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Réflexions de Mel Cappe (LPL1-V51)

Description

Cette vidéo met en vedette Mel Cappe, ancien greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet, et ancien haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni, qui revient sur les attaques terroristes du 11 septembre et sur le rôle qu’il a joué par la suite.

Durée : 00:33:15
Publié : 14 août 2025
Type : Vidéo
Séries : Série Analyses et réflexions


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Réflexions de Mel Cappe

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Transcription : Réflexions de Mel Cappe

Narration : Les fonctionnaires, les leaders d'opinion et les spécialistes à l'échelle canadienne réfléchissent aux idées qui façonnent la fonction publique : le leadership, les politiques, la gouvernance, l'innovation et bien plus encore.

[00:00:10 Les mots « Leadership », « Politiques », « Gouvernance » et « Innovation » apparaissent successivement à l'écran, suivis des mots « Analyses et réflexions ».]

[00:00:20 Le logo de l'École de la fonction publique du Canada apparaît à l'écran.]

Voici la série Analyses et réflexions, réalisée par l'École de la fonction publique du Canada.

[00:00:25 Une image de Mel Cappe apparaît à côté du texte :
« Mel Cappe s'est joint à la fonction publique du Canada en 1975. Il a occupé des rôles de direction au Conseil du Trésor, au ministère des Finances et au ministère de la Consommation et des Affaires commerciales. Plus tard, il a été sous-ministre à Environnement Canada et à Développement des ressources humaines Canada. De 1999 à 2002, il était greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet. Il a ensuite occupé le rôle de haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni, puis il est devenu président de l'Institut de recherche en politiques publiques en 2006. »]

Mel Cappe s'est joint à la fonction publique du Canada en 1975. Il a occupé des rôles de direction au Conseil du Trésor, au ministère des Finances et au ministère de la Consommation et des Affaires commerciales. Plus tard, il a été sous-ministre à Environnement Canada et à Développement des ressources humaines Canada. De 1999 à 2002, il était greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet. Il a ensuite occupé le rôle de haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni, puis il est devenu président de l'Institut de recherche en politiques publiques en 2006.

[00:00:59 Mel Cappe apparaît assis sur une chaise.]

Taki Sarantakis (Président, École de la fonction publique du Canada) : Je suis en compagnie de M. Mel Cappe, qui a longtemps été sous-ministre principal au sein du gouvernement du Canada. Nous allons donc explorer le thème de la crise et montrer ce qu'il faut faire en cas de crise, principalement avec un exemple de crise majeure, mais nous aborderons peut-être d'autres crises moins graves. Alors, avant d'aborder la crise majeure, où êtes-vous né?

Mel Cappe (ancien greffier du Conseil privé, secrétaire du Cabinet et chef de la fonction publique) : Je suis né et j'ai grandi à Toronto, j'ai fait mes études à l'Université de Toronto, puis je suis allé à l'Université Western pour ma maîtrise et je suis revenu à Toronto pour mon doctorat, que je n'ai jamais terminé!

[00:01:32 Une photo de l'Université de Toronto est montrée, suivie d'une photo de l'Université Western.]

Et je fais très attention à ne pas induire les gens en erreur.

Taki Sarantakis : Quel emploi vouliez-vous exercer lorsque vous étiez enfant?

Mel Cappe : C'est intéressant. Mes parents ne voulaient pas que je devienne fonctionnaire. J'ai suivi un programme de commerce et je l'ai abandonné pour devenir économiste, j'ai étudié l'économie et je voulais devenir universitaire. Ce n'était pas quelque chose que j'avais envisagé quand j'étais enfant, mais j'ai reçu deux offres d'emploi d'universités médiocres, que je ne nommerai pas, et j'ai pensé que je pouvais faire mieux; je suis donc allé à Ottawa pendant un an. J'ai négocié avec le Secrétariat du Conseil du Trésor pour obtenir une année, dont 30 jours pour terminer ma thèse, et j'ai été tellement enthousiasmé par la qualité du travail et des personnes avec lesquelles je travaillais que lorsque j'ai quitté le gouvernement 30 ans plus tard, on me devait encore ces 30 jours.

