Transcription
Transcription : Les trois grands accélérateurs en matière d'innovation
[00:00:00 Taki Sarantakis apparaît à l'écran.]
Taki Sarantakis (président, École de la fonction publique du Canada) : Bienvenue à l'École de la fonction publique du Canada. Aujourd'hui, nous passerons la prochaine heure à parler d'un enjeu canadien chronique et perpétuel. Ce n'est pas les Queues de Castor. Ce n'est pas la neige. Ce n'est pas le froid qu'il fait à Ottawa. Il s'agit de l'innovation, de la commercialisation et de la productivité. Des éléments qui peuvent parfois sembler ennuyeux, mais qui sont incroyablement importants, non seulement pour vous, mais aussi pour vos enfants et pour la qualité de vie de tous les Canadiens et de toutes les Canadiennes. Nous avons avec nous trois expertes, qui ne sont pas seulement des expertes, mais dirigent des organisations qui se consacrent à l'innovation et à la diffusion, ce qui constitue également un défi de taille.
[00:00:51 Grace Lee Reynolds, Sheldon McCormick et Sonya Shorey sont assis à côté de Taki Sarantakis.]
Je vais commencer. Je vais demander à chacune des panélistes de se présenter et de parler un peu de son organisation, avant d'entamer la conversation.
Grace, commençons par vous.
Grace Lee Reynolds (chef de la direction, MaRS) : Bonjour. Merci beaucoup, je suis très heureuse d'être ici aujourd'hui. Je m'appelle Grace Lee Reynolds. Je suis cheffe de la direction chez
[00:01:21 Une image du District de la découverte MaRS apparaît à l'écran.]
Grace Lee Reynolds : District de la découverte MaRS qui est, comme nous aimons le dire, le plus grand centre d'innovation du Canada, du moins physiquement. Nous sommes situés à Toronto, au cœur du District de la découverte. Sur un million et demi de pieds carrés, nous réunissons chaque jour des innovateurs et innovatrices qui travaillent dans le centre, mais notre travail consiste aussi à rassembler et à soutenir les entrepreneures et les entreprises qui s'efforcent de commercialiser leurs découvertes pour en faire des entreprises productives au Canada.
Taki Sarantakis : Merci. Sheldon.
Sheldon McCormick (chef de la direction, Communitech) : Bien. Merci de me recevoir pour représenter Communitech. Communitech est,
[00:01:58 Une image du bâtiment de Communitech apparaît à l'écran.]
Sheldon McCormick : comme j'aime à le décrire, un collectif d'entrepreneures, de fondateurs et de fondatrices de la région de Waterloo. La mission de Communitech est la même aujourd'hui qu'à son lancement en 1997, et consiste à aider les entreprises technologiques à démarrer, à se développer et à réussir. La vision que nous avons aujourd'hui est de poursuivre cette mission et de créer un écosystème compétitif à l'échelle mondiale dans la région de Waterloo, ancré par des entreprises locales qui démarrent dans cette région, s'y développent et y restent.
Taki Sarantakis : Sonya.
Sonya Shorey (présidente et cheffe de la direction, Invest Ottawa) : Je m'appelle Sonya Shorey et je suis présidente et cheffe de la direction de l'organisme Investir Ottawa,
[00:02:31 Une image du bâtiment d'Invest Ottawa apparaît à l'écran.]
Sonya Shorey : la principale agence de développement économique de la capitale du Canada. Notre organisation est un peu différente de celles de mes amies de MaRS et de Communitech. Notre objectif est de créer un pôle d'opportunités mondiales et de prospérité partagée, et nous le faisons de cinq principales manières qui sont très complémentaires et nous permettent de collaborer étroitement avec MaRS, Communitech et de nombreuses autres entités. Nous soutenons les fondateurs et fondatrices, les cheffes d'entreprise et les sociétés à chaque étape de leur parcours professionnel, qu'il s'agisse d'entreprises technologiques, qui sont notre gagne-pain, mais également de petites entreprises. Nous aidons les entreprises à démarrer, à se développer et à passer à l'échelle supérieure, depuis leur toute première idée jusqu'à un chiffre d'affaires de 100 millions de dollars. Nous contribuons à attirer des entreprises et des investissements directs étrangers du monde entier, principalement des marchés d'Asie-Pacifique, d'Europe et des Amériques, en plus de développer les multinationales qui sont d'importantes créatrices d'emplois ici, et qui sont nombreuses à avoir leur siège et à prendre leurs décisions à l'étranger. Nous voulons conserver ces mandats de recherche et développement et ces emplois ici. Ensuite, nous contribuons à attirer, fidéliser et cultiver les meilleurs talents grâce à un engagement très important en faveur de la diversité, de l'équité et de l'inclusion et à la constitution d'un solide bassin de talents. Nous facilitons également l'innovation et la collaboration. Selon moi, les oiseaux du même plumage innovant se rassemblent et poursuivent des objectifs communs que personne ne pourrait atteindre de manière indépendante, et c'est ce que nous faisons dans des espaces comme Cours Bayview, notre pôle d'innovation. Enfin, nous facilitons la commercialisation des technologies émergentes dans la Zone X.O, notre complexe de recherche et de développement destiné à aider les innovateurs et innovatrices, les fondateurs et fondatrices et les entreprises à commercialiser leurs produits plus rapidement et de manière sécuritaire. Et tout ça dans un unique but : créer des emplois, attirer des investissements et accroître la prospérité d'Ottawa, en soutenant les fondateurs et fondatrices, les propriétaires d'entreprises et les sociétés que nous avons l'honneur de servir.
Taki Sarantakis : C'est une excellente introduction à de nombreux thèmes que nous allons aborder. J'aimerais commencer par expliquer pourquoi c'est important, et le premier ministre utilise souvent l'adjectif « générationnel » pour décrire le moment charnière que nous vivons, car le monde en 2025, tout comme celui que nous connaîtrons par la suite, est très différent de la vie économique que les Canadiennes ont vécue et à laquelle ils et elles sont habituées.
Sheldon, commençons par vous. Pourquoi est-ce si important? Pourquoi en parle-t-on autant?
Sheldon McCormick : Je crois que ces deux dernières années ont été un signal d'alarme pour beaucoup de Canadiennes. Nous comprenons maintenant, je l'espère, que la force de notre secteur technologique national, la force de nos entreprises locales, a un lien de causalité direct avec la force de notre productivité, et donc de notre souveraineté. C'est pour cette raison que c'est important.
Taki Sarantakis : Grace, parlez-nous un peu du rôle que MaRS a joué dans cet écosystème, et corrigez-moi si j'ai tort, mais MaRS et Communitech sont arrivés à peu près en même temps, dans les années quatre-vingt-dix. Parlez-nous un peu du rôle que votre organisation joue dans l'écosystème, selon vous.
Grace Lee Reynolds : Je crois que lorsqu'il est question de notre rôle et de ce que nous faisons en tant qu'accélérateurs et incubateurs, ce rôle a évolué. Vous m'avez fait réaliser que l'an prochain, MaRS fêtera le 25e anniversaire de sa création.
[00:06:03 Un article de l'Ontario Newsroom apparaît à l'écran. Titre : Le premier ministre McGuinty inaugure officiellement le MaRs Discovery District.]
Grace Lee Reynolds : Puis nous avons ouvert le centre en 2005. C'est donc deux décennies d'apprentissage. Si on revient à la vision et à l'intention initiales, il y avait un élu municipal, le Dr John Evans, qui estimait que le Canada n'était pas assez solide pour commercialiser les découvertes issues de la recherche.
Taki Sarantakis : Et c'était dans les années 1990.
Grace Lee Reynolds : C'était dans les années 1990. Ça remonte à cette époque. À ce moment, et c'est un peu lié aux sciences de la vie, mais ça concerne tous les secteurs technologiques et scientifiques, on se demandait pourquoi le Canada n'était pas florissant alors qu'il disposait de ressources de recherche tellement extraordinaires. L'idée était donc, premièrement, de commencer par un centre physique, puis de développer un programme qui aiderait les particuliers, les entrepreneures et les entreprises cherchant à commercialiser leurs idées et leurs découvertes à les transformer en produits et en services que les gens achèteraient. Et aussi, du point de vue canadien, comment mettre en place des stratégies de commercialisation qui apportent des solutions ayant un impact positif sur la société. C'est un peu comme ça que tout a commencé il y a 20 ans. Où en sommes-nous aujourd'hui? Je crois que l'économie de l'innovation a connu une croissance. Mais pour en revenir à la situation actuelle, elle est à la traîne
[00:07:37 Un article tiré du magazine Affaires universitaires apparaît à l'écran. Titre : Le Canada accuse un retard en R-D, avertit un rapport.]
