailleurs pour qu'il soit transformé. En fait, nous délocalisons la valeur ajoutée sans exploiter nos ressources. Les résultats de l'innovation dans l'extraction sont minimes. Sans cet effet multiplicateur de l'innovation tout au long de la chaîne de valeur, nous ne développons pas les technologies, et nous ne développons pas ou ne protégeons pas la propriété intellectuelle qui va avec. Pour les minéraux critiques, leur raffinage consiste en des processus non polluants ou décarbonisés; c'est ce que nous devons faire, parce qu'en fait, nous exportons un peu de la pollution qui accompagne la transformation de ces minéraux critiques.

[00:12:00 Catherine Beaudry apparaît en plein écran.]

Catherine Beaudry : Pour vous donner un exemple, je pense que la Chine détient environ 80 % des brevets liés au raffinage de ces minéraux critiques, et Richard reviendra là-dessus.

[00:12:08 Texte superposé à l'écran : Catherine Beaudry, Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion et en économie de l'innovation et professeure, Département de mathématiques et de génie industriel, Polytechnique Montréal.]

Catherine Beaudry : Les 20 % restants de ces actifs incorporels concernent essentiellement les États-Unis, l'Europe, le Japon, et peut-être la Corée. Il n'est donc pas surprenant de constater que la Chine contrôle plus de 90 % de la transformation des éléments des terres rares, ce qui limite notre liberté d'exploitation. Je prends les devants sur ce dont Richard va parler.

[00:12:37 Écran partagé : Catherine Beaudry et la diapositive précédente.]

Catherine Beaudry : Les entreprises canadiennes n'investissent pas assez dans la recherche et le développement (R et D) par rapport à d'autres pays. En 2023, les dépenses intérieures brutes de R et D du Canada en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) étaient de 1,8 %, alors que la moyenne de l'OCDE était de 2,7 %. La Suède était à 3,6 %. La Corée était à 5 %. Et la part attribuable à la R et D des entreprises n'est que de 1,1 %, alors que l'OCDE est de 2 %, la Suède de 2,7 %, et la Corée à près de 4 %. Si l'on ne s'efforce pas vraiment d'améliorer la création de nouveaux produits, c'est-à-dire le numérateur de cette fameuse équation de la productivité, il faut travailler très dur sur la création de nouveaux processus opérationnels, le dénominateur, où l'on peut agir sur le dénominateur.

Donc, sans vente de produits à forte valeur ajoutée, il est pratiquement impossible d'améliorer ou de penser à améliorer la productivité. Et si l'on considère la transformation numérique des entreprises qui contribue à l'amélioration de la productivité, les entreprises canadiennes sont en retard, à la fois sur le plan de l'adoption de technologies numériques avancées et en ce qui concerne la formation de leur personnel pour qu'il puissent exploiter pleinement ces technologies. Les entreprises canadiennes sont donc en retard par rapport à celles d'autres autres pays en ce qui concerne l'adoption de ces technologies numériques de base.

Dans de nombreuses entreprises, les machines sont semi-automatisées, mais les données demeurent dans ces machines. Et sans données, on ne peut pas faire de l'intelligence artificielle (IA). Il faut une grande quantité de données pour pouvoir faire de l'IA. Je pense que dans l'enquête sur les technologies avancées qui remonte à 2022 (oui, avant ChatGPT), seulement 3,1 % des entreprises avaient adopté l'IA. Et elles n'ont pas encore bien compris ce que l'IA peut réellement leur apporter sur le plan de productivité, ce qui nous pose un gros problème.

J'ai parlé un peu de la Corée, qui n'a pratiquement pas de ressources naturelles. Ils avaient, et ont toujours, une politique gouvernementale délibérée d'investissement dans les infrastructures, l'éducation, les complexes industriels. Ils disposaient de conglomérats familiaux tels que Samsung, Hyundai et Daewoo, qui sont devenus l'épine dorsale de la stratégie. Ces entreprises ont reçu le soutien du gouvernement, sur le plan de subventions, d'allègements fiscaux, et elles ont eu accès à des prêts étrangers, ce qui les a aidées à s'établir à l'échelle mondiale. Ces politiques remontent aux années 50. Dans les années 70, la Corée du Sud exportait de tout, du textile à l'acier. Et vous pouvez constater la rapidité avec laquelle ce pays améliore son économie.

Donc, je pense, Richard, que j'ai vu que la Corée était dans… ou que la propriété intellectuelle de la Corée était sur l'une de vos diapositives. Je pense que je peux vous donner la parole. J'ai trop parlé de la propriété intellectuelle, alors je vous laisse en parler. J'espère que je n'ai pas trop dépassé le temps imparti.

[00:00:36 Caroline Pitfield apparaît en plein écran.]

Caroline Pitfield : Excellent, Catherine. Comme elle l'a dit, Richard, c'est à vous. Elle s'en remet à vous sur la question de la propriété intellectuelle. Pouvez-vous nous en parler un peu?

[00:16:09 Richard Gold apparaît en plein écran.]

Richard Gold : Il est toujours dangereux de le faire. En passant, cet or n'est pas exporté vers les États-Unis. Je garde cela au Canada, au moins sous forme brute.

[0016:15 Texte superposé à l'écran : Richard Gold, Professeur distingué James McGill, Université McGill.]

Richard Gold : Catherine a donc fait un excellent travail en exposant simplement le problème. Il est vraiment difficile de faire cela en si peu de temps, car c'est en fait très complexe. Il se passe beaucoup de choses, alors je vous en remercie. Permettez-moi d'aborder un aspect de la question, à savoir, comme Catherine l'a indiqué, la propriété intellectuelle. Juste pour vous donner un aperçu; je passerai aux diapositives dans une seconde. Les brevets sont accordés pays par pays, et en Europe, région par région dans certains endroits d'Afrique, mais essentiellement pays par pays. Le Canada détient ses brevets qui sont en vigueur sur son territoire. Et si vous êtes une entreprise au Canada, vous êtes assujettie aux brevets canadiens. Si vous êtes aux États-Unis ou si vous agissez aux États-Unis, il s'agit de brevets américains.

Chaque pays délivre ses propres brevets et, si l'on considère les brevets délivrés par le Canada, 90 % d'entre eux sont délivrés à des étrangers. Seulement 10 % d'entre eux sont détenus par des Canadien·nes. Devinez qui est la plus grande entité titulaire de brevets au Canada? Eh bien, il s'agit des États-Unis. Ils détiennent aujourd'hui 47 % de nos brevets, du moins ces dernières années. Passons maintenant aux États-Unis, au US Patent and Trademark Office. Eh bien, il délivre 47 % de ses brevets à des Américain·es. Nous figurons à peine sur cette liste. Pour en revenir à la remarque précédente de Catherine, environ 5 % de nos brevets sont détenus par des entreprises chinoises, puis tous les autres disparaissent.

Nous nous trouvons donc dans une situation où, même dans notre propre administration, nous n'exploitons pas nos brevets. Nous sommes assujettis à des brevets américains. Permettez-moi de passer à la diapositive suivante, si vous le pouvez, Caroline. Est-elle affichée?

[00:18:17 Écran partagé : Richard Gold et une diapositive, conformément à la description.]

Richard Gold : Nous y voilà. Il s'agit d'une image de 2013 à 2017 réalisée par Nancy Gallini et Aiden Hollis dans le cadre d'un travail qu'ils ont effectué. Et je vais la laisser affichée pour un moment. Le côté gauche, la barre la plus foncée, indique le nombre d'inventeurs et d'inventrices de ce pays. Il peut s'agir d'un seul inventeur ou d'une seule inventrice d'un groupe, mais il y a au moins un ou une titulaire de brevet, ou un inventeur ou une inventrice de ce pays. La barre plus claire à côté représente le nombre de brevets détenus par les entreprises de ce pays. Tout est contrôlé par le PIB. C'est la raison pour laquelle Israël se situe à un niveau élevé, bien qu'il s'agisse d'un petit pays.

Vous voyez donc que, d'après ce graphique, nous nous situons quelque part au milieu. La Corée du Sud, dont le PIB est bien plus élevé que le nôtre, est l'un des pays qui s'en sort le mieux. Israël s'en sort très bien. Vous remarquerez qu'il n'y a pas tout à fait deux fois plus d'inventeurs et d'inventrices que d'entreprises, et c'est parce que la politique israélienne en matière d'innovation consistait à se concentrer sur la recherche, puis à travailler avec d'autres entreprises dans d'autres pays pour la commercialisation. Mais vous pouvez constater que l'ensemble est très élevé par rapport à leur économie. Caroline, si vous voulez bien nous faire passer à la diapositive suivante.

[00:19:56 Écran partagé : Richard Gold et une diapositive, conformément à la description.]

Richard Gold : Donc, ma diapositive mise à jour, moins belle, que j'ai réalisée à partir des données à jour de 2021 à 2025, présente une légère réorganisation. Israël monte, la Corée descend, mais la différence n'est pas énorme. Vous remarquerez que des pays comme la Corée du Sud et le Japon, les États-Unis, la Suède et les Pays-Bas comptent à peu près le même nombre d'inventeurs et d'inventrices que d'entreprises détentrices de brevets. Tous ces brevets sont détenus aux États-Unis.

Au Canada, cependant, nous sommes en dessous de 50 %. En d'autres termes, nous avons des inventeurs et inventrices dont l'activité est encore très forte, nous sommes dans la catégorie intermédiaire, mais nos entreprises ne détiennent pas de brevets américains.

Alors, qu'est-ce que cela signifie? Cela signifie que les chercheurs ou chercheuses canadien·nes collaborent à la recherche, mais transfèrent leur savoir-faire et leurs inventions à des entreprises essentiellement américaines. Le gouvernement subventionne la recherche universitaire, comme il se doit, mais au lieu de contribuer à la croissance des entreprises canadiennes, il contribue en fait à celle d'une entreprise étrangère.

