Transcription
Transcription : Journée nationale de la vérité et de la réconciliation 2025 : Faire avancer la réconciliation économique au moyen de l'innovation des Autochtones
[00:00:00 Logo animé de l'EFPC. Texte à l'écran : Bienvenue.]
[00:03:20 Texte à l'écran : Avis de contenu. Cet événement comprendra des discussions qui pourraient aborder des sujets sensibles ou émotionnellement difficiles. Si vous êtes un employé du gouvernement du Canada, un soutien confidentiel est offert par le Programme d'aide aux employés (PAE).
Pour le grand public, un soutien immédiat en santé mentale est offert par la Ligne d'aide 988 (composez ou textez le 988, disponible 24 h sur 24, 7 jours sur 7, partout au pays). Les participants autochtones sont invités à utiliser la Ligne d'écoute Espoir pour le mieux-être, qui offre du soutien psychologique culturellement adaptés, 24 h sur 24, 7 jours sur 7 : 1-855-242-3310.]
[00:00:58 Une série d'images d'activités culturelles autochtones défilent rapidement, comme les pages d'un livre, et se terminent par un logo et un texte à l'écran : Journée nationale de la vérité et de la réconciliation 2025.]
[00:01:11 Nathalie Laviades Jodouin apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Vice-présidente principale aux opérations du secteur public et à l'inclusion, École de la fonction publique du Canada]
Nathalie Laviades Jodouin : Bonjour et bienvenue à l'événement d'aujourd'hui. Je m'appelle Nathalie Laviades Jodouin, et je suis vice-présidente principale des Opérations du secteur public et de l'inclusion à l'École de la fonction publique du Canada. Mes pronoms sont she, her, elle.
Nous nous rassemblons aujourd'hui à l'occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, une journée commémorative célébrée au Canada le 30 septembre de chaque année. Il s'agit d'une occasion de rendre hommage aux survivant·e·s des pensionnats autochtones et à leurs familles, ainsi qu'à reconnaître les répercussions durables du système des pensionnats sur les communautés autochtones partout au Canada.
Cette année, la thématique met l'accent sur la promotion de la réconciliation économique par l'innovation autochtone, en partenariat avec le Centre national pour la vérité et la réconciliation et Emploi et Développement social Canada.
Avant d'aller plus loin, je tiens à souligner que je me trouve aujourd'hui à Ottawa sur le territoire non cédé du peuple Anishinaabe Algonquin. Je reconnais que certains et certaines d'entre vous nous rejoignez de diverses régions du pays; chacun d'entre nous sur des territoires autochtones distincts. Je vous invite à faire une pause et à réfléchir à l'histoire profonde de ces terres et de ces peuples. Nous sommes reconnaissants de pouvoir vivre, travailler et apprendre sur ces territoires. Je vous encourage à honorer les traités et les accords historiques avec les peuples autochtones et à reconnaitre et respecter leurs contributions continues au Canada.
Reconnaitre le territoire, c'est reconnaitre et respecter les peuples autochtones; c'est reconnaitre leur présence tant dans le passé que dans le présent et à l'avenir. La reconnaissance et le respect sont des éléments essentiels à l'établissement de relations saines et réciproques. Ces relations sont la clé de la réconciliation.
Notre objectif pour la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation de cette année est de réfléchir non seulement au passé, mais aussi aux chemins qui se tracent vers un avenir plus inclusif. Au cours des deux prochaines heures, nous explorerons l'évolution du paysage de la réconciliation économique, en mettant l'accent sur la souveraineté des données autochtones, l'inclusion numérique et des initiatives telles que le Programme d'apprentissage en TI pour les personnes autochtones d'EDSC, qui favorisent des possibilités d'emploi significatives et augmentent la participation autochtone à l'économie numérique.
Sans plus tarder, commençons la séance d'aujourd'hui et j'espère qu'elle sera pour vous à la fois enrichissante et inspirante.
[00:03:49 Texte à l'écran : Mots d'ouverture de l'aînée Verna McGregor. L'aîné Verna est issue de la communauté algonquine de Kitigan Zibi Anishinabeg. Elle est profondément enracinée dans sa communauté et sa Nation en tant que membre du groupe des grands-mères traditionnelles (Ko-ko-mi-sag) et des aînés. Leur rôle consiste notamment à promouvoir la préservation de la langue et de la culture algonquines.]
[00:04:22 L'aînée Verna McGregor apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Aînée algonquienne.]
L'aînée Verna McGregor : <En langue autochtone> Bonjour à tout le monde.Bonjour toutes et tous. Aujourd'hui… Mon nom est Verna McGregor. Je m'appelle Verna McGregor. Verna <langue autochtone>. Je suis honorée d'être ici aujourd'hui parce que dix ans se sont déjà écoulés depuis la publication du rapport de la Commission de Vérité et Réconciliation — et nous y voilà. Le thème d'aujourd'hui porte sur l'avancement de la réconciliation économique. Mon parcours est lié au développement économique.
Et il y a parfois différentes façons de comprendre ce que signifie réellement ce développement économique. Et cette compréhension remonte jusqu'à nos récits de création, qui parlent de la responsabilité que nous avons envers la Terre. Je parle souvent aussi de cette prophétie des quatre couleurs de l'humanité, qui nous rappelle que nous avons tous et toutes reçu, à l'origine, les instructions de prendre soin de cette Terre.
L'un des récits nous enseigne que le peuple de la Terre rouge est porteur du rappel de nos rôles originels. Et je crois qu'une partie de la réconciliation consiste à raviver cette compréhension aujourd'hui, en plus de reconnaître ce qui a été fait ici, au fil de l'histoire, aux Premières Nations, aux Inuit et aux Métis. Je pense que c'est une belle base pour la discussion, et j'ai hâte à nos échanges d'aujourd'hui.
Je vais maintenant dire une courte prière d'ouverture. J'ai mon tabac avec moi, et ce que je fais, c'est que je l'offre au feu sacré ou à l'eau — c'est notre lien entre le monde physique et le monde invisible. Et le monde invisible honore aussi les enfants et les survivant·e·s qui sont passé·e·s dans le monde des esprits, afin de leur rendre hommage. Miigwech.
<Langue autochtone>.
Encore une fois, je dis miigwech quatre fois pour honorer les quatre directions, les quatre saisons et les quatre étapes de la vie. L'un des enseignements, alors que nous parlons de réconciliation économique, est que le développement économique — et la réconciliation elle-même — va plus en profondeur. Ce n'est pas seulement au sujet de ce qui a été fait aux premiers peuples, mais aussi de ce que nous, en tant qu'êtres humains, avons fait à la Terre et aux autres nations — celles qui volent, celles qui marchent à quatre pattes, celles qui rampent, ainsi qu'aux arbres. C'est encore une fois cet esprit de réconciliation qui nous guide. Et je crois que c'est pour cela que ces discussions sont si importantes. Miigwech, tout le monde. <Langue autochtone>.
[00:08:50 Texte à l'écran : Remarques de la sous-ministre de Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada, Valerie Gideon.]
[00:08:59 Valerie Gideon apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Valerie Gideon, sous-ministre, Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada.]
Valerie Gideon : Bonjour, je vous parle depuis le territoire traditionnel non cédé et non soumis du peuple algonquin anichinabé. Je tiens à vous remercier de me donner l'occasion de dire quelques mots et de prendre le temps de reconnaître l'importance de cette journée nationale.
J'ai consacré toute ma vie à défendre l'importance, pour le Canada, de reconnaître non seulement son histoire et toutes les difficultés liées à la relation entre les peuples autochtones et les autres Canadien·ne·s, mais aussi à plaider en faveur du changement, de la transformation, du progrès et de la réconciliation.
Je suis heureuse de dire qu'à 50 ans, j'ai pu constater des progrès — mais il m'est aussi arrivé d'être impatiente, car j'aurais voulu que les choses avancent plus rapidement. Des événements comme celui d'aujourd'hui sont essentiels pour mobiliser davantage d'allié·e·s et de soutiens, et pour donner plus de poids aux voix des peuples autochtones à travers le pays : les survivant·e·s, leurs familles et leurs communautés, afin que ces personnes aient également la possibilité de défendre ce qui leur tient à cœur. Je suis sous-ministre dans la fonction publique fédérale, et j'ai donc le privilège, chaque jour, de pouvoir exercer une certaine influence sur les décisions fondamentales du gouvernement.
Mais quel que soit le rôle que l'on joue — que l'on soit dans la fonction publique ou que l'on travaille au sein de la communauté à mener de beaux projets — la voix de chacun·e est tout aussi cruciale et importante, et elle doit continuer à se faire entendre.
Au niveau de la fonction publique on a une responsabilisation, on a une imputabilité de s'assurer qu'on va maintenir le progrès, qu'on continue à avoir du jour à jour pour les générations à venir. Ça prend beaucoup de patience, ça prend de la résilience, ça prend de la passion, ça prend énormément de cœur et d'humanité. Mais ensemble j'ai vu qu'on peut travailler pour avoir vraiment des nouvelles approches au sein de la fonction publique ainsi qu'à l'extérieur de la fonction publique.
Nous sommes un exemple pour les Canadiens. Si on n'est pas capable d'être efficace dans notre approche à la réconciliation au sein de la fonction publique, on ne peut pas s'attendre à ce que d'autres, dans d'autres secteurs, dans d'autres domaines, le soient. Je suis tellement fière que quand je vois mes filles qui sont membres de la nation de Gesgapegiag et moi-même de la province du Québec, quand je les vois aller à l'école, porter leur chandail orange, comme je porte aujourd'hui, et être fières de pouvoir dire, dans un milieu urbain, elles ne sont pas en communauté autochtone dans leur école, de pouvoir vraiment parler de l'histoire de leur famille, de l'histoire de leur communauté. Ça c'est quelque chose que moi je n'ai pas vécu quand j'étais jeune.
Donc je vous remercie encore une fois de prendre le temps de participer à des événements. Je sais que vous parlez de l'économie; je sais que vous parlez des grandes priorités du gouvernement au sein d'avancer de grands projets, le côté numérique, toutes ces choses-là sont très importantes, mais la fondation est commune. Que l'on discute de n'importe quelle priorité ou de secteur, la fondation c'est notre relation; la fondation c'est la réconciliation. < Langage autochtone >.
[00:12:16 Texte à l'écran : Message de la directrice de l'Éducation et de la Programmation publique du Centre national pour la vérité et la réconciliation, Kaila Johnston.]
[00:12:26 Kaila Johnston apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Kaila Johnston, Directrice de l'Éducation et de la Programmation publique.]
Kaila Johnston : Hello, bonjour, bonjour, tansi. Je m'appelle Kaila Johnston et je suis Directrice de l'Éducation et de la Programmation publique du Centre national pour la vérité et la réconciliation (CNVR). Je suis très honorée de partager le message suivant au nom de la haute direction du CNVR.
Je tiens à remercier l'École de la fonction publique du Canada et EDSC d'avoir créé un espace pour cette conversation si importante. Le thématique de cette année, « Faire avancer la réconciliation économique au moyen de l'innovation des Autochtones », nous rappelle que la réconciliation ne consiste pas seulement à réfléchir au passé, mais aussi à façonner l'avenir. La réconciliation économique signifie garantir que les peuples autochtones aient accès aux outils, à la formation et aux possibilités nécessaires pour s'épanouir dans l'économie actuelle, de manière concrète et significative. Cela implique de s'attaquer aux obstacles systémiques tout en reconnaissant et en célébrant les savoirs, l'innovation et le leadership autochtones.
Au CNVR, nous savons que la souveraineté des données, l'inclusion numérique et la représentation dans le domaine des TI sont au cœur de ce travail. Les communautés autochtones doivent pouvoir assurer l'intendance de leurs propres données, protéger leurs histoires et leur patrimoine, et participer pleinement à l'économie numérique. Des programmes comme le Programme d'apprentissage en TI pour les peuples autochtones ne sont qu'un exemple de la manière dont la réconciliation peut se traduire par de véritables possibilités, des compétences concrètes et un changement réel.
À toutes les personnes qui participent à cet événement, merci beaucoup, thank you, <langue autochtone>, pour votre engagement envers la vérité et la réconciliation, et pour votre participation au travail pour un avenir où les peuples autochtones sont respectés, représentés et autonomisés dans tous les secteurs, y compris la technologie. <Langue autochtone> et merci.
[00:14:14 Texte à l'écran : Poème de Dennis Saddleman, Aîné de Coldwater, et pause-étirement. Dennis est né à Merritt, en Colombie-Britannique. Il vit dans une communauté appelée Coldwater. Il a fréquenté le pensionnat de Kamloops pendant 11 ans. La passion de Dennis est de partager ses histoires liées aux pensionnats et sa poésie. Malgré son expérience dans le système des pensionnats, Dennis est sobre depuis 45 ans.]
[00:14:53 L'aîné Dennis Saddleman apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Dennis Saddleman, Ainé et poète de la Première Nation Coldwater.]
Elder Dennis Saddleman : Vous marchez dans la rue. Vous rencontrez une personne intoxiquée sur le trottoir. Cette personne, un homme, n'a pas l'air bien. Il porte des vêtements sales et ne s'est pas lavé depuis des semaines. Parfois, il lui arrive de dormir dans la ruelle. Il a bu du Lysol. Il prend sa nourriture dans la benne à ordures. Vous vous demandez s'il a fréquenté un pensionnat autochtone.