Grace Lee Reynolds : par rapport à de nombreux autres endroits dans le monde. Si l'on examine les statistiques de productivité et l'on regarde les montants investis dans la R et D, dans l'économie de l'immatériel, on constate que le Canada accuse un retard par rapport aux autres pays développés. Nous avons entrepris ce parcours il y a 20 ou 25 ans, mais nous n'avons pas tout à fait suivi le rythme. C'est la raison pour laquelle il y a urgence aujourd'hui, et nous devons nous demander comment rattraper ce retard.
Taki Sarantakis : Merveilleux. Sonya, ici à l'École, nous disons depuis toujours que notre pays est à la traîne, que notre productivité, notre innovation et notre stock de PI ne sont pas ce qu'ils devraient être. Pourtant, les gens n'en comprennent pas la gravité. Avez-vous des théories sur ce retard? Le premier ministre dit qu'il y a urgence, le ministre des Finances
[00:08:42 Un article de Cision apparaît à l'écran. Titre : Des chefs d'entreprise canadiens pressent le gouvernement « d'agir avec urgence » afin d'éviter une récession et de soutenir l'investissement pour la croissance : sondage KPMG.]
et les cheffes d'entreprise disent la même chose, et pourtant beaucoup de gens regardent autour et se disent, je ne sens pas l'urgence.
Sonya Shorey : J'ai le sentiment qu'il y a urgence, et je vais en parler du point de vue de la région de la capitale du Canada où, à mon avis, nous exploitons tous les atouts dont nous disposons. Nous sommes une plaque tournante mondiale de la technologie de pointe. C'est un fait peu connu. La ville d'Ottawa possède les meilleurs talents dans le domaine de la technologie. Et si nous prenons en compte les incroyables entreprises en démarrage et en expansion, la propriété intellectuelle, nos établissements d'enseignement supérieur qui forment 160 000 étudiantes, dont 28 000 dans le domaine des STIM, les 1 800 entreprises qui sont ici. Avec notre maire, notre ville, nos partenaires comme FedDev Ontario et la province, et bien sûr nos partenaires à ma gauche et beaucoup d'autres, nous cherchons comment exploiter toutes ces forces et innover pour générer un impact énorme sur le PIB, des possibilités énormes pour nos fondateurs et fondatrices, et pour nos entreprises. Aujourd'hui, si vous vivez ici, vous avez entendu parler de notre très grande campagne et de notre stratégie visant à faire de la région de la capitale du Canada
[00:09:45 Un article d'Invest Ottawa apparaît à l'écran. Titre : La région de la capitale du Canada se mobilise pour renforcer son pôle mondial d'innovation en défense.]
Sonya Shorey : un pôle national d'innovation en défense, au service de notre pays, de nos Forces et de nos alliés. Nous exploitons tous les atouts dont nous disposons dans cette ville, y compris nos entreprises en démarrage et en expansion, celles qui produisent de l'innovation, qui sont à un stade très précoce, jusqu'aux multinationales pour lesquelles nous pouvons établir des collaborations qui donneront lieu à de nouvelles possibilités liées aux chaînes d'approvisionnement, que ce soit à l'échelle ou internationale, en collaboration avec ces multinationales.
C'est très canadien, pro-canadien, et j'y suis bien évidemment très, très attachée, mais tout le monde a son rôle à jouer. Si nous n'exploitons pas l'ensemble de l'écosystème, nous ne pourrons pas générer le type de changement dont vous parlez. Je ressens et je constate cette urgence tous les jours de la part de nos élues et de nos responsables des politiques, de nos entreprises en démarrage et en expansion, de nos partenaires de l'enseignement supérieur et de l'écosystème économique, et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Mes collègues ici font des choses très semblables. Il s'agit de s'appuyer sur nos forces, de les mettre en commun, de les exploiter et de les faire travailler différemment à un moment où ces 5 % du PIB sont nécessaires pour stimuler l'innovation en matière de défense dont nous avons besoin et les dépenses nécessaires pour demeurer au sein de l'OTAN. Et ici, à la ville d'Ottawa, nous sommes confrontés à d'énormes défis liés aux licenciements dans le secteur public qui sont à venir et qui ont déjà commencé. Dans notre ville, nous pouvons contrecarrer l'impact que cela aura en saisissant de nouvelles opportunités et en mettant en œuvre notre stratégie en dix points, sur laquelle j'ai eu le privilège de travailler avec notre maire et différents partenaires de l'industrie.
Taki Sarantakis : Sheldon, vous êtes à la tête d'une organisation dans une région que l'on appelle souvent la Silicon Valley du Canada. L'Université de Waterloo
[00:11:24 Une image de l'Université de Waterloo apparaît à l'écran.]
Taki Sarantakis : est une université de renommée mondiale dans le domaine des mathématiques, de l'ingénierie et de l'apprentissage automatique, une université qui a compris l'enjeu plus tôt que beaucoup d'autres. Quand j'étais étudiant, la notion d'alternance travail-études, c'est-à-dire le fait de travailler dans l'industrie et de revenir, puis de retourner dans l'industrie et de revenir étudier, c'était quelque chose que personne n'envisageait, à part l'Université de Waterloo. Aujourd'hui, il semble que tout le monde se dise qu'il faut sortir, puis revenir. Parlez-nous un peu de l'écosystème unique de la région de Kitchener-Waterloo, parce qu'en réalité, tout a commencé avec quelques personnes qui ont pris des décisions délibérées. Si vous allez à Kitchener-Waterloo aujourd'hui, il y a beaucoup de choses, mais il y a 30 ou 40 ans, il y avait beaucoup de terres et beaucoup de vaches.
Sheldon McCormick : Tout ça y est encore, on a encore les vaches, et beaucoup de terres. Vous verrez peut-être des robots dans les champs avec les vaches. La ville évolue. C'est un écosystème incroyablement particulier, et il ne fait aucun doute que l'Université de Waterloo est la source de l'innovation dans cette communauté. Cette université, où 10 000 ingénieures sont diplômées chaque année, figure parmi les meilleures au monde en ce qui a trait au nombre d'ingénieures diplômées, et compte 25 000 étudiantes inscrites à un programme coopératif à tout moment. La matière première qui alimente l'économie de l'innovation et qui, selon moi, est la clé qui nous permettra de sortir de ce marasme de la productivité, ce sont en grande partie les étudiantes diplômées de nos universités ou qui participent à nos programmes coopératifs aujourd'hui. Je serai provocateur parce que vous nous avez demandé de l'être, et parce qu'il fait froid en ce vendredi matin. Si nous pensons à l'ère de l'IA dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui, nous devons nous rendre à l'évidence que notre pays doit impérativement procéder à une modernisation complète de notre économie, dans tous les secteurs, grâce à l'IA.
Ce n'est pas seulement le secteur des entreprises en démarrage technologiques qui doit se moderniser, mais tous les secteurs de notre économie, parce qu'autrement, nous nous laisserons distancer par les autres économies mondiales qui s'engagent plus rapidement que jamais dans cette voie. Avec mes collègues de l'Université de Waterloo et de Communitech, nous nous demandons dans quelle mesure nous pouvons accélérer cette modernisation et dans quelle mesure nous avons la possibilité de tirer parti de nos 25 000 étudiantes inscrites à un programme d'alternance travail-études chaque année, pour les répartir dans des secteurs de l'économie qui, autrement, n'en seraient pas nécessairement les récepteurs naturels. Nous pourrons en parler plus tard s'il y a de l'intérêt, mais je crois que ces étudiantes pourraient accélérer massivement le rythme auquel nous diffusons l'IA dans tous les différents secteurs de notre économie.
Taki Sarantakis : Bien. Quelqu'un a-t-il compté 14 minutes? Parce que c'est la première mention de l'IA. Nous avons passé 14 minutes sans mentionner l'IA. Puisque nous avons abordé le sujet, j'aimerais en parler un peu, parce que le Canada entretient une relation très particulière, unique et parfois même étrange avec l'IA. Nous figurons parmi les meilleurs centres de recherche au monde dans le domaine de l'IA. En matière d'IA, nous nous surpassons de façon extraordinaire. Si vous allez chez Google, chez Facebook ou Meta, chez Amazon, chez Apple, chez Microsoft, un nombre disproportionné de leurs employées qui travaillent sur l'IA sont en fait des Canadiennes, formées au Canada, des chercheurs et chercheuses de calibre international, très souvent, y compris chez OpenAI que vous connaissez sous le nom de ChatGPT. Une grande partie de cette contribution, une grande partie de ce type de connaissances fondamentales provient du Canada, mais le revers de la médaille, c'est qu'une grande partie de cette valeur n'est pas conservée au Canada. Le Canada ne s'en empare pas. Google, Facebook, Amazon et bien d'autres encore s'en emparent, ce qui conduit à une sorte de paradoxe : « Pourquoi excellons-nous dans un domaine fondamental, mais sommes-nous si loin d'être en mesure de saisir la valeur de ce domaine? » Qui veut entamer notre conversation sur le sujet?