Shiri a cité un exemple de Dalhousie où… je crois que vous avez dit que 600 000 ou 700 000 dollars de subventions de recherche ont été accordés à un professeur, qui a développé quelque chose qu'il a ensuite vendu pour 2 millions de dollars à une entreprise américaine. Ils ont donc bénéficié de 600 000 ou 700 000 dollars, un million, pardon, de l'argent investi dans la recherche par les contribuables canadien·nes.

Ce chercheur s'en est bien sorti, puisqu'il a empoché 2 millions de dollars. L'université s'en est probablement bien sortie parce qu'elle a pris sa part. Mais vous savez qui ne s'en est pas bien sorti? C'est nous. Nous nous trouvons donc dans une situation où nous subventionnons la recherche et, comme l'a dit Catherine, nous sommes très bons dans ce domaine. Et lorsque nous y participons, nous pouvons créer de la valeur, mais nous ne pouvons pas la conserver ici.

La question est donc de savoir pourquoi et comment y remédier. Il faut savoir que les brevets ont deux fonctions. Les brevets favorisent les investissements. Sachant que je peux vous faire payer un peu plus pour 20 ans, je pourrai espérer récupérer cette somme. J'ai la possibilité de récupérer non seulement les coûts inhérents à mon invention, mais aussi de réaliser des bénéfices. C'est la théorie.

Donc, d'un côté, c'est ce qui se produit. Mais en même temps, les brevets ralentissent la recherche effectuée par d'autres personnes. Ils le font parce que je donne le monopole à la personne A, et que cette personne peut ensuite empêcher d'autres personnes de faire des choses.

[00:22:50 Richard Gold apparaît en plein écran.]

Richard Gold : Règle générale, le système des brevets tente d'équilibrer ces deux intérêts de manière à ce que l'incitation soit plus importante que la dissuasion pour les futurs chercheurs et les futures chercheuses. Mais au Canada, ce n'est pas ce qui se passe. Nous avons tous les facteurs désincitatifs, mais ne bénéficions d'aucune mesure incitative. En d'autres mots, l'incitation provient des brevets américains, et non des brevets canadiens. Les brevets canadiens sont très majoritairement contrôlés par des étrangers, ce qui signifie que les étrangers limitent ce que nous pouvons faire avec ces connaissances.

Ce problème s'appelle donc la liberté d'exploitation. En d'autres termes, les entreprises canadiennes qui souhaitent entrer dans un domaine et y effectuer des recherches sont soudainement confrontées à des brevets détenus par des étrangers. Ils peuvent peut-être négocier des licences, mais, comme l'a dit Catherine, dans les régions dominées par la Chine, par exemple, sur le plan de traitement des minerais, nous accorderont-ils des licences? Probablement pas.

Et donc, en réalité, notre droit des brevets entrave la capacité des entreprises canadiennes à démarrer au Canada, puis à exporter. Alors, que faisons-nous? Il est tout simplement plus facile de vendre à la Chine ou aux États-Unis, parce qu'ils ont déjà les brevets. Les riches s'enrichissent. Ce n'est pas nécessairement la faute des chercheurs individuels ou des chercheuses individuelles. L'environnement est tel qu'il incite à transmettre ces connaissances.

Ce que nous devons donc faire en matière de politiques, et nous pouvons en discuter, c'est élargir la portée de la liberté d'exploitation. Et il y a un certain nombre de choses qui peuvent être faites et que d'autres pays font, mais que nous ne faisons pas parce que nous essayons de copier les États-Unis. N'oubliez pas qu'aux États-Unis, 47 % des brevets sont détenus par des Américain·es, de sorte que l'équilibre est plutôt bon. Pourtant, ils bénéficient d'une plus grande protection que nous en matière de liberté d'exploitation dans de nombreux domaines.

Un exemple : s'il existe un mauvais brevet, et il y en a beaucoup, il est beaucoup plus facile de le contester et de s'en débarrasser rapidement aux États-Unis qu'au Canada. L'Europe fait la même chose, mais pas nous. Ce que nous avons fait d'un point de vue des politiques, c'est essayer de copier les États-Unis, mais seulement la partie qui protège les titulaires de brevets, les mêmes personnes qui limitent notre innovation. Nous pourrons y revenir au cours de la discussion, mais il est temps que Shiri intervienne.

[00:25:17 Shiri Breznitz apparaît en plein écran.]

Shiri Breznitz : Merci, Richard. Nous avons donc appris ce qu'est la productivité. Nous avons appris comment l'innovation est liée à la productivité. Nous avons appris l'importance du fait que nous nous concentrons principalement sur l'extraction. Et les grandes questions liées au fait qu'un grand nombre de nos inventions sont liées à des entreprises non canadiennes. Alors, que faisons-nous dans cette situation? Et comment aborder cette question? Je pense qu'une chose sur laquelle nous sommes tous les trois d'accord est l'échelle à laquelle il faut aborder la productivité, et le fait qu'il s'agit des systèmes régionaux d'innovation. Et c'est de cela que je veux vous parler dans les prochaines minutes.

Nous savons donc… nous pouvons attendre un peu avec cette diapositive… mais nous savons qu'il y a un décalage entre le fait que nous disposons d'une main-d'œuvre hautement qualifiée et d'une recherche très avancée. Le monde entier achète nos recherches. Mais nous voulons comprendre quel est le rôle des universités dans l'innovation, et comment il est lié à la productivité.

Les systèmes régionaux d'innovation constituent une échelle à prendre en considération. Mais avant d'aborder les systèmes régionaux d'innovation, je voudrais vous parler d'une chose importante, à savoir la connaissance.

Dans l'économie d'aujourd'hui, et si vous n'avez pas compris ce que Catherine et Richard vous ont dit, la connaissance est la ressource la plus importante, et l'apprentissage est le processus le plus important pour la croissance économique. Les organisations doivent créer des connaissances, et pas seulement les traiter. Rappelez-vous les deux parties de Catherine. L'innovation n'est pas un simple traitement de l'information. Il s'agit d'un processus de création de nouveaux renseignements, de l'intérieur vers l'extérieur. Nous avons besoin de ces inventions, de ces processus ou de ces nouveaux produits.

Pensez au Canada. Nous avons ces différentes combinaisons de protagonistes dans différents domaines, qui créent différents apprentissages et différentes voies qui influencent différemment les processus d'innovation. Qu'est-ce que je veux dire par là? Lorsque nous parlons de pétrole et de gaz, nous savons exactement où ils se trouvent, car ils sont liés à l'emplacement des ressources. Mais la médecine régénérative, c'est à Toronto que ça se passe. L'industrie du jeu est à Montréal. Et pourquoi? Ils ne sont pas partout, et cela s'applique en fait à n'importe quel endroit du monde, pas seulement au Canada.

[00:28:05 Texte superposé à l'écran : Shiri Breznitz, Chercheuse invitée, École de la fonction publique du Canada.]

Shiri Breznitz : Donc, les relations institutionnelles dans la région, le nombre de protagonistes, la taille de ces entreprises ou organisations, leurs liens entre elles, déterminent le niveau d'innovation dans une région. Donc, si l'on pense à la chute de RIM à Waterloo. Nous nous serions attendus à voir, comme dans d'autres endroits du monde, un grand nombre de nouvelles entreprises. Cela ne s'est pas produit en raison des relations entre RIM et les autres entreprises de la région. Richard peut en dire plus sur la liberté d'exploitation qui en a découlé.

Il est également important de réfléchir au rôle des personnes dans le processus d'innovation, car il est influencé par le cadre institutionnel, où l'on trouve tous ces différent·es protagonistes et le rôle qu'ils ou elles peuvent jouer. Alors, si vous pensez à un laboratoire universitaire dans lequel la recherche est influencée par les idées des chercheurs individuels ou des chercheuses individuelles, l'un de nos chercheurs les plus célèbres ou les plus connus à l'échelle internationale est le professeur Geoff Hinton, père de l'IA. C'est grâce à lui que le Canada est très, très fort dans le domaine de l'IA, et que Toronto a une telle concentration d'entreprises qui travaillent dans l'IA.

Pourquoi est-il important d'examiner ce problème dans le cadre d'un système d'innovation? L'économie connaît des changements technologiques rapides qui obligent ces différent·es protagonistes à se soutenir mutuellement, tant sur le plan de l'échange des connaissances que de l'apprentissage, afin de continuer à innover.

Si vous regardez les systèmes actuels, j'ai donné des exemples dans la médecine régénérative, les jeux et l'IA, ils se situent tous à une échelle régionale. Et ils nécessitent une proximité géographique. Je suis géographe, alors j'aime toujours dire que la proximité géographique est encore importante, même dans l'économie numérique d'aujourd'hui. L'ensemble de ces protagonistes ont besoin d'un langage commun. Et je ne parle pas de l'anglais ou du français. Je parle de ce contexte commun que les protagonistes individuel·les et la proximité géographique fournissent afin de promouvoir l'innovation.

Alors, comment fonctionne le système régional d'innovation? D'accord, nous pouvons maintenant afficher la diapositive. Il s'agit d'une combinaison de travaux d'institutions publiques et privées. Le secteur public soutient le secteur privé en améliorant la production de produits et la distribution de technologies, et en réduisant les coûts de transaction. C'est très important. Si l'on considère le secteur public, nous soutenons l'ensemble de l'activité économique. Et… nous ne voyons pas la diapositive. D'accord, voici la diapositive.

[00:31:09 Écran partagé : Shiri Breznitz et une diapositive, conformément à la description.]

Shiri Breznitz : Il s'agit là d'un petit exemple du type de protagonistes que l'on trouve dans le système régional. C'est là que les universités et les instituts de recherche jouent un rôle important. Donc, si vous voyez sur la diapositive, vous avez les institutions de recherche, les universités, la société civile, les entreprises privées. Vous avez les institutions financières. Nous les oublions souvent, les banques, le capital de risque.