La police arrête un conducteur en état d'ivresse. Le conducteur n'a ni permis de conduire ni assurance pour le véhicule. Le véhicule n'est pas sécuritaire : le pare-brise est fissuré, un phare est cassé et les pneus sont usés. Vous vous demandez s'il a fréquenté un pensionnat autochtone.
Un homme en difficulté tente de subvenir aux besoins de sa famille. Il postule un emploi. Il assiste à l'entretien d'embauche. Excusez-nous, nous ne pouvons pas vous embaucher. Vous n'avez pas de qualifications requises. On se demande si l'homme en difficulté a fréquenté un pensionnat autochtone.
Un homme se tient devant un·e juge. Cet homme ne sait pas comment être père. Il ne sait pas comment être un mari. Il a battu sa femme et l'a envoyée à l'hôpital. Le juge le condamne à une peine de prison. Il se demande si l'homme a fréquenté un pensionnat autochtone.
Et voilà un homme qui déteste aller à l'église. Il est en colère contre Dieu parce que Dieu ne l'avait pas protégé lorsqu'il a été victime d'abus sexuels. Il a tenté de se suicider. Il s'est poignardé dans les côtes et a tenu un fusil sous son menton. On se demande s'il a fréquenté un pensionnat autochtone.
Avez‑vous remarqué les survivant·e·s des pensionnats à travers le Canada? Ces personnes sont de moins en moins nombreuses. Un jour, il n'y aura plus de survivant·e·s des pensionnats. Je suis un survivant, mais je ne suis pas le seul. Nous avons quelque chose d'ancien en nous. Nous sommes les souvenirs silencieux de nos ancêtres. Nous sommes l'existence, et nous tirons notre vie de notre culture et de nos traditions. Nous racontions des histoires inédites. Certaines sont allées dans la tombe, d'autres se sont fait l'écho de la vérité.
Tuer l'Indien dans l'enfant. On ne peut pas tuer la résilience. On ne peut pas tuer l'esprit de détermination. Le bras de l'enfant serrera nos grands-mères et nos grands-pères. Nous chassons les rêves. Nous chassons la nuit. La vérité est difficile à trouver, difficile à poursuivre et difficile à saisir. Nous chassons les rêves.
L'avenir a faim de renaissance, de renaissance de chaque homme, de chaque femme, de chaque enfant. Nous avons toujours été là et nous sommes toujours là. L'éternité nous a ouvert ses portes. Nous étions sans limites dans les veines du temps. Nous avons vécu deux vies. Parfois, notre vie prenait un détour, et parfois notre vie reposait dans le fossé. Nous étions assis·es à la table où les miettes nous maintenaient en vie. La faim inondait nos assiettes. La faim chantait un chant vide.
On nous appelle un homme. On nous appelle une femme. Dans les chambres de notre enfance, nous étions au centre de l'attention. Allons-nous nous raconter des histoires? Il y a des milliers et des milliers de désirs qui veulent connaître les enfants derrière les portes closes. Allons-nous raconter des histoires où nos cicatrices font de nous des superhéros et superhéroïnes autochtones? Chaque enfant doit revenir à sa blessure avec une aiguille et du fil. Chaque enfant, oui, chaque enfant compte. Chaque enfant compte.
[00:19:20 Texte à l'écran : Examiner l'évolution du paysage de la réconciliation économique, en mettant en lumière la souveraineté des données autochtones et l'inclusion numérique.]
[00:19:30 Kyra De La Ronde apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Kyra De La Ronde, Coordinatrice du programme Beyond Borders, Fédération des Métis du Manitoba.]
Kyra De La Ronde : Bonjour tout le monde, et bienvenue à la première table ronde de notre événement d'aujourd'hui, consacrée à l'évolution du paysage de la réconciliation économique, en mettant en lumière la souveraineté et l'inclusion des données autochtones. Merci d'être parmi nous aujourd'hui.
Je m'appelle Kyra De La Ronde, je suis coordonnatrice du programme Beyond Borders pour la Fédération métisse du Manitoba, le gouvernement national des Métis de la Rivière-Rouge, et j'aurai le plaisir d'être votre modératrice pour cette séance. Avant de commencer notre discussion, j'ai l'honneur de vous présenter nos distingués intervenant·es invité·es.
[00:20:01 Écran partagé : Kyra De La Ronde, Jonathan Dewar et Dana Tizya-Tramm]
Kyra De La Ronde : Jonathan Dewar est le directeur général du Centre de gouvernance de l'information des Premières Nations. Et Dana Tizya-Tramm est directeur d'Arctic Circle Strategies, et président de la Commission scolaire des Premières Nations. Alors, commençons notre discussion. J'invite nos panélistes à s'exprimer dans la langue de leur choix.
Selon vous, qu'est-ce que la réconciliation économique, au fond? Et comment l'innovation et le leadership autochtones peuvent-ils contribuer à la faire avancer?
[00:20:34 Jonathan Dewar apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Jonathan Dewar, Directeur général, Centre de gouvernance de l'information des Premières Nations.]
Jonathan Dewar : Eh bien, avant de parler de toutes les façons positives dont on peut comprendre la réconciliation économique, je voulais d'abord commencer par quelques commentaires en guise d'avertissement.
Ayant travaillé pendant longtemps avec les survivant·es des pensionnats, et plus largement avec les peuples autochtones dans le domaine de la guérison et de la réconciliation, j'ai eu, au fil des années, une occasion incroyable — non seulement de réfléchir à ces concepts, mais surtout d'apprendre des autres. Apprendre ce que signifient vraiment la guérison et la réconciliation. Et bien sûr, au cœur de ces deux notions, il y a la vérité.
Alors, dix années se sont écoulées depuis la publication du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation, et, bien sûr, de ses Appels à l'action — dix ans déjà! Nous avons d'ailleurs célébré cet anniversaire cette semaine, même si, en réalité, les Appels à l'action eux-mêmes ont été lancés en juillet, il y a dix ans.
Donc, en s'appuyant sur toutes ces forces, sur tout ce travail accompli par tant de personnes — des communautés locales à nos dirigeant·es, jusqu'à la Commission elle-même et au-delà — nous avons aujourd'hui beaucoup de raisons de continuer à espérer, et de nombreuses pistes positives pour faire avancer cette conversation.
Mais mes remarques de prudence concernent surtout le moment où l'on commence à qualifier la réconciliation. Et vous m'entendrez sans doute répéter : toutes ces initiatives peuvent être positives, à condition qu'elles soient véritablement dirigées par les peuples autochtones eux-mêmes — par les Premières Nations, par la Nation métisse, et par les Inuits — et que leurs distinctions, leurs réalités propres, soient reconnues et respectées.
Je crois que c'est un thème qui va revenir souvent aujourd'hui : si les peuples autochtones sont aux commandes, s'ils définissent eux-mêmes les concepts et les façons d'avancer sur ces enjeux, alors, c'est là que réside la véritable force. C'est le point de départ. La réconciliation économique peut prendre de nombreuses formes positives. Mais dès qu'on commence à modifier le mot « réconciliation », il faut, je crois, faire preuve de prudence.
Alors, parlons de réconciliation économique : quel est l'impératif derrière ce terme? Quelle est la motivation qui nous pousse à le formuler ainsi — à parler précisément de la réconciliation économique? Eh bien, il n'est pas difficile de voir que c'est poussé par de nombreuses voix autochtones — depuis les communautés locales, jusqu'au secteur privé, et jusque dans les instances dirigeantes des Premières Nations, des Inuits et de la Nation métisse. Et ça, c'est une très bonne chose. Mais je crois qu'il faut aussi aborder cette question avec un peu de prudence.
Si c'est le gouvernement — surtout le gouvernement fédéral — qui choisit de présenter la réconciliation sous l'angle économique, alors, cela soulève forcément la question de la confiance. Les peuples autochtones ont-ils confiance dans cette idée d'axer la réconciliation sur l'économie, plutôt que sur d'autres dimensions?
Je pense qu'il est tout à fait légitime de se poser la question : dans le contexte économique incertain d'aujourd'hui, un gouvernement fédéral qui met l'accent sur la réconciliation économique est-il aussi capable de se concentrer sur les autres aspects essentiels de la réconciliation — la santé, les questions sociales, la justice — tous ces éléments indissociables d'une réconciliation véritable? La vérité se tisse essentiellement à travers ces choses.
Donc, si nous parvenons à atteindre cet espace de confiance, cette réconciliation économique n'est pas quelque chose qui diminue ou détourne l'attention de ce qui est important pour les peuples autochtones. Si les peuples autochtones dirigent un projet ou un axe dans le domaine du développement économique ou du bénéfice économique pour les communautés autochtones, et pour le Canada, et potentiellement pour nos voisins dans le monde entier, alors je pense que c'est extrêmement positif.
Je voudrais donc certainement cadrer mes commentaires initiaux de cette manière : la réconciliation économique, oui, il y a beaucoup de spécialistes ayant plus de qualifications que moi pour parler de ce domaine. Mais je tenais vraiment à commencer par ces commentaires.
Et ensuite, la deuxième partie de la question porte sur l'innovation et le leadership autochtones. J'ai déjà mentionné les initiatives « dirigées par les peuples autochtones », et c'est un point clé. L'innovation va absolument être un moteur dans certains aspects de ces éléments. Et je sais que Dana va probablement beaucoup parler de ce sujet. Je vais donc m'arrêter là et je serai heureux de revenir sur ces thèmes au fur et à mesure qu'ils seront abordés au cours de la conversation.
[00:25:00 Dana Tizya-Tramm apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Dana Tizya-Tramm, Directeur, Artic Circle Stratégies et président de la Commission scolaire des Premières Nations.]
Dana Tizya-Tramm : Je crois que je devrais formuler une réponse en deux volets. Les colonisateur·ices sont venu·es ici et ont extrait des fourrures, du bois, de l'or et d'autres ressources; ils ont pris ces matériaux et ces matières premières de nos terres pour construire des économies, des systèmes juridiques et des systèmes éducatifs qui ont complètement subordonné et aliéné les peuples autochtones.
Une chose que je dois dire, surtout à cette époque où le Canada émet encore plus de gaz à effet de serre — cette situation ne s'améliore pas même après la signature de l'Accord de Paris. Le fait même que les modèles occidentaux mesurent la richesse en produit intérieur brut et en profit contraste avec les cadres autochtones, qui mesurent la richesse en relations, en santé des terres, en continuité culturelle et en mieux-être intergénérationnel. Les peuples autochtones sont en réalité les véritables économistes, parce que nous ne détruisons pas nos environnements. Nous faisons fonctionner des systèmes parallèles.
Je veux donc être très clair : la réconciliation économique avec les Premières Nations n'est pas seulement un impératif légal et moral, c'est en fait la meilleure voie, pour nous en tant que Canadien·nes et pour le monde occidental, pour promouvoir et soutenir les véritables économistes, ceux et celles qui fondent leurs systèmes économiques sur le renforcement de nos terres, de notre eau et de nos communautés.
Cette solution ne vous sera pas vendue par les grandes entreprises. Elles ne vous vendront pas la souveraineté. Personne ne viendra nous sauver du changement climatique ou des économies mal conçues. La réconciliation économique avec les peuples autochtones est en réalité, selon moi, la prochaine étape pour la société.
Mais, malheureusement, toute forme de réconciliation économique avec les peuples autochtones au Canada doit être accompagnée d'une documentation éducative très, très détaillée, car nous faisons face au reste du Canada qui ne comprend pas les transferts de titres de terres en cours. Ils ne comprennent pas la Déclaration universelle sur les droits de la personne ni ce à quoi l'économie du Canada était censée ressembler lorsque nous avons signé les traités, ni les droits et titres autochtones.
En ce moment, nous avons réellement le risque de nous aliéner encore plus de la mentalité canadienne si la population n'est pas informée des droits et des accords que leurs représentant·es ont signés lors de la fondation du Canada. C'est une question très intéressante et une situation où tout le Canada a besoin que nous nous éduquions pour sortir de cet enjeu.
[00:27:48 Écran partagé : Kyra De La Ronde, Jonathan Dewar et Dana Tizya-Tramm]
Kyra De La Ronde : Merci beaucoup. Pourquoi la souveraineté des données autochtones est-elle essentielle à la réconciliation? Et quels risques ou quelles possibilités surviennent si les peuples autochtones ne sont pas au centre de la gouvernance des données?
[00:28:03 Dana Tizya-Tramm apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Dana Tizya-Tramm, Directeur, Arctic Circle Stratégies et président de la Commission scolaire des Premières Nations]
Dana Tizya-Tramm : Je vous remercie. Je dirais à ce sujet que la nouvelle frontière de la réconciliation économique se situe à l'ère numérique. La souveraineté des données autour de l'intelligence artificielle, des infrastructures informatiques et de l'environnement des données dans lequel nous entrons, tout comme la terre était la base de la richesse dans l'ancienne économie, les données sont la « terre » de la nouvelle économie. Si les nations ne possèdent pas leurs infrastructures ou leurs données, elles se retrouveront une fois de plus dépendantes.
Et cette réconciliation ne consiste pas seulement à réparer les erreurs du Canada. Il s'agit de montrer au monde une autre voie et des économies fondées sur la réciprocité, la durabilité et l'intendance responsable. Et je le sais, on peut consulter l'accord-cadre global et les autres traités modernes, où l'esprit et l'intention de ces documents visent à promouvoir de nouvelles relations avec les peuples autochtones.