Taki Sarantakis : C'est vraiment remarquable. Quand on grandit à Toronto, on ne pense jamais à devenir fonctionnaire ou bureaucrate, mais ici, on y pense presque immédiatement. Nous allons avancer rapidement jusqu'à une belle journée de septembre 2001 pour nous souvenir de ce qu'était cette journée avant que les événements ne commencent.

Mel Cappe : Je m'en souviens très bien.

[00:03:10 Une photo de Jim Carr est affichée à côté du texte « © US Embassy Canada, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons ».]

J'étais en réunion à 8 h avec Jim Carr, qui était à l'époque à la tête du Manitoba Business Council et qui est depuis devenu ministre des Ressources naturelles dans le premier gouvernement Trudeau. Mais c'était un homme charmant et j'ai pu le connaître un peu. Alors que nous étions en réunion, vers 8 h 30, la porte s'est ouverte et mon adjoint de direction, Ariel Delouya, est entré en trombe et a dit : « Il faut que vous veniez voir ça! » Je trouvais que c'était impoli! On ne peut pas interrompre abruptement une réunion. Qu'est-ce qui se passe? Je suis sorti et je me suis dit qu'il aurait dû entrer en trombe. J'ai regardé un peu la télévision, puis je suis revenu et j'ai dit : « Jim, je crains que la réunion ne soit terminée. »

Taki Sarantakis : Donc, comme nous tous, vous l'aviez d'abord vu à la télévision.

Mel Cappe : Oui.

Taki Sarantakis : Dites au public en quoi consistait votre travail ce jour-là.

Mel Cappe : J'étais greffier du Secrétariat du Conseil privé du Canada et chef de la fonction publique. Le poste de chef de la fonction publique est inscrit dans la loi, le poste de greffier du Conseil privé l'est également, et ils n'ont pas de supérieur. Il y a un grand levier au milieu du bureau, que l'on pousse le matin et que l'on tire l'après-midi. C'est au moment où j'ai terminé que j'ai réalisé qu'il n'était relié à rien. C'était donc mon travail, mais je me suis rendu compte qu'il s'agissait d'un événement d'une grande importance.

Taki Sarantakis : Le greffier du Conseil privé, pour ceux qui ne connaissent pas ces choses, est en quelque sorte le fonctionnaire le plus important du gouvernement fédéral. C'est à vous que les autres sous-ministres rendent compte, mais vous entretenez également une relation particulière avec le premier ministre du Canada. Parlez-nous un peu de la relation entre un greffier et un premier ministre.

Mel Cappe : Oui.

[00:05:26 Une photo de Mel Cappe et de l'ancien Premier ministre Jean Chrétien est affichée.]

Je devais rendre des comptes à l'ensemble du Cabinet en tant que secrétaire du Cabinet, mais je devais rendre des comptes directement au premier ministre en tant que sous-ministre du premier ministre, et le Bureau du Conseil privé agit comme son ministère. Ce jour-là, je savais que le premier ministre prenait son déjeuner avec Lorne Calvert, alors premier ministre de la Saskatchewan.

[00:05:43 Une photo de Lorne Calvert est affichée à côté du texte « © Daniel Paquet, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons ».]

J'ai pensé que c'était suffisamment important pour que je le dérange. J'ai téléphoné au 24 Sussex, qui était à l'époque la résidence du premier ministre, et Bruce Hartley, son adjoint de direction, a répondu au téléphone. J'ai dit : « Bruce, je dois parler au premier ministre immédiatement. » Bruce savait que je ne faisais jamais ça, alors il a dit : « Tout de suite. » Il a fait sortir le premier ministre, à qui j'ai raconté ce qui s'était passé. C'est vers 9 h, 8 h 30, 9 h du matin. Nous n'avions pas encore vu la tour s'effondrer. Le premier ministre devait terminer son déjeuner et se rendre ensuite à Halifax pour rencontrer le premier ministre de la Nouvelle-Écosse. Je lui ai dit : « Monsieur le premier ministre, je pense que vous devez continuer votre journée comme si de rien n'était, et aller à cette réunion. » Le premier ministre a répondu : « Je pense que vous vous trompez, c'est trop important, je vais rester ici. » Il avait raison, j'avais tort, et c'est bien qu'il soit resté à Ottawa.