Et si vous pensez à chaque région, je comprends que les gens ici viennent de différentes parties du Canada, alors si vous pensez seulement à ces protagonistes dans votre région, combien y en a-t-il? Quelle est leur qualité? Même entre les universités et les instituts de recherche. Combien y a-t-il d'organisations gouvernementales dans votre région et dans quels domaines se spécialisent-elles? Tous ces éléments et leurs relations entre eux ont une incidence sur le système régional d'innovation. C'est l'une des choses auxquelles nous pensons qu'il faut réfléchir lorsque l'on parle de productivité au Canada.

Et je vous redonne la parole, Caroline.

[00:00:36 Caroline Pitfield apparaît en plein écran.]

Caroline Pitfield : Je reprends la parole pendant une minute, puis je vous la rends. Parce que nous allons maintenant passer à quelques questions. Vous nous avez tous donné un très beau contexte sur chacun de ces petits aspects, et j'ai quelques questions que je vais lancer à chacun d'entre vous, en vous invitant à y répondre comme bon vous semble.

[00:32:38 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Caroline Pitfield : La première est tout à fait opportune, puisqu'elle porte sur la situation actuelle du Canada, qui s'inquiète de sa productivité et de son innovation. Donc, au Canada en particulier, et à l'échelle internationale également, les gouvernements étudient des projets et des investissements majeurs dans des domaines tels que les technologies quantiques et l'IA notamment, pour relever les défis de la productivité. Nous en entendons beaucoup parler au Canada.

De votre point de vue, je suis curieuse de savoir quel rôle ces types d'initiatives peuvent jouer dans le soutien à l'innovation et à la productivité? Est-ce un bon pari? Est-ce qu'il va fonctionner? Je suis également curieuse de savoir s'il y a des défis à relever, peut-être en s'inspirant de certaines des choses dont vous avez parlé, et sur la manière dont ces projets seront déployés. Et je me tournerai vers une personne parmi vous, quelle que soit celle qui veut intervenir en premier.

Catherine Beaudry : D'accord, je devrais y aller?

Caroline Pitfield : Bien sûr, Catherine, merci.

Catherine Beaudry : Pourquoi pas? Eh bien, ces grands projets sur l'IA doivent probablement tenir compte du rôle des technicien·nes dans la collecte et la structuration des données. Je pense donc qu'il s'agit de l'un des principaux défis que nous devons relever dans le domaine de l'IA et de l'informatique quantique.

[00:33:52 Catherine Beaudry apparaît en plein écran. Texte superposé à l'écran : Catherine Beaudry, Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion et en économie de l'innovation et professeure, Département de mathématiques et de génie industriel, Polytechnique Montréal.]

Catherine Beaudry : Aucun des scientifiques des données formé à l'université que je connais ne va mettre les mains dans les données sales qui restent dans les machines dont j'ai parlé plus tôt. J'ai visité une entreprise, et la personne responsable de la direction générale nous a dit que ses technicien·nes avaient encore l'instinct d'utiliser leur tournevis pour régler les machines, alors qu'il faut reprogrammer complètement la machine semi-automatique, et personne n'a mis de tournevis là-dedans. Il faut donc procéder à une rééducation professionnelle complète de certain·es de ces technicien·nes.

Je pense donc que nous avons tendance à nous concentrer principalement sur les universités pour l'IA et la transformation numérique.

[00:34:43 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Catherine Beaudry : Nous devons probablement adopter une approche sectorielle ou une approche écosystémique régionale, comme celle dont parlait Shiri, pour développer le type de compétences qui sont nécessaires, à tous les niveaux, de l'école secondaire au doctorat. Et comme je l'ai mentionné, les entreprises ne sont pas encore convaincues de la valeur potentielle de l'IA pour leurs activités.

Là encore, une approche sectorielle est peut-être nécessaire, car l'IA sera utilisée dans toutes sortes de secteurs différents, et ce ne sont donc pas les mêmes technologies qui seront développées. Je vous inviterais à travailler avec les innovateurs et les innovatrices ainsi que les utilisateurs et les utilisatrices précoces de ces technologies pour qu'ils et elles ouvrent la voie et montrent l'exemple. L'informatique quantique et l'IA ne résoudront pas nécessairement directement le problème de l'exportation prématurée de nos ressources naturelles. Pour ce faire, les entreprises devraient breveter de nouvelles technologies vertes leur permettant de transformer les minéraux critiques sans polluer, en utilisant des processus carboneutres.

Oui, l'IA peut être utilisée pour aider à déterminer les types de nouveaux matériaux qui peuvent être développés. Il existe des entreprises et des universités qui ont développé des technologies en ce sens, et il s'agit d'un créneau à occuper. Je dirais donc que la course aux brevets de transformation verte est ouverte. Sinon, nous continuons à délocaliser la pollution et la valeur ajoutée. Nous faisons fausse route en matière de compétitivité climatique.

En ce qui concerne la compétitivité, pour que les entreprises canadiennes soient prêtes à affronter la concurrence, nous avons besoin d'un signal clair indiquant qu'il existe une stabilité politique et un soutien ciblé pour soutenir les entreprises. Et en période de contraintes budgétaires comme celle que nous connaissons actuellement, ou de fortes incertitudes, les entreprises qui prennent des mesures délibérées pour surmonter les obstacles à l'innovation et qui utilisent efficacement les programmes actuels sont nettement plus susceptibles d'innover que celles qui ne bougent pas. Ne rien faire pour surmonter les obstacles à l'innovation est une erreur.

Le problème que nous rencontrons est qu'après la COVID, les entreprises semblent supposer que, pour envisager de se lancer dans des activités d'innovation, elles ont besoin de l'aide du gouvernement. Nous devons donc changer de mentalité. Et l'été dernier, j'ai publié un commentaire de l'Institut C.D. Howe dans lequel je montre que c'est la complémentarité entre les initiatives privées et les programmes gouvernementaux qui fait vraiment la différence. Mais d'abord et avant tout, les entreprises doivent prendre les choses en main pour innover. Si elles ne font rien pour surmonter les obstacles à l'innovation, elles échouent. C'est la pire des stratégies.

Je pense donc que ces grands projets sont là pour inciter les entreprises à faire quelque chose. Mais j'espère qu'il y aura une réponse de la part des entreprises. Et avec ces grands programmes, il y a beaucoup d'autres programmes qui les accompagnent en guise de soutien, d'où la complexité dont parlait Richard.

Je m'arrêterai donc ici et laisserai à mes collègues le soin d'apporter des renseignements supplémentaires.

Richard Gold : Nous pourrions peut-être y aller dans le même ordre. Je suis sûr que Shiri a quelque chose à dire ici aussi, mais je voudrais juste revenir sur quelques points dont Catherine a parlé. L'importance des données. Et il ne s'agit pas des mêmes données que celles qui sous-tendent les grands modèles de langage auxquels nous sommes habitués.

[00:38:20 Richard Gold apparaît en plein écran. Texte superposé à l'écran : Richard Gold, Professeur distingué James McGill, Université McGill.]

Richard Gold : Nous parlons de données scientifiques qui orientent les processus scientifiques, et ces données font défaut. Nous l'avions pour AlphaFold, qui a remporté le prix Nobel il y a quelques années, pour la structure de différentes protéines. Mais dans d'autres domaines, nous ne disposons pas vraiment de données de haute qualité, recueillies à grande échelle et de manière systématique. Donc, pour le climat, la physique, les matériaux, ces données sont insuffisantes. Donc, la capacité à former des modèles d'IA, du moins avec les méthodes actuelles, est limitée.

[00:38:56 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Richard Gold : Cela soulève une question, sur laquelle nous ne sommes peut-être pas d'accord, à savoir que nous avons ces écosystèmes régionaux d'innovation, mais qu'ils ne sont pas nécessairement très forts. Beaucoup d'entre eux sont fragiles. Ce n'est pas sur ce point que nous sommes en désaccord. Comment les renforcer, alors que nous disposons de si peu de ressources? Les gouvernements n'investissent pas autant, et le secteur privé n'a certainement pas un historique en ce qui a trait aux inventions.

Il s'agit donc d'un défi sur le plan de l'ouverture. Certaines choses peuvent être mieux faites ensemble, il est plus efficace de les faire ensemble lorsque nous recueillons, disons, ces grandes bases de données ensemble. À un moment donné, cependant, il doit y avoir un mécanisme permettant d'utiliser ces connaissances et de produire des objets brevetables qui rapportent de l'argent. Nous ne sommes probablement pas d'accord sur la limite à ne pas franchir, mais je pense que les données ont la qualité de biens publics.

Alors, vous l'avez mentionné au début, mon rôle en tant que chef des politiques et des partenariats chez Conscience… l'une des choses que nous lançons avec quelques fondations s'appelle Beacon, et il s'agit d'un dépôt de données scientifiques à grande échelle, en l'occurrence principalement dans les données des espaces biologiques. Nous avons ensuite organisé des concours, car l'IA fait l'objet d'un engouement considérable. Comment savoir qui s'en sort le mieux? Comment en tirer les leçons?

Cela se fait donc au grand jour, mais nous devons encore déterminer comment les entreprises prennent cela, comment elles participent et transforment cela en quelque chose qu'elles peuvent vendre. Pour moi, c'est un énorme défi, et ce, uniquement dans les domaines des grands projets qui sont axés sur la technologie. En ce qui concerne les pipelines et autres, je ne vois pas très bien où se trouvent les possibilités d'innovation. Peut-être que Shiri a une réponse à cette question.

Au fait, si vous restez jusqu'à 15 h 5, nous aurons une réponse à tous les problèmes du Canada. Malheureusement, nous terminons à 15 h.