Mais nous devons tracer une ligne ici : la souveraineté des données signifie également la dignité. Avoir la capacité de générer vos propres données et de les utiliser pour vos propres services sera la base de cette nouvelle économie à venir. Et tout ce que j'ai pu observer avec l'arrivée de l'intelligence artificielle illustre parfaitement le sommet du capitalisme aujourd'hui. Un capitalisme toxique qui érode notre souveraineté, qui érode notre capacité d'agir par nous-mêmes.
Lorsque nous créons des données avec les applications que nous utilisons sur nos téléphones, et que nous ne possédons ni l'infrastructure ni les données, nous sommes comparables à des serf·ves labourant les champs pour nos « seigneurs techno ». Ces grandes entreprises d'intelligence artificielle vont s'emparer de nos données et des autochtones, et elles vont créer des produits et des services à partir de nos propres données pour nous les revendre.
Et, comme je l'ai déjà dit, aucune entreprise ne va vous vendre la souveraineté. Aujourd'hui, il s'agit de mettre en place les infrastructures nécessaires pour commencer à protéger les données autochtones dès maintenant. De plus, il s'agit de garantir que les peuples autochtones disposent d'une pleine autonomie et d'une souveraineté complète sur ces données. Ce que je dis essentiellement, c'est que l'avenir est décentralisé, car nous entrons rapidement dans une ère où les programmes d'intelligence artificielle peuvent effectuer une grande partie du codage de ces applications pour nous.
Nous nous trouvons à un moment extraordinaire de l'histoire, à un point de convergence où les coûts abordable des infrastructures pour ces centres de données, ainsi que les technologies permettant leur utilisation durable — avec des applications autochtones de centres de données alimentés par des sources renouvelables et régis de manière éthique — notre approche démontre à quel point le reste du monde fait preuve de paresse dans son approche des centres de données qui extraient des ressources de la terre, qui endommagent les environnements et qui privent les communautés de leur pouvoir.
Il est très intéressant pour moi de constater qu'un domaine aussi avancé et innovant sur le plan technologique, repose en réalité sur des principes simples — ceux des communautés et des peuples autochtones — et que c'est la combinaison de ces principes avec la technologie qui crée un avenir véritablement viable, un avenir qui habilite les communautés et qui renforce la terre.
Mais rien de tout cela ne pourra se réaliser tant que se poursuivra l'intelligence artificielle telle qu'elle existe aujourd'hui, ainsi que l'économie toxique de la surveillance des données dans laquelle nous vivons — une économie où des centaines d'entreprises s'immiscent dans nos applications et les utilisent pour des raisons complètement différentes de celles qu'elles annoncent publiquement.
Il s'agit d'un champ totalement toxique, profondément colonial et capitaliste. Ce que nous voyons, c'est une évolution à grande vitesse d'un capitalisme toxique au sein d'un domaine pourtant présenté comme innovant — et ces entreprises en viennent déjà à détruire leurs propres supports. Nous voyons Internet se remplir de contenus artificiels produits par l'intelligence artificielle. Il s'agit ici de retrouver une forme de lucidité — une lucidité qui prend racine dans les sphères économiques, mais que nous pouvons cultiver et concrétiser dans nos communautés, grâce à des sources de revenus internationales fondées sur des pratiques éthiques en matière de données, et bien plus encore.
Si nous ne voulons pas continuer à reproduire les mêmes erreurs que celles commises dans notre poursuite du PIB et du modèle de la Silicon Valley — qui ont largement outrepassé les droits liés aux données et aux générations futures —, nous devons commencer dès maintenant. Et j'ai parlé avec des personnes partout dans le monde, et je vous le dis : je suis convaincu que ce sont les peuples autochtones qui ont la disposition naturelle pour travailler avec ces technologies dans un contexte intergénérationnel, un contexte qui apaise de nombreuses tendances capitalistes que nous observons aujourd'hui.
C'est une question éthique, une question morale, une question philosophique, mais aussi une question de pratique concrète dans les applications économiques et souveraines d'aujourd'hui. Cela pourrait bien être le plus grand enjeu auquel notre monde est confronté actuellement. Et je crois que ce sont les peuples autochtones qui maîtrisent le mieux la notion de souveraineté et qui, par extension, sont les mieux placés pour aborder la souveraineté des données. Les peuples autochtones sont beaucoup mieux positionnés pour faire face à cet enjeu que les communautés non autochtones, où la coordination entre les représentant·es publics et les communautés, en vue d'atteindre une véritable souveraineté des données, reste une conversation beaucoup plus nébuleuse et difficile à concrétiser.
[00:34:47 Jonathan Dewar apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Jonathan Dewar, Directeur général, Centre de gouvernance de l'information des Premières Nations]
Jonathan Dewar : Oui. C'est une question très intéressante. Bien sûr, la souveraineté des données découle de la souveraineté elle-même, n'est-ce pas? Ainsi, lorsque nous parlons de réconciliation, je crois que les conversations doivent absolument commencer par la ou les questions de souveraineté.
Et donc, au Canada, les distinctions sont vraiment importantes. Les Premières Nations, et leurs histoires ainsi que leur relation avec la Couronne — et bien sûr avec le Canada — présentent des similitudes à certains égards avec celles de la Nation métisse et des Inuits, mais elles sont aussi différentes. Je ne peux pas parler au nom de la Nation métisse ni des Inuits, mais en travaillant avec une organisation des Premières Nations à l'échelle nationale et avec des communautés partout au pays, je suis mieux placé pour parler de cette idée de la souveraineté des données des Premières Nations.
C'est formidable que l'expression « souveraineté des données » soit désormais d'un usage courant, mais cela comporte toujours un certain risque. La réconciliation, en soi, en est un très bon exemple.
Il y a vingt-cinq ans, seules de petites communautés de réflexion utilisaient le mot réconciliation. Mais ce n'est qu'avec les mouvements de guérison, en réaction aux pensionnats autochtones, que les choses ont véritablement commencé à se catalyser à travers le pays — menant, bien sûr, à la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, puis à la Commission de vérité et réconciliation, qui faisait partie intégrante de cette convention.
Ainsi, le fait que les Premières Nations ou les peuples autochtones aient dû poursuivre le Canada en justice pour obtenir des mesures, c'est quelque chose que nous connaissons bien, n'est-ce pas? Et c'est ce processus qui a mené à la convention de règlement. La Commission de vérité et réconciliation (CVR) faisait partie intégrante de l'accord de règlement. Donc, pour le meilleur ou pour le pire, quelle qu'ait été la voie empruntée pour y arriver, nous avons eu cette initiative majeure — une initiative largement dirigée par des personnes autochtones. Ainsi, la Commission de vérité et réconciliation, avec son mandat, a mené à bien son travail au fil des années, pour se conclure en 2015.
Mais cela ne signifie pas que c'était le seul espace où ces conversations existaient, car, bien sûr, il y avait aussi les travaux internationaux qui ont mené à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA). Et les peuples autochtones du Canada ont contribué de manière significative à ces discussions internationales.
Les États-nations — et le Canada faisait partie des quatre pays — ont été très, très lents à reconnaître et à adopter la DNUDPA. Mais cela a fini par se faire. Et je crois que beaucoup de personnes au Canada sont fières du travail qu'elles ont accompli pour soutenir le développement de cette initiative à l'échelle internationale. On trouve le concept de souveraineté des données au sein même de la DNUDPA, car il découle directement du principe de souveraineté.
Mais l'une des choses que les gens doivent vraiment comprendre sur le plan conceptuel, c'est qu'on entendra de plus en plus parler de souveraineté des données autochtones. C'est certainement un terme pertinent lorsqu'on parle à l'échelle internationale, dans une vision d'ensemble. Mais lorsqu'on aborde le contexte national, le contexte canadien, il faut vraiment mettre l'accent sur les Premières Nations, distinctes des Inuits, et sur les Inuits, distinct·es de la Nation métisse.
Et lorsqu'on parle des Premières Nations, il faut aller encore plus loin dans la distinction. Dana disait plus tôt que la dimension éducative est essentielle pour que les personnes puissent être réellement efficaces dans le cadre de la réconciliation économique — et c'est tout à fait juste. Si les gens ne comprennent pas ces complexités — à savoir qu'il faut passer de la terminologie générale autochtone à une compréhension du contexte national et des distinctions essentielles : Premières Nations, Inuits, Nation métisse —, alors il devient impossible de réellement avancer. Et, au sein même du contexte des Premières Nations, il faut reconnaître qu'il s'agit de nations souveraines, qui possèdent leurs propres visions du monde, leurs histoires et leurs façons d'aborder les choses. C'est à ce niveau que les décisions doivent être prises.
Ainsi, la relation nation à nation n'est pas une formule creuse. Elle est bien réelle. Je crois que nous devons reconnaître que c'est là l'élément vérité de la Vérité et Réconciliation : il faut admettre à quel point le Canada, historiquement — et encore aujourd'hui, dans une certaine mesure —, s'est véritablement positionné (ou non) dans des relations de nation à nation avec les Premières Nations.
Tout cela se trouve dans le rapport final de la CVR. C'est un fil conducteur à travers l'ensemble des Appels à l'action. Même si la composante économique des Appels à l'action de la CVR est relativement brève — du moins en nombre d'appels directement axés sur cet aspect —, elle s'articule autour d'un élément central : la DNUDPA. Et la DNUDPA fait désormais partie du droit canadien. Un plan d'action est en place.
Les Canadien·nes, en général, mais surtout les peuples autochtones et les fonctionnaires travaillant avec les peuples autochtones, ainsi que les personnes du secteur privé collaborant avec eux, doivent connaître la DNUDPA. Ces personnes doivent connaître le droit canadien, c'est-à-dire tant le droit fédéral que certaines lois provinciales, comme la loi sur la DNUDPA en Colombie-Britannique. Elles doivent connaître le Plan d'action. Elles doivent analyser et comprendre ces détails. Ainsi, avant d'aborder la question de la souveraineté des données, il est impossible de passer outre tous ces éléments contextuels.
Ainsi, si nous avons accompli tout ce travail et que nous en sommes à un point où nous parlons de la souveraineté des données autochtones, ou, aspect plus important encore, de la manière dont les peuples fondés sur des distinctions dans ce pays abordent la souveraineté de l'information en suivant leur propre souveraineté, alors cela devient véritablement essentiel à la réconciliation. Si nous ne plaçons pas la souveraineté des données autochtones au cœur de la réconciliation économique, ce que nous verrons, c'est la continuation, voire l'aggravation, de l'extraction. Ou, pour le dire franchement, du vol.
Je sais que nous allons parler de l'intelligence artificielle dans un instant. Dana y a déjà fait allusion, mais une IA dépourvue de cadre éthique sera simplement —comme une bombe nucléaire — capable de faire exploser le potentiel d'extraction et de vol d'informations véritablement cruciales. Des éléments qui sont au cœur de la culture, de la langue, des visions du monde et des modes de vie autochtones.
Ainsi, la souveraineté des données autochtones est, oui, absolument essentielle. Mais il faut reconnaître qu'il y a énormément de travail à accomplir avant de pouvoir engager une conversation significative autour de la théorie et de la pratique de la souveraineté des données.
Heureusement, il existe désormais des initiatives à l'échelle nationale, régionale et locale, notamment dans l'espace des Premières Nations. Mon organisation, le Centre de gouvernance de l'information des Premières Nations (CGIPN), a reçu un mandat pour opérer dans ce domaine de la part des instances dirigeantes à travers le pays. Et nous travaillons dans ce domaine avec les Premières Nations à travers le pays pour les aider à affirmer la souveraineté des données des Premières Nations. Ce sont les titulaires de droits qui font cette affirmation, et toutes les autres parties la respectent. Ainsi, je pense qu'il y a un volet éducatif nécessaire, comme l'a mentionné Dana.
Puis, lorsqu'on en arrive à la mise en œuvre concrète des pratiques de souveraineté des données, au niveau des relations de nation à nation, certains aspects doivent être résolus. Le régime canadien de gouvernance de l'information, tel qu'il existe, ainsi que ses lois et politiques, met l'accent sur l'individu. Bien sûr, les Premières Nations — et les peuples autochtones plus largement — ont toujours eu leurs propres systèmes juridiques, leurs propres façons de comprendre les droits des individus, mais aussi ceux des collectivités.
Lorsqu'on parle de titulaires de droits collectifs, notamment dans le contexte des Premières Nations où je travaille, il est essentiel de reconnaître les situations où c'est à une collectivité d'affirmer sa souveraineté sur l'information. Or, le droit canadien est inadéquat — s'il existe réellement — pour permettre l'affirmation de droits collectifs. Donc, si nous parlons de réconciliation, il reste encore à entreprendre des actions majeures qui bouleversent les paradigmes, des actions fondamentales et structurantes, pour lesquelles le Canada et les peuples autochtones doivent encore travailler ensemble.
Entre-temps, nous ne mettons pas tout sur pause en attendant de résoudre ces grandes questions. Nous travaillons à créer, de manière responsable, des systèmes dans lesquels les peuples autochtones peuvent affirmer leurs droits, et où le reste d'entre nous peut les respecter par notre travail au sein de ces systèmes.
Et c'est précisément le travail de mon organisation, aussi restreint soit-il. Il y a également des personnes qui œuvrent dans le secteur privé, et d'autres qui travaillent dans toutes sortes de domaines. Ce que je veux vraiment que les gens comprennent et retiennent, c'est qu'on ne peut pas outrepasser le travail de fond pour aller directement aux mots à la mode du moment. Les termes en vogue aujourd'hui doivent, espérons-le, être porteurs de sens parce qu'ils ont réellement du sens, et non simplement parce qu'ils sont utilisés comme des mots-clés tendance. Certainement, nous ne vous laisserons pas faire cela si vous travaillez avec nous.