Taki Sarantakis : Parlez-nous de votre première réaction. Croyiez-vous que c'était un accident?

[00:07:02 Une photo de l'effondrement des tours jumelles est affichée à côté du texte « © Cyril A., CC BY-NC-ND 2.0, via Flickr ».]

Mel Cappe : C'est ce que je pensais après le premier avion.

[00:07:08 Une autre photo de l'effondrement des tours jumelles est affichée à côté du texte « © Robert Levine, domaine public, via Wikimedia Commons ».]

Mais après le deuxième avion, je savais que ce n'était pas un accident.

[00:07:11 Une photo du Pentagone détruit est affichée à côté du texte « © North Dakota National Guard, CC BY-NC-SA 2.0, via Flickr ».]

Lorsqu'un troisième avion a frappé le Pentagone, j'étais certain que ce n'était pas un accident. Je convoque donc immédiatement une réunion des sous-ministres pour 14 h ce jour-là. Au début, je me suis demandé si je devais m'adresser uniquement au sous-ministre de la Défense nationale, au sous-ministre de la Sécurité publique et ainsi de suite, ou si tout le monde allait être concerné. La réponse était claire : tout le monde sera concerné. Si vous êtes responsable de l'agriculture et que vous vous préoccupez des exportations, vous fermeriez la frontière; tout le monde doit être présent. Nous avons donc tenu une réunion complète des sous-ministres à 14 h ce jour-là.

Taki Sarantakis : Étiez-vous au téléphone avec le ministre de la Défense nationale entre 9 h et 14 h? Étiez-vous au téléphone avec le ministre de Transports Canada? Étiez-vous au téléphone avec le sous-ministre des Affaires étrangères?

Mel Cappe : Il faut se rappeler que la Chambre ne siège pas et que les ministres ne sont pas en ville. Le ministre de la Défense nationale et le chef d'état-major de la Défense participent à une réunion de l'OTAN à Sofia, en Bulgarie. Je demande au vice-chef d'état-major de la Défense, George MacDonald à l'époque, de venir dans mon bureau, il est peut-être 10 h. L'une des leçons, Taki, est qu'il faut avoir la bonne personne au bon moment, et MacDonald était la bonne personne. Il venait d'être nommé commandant adjoint du NORAD. Lorsqu'il faut fermer l'espace aérien de l'Amérique du Nord au grand complet, George MacDonald doit être dans votre bureau, car il sait comment gérer ce genre de situation et ce qui se passe à Cheyenne Mountain, au quartier général du NORAD. Sa présence a donc été très importante.

Taki Sarantakis : Il ne faut donc pas répondre seulement aux Canadiens, même si, probablement à ce stade, nos voisins du sud passent une journée à se demander ce qui se passe et ce qu'il faut faire. Parlez-nous un peu des interactions entre le Canada et les États-Unis.

Mel Cappe : Rappelons que George W. Bush a pris le pouvoir en janvier 2001. La plupart de ses candidats n'avaient pas encore été approuvés par le Sénat. Le dirigeant de la patrouille frontalière, qui est le service des douanes aux États-Unis, se trouvait à Vancouver. Il était coincé à Vancouver. Le directeur de Douanes et Accise du Canada était coincé aux États-Unis et puisque l'espace aérien était fermé, il ne pouvait pas revenir. C'était là une partie du problème : avoir les bonnes personnes au bon endroit et au bon moment. Le directeur du FBI n'avait pas encore été approuvé par le Sénat. Nous avons donc eu un énorme problème parce que ces relations n'étaient pas bien établies. Les relations sont un élément clé. Si je pense qu'il y a une leçon à en tirer, c'est que nous avions notre communauté de sous-ministres et que les acteurs opérationnels avaient de très bonnes relations interpersonnelles les uns avec les autres, mais qu'ils n'avaient pas d'aussi bonnes relations avec les États-Unis, et que nous en avions besoin. Plus tard, nous avons envoyé le directeur du SCRS et le commissaire de la GRC à Washington, où ils devaient rencontrer le FBI et le directeur de la CIA; ils ne s'étaient jamais rencontrés auparavant. Ce n'était pas une bonne chose.