Shiri Breznitz : À 15 h 5, précisément. Désolée. Je n'ai pas grand-chose à ajouter ici, si ce n'est que nous devons trouver un moyen d'inciter nos entreprises à faire plus de R et D. Et je dirais que, pour le Canada en particulier, nous devons réfléchir à ce que nous définissons également comme de la R et D, dans notre définition actuelle.

[00:41:19 Shiri Breznitz apparaît en plein écran. Texte superposé à l'écran : Shiri Breznitz, Chercheuse invitée, École de la fonction publique du Canada.]

Shiri Breznitz : En effet, pour certains d'entre nous qui étudions la R et D et leur incidence sur l'innovation, la définition de la R et D au Canada est presque n'importe quoi. La situation est très différente dans d'autres pays, où l'accent est mis très précisément sur la création de nouveaux processus et de nouveaux produits. Et nous n'avons pas vraiment de… soutien, ce n'est pas le bon mot. Nous ne favorisons pas vraiment, à la fois dans notre système fiscal et dans nos subventions, la R et D des entreprises.

[00:42:05 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Shiri Breznitz : Donc, à bien des égards, les entreprises canadiennes choisissent le moyen le plus sûr d'augmenter la valeur, c'est-à-dire… nous avons beaucoup parlé d'extraction et… mais nous n'avons pas cela. Ça, c'est un côté. L'autre côté, c'est ce dont Catherine a parlé au début. C'est le fait que nous sommes toujours une économie fondée sur l'extraction. C'est assez triste quand on regarde notre innovation, quand on regarde notre capital humain, et c'est là que je vois l'intervention du gouvernement.

C'est là qu'il faut adopter des mesures incitatives, et Richard devra résoudre les problèmes de brevet qui en découlent. Mais nous l'avons. Le fait que nous ne transformions pas le bois, ni le pétrole ou le gaz. Nous n'avions pas de bois pendant la COVID. Certains d'entre nous, qui ont rénové, ont eu de gros problèmes à l'époque. Quoi qu'il en soit, je pense que nous pouvons passer à la question suivante.

Caroline Pitfield : Oui, c'est clair comme de l'eau de roche : il y a cette idée que nous donnons tout, qu'il s'agisse des ressources ou des résultats de la recherche, nous donnons tout. Et Shiri, d'une certaine manière, je pense que votre commentaire, ou vos commentaires, anticipent ma prochaine question.

[00:00:36 Caroline Pitfield apparaît en plein écran.]

Caroline Pitfield : En d'autres termes, comment pouvons-nous aider les entreprises canadiennes qui ont du mal à se développer et à être compétitives sur la scène internationale? Quels sont les leviers politiques inexploités? Y a-t-il des modifications à apporter à la réglementation? Approvisionnement, données, éducation; il y a tellement d'aspects différents dans ce problème.

[00:43:37 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Caroline Pitfield : Que pouvons-nous faire pour contribuer à créer les conditions qui permettraient aux entreprises canadiennes de dépasser le stade du « nous donnons tout » pour innover, se développer, prospérer et être plus compétitives sur la scène mondiale?

Shiri Breznitz : Je peux poursuivre sur ce que j'ai dit précédemment. Alors, le programme de recherche scientifique et de développement expérimental est donc l'une des plus importantes, si l'on peut dire, mesures de soutien canadiennes à l'innovation. Et nous n'investissons pratiquement pas directement dans les entreprises lorsqu'il s'agit d'innovation. La majeure partie du programme de recherche scientifique et de développement expérimental profite à des entreprises non canadiennes (enfin, elles sont canadiennes parce qu'elles sont enregistrées au Canada), mais ce sont des multinationales. Il s'agit d'une politique d'incitation qui peut être modifiée par le gouvernement fédéral et aider les entreprises. Il y a aussi toutes les étapes bureaucratiques; il est très difficile pour les petites et moyennes entreprises de demander ces fonds. C'est très bureaucratique. Alors, qui peut s'occuper de cela? Principalement les grandes entreprises.

Il existe donc des moyens de faciliter les choses. La dernière chose que je dirais à propos de la R et D est… et nous avons commencé à le faire à petite échelle au Canada… l'équivalent des programmes de subventions s'apparentant au programme américain Small Business Innovation Research (SBIR). Nous essayons de promouvoir la recherche entre les grandes et les petites entreprises, les entreprises de taille moyenne, et les instituts de recherche. Toutefois, l'ampleur de notre soutien par rapport à d'autres pays est, là encore, très faible.

Caroline Pitfield : Shiri, puis-je vous demander rapidement, au bénéfice des généralistes ou des personnes qui ne pensent pas tout le temps à la productivité, de nous dire ce qu'est le programme SBIR, et peut-être même de nous donner une très brève introduction au programme de recherche scientifique et de développement expérimental. Ce que représente le programme de recherche scientifique et de développement expérimental.

Shiri Breznitz : D'accord. Très rapidement. « SBIR » désigne le programme Small Business Innovation Research. Il existe depuis maintenant, je dirais, 30 ou 40 ans. Son financement provient de toutes les fondations nationales (au Canada, le Conseil national de la recherche; aux États-Unis, la National Science Foundation, les National Institutes of Health, le Département de la défense) qui doivent toutes consacrer environ 3 % de leur budget annuel au soutien de ces programmes. Et il s'agit d'une combinaison de projets comprenant à la fois des petites entreprises, des grandes entreprises et des instituts de recherche. Il y a différentes étapes, et vous vous déplacez en fonction des étapes.

Mais le plus important, c'est qu'à la fin, il y a un processus d'approvisionnement. Dans lequel gouvernement dit « si vous développez ceci, nous serons vos acheteurs ». Au départ, lorsque nous avons entamé le processus au Canada (je crois savoir que nous nous en sortons mieux), mais nous avons eu quelques problèmes en prétendant qu'en raison de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), nous ne pouvions pas le faire, ce qui est hilarant, parce que les Américain·es le font depuis des années.

Le programme de recherche scientifique et de développement expérimental est, je ne me souviens plus de l'acronyme, mais il s'agit des incitations fiscales pour les entreprises qui font de la R et D. Mais comme je l'ai dit, la définition du programme de recherche scientifique et de développement expérimental en matière de R et D est très différente de celle d'autres pays, et de ce qui est défini comme de la R et D.

Caroline Pitfield : Merci. C'était excellent. Richard, Catherine. Richard, je vous vois.

Catherine Beaudry : Richard, j'aimerais avoir votre avis sur un sujet que je vais aborder du point de vue d'un avocat, alors soyez indulgent avec moi.

J'ai évoqué les obstacles à l'innovation que les entreprises ont dû surmonter. Et le plus grand obstacle, c'est évidemment l'incertitude et le risque inhérents au processus d'innovation. Et cela vient s'ajouter aux obstacles mentionnés par les entreprises et à l'ensemble de l'Enquête sur l'innovation et les stratégies d'entreprise. Il est suivi de près par le manque de financement et le manque de compétences. J'ai parlé des compétences plus tôt. Ensuite, la petite taille du marché canadien et les questions réglementaires apparaissent sur le radar. Mais pour ce qui est de l'incertitude et du risque liés à l'innovation, il n'y a pas grand-chose à faire, si ce n'est investir dans les compétences et la formation, et disposer de plus d'argent pour la R et D et de plus de temps.

Pour les autres obstacles, le gouvernement peut jouer un rôle, mais il ne peut pas jouer le rôle de tous les personnages. Donc, si l'entreprise ne fait rien, elle a 10 à 15 % moins de chances d'innover qu'une entreprise qui ne souffre pas, par exemple, d'un manque de compétences. Si l'entreprise prend des initiatives et ne réussit pas, c'est-à-dire qu'elle n'utilise pas les programmes gouvernementaux et que ce qu'elle a essayé n'a pas fonctionné, elle améliore légèrement ses chances, d'environ 7 %.

[00:48:40 Catherine Beaudry apparaît en plein écran. Texte superposé à l'écran : Catherine Beaudry, Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion et en économie de l'innovation et professeure, Département de mathématiques et de génie industriel, Polytechnique Montréal.]

Catherine Beaudry : Et je cite les chiffres du commentaire de l'Institut C.D. Howe; elle a toujours environ 6 % de chances en moins d'innover qu'une entreprise qui ne souffre pas d'obstacles à l'innovation. Il vaut mieux faire quelque chose que de ne rien faire, même si cela échoue. Lorsque l'initiative prise semble être un succès, les chances d'innovation de l'entreprise sont égales à celles d'une entreprise qui ne souffre pas d'un manque de compétences. Il en va de même si une entreprise utilise des programmes gouvernementaux. Son rendement atteint à peu près le même niveau que celui d'une entreprise qui n'est pas confrontée à des obstacles liés au manque de compétences.

Par conséquent, si vous n'êtes pas gêné par le manque de compétences, le fait de faire quelque chose de réussi, l'initiative privée et l'utilisation des programmes gouvernementaux vous amènent au même niveau de potentiel d'innovation que les entreprises qui ne sont pas concernées par ce problème.

[00:49:41 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Catherine Beaudry : C'est donc la combinaison de mesures privées et d'un soupçon de programmes gouvernementaux qui fait l'affaire.

Et j'ai parlé un peu de la réglementation. Je pense que le discours sur le banc d'essai réglementaire doit changer. Et je pense qu'il doit être clair que l'objectif de ces études pilotes est de tester de nouvelles façons de développer conjointement l'innovation et la réglementation. Parfois, la réglementation n'existe pas, elle est mal adaptée à un nouveau produit ou à un nouveau processus, ou elle est incomplète. Et le banc d'essai n'est pas là pour déréglementer, même si c'est ce que l'on peut lire dans la presse.