Mais je pense que c'est là un message essentiel que le public de ce panel doit retenir. C'est un point clé pour tout le monde : si vous êtes un·e fonctionnaire travaillant dans les systèmes, vous avez un rôle à jouer. En tant que Canadien·ne, on vous a appelé·e à contribuer à faire progresser la réconciliation. Vous devez le faire avec respect et en harmonie avec les systèmes de reddition de comptes dans lesquels vous évoluez. Mais vous devez aussi faire entendre votre voix.
Et donc, si une formation ou une compréhension approfondie de ces éléments contextuels essentiels vous manque, vous devez l'exiger. Car le système ne peut pas vous permettre d'être efficace si celles et ceux qui ont l'autorité de construire de meilleurs systèmes — ou de les démanteler si nécessaire — n'entendent pas ce message et ne subissent pas la pression d'agir. Une élection ne suffit pas. C'est la défense continue de ces idées qui fait avancer les choses.
[00:45:03 Écran partagé : Kyra De La Ronde, Jonathan Dewar et Dana Tizya-Tramm]
Kyra De La Ronde : À mesure que les technologies, comme l'intelligence artificielle et les systèmes numériques, évoluent, comment les savoirs et les valeurs autochtones peuvent-ils orienter des approches plus éthiques et plus inclusives dans ce domaine?
[00:45:14 Dana Tizya-Tramm apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Dana Tizya-Tramm, Directeur, Artic Circle Stratégies et président de la Commission scolaire des Premières Nations.]
Dana Tizya-Tramm : Je vous remercie sincèrement pour cette question, et je ne vais pas me retenir sur celle-ci. Lorsque nous parlons de la manière dont les savoirs et les valeurs autochtones peuvent orienter des approches plus éthiques et plus inclusives de l'intelligence artificielle, je crois qu'il faut remonter jusqu'à la bifurcation épistémologique du chemin. L'épistémologie, c'est de savoir ce qu'est la vérité et comment savoir qu'elle est vraie.
Permettez-moi de donner un exemple : lorsque Hernández Cortés remontait par le détroit de Juan de Fuca et vers le territoire qui est aujourd'hui les États-Unis, il a rencontré un peuple dans la région du Dakota du Sud. Ce peuple menait une cérémonie communautaire. Toute la communauté s'était rassemblée en cercle, et au centre se trouvaient un panier et une arme. Les enfants pubères se tenaient aligné·es, et, un·e à la fois, ils et elles entraient dans le cercle pour choisir l'un des deux objets.
Si un jeune homme choisissait l'arme, cela montrait à la communauté que c'était une personne dotée de principes et de qualités — quelqu'un qui pourrait devenir un chef guerrier. S'il choisissait le panier, cela montrait que c'était un homme avec certaines qualités dites féminines — peut-être un guérisseur, ou quelqu'un qui fabriquait les armures et n'avait pas sa place sur les lignes de front de la guerre.
Si une jeune femme choisissait l'arme, cela montrait que c'était une femme forte, avec des qualités dites masculines — peut-être la cheffe de la communauté, celle qui organise et guide les autres. Et si cette jeune femme choisissait le panier, alors elle pouvait être nourrice, accompagnante à la naissance, ou occuper d'autres rôles de ce type.
Les Espagnols ont observé cette cérémonie — et, sans le savoir, ils ont reproduit le même geste. Ils ont planté un pieu dans le sol, y ont fixé un collier de fer, et ils ont repéré dans la communauté les personnes bispirituelles.
Ils les ont enfermées dans ce collier, rassemblé la communauté, et ont lâché sur elles des chiens de guerre, qui les ont déchiquetées devant tout le monde. Les Espagnols ont montré ces personnes du doigt et ont dit qu'elles étaient en abomination à Dieu. Que Dieu a créé l'homme, la femme et la famille.
Ce qui se joue ici, d'un point de vue sociologique — la psychologie des personnes au sein des groupes —, c'est qu'une société demandait aux individus : comment te définis-tu? Et on les intégrait dans le tissu de sa communauté et de sa société. Alors que l'autre société disait : peu importe comment tu t'identifies toi-même. Nous avons déjà prédéfini des rôles dans lesquels tu devras t'adapter pour servir l'avancement de nos monarchies. C'est une conversation philosophique fondamentalement différente.
Quand on vit dans une société où la seule mesure de ta valeur repose sur la voiture que tu conduis, sur le montant de ton compte en banque ou sur ton titre professionnel, cela n'a absolument rien à voir avec qui tu es réellement. Ainsi, lorsque nous parlons de ce que les peuples autochtones peuvent offrir et apporter à l'intelligence artificielle, ce que je dis, c'est qu'avant tout, la seule option véritablement offerte aux peuples autochtones, c'est d'obtenir leur propre infrastructure : leurs propres centres de données, petits ou grands, sur leurs terres, selon leurs lois. C'est cela, l'avenir. Parce qu'à partir du moment où vous commencez à conserver vos propres données, vous pouvez entraîner vos propres intelligences artificielles — plutôt que de donner ces données aux projets de Google, Gemini ou à d'autres systèmes d'IA semblables.
Et observez ce que les peuples autochtones vont créer avec ces technologies. À ce moment-là, peu importe si un projet industriel compte vingt-cinq mille pages de documentation. Disons plutôt vingt-cinq millions de pages. Cela n'a plus d'importance, parce que nous disposons désormais de systèmes d'intelligence artificielle capables d'analyser et de comprendre ces volumes d'information. Et une fois que nos peuples commenceront à utiliser des systèmes d'IA que nous avons conçus et entraînés nous-mêmes, nous aurons alors la puissance des deux mondes. Nous aurons les façons autochtones de savoir et d'être, soutenues par des technologies spirituelles et philosophiques qui renforcent la disposition humaine à travers la relation, la réciprocité et le respect : — entre les personnes, avec la Terre, et dans tout ce que nous faisons.
Et la beauté de ces trois « R » autochtones — relation, réciprocité, respect — c'est qu'ils ne relèvent pas de l'appropriation culturelle. Mais ces trois principes ne sont pas mis de l'avant dans les systèmes coloniaux, qui finissent par tuer ce que signifie réellement être un être humain. Je crois que ce sont les peuples autochtones qui peuvent aborder ces technologies non pas à partir d'un sentiment de manque, mais à partir d'un sentiment d'abondance; non pas dans une logique de compartimentation et de division, mais dans une logique de globalité et de plénitude.
Et je vois les peuples autochtones recontextualiser dès maintenant les projets industriels proposés. Nous pouvons appliquer la règle des sept générations. Nous pouvons mobiliser les données du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat — la plus grande cohésion scientifique au monde, avec plus de 6 700 scientifiques — et contextualiser ainsi chaque projet industriel selon ses répercussions intergénérationnelles.
En somme, l'intelligence artificielle va libérer les capacités académiques, juridiques, économiques et politiques qui vont amorcer la nouvelle architecture de notre société. Et tout cela ne viendra pas de ChatGPT. Cela ne viendra pas non plus de Gemini. Cela viendra des peuples autochtones qui auront l'infrastructure nécessaire pour contrôler leurs propres données et commencer à entraîner des systèmes d'intelligence artificielle fondés sur nos droits et titres territoriaux, sur nos visions du monde. Nous construirons des entreprises qui renforceront nos communautés à travers des responsabilités intergénérationnelles.
Ce que j'essaie de dire, c'est que je ne crois pas qu'il existe d'autres peuples sur Terre qui possèdent cette disposition philosophique aussi simple et profonde : celle de l'autonomisation communautaire et de la durabilité à long terme. Ce ne sont pas seulement des mots à la mode. Ce n'est rien de fou que de parler d'un retour à la durabilité. Et aujourd'hui, l'intelligence artificielle nous donnera la capacité d'agir sur la loi des sociétés — et non plus de la subir.
Je vois les communautés autochtones apporter bien plus que de la « valeur ajoutée » ou des postures éthiques : les peuples autochtones du Canada sont, au sein du Commonwealth, les peuples les plus souverains. Seules les populations autochtones possèdent des droits préexistants, qui constituent des structures bien plus sophistiquées en matière de propriété intellectuelle ou de souveraineté des données. Nous n'utilisons pas ces termes, mais les peuples autochtones démontrent, de manière intrinsèque, une compréhension beaucoup plus nuancée de la propriété intellectuelle et de la possession des données, comme l'ont exposé Jonathan et cette organisation remarquable, le CGIPN. Je recommande vivement de consulter leur site Web et de lire leur document de discussion sur l'incapacité du régime législatif canadien à soutenir la souveraineté des données autochtones.
Ce que je veux dire, c'est que l'intelligence artificielle, dans ses itérations actuelles, ne fera que renforcer les disparités en matière de richesse et de pouvoir. Elle ne pacifiera pas ces inégalités; elle va les accélérer et les concentrer. Imaginez un instant que vous soyez la seule personne à disposer de cette technologie d'intelligence artificielle et que vous puissiez la donner à une seule personne dans le monde. Nous savons ce qui se passerait si vous la donniez à Palantir, l'une des entreprises d'applications militaires en IA à la croissance la plus rapide en Amérique du Nord. Nous savons ce qui se passerait si vous la donniez au projet Gemini ou à OpenAI. Maintenant, imaginez confier l'intelligence artificielle aux peuples autochtones et à nos inclinations naturelles envers la relation, la réciprocité et le respect.
Mais ce que je vois arriver très rapidement, c'est qu'avec les peuples autochtones possédant et formant leurs propres systèmes, nous pourrons calibrer nos programmes d'intelligence artificielle autochtone pour la société moderne avec une précision incroyable. Je prévois un jour où les peuples autochtones utiliseront l'intelligence artificielle pour harmoniser la société moderne avec les principes de nos communautés, de nos terres et de nos eaux, et de nos peuples.
Je ne pense pas être dramatique en affirmant que ce sont les peuples autochtones qui ont la vision la plus saine des économies et de leur fonctionnement, une vision holistique où la diversité est une force. Et comme nous le savons grâce à la nature, la diversité est un pilier et la coopération est récompensée. Je crois donc que ce que je dis, c'est que ce sont les peuples autochtones qui devraient développer cette technologie, et non l'état actuel des choses que nous observons aujourd'hui.
Il y a beaucoup de bonnes choses à venir pour les peuples autochtones. Et cela repose sur les droits et titres de vos terres. Avec ces centres de données sur vos terres, vous pouvez légiférer et créer un degré de certitude, d'éthique et de transparence plus élevé que quiconque dans le Commonwealth britannique et en Amérique du Nord. Ce ne sont que les peuples autochtones, avec ces droits et ces titres, associés à cette technologie, qui peuvent aller aussi loin que l'imagination le permet.
Mais encore une fois, aucune autre entreprise ne vous vendra cela. Et si les peuples autochtones ne s'approprient pas cette technologie et ne commencent pas à innover, alors nous aurons un avenir rempli de Facebook et autres plateformes qui ne servent aucune communauté, qui désavantagent, et qui usurpent non seulement notre pouvoir de pensée et notre capacité d'organisation, mais aussi nos moyens financiers.
L'avenir ne réside pas dans ces modèles extractifs. Il réside dans des initiatives de base, ascendantes, décentralisées, portées par certaines des personnes les plus innovantes au monde : les peuples autochtones dans nos humbles communautés, qui travaillent à rendre l'avenir durable. Ce n'est pas le cas, dans cette mesure, dans une population urbaine comme celle de Toronto ou de Vancouver. Cela se passe dans nos villages, et l'intelligence artificielle va libérer le meilleur de nous-mêmes pour montrer au reste du monde quelque chose de différent.
[00:57:20 Écran partagé : Kyra De La Ronde, Jonathan Dewar et Dana Tizya-Tramm]
Kyra De La Ronde : Pour conclure, j'aimerais vous demander : qu'est-ce qui vous donne de l'espoir quant à l'avenir du leadership autochtone dans la transformation du paysage numérique et économique du Canada, et quelles actions notre public devrait-il entreprendre pour soutenir ce travail?
[00:57:35 Jonathan Dewar apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Jonathan Dewar, Directeur général, Centre de gouvernance de l'information des Premières Nations]
Jonathan Dewar : Oui, j'ai déjà fait allusion à certains éléments. L'une des choses qui me rendent vraiment plein d'espoir, c'est le leadership éclairé incroyable dont nous avons bénéficié au fil des années, et je pense que Dana en fait également preuve dans certaines de ses réponses. Nous avons donc cette capacité extraordinaire à… Et nous n'avons pas toujours disposé des espaces que nous avons aujourd'hui.
Certaines victoires ont été durement gagnées; il y a eu des collaborations difficiles, mais enrichissantes, voire de véritables développements conjoints au cours de la dernière décennie, des deux dernières décennies, en tout cas dans ma vie professionnelle. Je ne pense pas que ma mère ou ma grand-mère auraient pu imaginer que nous en serions là aujourd'hui en matière de relations humaines et partenariales. Et pourtant, il reste encore d'importants changements de paradigme à accomplir dans le contexte des relations de nation à nation. Le talent au sein des communautés autochtones est tout simplement remarquable.
Maintenant, bien sûr, la mise en garde — ou la nuance — concerne toujours la question suivante : comment donner de réelles occasions aux personnes? Comment s'assurer que les personnes, les communautés, les nations disposent des capacités et du capital nécessaires pour réaliser certaines de ces initiatives? Une grande partie de notre travail — en tout cas celui que nous menons dans le secteur sans but lucratif — dépend de la bonne volonté des gouvernements. Et donc, cette idée que les Premières Nations ont mise de l'avant dans le cadre de la définition des valeurs, c'est qu'elles ont elles-mêmes établi leurs priorités.