Grace Lee Reynolds : Je peux tenter ma chance. Il y a tellement à dire à ce sujet.
Sonya Shorey : Je sais.
Grace Lee Reynolds : Nous savons que le Canada est riche et qu'il excelle dans le domaine de la recherche, mais pourquoi? Ça finit toujours par être une question d'allocation des ressources. Depuis de nombreuses décennies, les fonds publics, et je dirais même à juste titre, ont fait d'importants investissements dans la recherche fondamentale. C'est ce qui nous a permis d'arriver là où nous sommes aujourd'hui, à titre d'exemple. Ça remonte loin dans l'histoire, jusqu'au parrain de l'IA,
[00:17:22 Une image de Geoffrey Hinton apparaît à l'écran.]
Grace Lee Reynolds : chercheur de l'Université de Toronto et lauréat du prix Nobel, tout ça est le résultat de cette culture d'élévation de la recherche fondamentale. Et si on aborde la question de l'application, qui est le fossé auquel nous sommes confrontés et que tout le monde appelle le fossé de la commercialisation, c'est d'abord une question de culture. Comment réfléchir à ces questions et aller au-delà de l'importance de la recherche fondamentale, mais aussi comment se lancer et essayer d'en faire quelque chose que quelqu'un va acheter? Mais c'est une tout autre question quand on pense à la valeur de l'IA et comment y parvenir. Ce sera pour une autre fois, une autre discussion.
Mais dans l'état actuel des choses, pourquoi sommes-nous incapables de franchir la prochaine étape? En grande partie parce que c'est également lié aux défis posés par l'expansion des entreprises. Il s'agit de savoir si les entreprises sont capables ou non, les entreprises en phase de démarrage qui tentent de faire progresser ces technologies, est-ce qu'il y a des capitaux pour soutenir ce travail? Est-ce qu'il y a des clientes qui adopteront ces technologies? Vous en avez parlé un peu, Sheldon. C'est là que se situe le fossé. C'est là que les Canadiennes, malgré le talent et les opportunités, ont tant de mal à se développer, du moins sur ce marché. Notre marché ici au Canada, qui est bien connu, représente un dixième de la taille des États-Unis, une part marginale de la taille de l'UE et du monde entier. Nous conseillons à nos entreprises en démarrage de penser globalement dès le premier jour. La seule façon de développer son entreprise est de s'intéresser aux marchés extérieurs. C'est une question qui traite de l'IA, mais aussi une question plus générale : « Pourquoi les entreprises n'arrivent-elles pas à se développer à partir d'ici, au Canada? »
Taki Sarantakis : Pour vous, c'est une sorte d'évolution moderne de la commercialisation canadienne. L'IA n'est que la dernière version, disons, de ce qui s'est produit avec les arbres, l'eau et le pétrole.
Sheldon, quel est votre point de vue sur cet enjeu au plus haut niveau? Après votre réponse, nous allons approfondir quelques-uns de ces points.
Sheldon McCormick : Combien de temps avons-nous? Tout d'abord, je pense que nous sommes des experts mondiaux pour ce qui est de produire de la recherche et de la subventionner. Nous ne sommes pas des experts mondiaux pour l'achat et l'adoption de technologies. Il faut faire face à la réalité et se demander quelles ont été les étapes, les stratégies, les leçons que nous avons tirées, et quels gains cumulés ont permis de mettre en place des capacités de recherche de renommée mondiale. Dans quelle mesure appliquons-nous le même type de rigueur et d'urgence à déterminer pourquoi les entreprises canadiennes, du marché intermédiaire à l'entreprise, adoptent-elles si lentement les technologies? Et dans quelle mesure disposons-nous de capacités de classe mondiale pour aider ces entreprises à adopter? Prenons l'exemple d'aujourd'hui, à l'ère de l'IA, j'ai parlé de la modernisation de l'IA que nous devons réaliser. Sur le marché intermédiaire, en parlant de notre région, Waterloo, qui possède une grande diversité de sociétés de services, d'agriculture, d'assurance, de fabrication avancée, de logistique, de soins de santé, dans quelle mesure ce marché intermédiaire a-t-il la capacité d'assimiler l'IA?
La plupart des opérateurs et opératrices qui dirigent ces entreprises aujourd'hui n'ont ni le temps ni les ressources nécessaires pour faire le genre de choses que nous faisons aujourd'hui ici. Ces gens sont trop occupés à diriger des sociétés d'exploitation très complexes qui manquent cruellement de ressources. Nous devrions commencer, dans une certaine mesure, par nous poser la question suivante : « Dans quelle mesure pourrions-nous, en tant que pays, faire preuve d'une grande détermination et mettre en place des capacités de classe mondiale pour aider notre marché intermédiaire à adopter la technologie? » À l'heure actuelle, dans le domaine de l'IA, en particulier avec les agents – dont nous pourrons parler, nous avons une occasion de devenir un joueur de calibre mondial, en développant la capacité au Canada de créer et d'orchestrer des flux de travail avec l'IA agentive au sein du marché intermédiaire. Personne ne possède encore cette capacité au niveau mondial. Il s'agit d'une occasion à saisir. Si nous voulons rivaliser, nous devons le faire avec intention.
Taki Sarantakis : Sonya, vos réflexions avant d'approfondir certains de ces points.
Sonya Shorey : Quatre mots me viennent à l'esprit : le contexte commercial, les capacités, la collaboration et la démocratisation pour l'ensemble des Canadiennes, afin que chacune ait la possibilité de tirer parti de l'IA, d'apprendre, de créer et de contribuer à notre économie, en optimisant le contexte commercial. Pour reprendre les propos de Grace et de Sheldon, plus notre contexte commercial sera compétitif, mieux ce sera, et ça nécessite toutes sortes de leviers politiques différents que nous voyons commencer à changer. Nous avons un ministre de l'IA qui se penche sur ces questions. La réforme de l'approvisionnement est absolument essentielle. Nous constatons la dépendance excessive de notre pays à l'égard du marché américain, qui nous a mis dans une situation extrêmement précaire. Heureusement, nous voyons apparaître une stratégie de diversification, mais ça prend du temps. À Ottawa, nos entreprises ont naturellement vendu très régulièrement et de façon constante aux États-Unis. Aujourd'hui, nous prenons un virage et nous les encourageons à s'implanter sur les marchés d'Europe et d'Asie-Pacifique, mais ça demande beaucoup d'efforts et de travail. Comment optimiser davantage le contexte commercial pour les entreprises canadiennes en phase de démarrage ou d'expansion? Ensuite, les bons types de capacités. Nous sommes ravies de constater les types de capacités souveraines en matière d'IA qui sont actuellement à l'étude, parce que nous savons que c'est essentiel pour que la PI reste au Canada, qu'elle se développe et qu'elle ajoute de la valeur. J'ai dernièrement animé un panel sur la propriété intellectuelle liée à la défense, avec des membres du programme ÉleverlaPI, le CAI, et je suis reconnaissante au gouvernement du Canada d'avoir redoublé d'efforts, parce que la PI est la clé pour ouvrir notre avenir et nous permettre de continuer à croître et à développer le type d'entreprises dont nous avons besoin, qui vont combler et modifier cet écart de productivité.
Sheldon a beaucoup parlé de l'adoption, et c'est aussi une question de s'assurer que nous rendons l'information disponible et que nous aidons à éduquer et à diffuser les pratiques exemplaires et les enseignements, ce concept de collaboration, chaque partie de ce pays joue son rôle dans le domaine de l'IA. Imaginez que nous mettions à profit tous ces groupes d'expertes et toutes les leçons apprises et que nous les rendions accessibles à tout le monde, de sorte que nos grandes entreprises, notre secteur des ressources, et les entreprises technologiques que nous servons tous les trois, aient les outils pour être plus rapides, pour surmonter les obstacles plus rapidement et pour accélérer leur croissance. C'est un thème qui me tient à cœur et que je défends avec ardeur. Nous devons veiller à ce que les communautés marginalisées aient la possibilité de se familiariser avec l'IA, tout comme les enfants, de la maternelle jusqu'au secondaire, et les femmes. Nous devons montrer aux gens qu'elle est accessible, qu'elle offre des perspectives de carrière pour bâtir des entreprises, pour prendre des responsabilités, pour travailler dans les domaines des STIM, nous devons en faire quelque chose de commun et de cohérent tout au long du parcours scolaire, pour que ces possibilités de carrière soient connues, pour que la prochaine génération dont Sheldon vient de parler soit diversifiée et que tout le monde ait la possibilité de soutenir notre pays. Avec 44 millions d'habitantes, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser des talents passer.