On peut considérer la dyade réglementation-innovation comme une sorte de jeu Serpents et échelles, et c'est ainsi qu'elle est perçue. Nous avons pu constater, lors de la pandémie, qu'en partageant les données (Richard en a parlé un peu plus en détail) en effectuant des tâches en parallèle, en développant l'innovation et en réalisant les essais cliniques en même temps, cela a permis d'accélérer l'innovation et le processus de réglementation. Je pense qu'il n'y a pas de temps à perdre, et je pense que nos entreprises le perçoivent.

Le banc d'essai réglementaire devrait donc être un processus de conception conjointe qui nous aide à envisager de nouveaux moyens d'accélérer à la fois l'innovation et le processus réglementaire, et non pas de contourner le processus réglementaire. Je pense que le discours doit vraiment changer pour raconter l'histoire. L'innovation est un sport d'équipe, comme le rugby, le hockey, etc. Il ne doit pas s'agir d'un bâton de relais que l'on se passe une fois que l'on a terminé une étape. Donc, en faisant les choses collectivement (pensez à une ligne d'attaque de rugby où nous ne faisons que passer le ballon vers l'arrière tout en avançant) c'est la meilleure analogie que je puisse faire. Richard, j'aimerais vous entendre sur la propriété intellectuelle et la réglementation.

Richard Gold : Non, et je suis d'accord. Je pense que les gens pensent souvent que la meilleure réglementation est l'absence de réglementation, ce qui conduit en fait les entreprises à sous-investir parce qu'elles ne savent pas ce qui peut se passer. Le fait de disposer d'un ensemble de lignes directrices claires est en fait utile pour l'industrie.

[00:52:01 Richard Gold apparaît en plein écran.]

Richard Gold : Dans certains endroits, des règles sont élaborées, mais elles sont si peu définies que personne ne veut y entrer. Donc, la réglementation, pour autant qu'elle ait un sens par rapport au processus, est en fait très importante pour l'innovation. Je suis tout à fait d'accord avec Catherine pour dire qu'on ne peut pas se contenter de l'imposer, comme si nous n'allions pas faire ceci, ou si nous avions peur de cela, ou quoi que ce soit d'autre. Cela ne permet pas d'augmenter l'innovation. Cela doit aussi se faire en concertation avec les communautés concernées, mais c'est un élément essentiel.

En ce qui concerne la propriété intellectuelle en particulier, pour revenir à mon introduction, nous devons considérer le Canada comme une limite aux types d'activités que nos entreprises sont en mesure de réaliser. Il y a quelques exceptions pour la création, mais souvent leur premier marché est le Canada et la vente.

[00:52:56 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Richard Gold : Il faut donc des mécanismes qui permettent aux entreprises de se débarrasser facilement des mauvais brevets. Pour l'instant, c'est tout simplement trop cher. La contestation d'un brevet coûte plus de 2,5 millions de dollars à chaque partie. Eh bien, une petite entreprise ne le fera pas, et un mauvais brevet l'empêchera donc de faire quoi que ce soit. Elle fera une première demande, elle en commencera peut-être une, et elle recevra une lettre, et décidera d'arrêter. Nous avons donc besoin de processus pour y parvenir. Et comme je l'ai dit, les États-Unis en ont, l'Europe en a, nous n'en avons pas. Le Royaume-Uni dispose d'un système rapide avec des montants limités qui permettent d'obtenir une réponse rapidement. Une telle mesure pourrait également être utile pour donner une certaine liberté d'exploitation.

D'autre part, nous devons entrer aux États-Unis. C'est notre principal marché, ainsi que l'Europe. Et pourtant, nous disons aux entreprises : « Allez-y, entrez ». Eh bien, elles ne connaissent pas l'environnement de brevets de ce pays. L'Office de la propriété intellectuelle du Canada fournit des environnements de brevets pour le Canada, mais, franchement, nous ne représentons que 2 à 3 % du marché mondial. Nous voulons vendre aux États-Unis. Une entreprise a besoin de savoir si, en commençant à développer ce produit, elle sera en mesure de le vendre aux États-Unis.

Elle a donc besoin des ressources nécessaires pour soutenir cet objectif. Nous disposons d'une communauté de brevets financée par le gouvernement, mais elle est assez limitée et ne concerne que certaines technologies. En fait, nous devons davantage de sens des affaires et de soutien aux entreprises pour qu'elles puissent déterminer très tôt ce à quoi elles seront confrontées si elles se lancent sur le marché.

À ce moment-là, elles ont la possibilité de changer un peu de direction pour entrer sur le marché, comprendre que les titulaires de brevets peuvent être un problème, mais qu'ils peuvent aussi être un canal de distribution, et l'on peut mettre en place des arrangements. Nous avons donc besoin de beaucoup de soutien pour savoir comment utiliser la réglementation qui existe non seulement au Canada, mais aussi à l'échelle internationale.

Caroline Pitfield : Merci beaucoup à vous tous. Nous avons donc le temps, je pense, de poser une dernière question. Je pense qu'il me reste environ cinq minutes avant de passer aux questions-réponses, mais je voudrais poser ma dernière question, qui est, pour commencer, nous avons beaucoup parlé, et Shiri en a parlé en particulier, de l'importance des relations dans l'innovation. Donc, les relations entre les différent·es protagonistes, les différent·es chercheurs ou chercheuses, les universitaires, le secteur privé, le secteur public, les organisations sans but lucratif.

L'une des principales relations auxquelles le gouvernement fédéral pense (et auxquelles nous pensons, en tant que fonctionnaires) est la relation avec les provinces, les territoires et certains de nos autres gouvernements. Je me demande si nous pourrions prendre les deux dernières minutes pour examiner cette question.

Quelles formes de collaboration entre ces partenaires fédéraux, provinciaux, territoriaux, voire municipaux, pourraient donc soutenir efficacement notre compétitivité dans ce type d'espace de productivité de l'innovation?

Richard, on dirait que vous avez quelque chose à dire. Vous vouliez aborder celui-là en premier?

Richard Gold : Ce que j'avais à dire, c'est que Shiri et Catherine ont certainement quelque chose à dire. Les partenariats sont une bonne chose. Ma région est essentiellement fédérale, mais comme le disaient Shiri et Catherine,…

[00:56:08 Richard Gold apparaît en plein écran.]

Richard Gold : … l'innovation se fait localement, et nous ne pensons pas au soutien local. Donc, si je reviens à ma dernière question, ce n'est pas forcément le gouvernement fédéral qui aide les entreprises à faire ces recherches sur les brevets, ou à trouver le type de réglementation à adopter. Une grande partie de la réglementation dont parle Catherine est provinciale.

[00:56:26 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Richard Gold : Alors, comment les amener à se mobiliser, non pas dans l'opposition au gouvernement fédéral, ce qui est souvent le cas. Il est facile de rejeter la faute sur le gouvernement fédéral, surtout lorsque celui-ci est silencieux et ne se défend pas. Mais comment pouvons-nous considérer que la province joue un rôle de chef de file dans les processus réglementaires tout en soutenant localement les entreprises dans la mesure où nous avons besoin de données partagées, que peuvent-elles faire pour partager les données? Je vois au moins une collaboration entre les différentes administrations du gouvernement fédéral et de la province. Mais je ne vois pas ce dialogue se concrétiser. Je ne sais pas où cela se produirait. Nous devons créer ces espaces.

J'ai peut-être donné à Shiri l'occasion de réfléchir.

Caroline Pitfield : J'allais dire que je pense que vous avez permis à Shiri d'être bien préparée.

Shiri Breznitz : Non, je vais vous redonner la parole parce qu'avec la propriété intellectuelle, nous avons… tout le monde a essayé de le faire.

[00:57:22 Shiri Breznitz apparaît en plein écran.]

Shiri Breznitz : Nous avons donc ÉleverlaPI à l'échelle fédérale. Nous avons Propriété intellectuelle Ontario. Nous avons… j'ai oublié le nom de l'organisation de la propriété intellectuelle au Québec. Il arrive donc que nous créions plusieurs organisations qui ne communiquent pas nécessairement entre elles. Et dans le domaine de la propriété intellectuelle, par exemple, c'est très important. Nous pensons aux communautés de brevets et aux familles de brevets. C'est important. Y a-t-il un moyen pour nous de passer de l'autre côté? Je vous renvoie la question.

[00:57:57 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Richard Gold : Je suis sûre que Catherine a une bonne idée à ce sujet. C'est le problème du fédéralisme. Nous avons besoin d'un forum où les gens parlent vraiment. Ce qui se passe, c'est que nous avons des mesures isolées à l'échelle fédérale, des mesures isolées dans les provinces. Les deux parties se copient souvent l'un l'autre, mais copient souvent les pires aspects de l'autre. Obtenir des brevets pour le simple plaisir d'en détenir n'a aucun intérêt si ces brevets ne visent aucune utilisation commerciale. Parfois, il vaut mieux partager que breveter. Les universités ont reçu, il y a 20 ou 25 ans, les chaires de recherche du Canada simplement en échange d'une augmentation du nombre de brevets. Je me souviens d'une personne qui représentait notre titulaire de la vice-présidence responsable de la recherche qui est venu nous dire que l'année avait été excellente, et que nous avions obtenu quatre brevets. Oh, nous n'avons pas de licence. Disposer d'un brevet et ne pas le concéder sous licence est contre-productif.

Nous devons donc mieux coordonner nos besoins. Nous devons reconnaître, comme je l'ai dit précédemment, que la liberté d'exploitation est très importante, et c'est pourquoi la communauté de brevets est là, et ainsi de suite. Comment créer une plus grande liberté d'exploitation au Canada pour les entreprises canadiennes, et comment permettre aux entreprises de s'internationaliser?

Malheureusement, l'agence qui était vraiment compétente dans ce domaine, Technologies du développement durable Canada, avait d'excellents antécédents, mais il y a eu un problème d'éthique, et elle est devenue pratiquement inutile. Donc, la seule lumière qui brillait a disparu.