Il existe des stratégies nationales dans de nombreux domaines, y compris sur le plan économique. Les stratégies autochtones doivent être des stratégies canadiennes, n'est-ce pas? C'est impératif. L'époque où l'on ajoutait simplement une ligne ou deux à une stratégie canadienne pour faire une brève mention des questions autochtones est révolue. Si les peuples autochtones élaborent des stratégies, y investissent du temps et des ressources, alors ces stratégies doivent être au cœur même des stratégies canadiennes. Et c'est là qu'entre en jeu la dimension diplomatique ou politique de la relation.
Je pense que le fait d'avoir constaté des avancées positives au fil des années, tout en demeurant largement tributaires du bon vouloir des gouvernements — c'est-à-dire de leur volonté de voir nos priorités s'harmoniser avec les leurs —, représente un défi constant. Mais le leadership éclairé, la capacité de l'autorité formelle à faire avancer le travail à différents niveaux — diplomatique, politique, technique —, tout cela nous place dans une situation inédite. Et l'avenir pourrait être très, très prometteur si la bonne volonté concertée de toutes les parties se maintient — pas seulement du Canada, mais aussi des Canadien·ne·s.
Il est vraiment important d'avoir la possibilité d'influencer la vie politique de ce pays. Si vous avez des occasions de vous exprimer, qu'est-ce qui est important pour vous? La relation avec les peuples autochtones, la réparation des torts du passé, le respect véritable de l'honneur de la Couronne et des autres obligations, notamment celles issues des traités. Ce sont des éléments que les Canadien·ne·s devraient porter en eux, comme des flèches essentielles dans leur carquois, aux côtés de toutes les autres valeurs qui leur sont chères.
Alors, le défi que je lance à chacune et chacun, c'est de poursuivre ce travail si vous y contribuez déjà, et de vous joindre à nous si vous êtes en cheminement d'apprentissage vers cette compréhension. Et, comme le disait Dana, il existe une richesse de potentiel extraordinaire encore sous-exploitée dans les communautés autochtones. Nous devons simplement trouver la bonne équation. Beaucoup de belles choses sont en cours, mais il reste encore beaucoup de progrès à accomplir.
[01:01:16 Écran partagé : Kyra De La Ronde, Jonathan Dewar et Dana Tizya-Tramm]
Kyra De La Ronde : Merci beaucoup à tous les deux. Ceci conclut la discussion de ce panel.
[01:01:22 Kyra De La Ronde apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Kyra De La Ronde, Coordinatrice du programme Beyond Borders, Fédération des Métis du Manitoba.]
Kyra De La Ronde : Je tiens à remercier chaleureusement nos deux intervenants ainsi que vous toutes et tous, d'un bout à l'autre du Canada, pour votre participation et votre présence parmi nous aujourd'hui. J'espère que vous avez apprécié la discussion autant que moi, et je vous souhaite de continuer à profiter pleinement du reste de l'événement.
Je vous remercie encore. Merci. Merci.
[01:01:37 Texte à l'écran : Paroles de l'Aînée métisse, Jackie Mason. Jackie Mason est membre fondatrice de l'Anola Métis Local, où elle a occupé les postes de présidente et vice-présidente. En 2019, elle a eu l'honneur d'accepter le rôle d'Aînée de la communauté. Elle travaille à Agriculture et Agroalimentaire Canada depuis 1999 et y a occupé plusieurs postes de gestion, dont celui de directrice exécutive au sein de la Communauté nationale de gestion, où elle a appuyé les initiatives de l'Objectif 2020 et la gestion du rendement à l'échelle du gouvernement.]
[01:02:24 Jackie Mason apparaît en plein écran]
Jackie Mason : Bonjour. Bonjour, je suis Jackie Mason. Je suis une Métis de la rivière Rouge, je suis née et j'ai grandi dans la patrie historique des Métis et dans le territoire du Traité no 1. Mes deux parents étaient Métis — je dis étaient parce qu'ils sont tous les deux décédés. Je suis une descendante de Cuthbert Grant, que l'on a aussi appelé le chef des Métis et salué comme le fondateur de la Nation métisse. Aujourd'hui, je suis ici pour vous parler du Souvenir, de la Résilience et du Renouveau.
Quand je pense au Souvenir, je repense au début de cette année, où j'ai vécu le décès de ma mère et le deuil qui l'a suivi. Elle avait 94 ans, et cela a ravivé de nombreux souvenirs de notre vie ensemble et des épreuves que nous avons traversées en famille. Ma mère et mon père ont grandi dans la région de San Clara/Boggy Creek, malheureusement un milieu où le racisme était très présent. Quand quelqu'un vous traitait de Métis ou de Métisse, ce mot était utilisé comme une insulte. Ce n'était certainement pas un mot empreint d'affection.
Ma mère, qui avait la peau très claire, les cheveux blonds et les yeux verts, pouvait facilement passer pour une femme blanche — et c'est ce qu'elle a fait. Tout au long de sa vie, elle s'est présentée comme blanche. Mon père, quant à lui, avait les cheveux foncés, la peau mate, les yeux foncés — il me ressemblait beaucoup —, et il ne pouvait pas passer pour un homme blanc, ni ne l'a jamais fait au cours de sa vie. Mon père a grandi dans une famille de treize enfants. Mon grand-père, marqué par les effets de la colonisation, en a malheureusement été profondément blessé, et il a fini par maltraiter ses treize enfants. En conséquence, ils sont devenus alcooliques. Ma mère ne s'en est rendu compte qu'après son mariage. Elle avait compris que mon père était un homme merveilleux lorsqu'il ne buvait pas, mais que, lorsqu'il buvait, il devenait très violent.
Lorsque ma mère avait déjà quatre jeunes filles et qu'elle était enceinte de son dernier enfant, elle a vécu une soirée particulièrement violente. Après s'être remise de cette nuit-là, elle a compris qu'elle devait changer sa vie, qu'elle devait partir, nous emmener avec elle et trouver un lieu sûr. Et c'est ce qu'elle a fait. Enceinte, avec quatre petites filles à sa charge, ma mère a quitté mon père. Malheureusement, à cette époque, il n'existait aucun service de soutien pour les femmes quittant une relation violente — cela n'existait tout simplement pas —, alors ma mère a dû recourir à l'aide sociale. Elle n'avait aucune famille en ville. Elle était seule. Alors, elle a poursuivi son chemin : elle a obtenu de l'aide sociale, tout en sachant qu'un jour, elle devrait continuer à faire des changements pour pouvoir subvenir à nos besoins et offrir une belle vie à ses filles.
Quand ma sœur aînée a eu 12 ans, ma mère a pu retourner à l'école pour obtenir sa formation générale. Ma mère est née en 1930, pendant la Dépression. Mon grand-père l'avait retirée de l'école alors qu'elle était en sixième année, en lui disant qu'elle n'avait pas besoin d'éducation pour apprendre à changer des couches et à gérer une maison. Ainsi, ma mère n'avait qu'une éducation de niveau de sixième année. Mais elle savait que, si elle voulait espérer avoir un bon revenu ou une carrière, elle devait retourner à l'école et obtenir sa formation générale.
C'est ce qu'elle a fait. Elle allait à l'école le soir, pendant que ma sœur s'occupait de nous, et elle a fini par décrocher son attestation. Elle a tellement bien réussi qu'on lui a même offert un poste d'enseignante là où elle avait passé son examen — ce qu'elle a finalement choisi de ne pas faire. Mais sa vie a changé : ma mère a réussi à décrocher un emploi stable pour nous soutenir, et nous avons pu quitter l'aide sociale.
J'ai grandi sans père, mais ce que j'ai appris de ma mère, c'est la force et la résilience. J'ai appris que j'avais en moi la force nécessaire pour surmonter n'importe quel défi que la vie pouvait m'imposer. Ma mère était une femme très forte. Elle a appris toute seule à tricoter, à crocheter et à réparer nos meubles. Quand nous vivions de l'aide sociale, ma mère recevait souvent des dons de vêtements. Elle prenait ces vêtements, les démontait, fabriquait des patrons de couture avec des papiers journaux, puis les recousait à la mode du jour, pour qu'ils paraissent neufs pour nous.
Je n'ai jamais su, quand j'étais jeune, que j'avais grandi grâce à l'aide sociale. Je ne savais pas ce que c'était. Mais c'est intéressant… Je n'avais jamais réfléchi non plus au fait de ne pas avoir de père, jusqu'à mon arrivée au secondaire, lorsqu'une fille de l'école m'a dit : « Tu n'as pas de père, hein? Tu ne parles jamais de ton père. Tu ne parles que de ta mère ». Et c'est à ce moment-là que j'ai compris qu'elle avait raison. J'avais été élevée dans un foyer où il n'y avait qu'une mère. J'ai eu la chance de grandir auprès d'une mère très forte, qui croyait profondément en la capacité de compter sur soi-même, de se prendre en main et d'affronter les défis que la vie nous présente.
En grandissant comme jeune fille métisse, j'ai subi beaucoup d'intimidation et de racisme — et cela s'est poursuivi même après mon entrée sur le marché du travail. Je suis devenue une personne très tenace, et j'ai appris que, lorsque la vie me faisait tomber, je devais simplement continuer à avancer, un pas à la fois. J'ai été extrêmement chanceuse dans ma vie : j'ai un mari qui me soutient pleinement <inaudible>.
Cette année, nous avons célébré nos 50 ans de mariage. C'est grâce à la force et à la résilience que ma mère m'a transmises que j'ai pu bâtir la vie que je mène aujourd'hui, et trouver en moi la capacité de continuer à aller de l'avant.
En travaillant au sein du gouvernement fédéral — où j'ai œuvré pendant près de 39 ans —, j'ai constaté que le racisme et l'intimidation y existent bel et bien, qu'ils y sont encore bien présents. Il est vraiment important, en tant que personne autochtone, de pouvoir trouver les soutiens nécessaires pour réussir à s'épanouir au travail. J'ai eu la chance, dans ma carrière, d'avoir d'excellents collègues, et de pouvoir faire beaucoup de travail de représentation et de défense des droits au sein de la communauté autochtone.
J'ai pu contribuer à des changements concrets, notamment dans un des ministères où j'ai travaillé, pour améliorer la situation de plusieurs employé·e·s autochtones. J'ai également pu trouver des allié·e·s extrêmement solides au sein des communautés non autochtones de mon milieu de travail. En trouvant ces collègues et ces personnes alliées, j'ai pu compter sur elles pour me soutenir, pour m'aider à surmonter certaines épreuves, et également pour contribuer à provoquer des changements.
Et lorsque nous parlons de… de la résilience et de la raison pour laquelle … Quand on parle des Métis, on évoque souvent la résilience des Métis et comment c'est grâce à cette résilience, ainsi qu'à celle de nos ancêtres, que la communauté métisse, nos cultures et nos traditions ont survécu. Cela nous permet aujourd'hui de pouvoir dire : « Je suis une Métisse fière ». Et il est tout à fait légitime pour moi de le dire dans mon milieu professionnel, dans ma vie familiale, au sein de mes communautés, ou dans toute organisation à laquelle j'appartiens ou je me joins. Je n'ai plus besoin de cacher qui je suis ni ce que représentent mes cultures et mes traditions.
Ma famille, heureusement, a grandi dans et a vraiment accepté les cultures et traditions métisses, tout comme mes petits-enfants. Je suis très fière et très reconnaissante que nos leaders autochtones, et nos leaders métis en particulier, aient ouvert la voie pour nous, aient fait la différence et se soient battus pour notre reconnaissance.
Quand on parle de renouveau, pour moi, c'est un processus continu, que ce soit dans ma vie personnelle, ma spiritualité, ma famille, ma carrière, et maintenant ma retraite. J'ai dû apprendre à ne pas être trop dure envers moi-même et à ne pas prendre à cœur les paroles des autres. Avoir une carrière au sein du gouvernement fédéral m'a offert de nombreuses possibilités et m'a permis de travailler dans plusieurs ministères différents.
J'ai également appris qu'il était essentiel de trouver, encore une fois, des collègues et des allié·e·s qui pouvaient me soutenir pendant que je travaillais dans ces ministères. Cela est devenu extrêmement important, car souvent, lorsqu'on occupe des postes de gestion ou de direction, on n'a pas forcément le même réseau de collègues sur lequel s'appuyer pour obtenir du soutien. Il était donc vraiment essentiel pour moi de trouver ces collègues et ces allié·e·s afin de m'aider, mais aussi de soutenir le travail que je faisais.
Parce que, lorsqu'on parle de changer la culture au sein d'un ministère, ce changement ne se produit pas du jour au lendemain. Cela prend du temps, et nous travaillons toujours à atteindre cet objectif.
Il y a encore de nombreuses personnes autochtones extraordinaires au sein du gouvernement fédéral qui s'efforcent d'apporter des changements, qui continuent d'avancer et qui contribuent à renouveler le gouvernement fédéral dans son ensemble, afin qu'il soit plus inclusif et plus favorables aux personnes autochtones actuelles, ainsi que pour les futures générations de personnes autochtones souhaitant travailler au sein du gouvernement fédéral.
Encore une fois, c'est difficile lorsque l'on doit composer avec le racisme et l'intimidation, en plus de tous les autres défis que l'on rencontre dans son milieu de travail. Mais lorsque cela s'ajoute à la liste, cela peut devenir très lourd. Il faut alors se concentrer sur les aspects positifs. Et il faut se renouveler régulièrement pour pouvoir continuer à avancer et à travailler; il faut parfois recentrer sa pensée.