Taki Sarantakis : Je vais maintenant être provocateur, parce que nous avons toujours de vraies conversations ici. Je vais donc provoquer chacune d'entre vous en me basant sur quelque chose que vous avez dit. Qui veut commencer? Qui veut être provoquée en premier?
Sonya Shorey : Sheldon.
Taki Sarantakis : Sheldon. Sheldon, vous parlez de marché intermédiaire, que nous pourrions traduire pour notre auditoire par entités non technologiques, les banques, épiceries, compagnies d'assurance, conducteurs ou conductrices de camions de déneigement ou à déchets, tout ce que vous pouvez imaginer qui n'est pas du domaine des technologies. Malgré le fait que le Canada ait été en quelque sorte l'un des fondateurs de l'IA, il semble que nous soyons face à une situation très étrange où nous n'avons pas de banque axée sur l'IA, pas d'épiceries, de compagnies d'assurance ou de camions à déchets axés sur l'IA. Et si l'on regarde la façon dont l'économie fonctionne, vous avez un choix à faire. Vous pouvez continuer à acheter des télécopieurs de plus en plus performants, plus rapides que la version précédente. Vous n'avez plus besoin de charger le bac à papier, vous achetez un télécopieur toujours plus performant. Ou vous pouvez décider de vous tourner vers Internet et commencer à utiliser le courrier électronique, etc. Pourquoi? Pourquoi, en tant que pays, sommes‑nous incapables de mettre fin à la mentalité qui consiste à dire : « Je viens d'acheter un télécopieur plus grand et plus performant, qu'est-ce que vous voulez de plus? »
Sheldon McCormick : Les camions de déneigement bénéficieraient d'un peu plus d'efficacité aujourd'hui, pas vrai? Particulièrement aujourd'hui, à Ottawa et dans le sud‑ouest de l'Ontario. Laissez-moi répondre à la question en formulant l'occasion qui se présente à nous en ce qui concerne l'adoption et la diffusion de l'IA. Durant les 40 dernières années, nous avons assisté à une sous-traitance massive de fonctions très particulières. J'utiliserai un exemple, mais il y en a probablement d'autres dont nous pourrions parler. Prenons l'exemple des centres d'appel, qui ont connu une prolifération considérable au cours des 40 dernières années et ont fait l'objet d'une sous-traitance massive. Ce type de fonction de vente et d'assistance dans les centres d'appel, en général, ce type d'activité, l'IA s'en empare rapidement. En fait, on pourrait dire que c'est déjà le cas. Nous verrons si cette prédiction se concrétise avec le temps, mais je pense qu'il existe une occasion unique de relocaliser ce type d'activité aujourd'hui, mais pas de la manière dont elle se présentait, ni de ce qu'elle a laissé. Il est question de relocalisation.
Développer la capacité de créer et d'orchestrer des flux de travail avec l'IA agentive, c'est une toute nouvelle capacité, une toute nouvelle catégorie d'emploi, une toute nouvelle catégorie d'entreprise en démarrage qui est sur le point de devenir un véritable raz-de-marée d'activité. En tant que pays, nous avons l'occasion de saisir cette occasion maintenant. Les entreprises se demandent comment créer un flux de travail avec l'IA agentive pour ce qui était autrefois leur centre d'appels. Le Canada doit saisir cette occasion et se doter d'une capacité globale dans ce domaine. La question est de savoir ce qu'il faudrait faire pour saisir l'occasion qui se présente. Aucun pays au monde n'a d'avance à l'heure actuelle. C'est sur cet élément que je mets l'accent aujourd'hui, l'adoption de l'IA sur le marché intermédiaire. Comment amener les étudiantes canadiennes, les entrepreneures, les entreprises du marché intermédiaire, mais aussi les sociétés, à réfléchir à cette occasion qui est à prendre?
Sonya Shorey : Est-ce que je peux poursuivre sur le sujet?
Taki Sarantakis : Attendez un peu.
Sonya Shorey : (rires)
Taki Sarantakis : Grace, vous avez parlé de la petite taille du Canada. Permettez-moi d'inverser les choses. Permettez-moi de vous mettre au défi et de vous provoquer. Singapour est beaucoup plus petit que nous. Taïwan est beaucoup plus petit que nous. Israël est beaucoup plus petit que nous. La Suisse est beaucoup plus petite que nous. Le Danemark est beaucoup plus petit que nous. Ces pays utilisent l'IA dans des applications concrètes, partout dans le monde. Ils nous surpassent largement, souvent grâce à notre propre technologie. Par exemple, il y a cinq ou six ans, nous parlions de l'Estonie. La quasi-totalité de la technologie utilisée en Estonie pour se connecter provient du Canada. Ce n'est pas une technologie magique. Alors pourquoi ai-je l'impression que, dans certains cas, plus petit c'est mieux? Nous parlerons de l'échelle dans un instant, mais plus petit, c'est mieux.
Grace Lee Reynolds : Je ne sais pas si c'est le cas pour tous ces pays, mais je pense qu'il s'agit généralement d'une politique industrielle coordonnée.
Taki Sarantakis : C'est intéressant. Arrêtons-nous un instant. Gardez ces mots en tête : politique industrielle coordonnée. Nous y reviendrons peut-être, mais continuez.
Grace Lee Reynolds : Je prendrai Singapour comme exemple. La plateforme d'innovation et l'économie de l'innovation qui y ont été créées ont été fortement soutenues par le gouvernement. Une véritable intentionnalité. Et je pense que vous avez raison, parce que le pays est plus petit, c'est plus facile de coordonner, et je suppose que c'est le cas avec tous les autres pays également. Vous êtes vraiment en train de me provoquer en ce moment.
Taki Sarantakis : Oui.
Grace Lee Reynolds : Oui.
Taki Sarantakis : De façon plus métaphorique.
Grace Lee Reynolds : De façon plus métaphorique. Nous le savons en ce qui concerne le Canada, et c'est peut-être le revers de la médaille en matière d'inclusion, c'est-à-dire que si nous voulons faire progresser l'ensemble du Canada, nous avons tendance à adopter une approche uniforme dans beaucoup de domaines. C'est ce que nous avons fait. Et c'est le cas de l'IA à l'heure actuelle, n'est-ce pas? Mais il s'agit en fait de réfléchir à la manière de commercialiser les technologies. Je dirais qu'il y a beaucoup de projets pilotes et de tests différents. C'est aussi une question très complexe. Je dirais qu'en tant que pays, nous avons tenté différents types d'interventions dans ce domaine au cours des 25 dernières années. Nous sommes un exemple de ces types d'interventions. Chaque province a différents types d'interventions, certaines concentrées, d'autres moins, et l'un des points de départ nécessaires est de savoir comment nous pouvons, en tant que groupes différents, nous regrouper. Et s'il s'agit ou non d'un mandat gouvernemental un peu plus descendant.
Et nous entendons déjà ce discours. Il est question de coordination descendante, mais je pense qu'une approche ascendante est également nécessaire, et nous en sommes un exemple. Nous sommes assis ici ensemble et souriants, mais nous collaborons régulièrement. Nous faisons partie d'un important programme de financement, la Plateforme d'expansion de FedDev Ontario,
[00:32:18 Un article de MaRs Discovery District apparaît à l'écran. Titre : Plateforme de croissance de FedDev Ontario.]
et c'est en quelque sorte la base de tout ça. Nous sommes très consciencieux chez MaRS, par exemple. Nous avons récemment lancé un groupe appelé Life Sciences Central, qui est une collaboration de différentes organisations de sciences de la vie et d'incubateurs, alors qu'il y a quelques années, tout le monde aurait fait du bon travail, mais séparément. La coordination sur le terrain, l'écoute d'un impératif descendant peut-être un peu plus coordonné. Si nous pouvons nous aligner sur ce genre de priorités, nous pourrions connaître le même type de succès que certains de ces autres pays.
Taki Sarantakis : Sonya, je vais vous provoquer et vous lancerez notre prochain tour de table. Vous avez dit que ça prenait du temps. Ça prend du temps. Avons-nous du temps?