Catherine Beaudry : Formidable. Qu'ajouter à vos commentaires? Eh bien, tout d'abord, je suis une chercheuse qui a étudié la collaboration tout au long de sa carrière. Je dirais donc que la collaboration à tous les ordres de gouvernement est absolument essentielle. Mais pour déterminer la meilleure façon de collaborer ou de collaborer plus efficacement, si vous voulez, nous devons partager les données et développer l'interopérabilité des données plutôt que de dupliquer l'effort de collecte des données.

[01:00:07 Catherine Beaudry apparaît en plein écran.]

Catherine Beaudry : Sans cela, il sera très difficile de déterminer qui fait quoi, quel programme a quel effet, et quel programme est complémentaire de quel programme, sans savoir ce que fait chaque entité. Nous ne disposons que d'une partie de l'histoire, et nous sommes donc partiellement aveugles, en raison de notre conception, pour concevoir de nouvelles politiques, pour planifier leur déploiement et pour affiner ces politiques et ces programmes au fur et à mesure qu'ils se développent. Il est donc essentiel de coordonner les programmes conjoints dans toutes les administrations.

Je discutais avec des entreprises à un moment donné, et l'une d'entre elles a plaisanté en disant qu'il était moins cher pour elle d'acheter des tiges de métal en Chine que de les acheter à l'entreprise d'en face, parce que cette dernière avait des mesures incitatives à l'exportation.

[01:01:06 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Catherine Beaudry : J'ai donc dit, eh bien, que je n'allais pas vous vendre quelque chose parce que si je le faisais, mon prix serait inférieur à celui que j'obtiendrais si j'exportais, parce que j'ai reçu cette subvention à l'exportation. Pensez aux gaz à effet de serre qui sont évités. Il s'agit principalement de ressources naturelles provenant du Canada, envoyées en Chine pour créer des tiges de métal qui sont renvoyées au Canada. Vous auriez littéralement pu faire traverser la route à deux gars avec ces tiges de métal et les gaz à effet de serre auraient été minimes, selon ce qu'ils auraient mangé pendant la matinée, mais peu importe.

Je pense donc que nous devons vraiment réfléchir à la coordination de tous ces programmes. Je constate une duplication des efforts de recherche, de collecte de données et de mise au point au sein du gouvernement, et nous avons désespérément besoin d'une coordination à cet égard.

Et, sur le plan de données, de quelles données avons-nous besoin? Très souvent, nous recueillons des données auprès des entreprises. Que rendons-nous aux entreprises lorsque nous recueillons des données auprès d'elles? Rien. Il n'est pas évident pour elles de savoir ce que le gouvernement fait réellement avec leurs données. Donc, dans un vlogue en 2021… il s'agit d'un journal vidéo avec un PowerPoint où… de toute façon, très grossièrement, j'ai appris de mon enseignement à distance en ligne… je préconisais dans ce vlogue d'avoir une autonomisation des entreprises fondée sur les données. Il s'agit donc de restituer quelque chose à l'entreprise à partir de la collecte de données, afin qu'elle ait une idée de l'étalonnage, des tableaux de bord ou de la place qu'elle occupe dans son secteur d'activité ou dans sa région. Nous devons leur démontrer que le temps qu'elle consacre à fournir ces précieuses données est valorisé.

Et ensuite, si l'entreprise décide avec qui elle partage ses données, tous ces obstacles réglementaires sur le plan de partage des données et de l'interopérabilité que nous avons mis en place empêchent la collaboration et le partage des données. Il s'agit de… "c'est le nerf de la guerre". Parfois, il est juste impossible de partager des données. C'est ridicule. Le partage des données se heurte à de nombreux obstacles.

Donc, si nous inversons la situation et que nous disons à l'entreprise, d'accord, vous décidez quelles données vous partagez avec quelle organisation, quel ministère. D'ailleurs, en regardant votre profil, nous pensons que vous devriez vous adresser à Exportation et développement Canada, à la Banque de développement du Canada, au Programme d'aide à la recherche industrielle, et peut-être collaborer avec ce chercheur ou cette chercheuse qui fait exactement ce dont vous avez besoin pour faire avancer votre innovation. Pour faciliter cette coordination, nous devons disposer d'une réponse en matière de renseignement fondée sur des données.

Je pense que je vais m'arrêter là, car je pourrais en parler pendant des heures.

Caroline Pitfield : Merci, Catherine. Nous avons donc quelques questions de l'auditoire auxquelles je voudrais répondre, mais Shiri, la question initiale, je pense qu'elle relevait de votre domaine d'expertise, voulez-vous ajouter quelque chose à ce sujet? Sur cette notion de collaboration à différents ordres de gouvernement, avez-vous quelque chose à ajouter avant que je ne passe aux questions de l'auditoire?

Shiri Breznitz : Je pense qu'il s'agit de politiques de base. Par conséquent, lorsque vous élaborez une politique à l'échelle fédérale sans réfléchir à la manière dont elle se répercute sur le système régional d'innovation et sur les différent·es protagonistes, vous n'avez fait que la moitié du travail. Parce que vous avez créé une politique, c'est très bien. Il y a beaucoup d'obstacles, comme nous l'avons tous déjà dit.

Et si vous ne comprenez pas ces liens, les provinces et les territoires peuvent être d'une grande aide à cet égard, car ils savent mieux ce qui se passe, je l'espère, dans leurs propres régions. Ils savent mieux ce qui se passe dans les petites régions, car l'innovation ne se produit pas partout de la même manière. Même si nous aimons, au Canada, que tout soit réparti de manière égale, ce n'est pas le cas. Nous disposons de certains types de connaissances à différents endroits.

Il est donc très important de faire le lien entre les politiques fédérales et les politiques provinciales, et vice versa, car si vous ne comprenez pas les difficultés liées à la présentation d'un Programme des chaires d'excellence en recherche du Canada, par exemple, il s'agit d'une politique fédérale, mais les gouvernements provinciaux et les administrations municipales savent mieux que quiconque ce qui se passe dans les entreprises de leur région.

Je pense que j'aimerais inviter l'auditoire à poser des questions.

Caroline Pitfield : D'une certaine manière, c'est ce que vous venez de faire, car l'une de nos premières questions est la suivante : comment l'élaboration des politiques peut-elle mieux tenir compte des différences régionales en matière de capacité d'innovation au Canada? Je rappellerai simplement aux participant·es qu'ils ou elles peuvent poser leurs questions en cliquant sur l'icône de la main levée en haut à droite de leur écran. Nous essaierons de répondre à autant de questions que possible. Je voulais remettre cette question à l'ordre du jour, au cas où une autre personne souhaiterait s'exprimer à ce sujet. Conception des politiques : comment mieux tenir compte des différences régionales en matière de capacité d'innovation au Canada? D'autres idées à ce sujet?

Shiri Breznitz : Je crois que nous en avons déjà parlé. Donc, dans tout système d'innovation, il n'y a pas de solution unique qui convienne à tout le monde. Il y aura toujours des entreprises ou des organisations fortes qui seront mieux équipées pour accéder aux ressources.

[01:07:03 Shiri Breznitz apparaît en plein écran. Texte superposé à l'écran : Shiri Breznitz, Chercheuse invitée, École de la fonction publique du Canada.]

Shiri Breznitz : Si nous ne réfléchissons pas aux moyens d'établir ces liens (et vous pouvez les améliorer en pensant à ces collaborations), les petit·es et les jeunes protagonistes, si vous pensez à un système économique, seront perdant·es. Les protagonistes les plus faibles. Et cela ne signifie pas qu'ils ou elles n'ont pas les connaissances nécessaires pour apporter une contribution.

[01:07:37 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Shiri Breznitz : Il y a quelques années, j'ai participé à un atelier auquel participait une personne représentant le Fonds multilatéral d'investissement (MIF) des États-Unis, qui expliquait qu'il y avait toutes ces organisations, tout cet argent, mais qu'il n'y avait aucun moyen de le distribuer. Et les entreprises ne les approchaient pas, parce qu'un grand nombre d'entre elles n'avaient pas les ressources nécessaires ou trouvaient le processus trop lourd pour y parvenir.

Je vais vous donner un exemple à l'échelon universitaire, que nous connaissons tous les trois très bien. Même à l'université, le bureau de la recherche ne peut pas vous dire sur quoi un professeur ou une professeure travaille en ce moment. Les publications sont quelque chose qui sort deux ans après, dans le meilleur des cas. Et avec les brevets, il arrive souvent que nous attendions. Parce que l'on ne veut pas <inaudible>. Alors, comment établir un lien, comme l'a suggéré Catherine, entre ces entreprises et le chercheur ou la chercheuse qui travaille sur cette solution spécifique? Alors, qui sait?

Souvent, ce sont les multinationales qui disposent des ressources et du personnel et qui entretiennent des relations avec les chercheurs individuels ou chercheuses individuelles dans le monde entier. Mais comment une petite entreprise, une jeune entreprise, pourrait-elle savoir comment se connecter? Même à l'intérieur du Canada? Je ne dis pas qu'il existe une solution facile à ce problème, car si c'était le cas, de nombreuses universités dans le monde entier sauteraient sur l'occasion. Mais cela fait partie du processus de traduction dans lequel nous devons investir.

Richard Gold : Si je peux me permettre, un projet sur lequel Shiri, Catherine et moi-même travaillons avec d'autres, consiste essentiellement à considérer ce problème comme un problème d'innovation. Nous devons innover dans notre secteur des politiques.

[01:09:33 Richard Gold apparaît en plein écran. Texte superposé à l'écran : Richard Gold, Professeur distingué James McGill, Université McGill.]