Parfois, il s'agit simplement de prendre du recul pour pouvoir se reconnecter. Pour moi, et pour beaucoup de mes collègues, il s'agit de renouer avec la Terre-Mère, par le fait de revenir à la nature pour renouveler notre esprit. Cela nous aide à nous ressourcer afin de pouvoir continuer à effectuer le travail que nous faisons.
J'ai appris à accepter ma différence. J'ai appris à être fière de qui je suis, et j'ai appris à être très fière d'être métisse. Je savais que je voulais réussir, pour moi-même, pour mon mari et pour ma famille.
[01:14:44 Texte à l'écran : Jackie Mason, Aînée métisse.]
Jackie Mason : Lors d'échec à des concours pour obtenir un poste — et croyez-moi, dans la fonction publique fédérale, lorsque vous tentez de gravir les échelons, vous passez de très nombreux concours si tel est votre choix — j'ai dû apprendre à accepter ce processus. J'ai eu beaucoup de succès dans certains concours, et j'ai échoué dans d'autres. Lorsque j'ai échoué à un concours, j'ai dû comprendre ce processus et réaliser finalement que, parfois, je n'avais aucun contrôle sur le résultat. Parfois, cela n'avait rien à voir avec moi; et parfois, le processus était prédéterminé dès le départ, et peu importait ce que je disais, faisais ou comment je me comportais, cela n'aurait pas changé le résultat. J'ai donc dû apprendre à accepter cette situation. J'ai dû accepter le fait que je peux échouer.
Mais je me suis aussi appuyée sur ma ténacité, j'ai continué à avancer, à postuler, à essayer de nouvelles choses. Et lorsqu'une possibilité m'était offerte, si elle m'intéressait vraiment, je l'acceptais et j'avançais. Parfois, cela signifiait avancer latéralement ou horizontalement, et pas seulement vers le haut.
La vie m'a mise au défi, avec des décès dans ma famille, des changements de carrière, la perte d'un·e ami·e, etc. J'ai dû puiser dans ma force intérieure, parfois me ressourcer, me recentrer, et m'appuyer sur les personnes qui me soutiennent. Ces soutiens positifs et bienveillants ont été essentiels et m'ont sauvée tout au long de mon parcours de vie.
Le travail de défense des droits m'a également donné de la force. Pouvoir parler aux gens, entendre leurs histoires, puis les aider à effectuer des changements ou les soutenir dans leur cheminement a été essentiel pour moi en tant que Métisse, et cela m'a aidée à grandir en tant qu'aînée. J'ai tellement appris au cours de ma vie et je continue d'apprendre chaque jour. Je continue à redonner à notre communauté, à mes collègues et à mes allié·e·s qui m'ont soutenue. Souvent, à la fin de la journée, je reçois plus que je ne donne. Miigwech.
[01:17:05 Texte à l'écran : Réflexion de la gardienne du savoir inuit, Monica Ittusardjuat. Monica Ittusardjuat est une gardienne du savoir inuit, éducatrice et défenseure de la langue inuktut originaire du Nunavut. Survivante des pensionnats, elle a consacré sa vie à la préservation et à la promotion de l'inuktut et de la culture inuite par l'éducation, le partage des récits et le leadership communautaire.]
[01:17:38 Monica Ittusardjuat apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Gardienne du savoir inuit.]
Monica Ittusardjuat : Bonjour, je m'appelle Monica Ittusadjuat. Je suis une survivante de trois pensionnats : un à Chesterfield Inlet, dans les Territoires du Nord-Ouest à l'époque, mais qui se trouve maintenant à Chesterfield Inlet, Nunavut; Churchill, au Manitoba; et Winnipeg. En fait, il y avait aussi un établissement à environ huit miles de Winnipeg, à St. Norbert. J'ai grandi les six premières années de ma vie dans un mode de vie de subsistance avec mes parents et mes proches, ensemble en hiver, vivant dans un igloo ou un qarmaq, une maison en tourbe, et allant d'un endroit à un autre selon la disponibilité de la nourriture. Puis, à l'âge de sept ans, j'ai été envoyée dans un pensionnat.
Je voudrais parler de la Journée de la Vérité et de la Réconciliation et dire la vérité. Cela fait partie de mon cheminement : raconter la vérité sur ce qui s'est passé dans les pensionnats, et plus généralement dans le système des pensionnats, et comment, selon moi, la réconciliation devrait se faire.
Il y avait une politique du gouvernement fédéral visant à « tuer l'Indien dans l'enfant », et je suis de la Première Nation Inuk, d'origine inuit. Je voudrais que les gens sachent que l'intention du gouvernement fédéral était un génocide : tuer l'Indien dans l'enfant. Pour moi, il s'agit d'un génocide. Le gouvernement fédéral est coupable d'avoir tenté de commettre un génocide.
Dans ma région, dans le Nord, nous avions une école dirigée par l'Église catholique des Oblats. Il y avait des élèves venant de différentes régions, ce qui correspond aujourd'hui à <langue inuktitut> de <langue inuktitut>, ainsi que de l'Arctique occidental et de l'Arctique central. Il y avait différents types de violences : physiques, émotionnels et culturels. J'ai écrit à ce sujet dans mon livre, The Scarf and the Butterfly, qui parle de mon expérience dans les pensionnats. J'y décris… Lors d'une séance de guérison, nous avons essayé de décrire l'enfant intérieur en nous.
Pour moi, c'était sombre. C'était comme une grotte sombre, venteuse, avec des yeux effrayants derrière moi. La personne qui me posait des questions, guidant le processus, m'a demandé : « Et à l'intérieur de toi, à quoi ça ressemble? ». Lorsque j'ai décrit ce que je ressentais, il a commencé à pleurer et à s'excuser, disant que c'est ce que la colonisation nous a fait. Elle nous a dépouillé·e·s de qui nous sommes et nous a placé·e·s dans un endroit où il ne reste rien de nous : ni Inuktitut, ni culture inuite, parce que nous n'étions pas autorisé·e·s à parler notre langue maternelle à l'école.
Quand j'ai lu cela peut-être une troisième ou quatrième fois, ça m'a fait réaliser que c'était le moment où j'ai compris que mon identité inuite avait été enlevée. Il m'a fallu des années pour la retrouver.
Eh bien, nous avons eu des excuses. Le premier ministre du Canada s'est excusé auprès des Premières Nations, des Métis et des Inuits qui ont fréquenté les pensionnats. Mais une des choses que je souhaite pour le Canada, c'est que tout le monde essaie d'enseigner à la société dominante ce qui s'est passé au Canada. Ce n'est pas quelque chose qui est arrivé uniquement à nous, survivant·e·s des pensionnats. C'est l'histoire de ce que le gouvernement canadien a fait aux Premières Nations, aux Métis et aux Inuits : nous dépouiller de notre identité et de notre langue.
Ce que j'aimerais également, c'est que davantage de financements soient accordés pour revitaliser notre langue, l'inuktitut, pour mon peuple. Excusez-moi. Et nous aider à faire face à nos dépendances, qu'elles soient liées aux drogues, à l'alcool, et ainsi de suite. Au Nunavut, il y a à peine un système de soutien pour ce genre de problématique, donc nous avons besoin d'aide.
Bien sûr, il y a eu des excuses et de nombreux Appels à l'action. Mais je souhaite que des actions concrètes soient mises en œuvre, pas seulement des paroles : qu'on passe réellement à l'action et qu'on tienne les promesses faites aux Inuits, Métis et Premières Nations du Canada.
[01:26:38 Texte à l'écran : Message d'une jeune autochtone, Sabryna Godbout, Nation Wendat. Sabryna Godbout est une jeune fière de la Nation Wendat (Wendake). Depuis son adolescence, elle s'engage à transmettre et partager la culture wendat avec les jeunes et la communauté.]
[01:27:06 Sabryna Godbout apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Sabryna Godbout. Coordonnatrice du soin aux ancêtres Nation huronne-wendat.]
Sabryna Godbout : < langue autochtone > Bonjour tout le monde. Je m'appelle Sabryna Godbout. Je suis Wendate et Québécoise. Je suis du Clan de la Tortue et je réside à Wendake. En fait, mon opinion sur la réconciliation, je suis souvent en train de me poser des questions : Qu'est-ce qui est bon ? Qu'est-ce qui est moins bon ? Donc ça se pourrait très bien que dans quelques mois, voire dans quelques années j'aie un tout autre discours. Puis je trouve ça tout le temps important de mentionner aussi aux gens que lorsque je parle, je parle à titre de Sabryna et non pas à l'ensemble de la communauté de Wendake. Je ne suis pas une représentante de la nation. Donc je pense que ça aussi c'est important dans le processus de réconciliation de prendre en compte que, oui, l'individualité, la collectivité mais on est aussi des individus au sein ma propre famille, au sein de ma communauté, de ma nation. Donc je parle vraiment en mon nom et non pas de l'ensemble de la nation Wendat.
Quand j'y repense, il y a quelques années, justement quand je faisais des vidéos sur la réconciliation, je me disais : Ah! Nous autres aussi, les Autochtones on a notre côté à faire; on a notre main à tendre. Puis finalement avec le temps, on dirait que mon discours change un petit peu. J'ai des réflexions. En fait, je n'aurais pas tant de réponses pour vous, qu'est-ce qu'est réellement la réconciliation. Peut-être plus des questionnements, des perspectives que je peux amener, sans amener de réponses.
En fait, moi, peut-être pour me décrire un peu plus : actuellement je travaille au Conseil de la Nation Wendat à titre de coordinatrice du soin aux ancêtres depuis mars 2025 et avant ça j'étais agente culturelle et responsable de la programmation culturelle, toujours pour le Conseil de la Nation au secteur Culture.
Donc j'ai eu à faire beaucoup de demandes de l'externe, surtout quand le 30 septembre arrivait, le mois de septembre, le premier; des demandes au nom de la réconciliation. En fait, des fois j'ai développé dans mon emploi une petite frustration quelquefois, parce que souvent on recevait des appels de gens d'une université, par exemple : Bonjour. Je suis en train de faire mon doctorat … et les gens ne se gênaient pas. Je dois faire, au nom de la réconciliation, j'ai le droit à des subventions supplémentaires mais pour ça, je dois impliquer un Autochtone. Je cherche quelqu'un.
Donc on venait plus instrumentaliser la personne autochtone dans ce cadre-là. Donc il y a de plus en plus cette montée-là d'instrumentalisation. Donc comment on peut faire dans nos actions pour ne pas tomber là-dedans non plus. Est-ce que vous avez de bonnes intentions, quand on approche les programmations pour notre intention, pour notre projet.
Donc, il y a tout ce volet-là collaboratif qu'il faut… Je crois qu'il faut faire attention. Parce que de notre côté ça devient toujours essoufflant. Quand c'est le premier septembre on commence à sursolliciter les Premières Nations qu'on connait. Aussi il y a des gens qui ressortent plus, on les voit davantage. Donc là on va avoir tendance à aller les voir pour poser des questions.
Mais je pense qu'il y a un cheminement à faire au niveau de la réconciliation. C'est un long processus, une relation de confiance qui ne se construit pas en deux minutes. C'est long de bâtir cette humilité culturelle-là qu'on a envers un autre peuple. Est-ce qu'on a des billets aussi de notre côté ? Donc il y a tout comme un processus à faire avant de dire : moi, je suis une alliée; moi je fais cela au nom de la réconciliation, tout ça.
Donc, j'encourage vraiment les gens en premier lieu, avant d'aller sursolliciter les Premières Nations; je pense que ça serait ça mon message, de s'informer en premier lieu dans les diverses ressources, par exemple, les événements; je pense à KWE, à la rencontre des peuples autochtones qui a lieu toujours au mois de juin; il y a l'organisme (CANA) qui a différentes ressources super intéressantes sur lesquelles les gens peuvent s'informer sur le nombre de nations autochtones, les langues parlées.
Donc, vraiment, avant d'aller faire ça, de s'informer en premier lieu. Il y a vraiment ça que je crois que ça fait partie du processus pour ensuite en venir à une création de pont. C'est vraiment la relation de confiance qui est super importante en milieu autochtone.
Donc ça serait ça mon message que j'ai à apporter aujourd'hui dans ma réflexion, dans mes nombreuses réflexions sans réponse mais un petit peu quand même. Donc voilà. Je vous invite à faire tout plein de rencontres, de dialogues, de rencontres mais à l'intérieur de soi aussi pour savoir si on est vraiment prêt à aller vers l'autre aussi.
Donc, bonnes rencontres! Je dirais que c'est ça que j'ai envie de dire.
[01:32:23 Texte à l'écran : Panel 2. Explorer la façon dont des initiatives telles que le Programme d'apprentissage en TI pour les personnes autochtones d'Emploi et Développement social Canada créent des possibilités d'emploi significatives et renforcent la participation autochtone à l'économie numérique.]
[01:32:36 Gina Wilson apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Gina Wilson, Sous-Ministre, Services aux Autochtones Canada.]
Gina Wilson : Bonjour, hello, <langue autochtone>, et bienvenue au deuxième panel de l'événement d'aujourd'hui, qui portera sur le Programme d'apprentissage en TI d'Emploi et Développement social Canada pour les peuples autochtones, un programme qui, en réalité, est pour nous tous et toutes, et qui crée de véritables possibilités d'emploi tout en renforçant la participation autochtone à l'économie numérique.