[00:10:59 Mel Cappe prend un verre d'eau et en boit une gorgée avant de le reposer.]

Taki Sarantakis : À un moment donné de la journée, des murmures ont commencé à se faire entendre : ces personnes seraient venues du Canada.

[00:11:10 Un extrait d'un article du Washington Post intitulé « Canada Fights Myth It Was 9/11 Conduit » (Le Canada combat le mythe voulant qu'il ait servi de voie d'entrée aux terroristes du 11 septembre) est affiché avec le texte en surbrillance suivant : « Les autorités canadiennes sont irritées de constater qu'après trois ans et demi, elles n'ont toujours pas réussi à dissiper cette allégation sans fondement, selon laquelle le Canada aurait servi de voie d'entrée aux pirates de l'air du 11 septembre. ».]

Tout d'un coup, les gens sont devenus des experts de différentes langues, de ce qu'ils entendaient et de ce qu'ils n'entendaient pas. Parlez-nous de cela, parce que vous aviez affaire à la réalité, mais aussi à un récit qui commençait à se répandre dans certains cercles.

Mel Cappe : Permettez-moi donc de parler des langues pendant une minute. Il s'avère que la NSA, qui signifie National Security Agency, est sans équivoque l'organisme de renseignement d'origine électromagnétique le plus important au monde. Le Centre de la sécurité des télécommunications compte beaucoup plus d'experts en langues, et nous sommes devenus traducteurs des interceptions de la NSA. Il s'agissait d'une relation importante et d'une force canadienne, pour ce que ça vaut. Vous avez raison, cependant, au sujet des rumeurs, et ce serait bien pire aujourd'hui avec les médias sociaux, mais c'était énorme.

[00:12:17 Une photo d'Hillary Clinton est affichée à côté du texte « © Gage Skidmore from Peoria, AZ, United States of America, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons ».]

Ainsi, Hillary Clinton, qui était sénatrice à l'époque, a fait valoir que ces personnes étaient venues du Canada. Michael Kergin, notre ambassadeur à Washington, a rendu visite à la sénatrice Clinton et lui a dit : « Écoutez, ces gens ont été admis par votre pays en provenance d'Arabie saoudite, ils ne sont pas venus du Canada. » Elle a répondu : « Mais ils auraient pu venir du Canada. » Ce fut un moment terrible, car elle a continué à blâmer le Canada, un peu comme dans South Park.

Taki Sarantakis : Le brouillard de guerre initial a fini par se dissiper. Dites-nous, par exemple, à quelle heure vous êtes allé vous coucher ce soir-là? Par exemple, quel a été le moment où vous vous êtes enfin dit que demain ne sera qu'un autre jour?

Mel Cappe : Il y a deux choses à prendre en compte. Premièrement, j'ai mentionné que les ministres ne sont pas à Ottawa.

[00:13:18 Une photo de John Manley est affichée à côté du texte « © World Economic Forum, domaine public, via Flickr ».]

Le vice-premier ministre, John Manley, se trouve actuellement à bord d'un avion en provenance de Londres et traversant l'Atlantique qui est sur le point de devoir revenir à Heathrow. Puisque nous voulions que Manley soit à Ottawa, il fallait trouver un moyen pour que cet avion puisse continuer à voler vers Ottawa sans être détruit par un F-18 des États-Unis. Nous en avons trouvé un. Le pilote sait que le vice-premier ministre est en classe affaires, et il l'invite dans le cockpit et lui dit : « Écoutez ceci ». Manley apprend alors que tous les avions seront immobilisés au sol. L'avion poursuit sa route et atterrit à Ottawa. Il s'agissait en fait d'un vol à destination de Toronto; il a été détourné vers Ottawa et Manley y est débarqué. Il était donc très important que nous ayons la possibilité d'y arriver. Là encore, le général MacDonald a joué un rôle important en nous indiquant que nous pouvions y arriver.