Richard Gold : Il ne faut pas s'attendre à ce que des universitaires viennent nous dire qu'ils ou elles ont trouvé la solution parfaite. En fait, nous devons expérimenter. Ce que nous avons proposé, c'est d'examiner certaines parties de ces écosystèmes à l'échelle régionale. Il pourrait s'agir de jeux à Montréal, de robotique à Toronto, d'exploitation minière dans le nord de l'Ontario ou au Yukon. Nous avons mis en place une expérience dans le cadre de laquelle nous nous adressons à l'industrie, aux grandes entreprises, aux petites entreprises, aux universités ou aux établissements d'enseignement supérieur, ainsi qu'au gouvernement,…

[01:10:06 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Richard Gold : … et nous disons en fait, que devons-nous faire ici? Et nous le construisons réellement. Et je ne pense pas que cela puisse être fait par le gouvernement, mais cela pourrait être soutenu par le gouvernement, parce qu'il s'agit d'un aspect transversal.

Nous proposons donc de mener une série d'expériences de ce type. C'est une pratique assez courante dans l'économie du développement international, mais elle évolue vers l'économie de l'innovation, où l'on recueille des données et où l'on procède à des analyses afin de déterminer, parmi toutes ces expériences, celle qui fonctionne.

Pourquoi devrions-nous supposer que nous pouvons trouver une réponse qui s'appliquera à toutes les régions du Canada, à tous les écosystèmes, à toutes les industries. Vous avez des communautés de systèmes d'IA à Montréal et à Toronto. Ils sont considérablement différents. Le Québec est construit autour de Mila, en ce qui concerne des répercussions sociales. Elle a été fondée sur le principe du code source ouvert. Toronto est beaucoup plus propriétaire. Il n'existe pas de solution unique qui puisse convenir aux deux parties. Je pense que nous devons réfléchir à des solutions uniques et que le Canada, en tant que politique, doit être prêt à expérimenter, ce qui signifie qu'il doit être prêt à accepter que certaines de ces expériences ne fonctionnent pas.

Catherine Beaudry : Eh bien, dans le vlogue dont je parlais, j'appelais cela des « cuissons de précision ». Donc, l'innovation commerciale de précision et le soutien à la croissance de l'entreprise. Le soutien à l'innovation ciblé sur les besoins réels de l'entreprise.

[01:11:38 Catherine Beaudry apparaît en plein écran. Texte superposé à l'écran : Catherine Beaudry, Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion et en économie de l'innovation et professeure, Département de mathématiques et de génie industriel, Polytechnique Montréal.]

Catherine Beaudry : Comment y parvenir? C'est très différent. C'est très difficile. Cela me fait toujours rire parce que mon premier projet de recherche, lorsque j'étais de retour à Manchester, portait sur la Silicon Valley et s'intitulait « Silicon Valley and Its Imitators » (La Silicon Valley et ses imitateurs). Nous cherchions à savoir quelle était la recette magique de la Silicon Valley que nous pouvions reproduire. Et je pense que la conclusion à laquelle j'ai abouti au cours de ce projet est que j'ai des livres de recettes du monde entier. Et lorsque vous lisez les livres de recettes, vous y trouvez des ingrédients que vous ne connaissez pas. Vous recherchez les ingrédients sur Google et vous vous dites : « Ah, d'accord, je peux remplacer ceci par cela ».

[01:12:19 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Catherine Beaudry : En fait, nous essayons de copier les politiques de tous les autres avec les ingrédients dont nous disposons localement. Eh bien, cela ne va marchera pas. Nous devons rédiger nos propres livres de recettes pour chaque sous-région que nous avons, pour chaque sous-secteur. Et je pense que cela commence à la base, par les entreprises que nous avons sur le terrain. Qu'avons-nous? Quelles sont les ressources dont nous disposons? Que pouvons-nous faire? Ensuite, s'il manque un ingrédient, nous essayons de trouver où nous pouvons le trouver.

Nous avons donc besoin d'une prospection scientifique. Je parle de la veille scientifique en français. Le scoutisme n'est peut-être pas le bon terme, mais c'est… peut-être que quelqu'un peut écrire dans le clavardage ce qu'est… mais de toute façon, il faut mener des enquêtes sur le plan de la science, sur le plan des subventions, les subventions du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, elles sont publiques, donc vous savez qui a été financé sur quel projet. Donc, avant même la publication d'un article, vous savez ce que font les chercheurs et chercheuses.

C'est donc aux intermédiaires de l'innovation ou de la recherche qu'il incombe de savoir ce qui se passe, et où cela se passe. Mais il s'agit là d'une question locale. Comment mettre en relation une entreprise située en Beauce avec une entreprise ayant une solution à Edmonton? Pour l'instant, nous devons nous appuyer sur un réseau pancanadien de personnes. Et si elles ne se connaissent pas, le lien ne s'établira jamais.

Nous avons donc besoin de données pour renforcer ces « super connecteurs » entre les régions qui peuvent établir des liens entre les personnes. C'est donc le pouvoir des données à l'échelon des intermédiaires de l'innovation. Donc, les données des entreprises elles-mêmes alimentent le groupe intermédiaire d'innovation qui rassemble toutes les données afin de réaliser une sorte de planification stratégique pour la région et le secteur. Je pense donc que nous devons vraiment penser à l'interopérabilité des données et à l'utilisation collective. Excellente question.

Caroline Pitfield : Oui, et j'entends aussi la conversation, qui oscille entre la nature individuelle locale très stricte des différentes communautés, et cette sorte d'objectif fédéral, qui est de créer cette interopérabilité. Nous passons de l'un à l'autre.

Une question se pose ici. Quelle province s'occupe le mieux de ces enjeux? Une province se situe entre les deux. Richard, vous avez mentionné les différences entre le Québec et l'Ontario. Existe-t-il des pratiques exemplaires dans les provinces dont nous devrions nous inspirer?

Richard Gold : Si vous vous adressez à moi, non. Le Québec a cette grande habitude de proposer des solutions, dont certaines semblent prometteuses, puis de couper le financement et de passer à une autre solution. Cela ne fonctionne pas. Il faut un engagement à long terme.

À mon avis, et je ne sais pas si Shiri et Catherine sont d'accord, ce n'est pas le gouvernement qui devrait s'en charger. Cela doit être fait en dehors du gouvernement, financé par le gouvernement pour l'aider à démarrer. Si nous disposions d'un écosystème régional d'innovation mature, il ne serait pas nécessaire que le gouvernement soit présent, mais ce n'est pas le cas, alors nous devons le démarrer.

Je pense qu'il s'agit d'un ensemble de conversations locales qui doivent avoir lieu pour éclairer les politiques à l'échelle provinciale et fédérale. Mais ce que je constate, c'est qu'il y a trop de contrôle et que l'on dit que l'on va aller dans telle ou telle direction, que l'on va financer telle ou telle chose, et que l'on ne permet pas à l'écosystème de se développer.

Catherine Beaudry : Eh bien, à partir de là, Richard, je pense que tous les différents ordres de gouvernement doivent être à l'écoute de ce qui se passe sur le terrain. Un excellent exemple que je donne toujours est celui de l'aérospatiale au Québec. Tout le monde est présent autour de la table, des représentant·es des ministères aux collèges du Conseil canadien des techniciens et technologues (CCTT), en passant par les universités, les petites entreprises, les entreprises moyennes et les grandes entreprises tout au long de la chaîne d'approvisionnement. Et ils décident collectivement des compétences dont ils auront besoin dans 5 ans, dans 10 ans, dans 20 ans. Et de quel type de stabilité est nécessaire en matière de soutien.

Je pense qu'en 2010, l'une des premières stratégies pour l'innovation et la recherche a établi cinq grands projets. L'un d'eux était l'avion vert ou l'avion durable. Je ne me souviens pas du nom en anglais. Mais il y a eu six ou sept appels à projets. Donc, malgré l'incertitude présente dans le système, le financement a été maintenu. Et beaucoup d'innovations… nous n'avons pas l'avion vert aujourd'hui, bien sûr, mais il y a des tonnes de petites innovations qui ont émergé de ce financement soutenu qui a été géré à l'échelle de l'écosystème avec la collaboration du gouvernement du Québec.

Je ne peux donc pas parler des autres provinces, peut-être que Shiri a des exemples.

Shiri Breznitz : Donc, à la même échelle, pas vraiment si nous parlons de provinces, mais à la même échelle si vous prenez un pays comme la Finlande, ils font cet exercice tous les sept ou huit ans.

[01:17:56 Shiri Breznitz apparaît en plein écran. Texte superposé à l'écran : Shiri Breznitz, Chercheuse invitée, École de la fonction publique du Canada.]

Shiri Breznitz : Ils font appel à des expert·es du monde entier et réfléchissent à des solutions pour la Finlande. Nous ne le faisons pas ici. Mais, même s'il ne s'agit pas de l'ensemble de la démarche, Terre-Neuve-et-Labrador entretient des relations exceptionnelles avec les entreprises pétrolières et gazières, ainsi qu'avec la R et D au sein de la province,…

[01:18:17 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Shiri Breznitz : … en raison de la réglementation mise en place il y a longtemps, qui exige que les compagnies pétrolières et gazières réinvestissent dans la province. Si vous retirez quelque chose de la province, vous le rendez.

Ils sont également très doués pour relier l'université à la région, et ils ont maintenant différents niveaux, bien sûr. Les gens diront que la population est moins faible que celle de l'Ontario, du Québec ou même de la Colombie-Britannique. Elle est beaucoup plus petite. Mais si l'on y réfléchit bien, ils essaient de le faire de manière à ce que cela vienne de la base et revienne du haut vers le bas. Il existe donc des liens qui vont de l'esprit d'entreprise des étudiant·es diplômé·es aux relations des entreprises avec les grandes multinationales qui utilisent les ressources de la région.

Caroline Pitfield : C'est très intéressant. Merci. Richard, je veux… nous manquons de temps, c'est donc ma dernière question avant de vous laisser tous les trois conclure.