Sonya Shorey : Nous n'avons pas de temps, et je vais me faire l'écho de l'urgence et du type de mesures qui sont prises, que ce soit à travers la plateforme d'expansion soutenue par FedDev et la façon dont nous collaborons et pivotons, la façon dont nous construisons notre plan stratégique. Je peux vous dire qu'à Investir Ottawa, nous travaillons à l'élaboration de notre plan quinquennal et que des réorientations sont prévues chaque année. Nous avons maintenant une approche différente qui nous permet d'examiner toutes les conditions environnementales, ce qui se passe à l'échelle mondiale, sur les marchés, au sein de nos entreprises. Ces besoins évoluent et nous aidons nos entreprises à s'adapter, parfois chaque semaine, chaque mois, afin de tirer pleinement parti des possibilités offertes par l'IA et le secteur de la défense. Je tiens à souligner ce que Grace vient de dire, c'est exactement là où j'allais. Ce concept de politique industrielle coordonnée axée sur la masse critique, l'intentionnalité et l'exécution, nous l'essayons actuellement ici à Ottawa.
J'ai hâte de voir les résultats, parce que je ne me souviens pas, au cours des 35 années où j'ai vécu ici, avoir vu les différents acteurs de notre région se réunir pour dire : « Nous allons saisir cette occasion dans le domaine de la défense et tirer parti de toutes les technologies, de toutes les forces, de toutes les politiques, de notre communauté diplomatique et de tout ce que nous avons à offrir pour développer notre économie locale et apporter une contribution significative au Canada et à nos alliés ». J'ai hâte de voir ce que cela donnera. Imaginez que nous fassions la même chose avec l'IA et que nous exploitions toutes les forces avec une priorisation axée sur l'intention. Je pense que le ministre de l'IA
[00:34:23 Un article de L'Actualité apparaît à l'écran. Titre : L'ancien journaliste Evan Solomon devient le tout premier ministre de l'IA.]
Sonya Shorey : le fait en prenant les décisions stratégiques que nous n'avons jamais prises par le passé. Nous n'avons pas le temps, et je vois le Canada agir dès maintenant et FedDev investir dans notre entreprise de manière à nous permettre de concrétiser cette vision et de faire des choses que nous n'aurions jamais pu faire autrement. Pour les entreprises qui poursuivent cet objectif actuellement, nous sommes là pour éliminer les obstacles et aider à accélérer cette croissance.
Taki Sarantakis : Sheldon, pensez-vous que l'approche de la politique industrielle coordonnée est l'un des éléments que nous n'avons pas eus depuis longtemps au Canada?
Sheldon McCormick : Il y aurait beaucoup d'avantages à accepter le fait que l'appellation même de politique industrielle est intéressante, parce qu'elle évoque une image. L'extraction des ressources, l'industrie manufacturière. La politique industrielle nous renvoie probablement à une image de mécanique, de mécatronique, d'ingénierie au sens physique, et ce n'est pas le type d'économie que nous avons à l'échelle mondiale en ce qui concerne l'énergie. C'est le signal d'alarme que nous vivons tous et toutes actuellement, le monde est vraiment compétitif et, très rapidement, l'incertitude est passée d'un concept abstrait et intellectuel à un concept très concret qui fait partie de notre quotidien. Quand je réfléchis à la stratégie économique dans le contexte actuel, je me pose des questions sur l'IA, le numérique, l'informatique quantique. Dans quels domaines devons-nous repenser totalement certaines des hypothèses qui sous‑tendent la manière dont nous faisons des choix en tant que pays?
Taki Sarantakis : Exactement, et vous avez soulevé un point important concernant la stratégie industrielle qui est parfois comprise de différentes manières. Dans cette salle, au sein du gouvernement du Canada, on entend par là ce dont vous parliez, Sonya, c'est-à-dire la coordination, le choix des secteurs, et dans certains cas des entreprises comme porte-drapeaux pour le secteur national, pour lui permettre de faire un bond en avant et de se développer à l'étranger. Ce type de réflexion soulève une question philosophique intéressante. Si nous avons consacré la quasi-totalité de notre budget à la recherche et à l'innovation, et c'est le cas, nous y consacrons beaucoup d'argent, selon la façon dont vous comptez, entre 5 et 10 milliards de dollars par année en temps normal, sans compter toutes les dépenses supplémentaires que nous voyons apparaître aujourd'hui, est-ce que ça signifie que nous avons fait fausse route pendant 30 ou 40 ans? Est-ce que ça signifie qu'au lieu d'investir dans la recherche, nous aurions dû investir dans l'exploitation des résultats de la recherche?
Et c'est à peu près ce que je pourrais dire de plus provocateur dans le contexte de cette discussion. Je ne sais pas si l'une d'entre vous souhaite perdre son emploi. Je suis très proche de la retraite, alors ça ne me dérange pas. Mais avons-nous fait des erreurs fondamentales? Parce que dans l'état actuel du système, il s'agit d'une fonctionnalité, et non d'un bogue. Nous avons pris ces décisions il y a longtemps, dans les années 1990 et 2000, et nous avons décidé de ne pas nous lancer dans ce domaine. Nous avons donné des fonds à l'Université de Toronto, à McGill, nous avons créé l'Institut canadien de recherches avancées et les Chaires de recherche du Canada, et si on nous demandait ce qui allait advenir de tout ça, nous aurions répondu, en tant que responsables des politiques, que cela relevait du marché, que ce n'était pas notre problème. Qui veut s'attaquer à ce sujet ou lancer la conversation?
Sonya Shorey : Je pense qu'il s'agit de savoir comment exploiter les forces et les résultats dont on dispose à une époque où il y a beaucoup d'autres facteurs. Vous parlez uniquement de l'investissement dans la recherche. Notre contexte commercial est beaucoup plus vaste, il comprend toutes sortes de leviers politiques, d'autres opportunités qui s'inscrivent dans cet écosystème. Si nous adoptons une vision écosystémique et examinons nos forces et la manière dont nous pouvons les exploiter à l'heure actuelle, en répondant aux défis et aux opportunités, nous tirons parti de ces investissements. Nous les mettons à profit de différentes manières qui sont très pertinentes actuellement, qui répondent à la situation actuelle du Canada, qui se trouve à un tournant décisif. L'IA est la technologie la plus révolutionnaire qui ait jamais existé. Nous sommes confrontés à de multiples défis géopolitiques et économiques. Et j'ai l'impression qu'aujourd'hui, nous nous sommes réveillés en tant que pays et que nous passons à l'action. Pour moi, nous tirons parti de la situation.
Grace Lee Reynolds : Je partage cette opinion. Je pense qu'il ne s'agit pas de s'inquiéter pour son emploi, mais plutôt de s'appuyer sur cette situation, parce qu'elle offre davantage de possibilités.
Sonya Shorey : (rires)
Grace Lee Reynolds : Je suis du même avis que Sonya. Nous avons développé diverses forces. Avec le recul, aurions-nous dû envisager les choses un peu différemment pour combler le fossé de la commercialisation? Peu importe. Nous en sommes là aujourd'hui et tout le monde est très axé sur cet objectif. Je pense qu'il s'agit d'un moment très positif, qui s'appuie sur l'urgence.
Sheldon McCormick : D'un côté, je dirais qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Nous avons beaucoup de raisons d'être remplies de fierté et beaucoup de forces sur lesquelles s'appuyer. Mais en même temps, nous devons reconnaître la nécessité d'évoluer.
Taki Sarantakis : Très bien, l'un des thèmes sous-jacents dont nous avons parlé est l'importance des entreprises canadiennes, l'importance de la souveraineté, un mot très démodé qui est soudainement revenu dans la nomenclature ordinaire. Parlez-nous un peu de l'importance ou du manque d'importance des entreprises canadiennes, des entreprises qui jouent non seulement un rôle important au Canada, mais aussi un rôle sur la scène mondiale. Qui veut commencer?
Sonya Shorey : J'aimerais vous parler un peu de la plateforme d'expansion et de sa genèse, parce que c'est exactement pour ça qu'elle a été créée. En collaboration avec FedDev Ontario, qui a fait preuve d'une grande confiance et d'une grande vision envers nos trois pôles, nous avons cerné des défis de taille. Notre pays ne compte pas suffisamment d'entreprises technologiques phares pesant plusieurs centaines de millions de dollars. Nous savons qu'elles génèrent un PIB disproportionné, qu'elles créent des emplois et qu'elles attirent les investissements. Elles tirent l'ensemble vers le haut. FedDev nous a fait confiance et nous a permis de travailler avec nos clientes pour définir les principales lacunes, les principales opportunités et les principaux défis. L'année 2019 était une période très différente, mais nous nous sommes lancés dans cette aventure en affirmant que chacune de nos trois administrations comptait toutes sortes de fondateurs et de fondatrices incroyables. Chacune possède des atouts et des ressources sectorielles uniques que nous pouvons mettre à profit. Comment pouvons‑nous, en agissant avec intention, en priorisant ce qu'il convient de prioriser et dans un contexte d'investissements disproportionnés, travailler ensemble pour stimuler la croissance et l'ancrage, faire en sorte que ces entreprises s'enracinent profondément, se développent, s'ancrent ici et y restent? Ici, à Ottawa, un exemple serait Ascent, que nous avons soutenu tout au long de ce parcours. Aujourd'hui, nous en sommes à la deuxième itération de cette plateforme d'expansion, et nous sommes très reconnaissantes de la confiance et des investissements
[00:41:57 Un communiqué de presse de l'Agence fédérale de développement économique pour le Sud de l'Ontario apparaît à l'écran. Texte : Nouveau réseau pour la croissance et l'innovation à l'appui de l'accroissement d'échelle en Ontario. 52,4 millions de dollars pour faire du Sud de l'Ontario un chef de file de la technologie et aider à créer 18 000 emplois]
Sonya Shorey : que FedDev Ontario nous a accordés pour nous aider à créer cette opportunité.