Merci de vous joindre à nous. Gina Wilson (inaudible). Je suis la sous-ministre de Services aux Autochtones Canada et je serai la modératrice de cette session. Je voudrais prendre un moment pour dire <Langue autochtone> aux aînés ainsi qu'aux artistes qui ont partagé aujourd'hui leur sagesse et leur incroyable talent avec nous. Je suis remplie de gratitude d'être ici avec vous aujourd'hui alors que nous nous réunissons pour réfléchir et apprendre sur la réconciliation et sur l'importance d'honorer les voix autochtones à l'occasion de la cinquième Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.
La fonction publique a été profondément façonnée par les voix et les vérités des survivant·e·s. Depuis ma jeunesse, et particulièrement durant mes années de travail avec des partenaires pour mettre en œuvre la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens, jusqu'au soutien à l'excuse du premier ministre adressée aux survivant·e·s des pensionnats et à leurs familles — le point culminant de ma carrière — et même aujourd'hui en contribuant au comité directeur du Monument national des pensionnats indiens sur la Colline du Parlement.
Des moments comme le discours d'excuse et la CVR ne sont pas seulement des événements historiques ou des jalons en matière de politique publique,
ce sont des Appels à l'action : à écouter, à apprendre et à changer. Écouter, apprendre et changer. Avant de passer à notre panel, je tiens à souligner qu'en tant que sous-ministre championne des employé·e·s autochtones de la fonction publique fédérale, c'est un véritable honneur de pouvoir écouter, apprendre et contribuer à révéler les obstacles systémiques auxquels les peuples autochtones font face pour rejoindre et prospérer au sein du plus grand employeur du Canada, la fonction publique fédérale.
En 2017, j'ai publié Unis dans la diversité : une voie vers la réconciliation, qui est devenu la stratégie pancanadienne visant à répondre à ces obstacles.
Le rapport a été élaboré à partir de la vision collective des fonctionnaires autochtones de tout le Canada. Veillons à ce que leur expérience vécue, leurs perspectives et leurs aspirations soient au cœur du processus. Le plan d'action traduit certains appels nationaux à l'action et une transformation dans le milieu de travail afin de faire de la fonction publique fédérale un lieu où les peuples autochtones seront non seulement bienvenus mais aussi valorisés. On estime que de réduire l'écart en matière d'éducation et d'emploi entre les peuples autochtones et le reste des Canadiens pourraient ajouter 27 milliards de dollars par année au produit intérieur brut.
En intégrant la réconciliation dans les opérations quotidiennes de la fonction publique, Unis dans la diversité, et ce qui deviendra bientôt Unis dans la diversité 2.0, ce rapport nous met véritablement au défi de dépasser les gestes symboliques et de prendre des mesures concrètes, significatives et mesurables pour favoriser l'inclusion.
Le programme d'apprentissage des technologies de l'information pour les populations autochtones a été décrit comme une pratique prometteuse dans Unis dans la diversité, et cette description est tout à fait juste. Un pur joyau de la fonction publique fédérale. Aujourd'hui, voir des initiatives comme le Programme d'apprentissage en TI pour les peuples autochtones prendre racine me remplit d'espoir et d'inspiration. Nos peuples ont été exclus de la révolution industrielle, mais la révolution numérique doit désormais les inclure, ainsi que nos communautés, comme leaders, innovateurs et participants à part entière dans la construction de notre avenir commun.
C'est un plaisir pour moi de réunir aujourd'hui une conversation avec un panel distingué d'intervenant·e·s invité·e·s et d'entendre leurs perspectives, en commençant par Paul Thompson, sous-ministre, Emploi et Développement social Canada, suivi de Dominic Rochon, dirigeant principal de l'information du Canada, Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, Namir Anani, président et chef de la direction du Conseil des technologies de l'information et des communications et Gary Patsey, Conseiller principal autochtone, Bureau des initiatives autochtones, Emploi et Développement social Canada.
Passons maintenant à notre panel.
[01:37:49 Écran partagé : Gina Wilson, Paul Thompson, Dominic Rochon, Namir Anani et Gary Patsey]
Gina Wilson : Alors, cher·ère·s collègues, je vais inviter chacune et chacun d'entre vous à réfléchir à une question. N'hésitez pas à répondre dans la langue officielle de votre choix. Nous allons commencer avec le sous-ministre Thompson.
Paul, pouvez-vous nous en dire davantage sur le Programme d'apprentissage en TI pour les peuples autochtones, dirigé par votre ministère?
[01:38:12 Paul Thompson apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Paul Thompson. Sous-Ministre de l'Emploi et du Développement social.]
Paul Thompson : Merci beaucoup, Gina, pour votre leadership et aussi pour vos mots d'ouverture et d'avoir ancré la conversation aujourd'hui autour des répartitions de la prise de mesures concrètes en faveur de la réconciliation. Ces événements nous donnent vraiment une occasion de réfléchir à ce que nous sommes en mesure de faire et parfois cela peut aussi vouloir dire faire les choses autrement.
En ce qui concerne le Programme d'apprentissage en TI, il a été largement inspiré par le rapport et l'initiative Unis dans la diversité, ainsi que par les travaux plus vastes de la Commission de vérité et réconciliation et ses Appels à l'action. Je suis très fier du travail qui a été accompli dans le cadre de ce programme, même si, personnellement, je ne peux pas vraiment en revendiquer le mérite. Le programme a été lancé avant mon arrivée au ministère, il y a deux ans. C'est une histoire véritable de leadership inspiré sur le terrain et d'un appui de la base à des idées profondément motivantes. James a beaucoup travaillé à l'élaboration d'une proposition dans ce domaine. Il a obtenu un financement par l'entremise du ministère pour lancer un petit projet pilote, qui a ensuite pris de l'ampleur. J'en dirai un peu plus à ce sujet dans un instant.
Mais d'abord, rappelons qu'Emploi et Développement social Canada est le ministère responsable du marché du travail au pays. Nous avons donc une place de choix pour observer les réalités et les enjeux de la main-d'œuvre. Nous voyons les inégalités qui y existent, les taux de participation, et ainsi de suite. Une étude récente sur la participation des personnes autochtones a révélé que, même si les peuples autochtones représentent 4,8 % de la population active, ils ne constituent que 1,4 % de la main-d'œuvre dans le secteur des technologies — une sous-représentation importante. Le gouvernement du Canada fait un peu mieux que cela, mais nous avons, nous aussi, un écart à combler.
C'est précisément l'objectif de cette initiative. Elle a commencé comme un projet pilote en 2020, afin d'explorer des parcours menant à l'emploi dans le domaine des technologies de l'information pour les personnes autochtones. Les premières étapes ont été couronnées de succès, et l'initiative a été élargie à l'ensemble du gouvernement en 2021. Il s'agit d'accroître la représentation, certes, mais je dirais que c'est encore plus que cela.
Quand je pense au travail que nous faisons à EDSC, il est essentiel que notre effectif reflète la population que nous servons — y compris dans le domaine des TI. Si nous voulons concevoir des produits et des services numériques, la présence de voix autochtones dans ce travail est absolument essentielle.
Je conclurai avec quelques faits concernant le programme et son fonctionnement. Il offre un apprentissage d'une durée de 24 mois, composé à 80 % de formation en milieu de travail et à 20 % d'apprentissage et de perfectionnement professionnel autodirigé — un modèle mixte, donc. Pour donner quelques chiffres d'ensemble : nous avons maintenant embauché près de 200 apprenti·e·s réparti·e·s dans 36 ministères fédéraux, et 58 participant·e·s ont obtenu leur diplôme avec succès. Parmi les participant·e·s, 31 % sont des femmes.
Un aspect particulièrement intéressant du programme est qu'il soutient la possibilité pour les employé·e·s autochtones de travailler et de demeurer dans leurs communautés. Le travail en TI se prête bien à un modèle hybride ou virtuel. Ainsi, 21 % des participant·e·s vivent et travaillent au sein de leur propre communauté.
J'en suis donc très fier. J'espère qu'il continuera à prospérer. Il a reçu une reconnaissance dans le rapport du greffier ainsi que dans d'autres documents, tels que l'Ambition numérique du Canada et les rapports sur l'équité en emploi. C'est un programme reconnu, et je suis vraiment fier de son impact.
[01:42:25 Écran partagé : Gina Wilson, Paul Thompson, Dominic Rochon, Namir Anani et Gary Patsey]
Gina Wilson : Maintenant, en reconnaissant que les peuples autochtones continuent de faire face à des obstacles à l'emploi, comment le programme a-t-il contribué à surmonter ces défis?
[01:42:45 Paul Thompson apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Paul Thompson. Sous-Ministre de l'Emploi et du Développement social.]
Paul Thompson : Tout d'abord, l'initiative a été conçue pour les Premières Nations, les Inuits et les Métis par eux et avec eux. Éliminer les obstacles à l'emploi dans la main d'œuvre des TI ou du gouvernement fédéral.
Le programme visait véritablement à intégrer les perspectives autochtones dans sa conception, à valoriser les expériences vécues, les savoirs communautaires, et à identifier des participant·e·s doté·e·s d'un grand potentiel et d'un engagement envers l'apprentissage.
Il intègre les visions du monde autochtone dans son approche pédagogique, axée sur l'apprentissage expérientiel, afin de favoriser à la fois les responsabilités individuelles et collectives. Le programme comporte également d'autres aspects intéressants : un cercle de soutien qui inclut des partenariats entre pairs, de l'observation en milieu de travail, du mentorat. Il comprend de nombreux éléments inspirés des apprentissages et des enseignements autochtones : cercles de partage, personnes facilitatrices du succès, et bien d'autres composantes. Je suis donc très fier non seulement du fait que le programme existe, mais aussi du fait qu'il ait intégré des perspectives autochtones dans sa conception même.
L'une des raisons pour lesquelles nous avons pu le faire, c'est que l'équipe qui pilote cette initiative est elle-même majoritairement autochtone : 80 % des membres de l'équipe s'identifient comme Autochtones. Ainsi, le programme se nourrit de ces perspectives à sa base. Cela permet de créer un environnement plus conscient des réalités culturelles et plus sécuritaire sur le plan culturel pour toutes les personnes participantes. Encore une fois, je suis vraiment fier de la conception du programme et de l'incidence qu'il a sur le terrain.
[01:44:20 Écran partagé : Gina Wilson, Paul Thompson, Dominic Rochon, Namir Anani et Gary Patsey]
Gina Wilson : À vous maintenant, M. Rochon, Dominic. Pouvez-vous nous parler de l'importance de la participation des peuples autochtones au sein de la main-d'œuvre numérique du gouvernement du Canada?
[01:44:34 Dominic Rochon apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Dominic Rochon. Dirigeant principal de l'information du Canada, Secrétariat Conseil du Trésor du Canada.]
Dominic Rochon : Merci beaucoup pour la question, Gina. Je pense que mes réponses ou ma réponse va complémenter un peu ce qu'on vient d'entendre du sous-ministre Thompson. En tant que dirigeant principal de l'information du Canada, je passe beaucoup de temps à réfléchir aux systèmes numériques, à la prestation de services et à la technologie — mais rien de tout cela n'a réellement d'importance si cela ne sert pas les personnes. Nous ne pouvons pas bien servir les gens si les voix, le leadership et les priorités autochtones ne sont pas pris en compte dans la façon dont nous soutenons, construisons, recrutons, concevons et livrons nos services.
La participation des peuples autochtones à la main-d'œuvre numérique du Canada n'est pas seulement importante — elle est essentielle. Les personnes autochtones apportent non seulement des compétences techniques cruciales, mais aussi des visions du monde, des expériences vécues et des approches de leadership qui nous aident à concevoir des services et à bâtir des systèmes plus inclusifs, plus justes et plus efficaces. Un gouvernement numérique qui ne tient pas compte des voix autochtones ne sert pas véritablement l'ensemble du pays.
Au cœur de mon rôle, et de notre travail dans l'ensemble du gouvernement numérique, se trouve la responsabilité d'attirer, de perfectionner, de fidéliser et de diriger une main-d'œuvre qui tient compte de la diversité, des valeurs et du potentiel de notre pays. Le leadership et les perspectives autochtones sont au fondement de cette mission et de l'avenir que nous construisons ensemble.
Le gouvernement du Canada s'est engagé à offrir des services qui répondent aux besoins de toutes les personnes à travers le pays. Pour cela, nous devons élargir la place accordée aux voix et aux priorités autochtones — non seulement dans les discussions stratégiques, mais aussi dans la manière dont nous concevons et livrons les services numériques au quotidien. Il s'agit d'un travail à long terme, mais c'est la seule façon de bâtir des services pertinents, dignes de confiance et véritablement adaptés aux communautés que nous servons.
Le Programme d'apprentissage en TI constitue un puissant exemple de ce à quoi cela ressemble concrètement. C'est un programme conçu par et pour les peuples autochtones, ancré dans le respect des communautés et de leur souveraineté. Il ouvre des portes non seulement vers l'emploi, mais aussi vers l'influence et la possibilité de façonner un gouvernement numérique qui témoigne de toute la diversité de notre pays. C'est bien plus qu'un simple programme de formation — c'est une étape vers la réconciliation.
Développé par, avec et pour les peuples autochtones, ce programme reconnaît l'importance des communautés, de la souveraineté et de la conception de systèmes qui éliminent les obstacles. Il valorise l'expérience de vie et le potentiel plutôt que les diplômes traditionnels, et il ouvre de véritables voies d'accès à l'économie numérique. En soutenant les apprenti·e·s et les diplômé·e·s autochtones pour qu'ils et elles puissent travailler depuis leurs communautés, le programme leur permet de demeurer profondément enraciné·e·s dans leur culture, tout en apportant des perspectives authentiques qui enrichissent le programme et son incidence. Il s'agit d'écouter attentivement, de donner de l'espace et de s'engager à long terme à bâtir une fonction publique où les personnes autochtones participent pleinement, s'épanouissent et exercent leur leadership.