Nous avons eu quelques questions sur les risques. Catherine, j'aimerais que vous nous parliez un peu des risques.

[00:00:36 Caroline Pitfield apparaît en plein écran.]

Caroline Pitfield : Richard, j'ai été frappée par le fait que vous avez dit que le gouvernement n'avait pas vraiment de rôle à jouer, mais je crois que Catherine a dit quelque chose du genre,…

[01:19:34 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Caroline Pitfield : … le gouvernement peut contribuer à réduire ou à atténuer certains de ces risques. Dans le contexte actuel, l'un des risques ou défis dont les gens sont conscients est notre relation avec les États-Unis. L'une des questions très spécifiques qui ont été posées est la suivante : comment le Canada peut-il promouvoir l'innovation des entreprises et les champions nationaux et championnes nationales comme le font les États-Unis, sans déclencher de mesures de rétorsion de la part de ce pays? Je ne veux pas laisser cette question sans réponse. Est-ce qu'une personne veut se pencher rapidement sur la question?

[01:20:04 Richard Gold apparaît en plein écran. Texte superposé à l'écran : Richard Gold, Professeur distingué James McGill, Université McGill.]

Richard Gold : Je peux essayer. Je ne suis pas sûr de savoir d'où viendraient les représailles, selon la manière dont on procède. Nous ne voulons donc pas rompre nos engagements pris dans le cadre des accords, même si d'autres parties sont prêtes à le faire. Mais je pense que nous pouvons faire beaucoup en nous inspirant de ce que font les États-Unis et l'Europe. Il existe des programmes qu'ils mettent déjà en pratique.

Maintenant, cela ne vous protège pas nécessairement. Regardez notre accord très modeste avec la Chine comparé à celui, plus important, avec les États-Unis. On continue à se faire arroser, donc nous ne pouvons jamais avoir de certitude. Mais je pense que nous pouvons faire beaucoup. Je pense que ces conversations qui ont lieu à l'échelle régionale ne devraient pas déclencher quoi que ce soit.

[01:20:44 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Richard Gold : Si nous nous occupons de l'environnement de brevets, si nous aidons les entreprises à pénétrer le marché américain, si nous aidons les entreprises canadiennes à acquérir de la propriété intellectuelle, je ne pense pas que ce soit un problème. Je ne sais pas exactement où nous irions, surtout si nous le faisons en dehors du gouvernement. Je ne pense pas qu'il y ait une grande différence entre Catherine et moi. Je ne pense pas que le gouvernement doive diriger les opérations, et je pense que Catherine est du même avis, mais le gouvernement est un protagoniste essentiel pour réduire les risques. Ils peuvent financer des projets, ils peuvent les inviter, et plus le gouvernement agit de cette manière, moins il y a de risques de représailles, parce que ce n'est pas le gouvernement qui agit, ce sont des protagonistes privé·es qui s'unissent.

Caroline Pitfield : Je vous remercie pour cela. J'ai une dernière question à vous poser à tous les trois. Une personne veut-elle ajouter quelque chose à cette dernière question? Avez-vous d'autres renseignements sur le risque de représailles? Si ce n'est pas le cas, je vais combiner ma dernière question avec l'une des questions posées par le groupe.

Nous nous intéressons donc aux capacités institutionnelles les plus importantes pour la fonction publique, comme le type de capacité institutionnelle dont nous avons besoin pour soutenir une économie axée sur l'innovation.

C'est ce qui ressort de la question posée par l'auditoire. Ma question s'adresse à vous, pendant que nous vous avons ici. Que souhaiteriez-vous que nous fassions? Quel conseil donneriez-vous aux fonctionnaires qui souhaitent contribuer à l'augmentation de la productivité et de l'innovation au Canada? Il nous reste quelques minutes. Je vous donne la parole à tour de rôle pour partager votre sagesse. Je vais peut-être suivre l'ordre dans lequel nous avons commencé, Catherine, Richard, puis Shiri, à qui je laisserai le mot de la fin.

Catherine Beaudry : D'accord, pas de problème. Eh bien, je serai très brève. Je pense que nous avons besoin de données pour informer les entreprises, les écosystèmes, les différents ordres de gouvernement et les intermédiaires de l'innovation et de la recherche dans le système.

[01:22:44 Catherine Beaudry apparaît en plein écran.]

Catherine Beaudry : Sans données, nous patinons à l'aveuglette. Donc, des données en temps quasi réel pour pouvoir évaluer et ajuster les programmes rapidement. Je plaisantais en parlant de l'adoption de l'IA et de l'Enquête sur l'innovation et les stratégies d'entreprise, cela date de 2022.

[01:22:59 Caroline Pitfield, Shiri Brezniz, Richard Gold et Catherine Beaudry apparaissent dans des panneaux de discussion vidéo.]

Catherine Beaudry : C'est avant ChatGPT. C'est ridicule. Nous avons donc besoin de plus de données, mais sans dupliquer les efforts de collecte de données. Nous devons tester des méthodes de développement conjoint et d'évaluation des politiques au sein d'une sorte d'observatoire de l'innovation ou d'un institut de recherche qui fournit une veille stratégique aux décideurs et décideuses afin qu'ils et elles disposent des renseignements dont ils ont besoin pour prendre les meilleures décisions.

Les décideurs et décideuses, qu'il s'agisse des entreprises, des orchestrateurs et orchestratrices d'écosystèmes ou des fonctionnaires, utilisent tous les mêmes données pour prendre des décisions différentes afin d'aider les entreprises canadiennes à innover davantage, mieux, plus rapidement et plus efficacement. Je dirais donc, des compétences en matière de données, mais sans dupliquer les données.

Caroline Pitfield : Merci, Catherine. Richard, le mot de la fin.

Richard Gold : Je suis donc du même avis. Je pense que l'attitude appropriée des fonctionnaires est que si une personne dit « oh, ils font ça dans la Silicon Valley et ça marche », ou « ça se passe à Boston », la première réaction devrait être « oui, quoi? ». Faisons ce que nous voulons. Il faut éviter, que ce soit lors de la mise en œuvre de la propriété intellectuelle ou de n'importe quelle autre politique, de se contenter de s'en inspirer à un niveau général, sans descendre dans les détails en pensant que cela fonctionnera.

Et l'autre chose est d'écouter et de mettre en place des lieux où nous pouvons réellement écouter et expérimenter, et cela peut se faire par l'intermédiaire du gouvernement, mais cela peut aussi être le gouvernement qui soutient, comme Catherine le disait, un observatoire ou un groupe de chercheurs et chercheuses. Je suis évidemment partial parce que je suis l'un d'entre eux, mais je pense que le fait de participer à la conversation, mais pas nécessairement d'être franc et d'avoir à assumer la responsabilité de la justifier auprès de son ou de sa ministre, n'est pas une bonne chose.

Caroline Pitfield : Merci, Richard. Le dernier est à vous, Shiri.

Shiri Breznitz : Merci. Je leur demanderais donc [de faire] ce que Richard et Catherine ont dit. Mais aussi, et c'est important, de réfléchir à la manière d'orienter les investissements vers ces collaborations entre ces différent·es protagonistes à l'échelle régionale [et] de ne pas craindre que les bénéfices ne seront pas obtenus dans notre province, mais peut-être ailleurs au Canada. Et alors? Nous en bénéficions encore. Alors, voilà un aspect.

Par ailleurs, je pense que nous avons posé une petite question sur l'aversion au risque au Canada. Je ne pense que nous avons une aversion au risque. Je pense que si vous regardez nos innovateurs et nos innovatrices, nous innovons, comme Richard l'a montré, à une échelle intéressante par rapport au reste du monde. Notre problème est que nous avons besoin de mesures incitatives, et c'est là que j'inciterais les décideurs et décideuses politiques à réfléchir aux mesures incitatives que nous donnons actuellement et à la manière dont nous pouvons les améliorer et nous préparer à l'échec. Il n'y a pas de mal à échouer. À un moment donné, ces dernières années, nous avons essayé de créer une agence de l'innovation pour permettre ce type d'échecs. Et nous devrions faire quelque chose, que ce soit au sein d'une agence, à l'échelle provinciale ou dans le cadre de différents projets, mais nous devrions être prêts à prendre le temps nécessaire (car ces choses prennent du temps), et être prêts à échouer.

Caroline Pitfield : Merci beaucoup. Merci à vous trois. Malheureusement, notre temps est écoulé, mais je tiens à vous remercier de nous aider aujourd'hui à décortiquer cette relation complexe entre l'innovation et la productivité. Franchement, je crois que vous venez de nous donner envie d'en avoir davantage.

[01:26:51 Caroline Pitfield apparaît en plein écran.] Texte superposé à l'écran : Caroline Pitfield, Membre-cadre du corps professoral, École de la fonction publique du Canada.]

Caroline Pitfield : Et à cet égard, je voudrais inviter ceux et celles d'entre nous qui nous regardent, qui nous regardent aujourd'hui, à continuer à suivre le travail de Shiri, en particulier avec l'École au cours de l'année à venir à peu près, et celui de la chercheuse invitée Jocelyne Bourgon. Vous aurez plusieurs occasions de l'entendre davantage au cours de son mandat et à l'occasion d'événements et de discussions futurs.

Je tiens à tous vous remercier encore une fois. Merci, Catherine. Merci, Richard. Et merci, Shiri, pour cette belle conversation. Merci.

Catherine Beaudry : Eh bien, merci de nous avoir reçus.

Caroline Pitfield : Oui. Et merci à l'auditoire de s'être joint à nous aujourd'hui et d'avoir posé des questions vraiment intéressantes.

[01:27:24 Le logo animé de l'EFPC apparaît à l'écran. Texte à l'écran : canada.ca/school-ecole.]

[01:27:29 Le mot-symbole du gouvernement du Canada s'affiche à l'écran.]

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