Le premier projet, si ma mémoire est bonne, a permis de soutenir 3 000 entreprises. Collectivement, nous avons favorisé, créé et soutenu le maintien de 69 000 emplois. Nous avons aidé ces entreprises à attirer 22 milliards de dollars d'investissements et à générer 16 milliards de dollars de revenus. Je me souviens de ces chiffres, parce qu'ils sont importants. C'est le résultat de l'investissement de 50 millions de dollars de FedDev et des contributions équivalentes de nos trois pôles et de divers partenaires industriels. C'est énorme. Et je peux dire qu'ici, à Ottawa, nous avons assisté à un essor incroyable de notre secteur entrepreneurial dans le domaine des technologies. Je sais que c'est également le cas chez MaRS et Communitech, et nous avions fixé un objectif. Le premier ministre a déclaré qu'à l'issue de ce processus, nous aurions 30 entreprises valant 100 millions de dollars. Nous sommes arrivés à 26. Nous sommes arrivés à 26. Au début de l'aventure, nous collaborions avec 10 entreprises, puis 16, et je suis le seul dinosaure parmi nous trois à avoir participé à cette aventure depuis le début. Je pense que c'est important de souligner que ces investissements ont été réalisés et qu'ils ont porté fruit. Aujourd'hui, nous nous appuyons sur les enseignements que nous avons tirés et sur la collaboration solide entre nos trois organisations. Nous nous faisons confiance, nous collaborons de différentes manières et nous soutenons nos clientes de manière globale et collective. Que vous soyez à Toronto, Waterloo, Ottawa, Kingston ou dans l'une des régions avoisinantes, nous sommes là pour soutenir les entreprises canadiennes et veiller à ce que nous développions ces capacités souveraines et ces entreprises souveraines ici.
Taki Sarantakis : La question est de savoir comment se doter de ces capacités. Est-ce que c'est important de les avoir? Est-ce que c'est important que nos avions soient fabriqués par des entreprises canadiennes? Est-ce que c'est important que mon assurance soit souscrite auprès d'une compagnie canadienne? Est-ce que c'est important que mon système de traitement de texte soit conçu par une entreprise canadienne?
Grace Lee Reynolds : Je crois que tous ces éléments sont importants. Si vous voulez ancrer une économie forte au sens large, c'est la clé du développement économique. Vous disposez d'entreprises d'attache canadiennes clés dans une gamme de domaines et de secteurs, et ce qui est encore plus important, c'est que vous développez constamment ce bassin d'entreprises solides en phase de démarrage qui deviendront des PME, puis des entreprises d'attache canadiennes. C'est important d'avoir des entreprises d'attache canadiennes, parce qu'elles ont une signification au niveau mondial. Elles nous représentent en tant que leaders mondiaux, mais le Canada possède également une économie intermédiaire très forte. L'analogie, c'est que nous ressemblons un peu plus à l'Allemagne. Cela a été clairement souligné dans le dernier budget. Sheldon, vous avez beaucoup parlé de la façon dont nous voulons soutenir les PME qui prospèrent. Il y a plusieurs niveaux. Il ne s'agit pas simplement d'opposer les uns aux autres, mais de réfléchir à l'ensemble du continuum. C'est mon point de vue.
Taki Sarantakis : Sheldon, je vais vous présenter la variante de la question. Vous venez d'une région où vous avez pu constater l'importance d'avoir une entreprise d'attache canadienne, voire plusieurs, si l'on pense à Research in Motion, BlackBerry, ou OpenText. Si vous pensez à certaines personnes qui ont joué un rôle à l'échelle mondiale, et il est vraiment très difficile de jouer un rôle à l'échelle mondiale, qu'est-ce que ça signifiait pour l'écosystème plus large de votre région, le fait d'avoir Research in Motion, d'avoir OpenText? Ici, à Ottawa, nous avions Nortel qui était présente à l'échelle mondiale.
Sheldon McCormick : Parlons un peu d'OpenText,
[00:45:52 Une image du site Web OpenText apparaît à l'écran. Texte : Source: OpenText.com]
Sheldon McCormick : l'une des plus grandes sociétés d'applications logicielles d'entreprise au monde. C'est une société ouverte, vous pouvez vérifier. Elle génère plusieurs milliards de dollars de flux de trésorerie disponible par année et investit des milliards de dollars dans la R et D. Et 2,5 % de son chiffre d'affaires est réalisé au Canada.
Taki Sarantakis : Un instant. 2,5 %.
Sheldon McCormick : En effet, 97 à 98 % de son chiffre d'affaires est réalisé en Europe. Et 15 % en Asie. OpenText est un atout incroyable. Il est rare de rivaliser à cette échelle, et nous observons la trajectoire de croissance de cette entreprise, qui, depuis 35 ou 40 ans, affiche une croissance composée en ce qui a trait aux flux de trésorerie disponibles hors revenus. Ce que nous devons faire, même si ça ne correspond pas vraiment à la mentalité canadienne, c'est reconnaître qu'il existe aujourd'hui un lien évident entre le pouvoir que nous avons à l'échelle mondiale, le nombre d'entreprises de ce type ayant des bureaux locaux et des équipes de direction locales, et le pouvoir et la souveraineté qui existent. Pourquoi est-ce important d'avoir des entreprises locales? Parce que les entreprises locales sont le moteur de la productivité, du pouvoir politique et de la souveraineté. Il est utile que des entreprises mondiales participent à nos écosystèmes. Par exemple, dans la région de Waterloo, nous avons Google.
[00:47:36 Une image du bâtiment de Google à Waterloo apparaît à l'écran.]
Sheldon McCormick : Il y a 2 100 ingénieures qui travaillent chez Google dans la région de Waterloo, mais dans l'écosystème que j'essaie de construire aujourd'hui chez Communitech, il existe une hiérarchie, et dans cette hiérarchie, les entreprises locales doivent se trouver au sommet de la chaîne alimentaire. Parce qu'au bout du compte, même si c'est formidable d'avoir Google dans notre écosystème et que cette entreprise apporte une contribution essentielle, ce n'est pas dans la région de Kitchener-Waterloo que sont prises les décisions les plus fondamentales pour l'avenir de ce bureau, ou que sont élaborées les stratégies et la propriété intellectuelle.
Taki Sarantakis : Exactement, et on retrouve ce genre de chose partout dans le monde, où un acteur mondial possède peut-être 2 % de son marché dans son pays d'origine, c'est son chiffre d'affaires. Mais l'importance d'avoir cet acteur local, c'est qu'il incite également l'université locale à se recentrer sur ce domaine. Il incite en quelque sorte le marché à attirer dans ce pays les personnes qui veulent jouer sur la scène mondiale.
J'aimerais maintenant parler un peu d'expansion. L'une de nos forces réside dans notre capacité à générer des idées. Nous sommes vraiment très douées pour créer de petites entreprises qui pourraient devenir des PME. Nous ne sommes pas aussi douées pour l'expansion. Nous semblons tomber dans le vide à certains moments. Le chiffre d'affaires de 10 millions de dollars semble être l'un de ces points, un autre étant le chiffre d'affaires de 100 millions de dollars. Parlez-nous de l'importance de l'expansion dans le monde d'aujourd'hui.
Grace Lee Reynolds : L'importance de l'expansion. L'expansion est importante, mais la question est de savoir comment y arriver, et comment y arriver au Canada.
Taki Sarantakis : Parlez-nous d'abord de l'importance de l'expansion, parce que j'ai l'impression que le monde est très différent de ce qu'il était auparavant. Dans le passé, il y avait Labatt et Molson, qui étaient très performantes au Canada, et il y avait le CN et le CP, bien qu'il s'agisse d'une activité différente, parce que c'est difficile d'exporter des chemins de fer. Parlez-nous de l'importance de jouer à l'échelle mondiale ou de viser un marché de 8 milliards de dollars plutôt qu'un marché de 42, 43 ou 44 millions de dollars, le marché des particuliers.