En investissant dans les talents autochtones, nous ne faisons pas qu'accroître les compétences et la capacité numériques — nous affirmons aussi l'inclusion et le leadership des peuples autochtones dans la construction de l'avenir du gouvernement numérique. Le rythme du changement dans le monde numérique est incessant, et s'y adapter ne repose pas uniquement sur la technologie, mais avant tout sur les personnes. Cela exige de l'humilité, de l'ouverture et un véritable esprit de partenariat pour créer des systèmes qui servent tout le monde. En tant que dirigeant principal de l'information du Canada, je suis donc fier d'appuyer ce programme, qui répond à la norme de qualification équivalente du gouvernement du Canada pour le groupe professionnel des technologies de l'information. J'ai eu le privilège d'être témoin d'honneur lors de la plus récente cérémonie de remise des diplômes. Constater la résilience, le talent et la progression de ces apprenti·e·s a été à la fois puissant et profondément inspirant.
La mobilisation des apprenti·e·s ainsi que le soutien des organisations d'accueil, d'EDSC et de la communauté du numérique, démontrent tout ce qu'il est possible d'accomplir lorsque nous travaillons ensemble vers un changement réel et durable. En fin de compte, l'importance de la participation des peuples autochtones à la main-d'œuvre numérique du Canada ne peut être surestimée. Elle améliore nos services. Elle rend notre gouvernement plus fort. Elle nous aide à construire un avenir numérique qui illustre et respecte toute la diversité des personnes que nous servons.
J'encourage vivement tout le monde à envisager d'accueillir un·e apprenti·e et à soutenir la croissance continue et l'incidence de cette initiative importante. Car les perspectives autochtones ne se contentent pas d'améliorer notre façon de travailler : elles permettent d'obtenir de meilleurs résultats, que ce soit en matière de politiques, de prestation de services, de gouvernement numérique ou pour l'ensemble du pays. Merci.
[00:03:22 Écran partagé : Gina Wilson, Paul Thompson, Dominic Rochon, Namir Anani et Gary Patsey]
Gina Wilson : Alors. J'aimerais me tourner vers Namir maintenant. Je souhaite vous poser la question suivante : de quelle manière ce programme pourrait-il évoluer vers une transformation systémique?
[01:49:20 Namir Anani apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Namir Anani. Président et directeur général, Conseil des technologies de l'information et des communications.]
Namir Anani : Merci, sous-ministre Wilson, pour l'introduction, mais aussi pour la question. Je suis profondément honoré de participer à cette journée importante pour honorer les personnes survivantes des pensionnats, leurs familles et leurs communautés.
Merci, tout d'abord de m'avoir invité à participer à ce panel. Au nom du Conseil de technologie de l'information et des communications, je suis vraiment ravi de participer à cet échange sur un programme aussi novateur et important que le programme d'apprentissage en TI pour les peuples autochtones.
Si je réfléchis à mon propre engagement personnel en matière de réconciliation, et au rôle que mon organisation, le Conseil des technologies de l'information et des communications, peut jouer dans son mandat de promouvoir l'avantage numérique du Canada à l'échelle mondiale, mais aussi dans le cadre de notre rôle au sein du secteur privé canadien, je vois de nombreuses façons significatives dont nous pouvons contribuer, et dont l'industrie privée peut contribuer à cette perspective.
Si l'on se réfère à la Commission de vérité et réconciliation, qui a été mentionnée, l'Appel à l'action 92 a certainement défini de nombreuses façons concrètes pour l'industrie privée de participer à cet objectif, que ce soit par un recrutement inclusif, par le développement de partenariats respectueux avec les communautés autochtones, ou par l'intégration de mécanismes et de concepts dans la conduite de leurs activités, que ce soit dans le développement de logiciels, dans l'approvisionnement ou dans bien d'autres activités connexes.
Le secteur technologique en soi représente certainement une formidable possibilité de répondre à la réconciliation de manière générale. Si l'on s'inspire du Programme d'apprentissage en TI pour les peuples autochtones, on peut constater les parallèles et les possibilités créées. Mais ce n'est pas tout : il offre aux peuples autochtones la possibilité non seulement de réussir, mais aussi de diriger dans l'un des segments de l'économie canadienne à la croissance la plus rapide.
Il existe assurément une forte demande de talents dans ce domaine. Selon nos propres études, la demande de talents dans les trois dernières années seulement dans le secteur numérique ou technologique a dépassé celle de tous les autres secteurs par un rapport de 5:1, en particulier pour les petites et moyennes entreprises qui nécessitent les talents les plus qualifiés pour réussir dans les années à venir.
À mon avis, de tels programmes ne sont pas seulement un catalyseur : c'est un excellent incubateur pour le développement global des talents au Canada et devrait être considéré comme un pont dans cette dimension. Comme l'a souligné le sous-ministre Paul Thompson, un programme intensif de 24 mois formant aux domaines de la cybersécurité, de l'informatique en nuage, du développement logiciel et de l'analyse de données contribue grandement à permettre aux PME d'acquérir des talents immédiatement opérationnels, de se développer en taille et en portée, et de concurrencer non seulement à l'échelle nationale, mais aussi internationale. Mais en même temps, il offre également d'énormes possibilités aux peuples autochtones d'avoir une autonomie dans leur carrière et leurs perspectives, non seulement au sein du gouvernement, mais aussi dans le secteur privé.
En conclusion, lorsqu'on entend parler du programme et des discussions que nous avons eues avec l'industrie privée, les succès du programme parlent d'eux-mêmes. De tels programmes, par leur capacité non seulement pour le gouvernement, mais aussi pour leur transition vers le secteur privé, devraient, selon moi, non seulement être étendus et promus, mais aussi adoptés comme l'un des plus grands moteurs de réconciliation, d'innovation et de croissance économique inclusive.
[00:03:22 Écran partagé : Gina Wilson, Paul Thompson, Dominic Rochon, Namir Anani et Gary Patsey]
Gina Wilson : C'était génial. Gary, à vous de jouer. Quel impact ce programme a-t-il eu sur vous, personnellement ou au sein de votre organisation?
[01:53:45 Gary Patsey apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Gary Patsey, Conseiller technique de TI, Emploi et Développement social Canada.]
Gary Patsey : Merci, sous-ministre Wilson. Le programme est ce à quoi la réconciliation ressemble dans la pratique. Nous avons entendu le mot « réconciliation » dans de nombreux contextes. Nous avons appris que la réconciliation nécessite la reconnaissance. Trop souvent, la réconciliation peut sembler inatteignable. Elle peut créer de la peur, de la fatigue et un sentiment de culpabilité chez les non-Autochtones. Le regretté honorable Murray Sinclair, [langue autochtone] — protocole ojibwé lorsqu'on mentionne le nom d'une personne décédée — a capté l'essence de la difficulté d'atteindre la réconciliation lorsqu'il a partagé ses réflexions sur la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation en 2022.
Il a dit : « Lorsque je partageais le rapport de la CRV, je me suis rendu compte qu'arriver à la vérité était difficile, mais que parvenir à la réconciliation sera encore plus difficile ». Il a ajouté : « Nous ne demandons pas seulement aux gens de comprendre cette vérité et de l'accepter, mais nous les appelons également à reconnaître qu'avec cela sont venus des avantages et des privilèges désormais accordés à la population colonisatrice. Ces privilèges ont été obtenus à un coût énorme pour les peuples autochtones ».
Telles qu'elles sont présentées aujourd'hui, des initiatives comme le Programme d'apprentissage en TI pour les personnes autochtones démontrent que la réconciliation est un phénomène tangible. En raison des retombées de la colonisation, les peuples autochtones de nombreuses communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont subi des désavantages intergénérationnels tels que la dissociation de leur identité personnelle, de leur communauté, de leur langue, de leur culture et de leur famille, pour n'en citer que quelques-uns. Ces désavantages se manifestent dans des domaines tels que les suivants, mais sans s'y limiter : le statut socio-économique, le niveau d'éducation, l'accès à un emploi significatif, le logement et la santé.
À mesure que les peuples autochtones vivent ces désavantages, des symptômes comme la dépendance, les familles brisées, la violence familiale, l'éducation limitée, des soins de santé de qualité insuffisante et de nombreux autres facteurs rendent ces multiples défis apparemment insurmontables. Mais je suis ici pour dire qu'au cours des dernières années, j'ai eu l'honneur d'entendre d'innombrables histoires de la part des stagiaires et diplômés sur l'impact transformateur qu'un tel programme peut avoir.
De la fierté d'acheter une première maison, au fait de pouvoir participer à des activités culturelles et à des événements familiaux ou communautaires, jusqu'à l'accès à de meilleurs soins de santé ou à du temps de qualité avec ses enfants, les participants au programme se sont rassemblés, se soutenant mutuellement pour surmonter les désavantages, comme le démontre leur désir constant de guérir, de briser les murs de la marginalisation, de s'aider soi-même, d'aider leurs familles et les communautés autochtones à prospérer.
Les résultats sont visibles dans le rétablissement du bien-être mental et physique, la revitalisation culturelle, le rétablissement des liens dans les familles autochtones, la mobilisation des personnes autochtones dans le leadership communautaire, la croissance personnelle et transformationnelle, et l'accès à un emploi significatif, pour n'en nommer que quelques-uns. J'ai également entendu de nombreux gestionnaires dire que les stagiaires et personnes diplômées représentent des atouts précieux pour leurs équipes. Les gestionnaires le sont également… Les gestionnaires partagent aussi leurs expériences sur l'accès à notre programme pour pourvoir leurs postes avec une solution clé en main offrant un soutien complet.
Le Programme d'apprentissage en TI pour les personnes autochtones démontre le pouvoir de se rassembler, la capacité de petites actions intentionnelles à déclencher des changements systémiques plus larges, et la façon dont les efforts progressifs peuvent se répercuter positivement sur les personnes, leurs familles et les générations futures. L'intérêt pour cette initiative a été extrêmement positif. Le nombre de personnes candidates dépasse actuellement le nombre de places disponibles. Cela témoigne du désir des peuples autochtones de participer à des carrières du numérique et de contribuer au secteur technologique canadien lorsqu'on leur en donne la possibilité. <Langue autochtone>. Merci.
[01:58:12 Écran partagé : Gina Wilson, Paul Thompson, Dominic Rochon, Namir Anani et Gary Patsey]
Gina Wilson : Eh bien, mesdames et messieurs, cela conclut cette discussion en panel. Je tiens à remercier nos intervenant·e·s ainsi que vous tous et toutes, partout au pays, de vous être joints à nous aujourd'hui. Ce furent des réponses vraiment extraordinaires.
[01:58:25 Gina Wilson apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Gina Wilson, Sous-Ministre, Services aux Autochtones Canada.]
Gina Wilson : J'espère que vous avez apprécié la discussion aujourd'hui autant que moi et je vous souhaite de profiter tout autant du reste de l'événement.
Prenez soin de vous. Merci. Miigwech.
[01:58:40 Texte à l'écran : Chanteuses de gorge inuites, duo Qattuu Carleton, et pause étirement.]
[01:58:48 Deux femmes se font face et interprètent un chant de gorge]
[02:01:03 Nathalie Laviades Jodouin apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Nathalie Laviades Jodouin, Vice-présidente principale aux opérations du secteur public et à l'inclusion, École de la fonction publique du Canada.]
Nathalie Laviades Jodouin : Nous sommes à la fin de l'événement d'aujourd'hui. Je tiens à remercier nos aîné·e·s, nos intervenant·e·s et nos artistes d'avoir partagé leurs idées, leurs cultures et leur expertise. Je voudrais également remercier notre public dans tout le pays pour sa participation à cet événement.
J'espère que vous avez trouvé les discussions d'aujourd'hui intéressantes et enrichissantes. Veuillez prendre quelques instants pour partager vos commentaires avec nous à l'École de la fonction publique du Canada en utilisant le sondage que vous recevrez sous peu après l'événement. L'École a d'autres événements à proposer aux fonctionnaires fédéraux et je vous encourage à visiter notre site Web pour vous tenir au courant et vous inscrire à toutes les futures opportunités d'apprentissage.
Je tiens aussi à remercier les membres du public pour l'intérêt ainsi que votre participation à l'événement d'aujourd'hui. Encore une fois, merci et bonne journée.
[02:02:35 Texte à l'écran : Avis de contenu. Cet événement comprendra des discussions qui pourraient aborder des sujets sensibles ou émotionnellement difficiles. Si vous êtes un employé du gouvernement du Canada, un soutien confidentiel est offert par le Programme d'aide aux employés (PAE).
Pour le grand public, un soutien immédiat en santé mentale est offert par la Ligne d'aide 988 (composez ou textez le 988, disponible 24 h sur 24, 7 jours sur 7, partout au pays). Les participants autochtones sont invités à utiliser la Ligne d'écoute Espoir pour le mieux-être, qui offre du soutien psychologique culturellement adaptés, 24 h sur 24, 7 jours sur 7 : 1-855-242-3310.]
[02:03:22 Le logo animé de l'EFPC apparaît. Texte à l'écran : canada.ca/ecole]
[02:03:27 Le mot-symbole « Canada » apparaît.]