Grace Lee Reynolds : Le marché des particuliers, la question de savoir s'il existe des entreprises d'attache au Canada. Comment développer des entreprises mondiales? L'expansion est en fait une question d'accès aux marchés et aux clientes. Le marché canadien lui-même n'est pas assez grand. Si vous ne vendez qu'au Canada, vous ne pouvez pas devenir une entreprise d'attache de la même manière. Par définition, il faut donc être capable de réfléchir à la manière de pénétrer le marché américain ou les marchés européens. Puis-je m'écarter un peu du sujet? C'est peut-être un point de départ pour une autre question, mais quand on pense à ces entreprises et à leur importance, pourquoi l'expansion est-elle importante, et comment y arriver? Il faut trouver les premiers clients, et en particulier dans les domaines dans lesquels nous travaillons. Lorsqu'il s'agit d'une nouvelle idée, d'une nouvelle technologie, le premier client qui permettra de réduire en quelque sorte les risques liés à votre produit. D'où la question de l'approvisionnement. En tant que nation, comment le gouvernement, qui est probablement le plus grand acheteur en masse du pays, peut-il jouer un rôle pour aider les entreprises à se développer, à réduire les risques, afin qu'elles puissent pénétrer les marchés étrangers en devenant un partenaire d'approvisionnement?
Taki Sarantakis : Sans vouloir manquer de respect à mes collègues d'ailleurs, nous ne sommes pas particulièrement douées dans ce domaine. Le nombre d'obstacles que nous posons par rapport aux résultats, la quantité de choses que d'autres pays font pour aider leurs industries nationales dans le domaine de l'approvisionnement, nous sommes peut-être parmi les pires au monde dans ce domaine. Même aux États-Unis, qui est le pays de la liberté, de la bravoure et du marché libre, il y a toutes sortes de personnes, pas seulement Donald Trump. Ils ont toutes sortes de programmes pour acheter américain d'abord, toutes sortes de politiques d'approvisionnement dans le domaine de la défense qui profitent aux entreprises nationales. Il existe toutes sortes de restrictions à l'importation et à l'exportation de technologies qui permettent de s'assurer qu'elles sont correctement développées. Sheldon, j'aimerais vous entendre sur ce point.
Sheldon McCormick : Je vais vous raconter l'histoire de deux entreprises, d'accord? Deux histoires différentes.
Taki Sarantakis : L'entreprise A et l'entreprise B.
Sheldon McCormick : L'entreprise A et l'entreprise B. L'entreprise A m'appelle il y a quelques semaines. Il s'agit d'une entreprise basée à Kitchener-Waterloo dont nous pouvons être très fiers, qui affiche un chiffre d'affaires de plus de 100 millions de dollars. Soit dit en passant, j'aborde cette question du point de vue d'un ancien entrepreneur. Vous pouvez être entrepreneure dans le secteur des technologies, que ce soit dans les opérations, l'investissement ou la création. J'ai porté ces trois chapeaux. Aujourd'hui, c'est en fait un territoire très nouveau pour moi. Je vais vous raconter l'histoire que j'ai vécue avec un entrepreneur il y a quelques semaines. L'entreprise fabrique un produit assez avancé, une combinaison de matériel et de logiciel à Kitchener, exactement le genre de chose dont nous devrions être fiers, et il leur a fallu 15 ans pour en arriver là. À cause de Buy America, ou BABA (Buy America, Build America), il est très difficile pour cet entrepreneur, qui fabrique et crée des logiciels à Kitchener, emploie des centaines de personnes et réalise un chiffre d'affaires de plus de 100 millions de dollars, il est très difficile pour cette entreprise de conserver sa capacité de fabrication à Kitchener, en raison de la législation BABA. Abstraction faite des droits de douane, la dynamique du cadre législatif rend incroyablement difficile pour cet entrepreneur de vendre aux États-Unis.
Cet entrepreneur m'a fait part de sa frustration face à ce qu'il perçoit comme une série d'interventions politiques visant à améliorer son efficacité en tant que fabricant. Nous avons des subventions et des programmes pour améliorer sa R et D, pour le rendre plus productif. Mais sa frustration concernait le fait qu'il n'avait pas besoin d'être plus productif, parce que même s'il l'était, les Américains n'achèteront pas son produit s'il est fabriqué ici. La seule chose qui peut maintenir sa fabrication à Kitchener à l'heure actuelle, c'est que les Canadiennes achètent son produit, c'est ce qui lui permettra de continuer. Ça lui permettra de continuer à se développer, mais il n'arrive pas à obtenir une réunion sérieuse avec des acheteurs à l'échelle provinciale et à l'échelle fédérale pour ce produit en particulier, malgré le fait qu'il entend tout le monde parler d'approvisionnement. C'est un exemple concret de quelqu'un qui m'appelle et me dit qu'il n'a pas besoin d'une autre subvention du côté de l'offre pour être plus efficace, mais a plutôt besoin que quelqu'un se manifeste pour avoir une conversation sérieuse concernant l'achat du produit. L'autre solution consiste à réduire ses activités ou à délocaliser la fabrication pour construire quelque chose aux États-Unis. C'est la première histoire.
Taki Sarantakis : L'entreprise B.
Sheldon McCormick : Pardon?
Taki Sarantakis : L'entreprise B.
Sheldon McCormick : L'entreprise B est OpenText. Comme il s'agit d'une société ouverte, je vais revenir à OpenText.
Taki Sarantakis : Faites-vous partie du conseil d'administration?
Sheldon McCormick : Je ne fais pas partie du conseil d'administration d'OpenText, mais si l'entreprise a besoin d'un membre du conseil, je suis disponible. L'entreprise B est OpenText et la raison pour laquelle je la cite publiquement, c'est qu'il s'agit d'une société ouverte, d'une envergure beaucoup plus importante. Ce n'est pas la première fois que nous en parlons dans cette conversation, qui porte beaucoup sur la souveraineté et le nuage souverain. Je suis en fait très enthousiaste et je vois beaucoup d'initiatives positives, notamment du ministre de l'Intelligence artificielle et de l'Innovation numérique, ainsi que du premier ministre et de l'engagement du gouvernement à construire un nuage souverain. D'accord, nous voulons construire un nuage souverain. À qui allons-nous faire appel?
Intervenant non identifié : Ghostbusters.
Taki Sarantakis : (rires)
Sheldon McCormick : Heureusement que nous avons OpenText. On pourrait dire que c'est un entrepreneur général de ce nuage souverain. À qui allons-nous faire appel? Nous avons une entreprise qui a une capacité concurrentielle mondiale, qui est présente, qui vend et qui est compétitive à l'échelle mondiale, qui a une propriété intellectuelle de niveau mondial et une capacité de production importante. C'est l'avantage d'avoir un champion mondial qui est local. Si nous voulons construire une capacité souveraine, nous aurons besoin d'aide et nous devrons décrocher le téléphone et collaborer avec le secteur privé. C'est l'avantage d'avoir ces champions locaux. Et bien sûr, OpenText n'est qu'un exemple parmi d'autres. J'utilise Cohere comme autre exemple,
[00:57:01 Une image du site Web Cohere apparaît à l'écran. Texte : Source : Cohere.com]
Sheldon McCormick : une entreprise beaucoup plus récente, mais si nous pensons aux capacités fondamentales et aux grands modèles de langage, je suis vraiment heureux que nous ayons les capacités de Cohere. Le fait que nous ayons OpenText et Cohere au Canada me donne beaucoup d'espoir. Avec la collaboration entre les différents ordres de gouvernement et ces deux organisations, il est possible d'être compétitif au niveau mondial, et c'est l'avantage d'avoir ces entreprises locales. C'était l'histoire de deux entreprises. J'espère que cela vous a été utile. Si nous réfléchissons à la capacité de notre fonction publique à élaborer des politiques, comment pouvons-nous optimiser ces deux dynamiques différentes?
Taki Sarantakis : Ce que Sheldon a dit au début est très important parce qu'en ce qui concerne la fonction publique à Ottawa, l'administration publique, il parle d'instruments politiques, et nos instruments politiques dans ce domaine ont généralement consisté à dépenser pour la recherche et à subventionner ponctuellement les entreprises par le biais de l'un de nos 879 programmes d'innovation, ou peut-être 294 maintenant, j'ai perdu le compte, mais il existe d'autres instruments politiques, la fiscalité, l'amortissement des coûts d'investissement. Le plus important, et vous l'avez tous deux évoqué, c'est l'approvisionnement. Si l'on considère qu'il s'agit de l'un des plus gros acheteurs du pays, et je pense que nous sommes le plus gros acheteur du pays du côté du gouvernement fédéral, mais ça se répercute ensuite sur les provinces, les territoires, les municipalités, il y a tout un mouvement dans le secteur public qui pourrait faire évoluer les instruments politiques vers un objectif différent. J'aimerais conclure sur le thème des politiques et, bien que vous ne travailliez pas dans ce domaine, mais un peu tout de même, je vous invite à aborder ce thème. Nous irons dans cet ordre cette fois‑ci.
[00:59:07 Taki Sarantakis montre du doigt la direction allant de Sonya Shorey à Sheldon McCormick et Grace Lee Reynolds.]
Taki Sarantakis : Sonya, parlez-nous un peu de ce qu'il serait utile, selon vous, que les responsables des politiques comprennent, afin qu'ils puissent éventuellement commencer à apporter de petites modifications dans ce domaine.
Sonya Shorey : Je pourrais commencer par quelques principes directeurs. Nous disons ici à Ottawa que les fondateurs et fondatrices s'aident les unes les autres. Si les responsables des politiques sont à l'écoute des fondateurs et fondatrices, des entrepreneures et des entreprises, prennent le temps de comprendre les besoins, les défis et les opportunités, et les intègrent de manière globale dans toutes les facettes des politiques touchant les entreprises, de l'environnement, des leviers et des instruments disponibles, nous pourrons progresser considérablement. Nous avons organisé de nombreuses tables rondes sur les défis en matière d'approvisionnement, en matière d'investissement, sur le fait d'avoir recours au financement d'amorçage plutôt que d'augmenter et de renforcer notre environnement de capital, sur la façon dont nous protégeons davantage la propriété intellectuelle souveraine et dont nous l'exploitons à l'échelle internationale afin d'avoir un impact plus important sur notre environnement. Je nous vois sur la bonne voie et je constate l'émergence de ce dialogue. Nous devons le traduire en actions, en plaçant les fondateurs et fondatrices et les entreprises au cœur de nos préoccupations, en les écoutant et en comprenant leur contexte, ce qui est important, leur mode de fonctionnement et leurs besoins réels. Si nous parvenons à le concilier avec les instruments politiques et les décisions qui sont prises, j'ai espoir. Je suis assurément quelqu'un qui voit le verre à moitié plein, et j'espère qu'en ce moment, par nécessité et par urgence, et compte tenu de la situation actuelle de notre monde et de notre pays sur le plan économique, du point de vue du défi de la productivité, de tous les problèmes que nous avons avec notre voisin du Sud et des risques très réels auxquels nous sommes confrontées sur le plan géopolitique avec la menace de guerre et l'incertitude économique, nous faisons les choses différemment au Canada, et j'espère que les fondateurs et fondatrices pourront demeurer au cœur de cette démarche.
Taki Sarantakis : Sheldon, votre point de vue en ce qui concerne les politiques.
Sheldon McCormick : Je suis encore en phase d'apprentissage en ce qui a trait aux politiques, je n'ai donc pas de réponses. Les deux questions que je voudrais poser au groupe sont les suivantes : « Dans quelle mesure acceptons-nous vraiment l'idée que, dans cette nouvelle ère numérique, de nouvelles stratégies politiques sont nécessaires, compte tenu de la différence entre l'économie qui existait au niveau mondial il y a environ 30 ans et celle que nous connaissons aujourd'hui? » La complexité de l'économie numérique est vraiment incroyable. Il suffit de regarder l'indice S&P, de regarder la concentration du S&P 500, par exemple, et de voir qui se trouve en tête de liste. La concentration du pouvoir économique dans le domaine du numérique et des logiciels, de l'IA ainsi que dans l'ensemble du matériel informatique actuel, est incroyable. Je me demande dans quelle mesure nous devons réexaminer certaines des hypothèses fondamentales que nous avons sur notre économie et sur ce qu'elle sera dans 20 ans.
Taki Sarantakis : Grace.
Grace Lee Reynolds : J'abonde dans le sens de ce que disent mes deux amies ici, et ça découle de cette idée de ce que nous représentons, ou de ce que nous voyons sur le terrain, et le défi concerne particulièrement les fondateurs et fondatrices. Il s'agit de comprendre réellement ces besoins, puis de se demander comment nous pouvons améliorer le niveau de dialogue. Et nous allons permettre ce type de changement. Vous avez évoqué la question de la culture tout à l'heure. Ça commence par le dialogue. Ce que je retire, c'est une invitation ouverte à dire que nous sommes là pour aider à approfondir l'apprentissage. Si vous parlez aux fondateurs et fondatrices et que vous comprenez leurs défis, ça devient très concret, parce que ce sont des gens sur le terrain qui bâtissent leurs entreprises. Tout est toujours lié, et la façon la plus simple de le faire est de penser que les besoins se situent toujours au niveau du capital. Comment le rendre accessible aux entreprises en phase de démarrage, en ce qui concerne l'approvisionnement, les clientes? Nous en avons également parlé, et de la possibilité d'avoir un flux libre de talents. Donc les clientes, les capitaux et les talents.
Taki Sarantakis : Je voudrais terminer en demandant à chacune d'entre vous de lancer une invitation. Et vous pouvez refuser, si vous n'êtes pas intéressée à lancer une invitation. Chacune d'entre vous dispose d'installations vraiment géniales, énergiques et dynamiques, remplies de gens qui ont des idées. Grace, la vôtre se trouve dans le centre de Toronto, un très bel établissement. Cette installation me tient particulièrement à cœur parce que je suis né à cet endroit. C'était anciennement le Toronto General Hospital, qui était le point d'attache.
Grace Lee Reynolds : En effet.
Taki Sarantakis : Sur mon certificat de naissance, c'est inscrit Toronto General Hospital.
Grace Lee Reynolds : Il n'est pas né dans le nouvel incubateur du laboratoire expérimental (rires).
Taki Sarantakis : C'est dans l'un de ces couloirs qu'est né un jeune Grec pleurnichard et désagréable. Je pense que vous devriez inviter chaque personne, lors de sa prochaine visite de Toronto, à venir y jeter un coup d'œil.
Sheldon, à Kitchener-Waterloo, vous disposez d'une installation remarquable. Si je me souviens bien, il s'agit d'une ancienne distillerie ou d'une vieille grange ou quelque chose comme ça, mais c'est vraiment génial et encore une fois, plein d'énergie, plein de vie. Je me souviens d'une fois où j'y étais, il y a des années, une entreprise avait créé quelque chose de magique à l'époque, qui l'est probablement encore aujourd'hui, mais dans une moindre mesure. Vous entriez dans leur petit local, et vous achetiez une maison ou un appartement, et dans le cadre de la prévente vous disiez : « Je veux que le comptoir soit comme ça » et c'était virtuel et numérique, « Je ne veux pas que l'interrupteur soit là, je veux qu'il soit là », et tout se faisait en temps réel, mais ce qui était également fascinant, c'est que le prix était calculé pour vous. Donc vous disiez : « La prise électrique. Je ne veux pas qu'elle soit ici, je la veux ici » et le système répondait : « Parfait, ce n'est que 800 $ », et vous disiez : « Non, non, remettez-la à sa place ». Avez-vous encore la super glissade?
Sheldon McCormick : Oui.
Taki Sarantakis : C'est l'une des meilleures choses qui soient. Ils ont une glissade qui n'en est pas une, parce que si vous avez une glissade, vous avez besoin d'un permis et d'une licence de parc d'attractions. Alors devant la glissade, il y a un panneau avec l'inscription d'un avocat qui dit « Ceci n'est pas une glissade », ce que j'aime beaucoup, parce que c'est une solution comme une autre.
Sonya, vous êtes en bas de la rue, à Cours Bayview, qui est une ancienne briqueterie?
Sonya Shorey : C'est un ancien garage municipal transformé en centre d'innovation.
Taki Sarantakis : Oui, c'est d'une beauté époustouflante. Encore une fois, au nom de Grace, je vous invite à aller jeter un coup d'œil, il y a beaucoup d'énergie, etc.
Sonya Shorey : Et la Zone X.O. N'oubliez pas la Zone X.O.
Taki Sarantakis : Oui, et c'est un peu là que j'habite. Au milieu de nulle part. Désolé, je peux le dire parce que j'habite là‑bas. Je tiens à vous remercier, Grace, d'être venue de Toronto. Sheldon, je tiens à vous remercier d'être venu en pleine tempête. Sonya, je tiens à vous remercier d'être venue de Hintonburg. Je sais que ce n'est pas facile de se rendre au marché depuis Hintonburg à la fin novembre à cause de la neige. Je vous invite à vous joindre à moi pour remercier nos trois invitées d'aujourd'hui.
(Applaudissements)