Taki Sarantakis : Le lendemain, le 11 septembre est terminé, mais une dynamique s'impose à partir du 12 septembre; vous pouvez peut-être nous parler de vos souvenirs de la fermeture de la frontière.

Mel Cappe : J'ai envie de divaguer un peu. Mon premier souvenir est qu'Alain Jolicoeur, qui dirigeait Douanes et Accise, était responsable de la frontière. La pire chose qui soit arrivée au Canada et à l'économie canadienne a été une toute petite image publiée dans The Economist, qui montrait une file de camions à la frontière canadienne, avec une pancarte sur laquelle on peut lire : « Frontière américaine - 26 kilomètres ». C'était une image très dommageable compte tenu des possibilités d'investissement au Canada en vue d'exporter vers les États-Unis, qui pourraient ne plus exister aujourd'hui en raison des droits de douane. Alain a informé les sous-ministres en permanence des temps d'attente à chaque poste frontalier pendant les deux ou trois mois qui ont suivi. Il n'avait pas cette possibilité en temps normal, mais il devait savoir quelles frontières étaient ouvertes et lesquelles étaient surchargées. Il était donc très important de disposer de ce type d'informations, que nous n'avions pas pu obtenir auparavant. D'autre part, il s'agissait d'essayer de garder les frontières ouvertes lorsque… il faut aussi mettre les choses dans le contexte du bogue de l'an 2000. Personne n'a prévu la chute du World Trade Center, mais nous venions de terminer la préparation du passage à l'an 2000, et nous étions prêts, nous avions un programme de maintien des services gouvernementaux, un PMSG. Un acronyme, ça veut dire que c'est très important. Nous avions donc un PMSG, pour le maintien des services gouvernementaux, et nous avions organisé des exercices pour nous préparer à la crise, ce qui nous a beaucoup aidés.

Je me rends au 24 Sussex au mois d'août. Le premier ministre est appelé par le chef d'état-major de la défense et, à son retour, il déclare : « Je viens de donner l'ordre de faire exploser un avion dans le ciel. » J'ai répondu : « Je sais de quoi il s'agit. C'est un exercice réel. » Il a duré une semaine et le chef d'état-major de la défense a dû obtenir du premier ministre qu'il donne cet ordre. Et le premier ministre l'avait pratiqué. À un autre moment, le 11 septembre, le vol KAL85 relie Séoul à Anchorage et est détourné vers Whitehorse. Il émet un avertissement de détournement. La question est donc de savoir s'il faut détruire cet avion ou non. La réponse est non. Mais il a atterri à Whitehorse, j'appelle le commissaire de la GRC, MacDonald est avec moi et nous expliquons ce qui se passe. J'ai dit : « Demandez à vos effectifs à Whitehorse de se rendre à l'aéroport. » Il me répond : « Non, nous avons une équipe d'intervention d'urgence à Whitehorse. » « C'est super, Will, tout est prévu. Ils l'ont pratiqué. » Ne sous-estimez pas la valeur de l'exercice et de la planification, même si ce plan n'aura jamais à être mis en œuvre. Mais il permet de se préparer à l'inattendu.

Taki Sarantakis : Pour ce qui est de la frontière, parlez-nous un peu de… nos cousins américains, nos voisins ont commencé à se préoccuper de la sécurité, à se préoccuper des mauvais acteurs. Et nous avons également eu ces conversations ici sur la modification du Code criminel, ou au moins des débats sur la frontière entre les droits et les questions de sécurité. Parlez-nous-en un peu.

Mel Cappe : Dans la foulée, nous avons oublié Benni Norris, Ahmed Ressam, c'est une seule personne, qui a été intercepté à la frontière entre la Colombie-Britannique et Washington, et qui était un terroriste qui allait faire exploser l'aéroport de Los Angeles. Un agent des services frontaliers des États-Unis, très avisé, n'a pas apprécié la sueur sur son front, l'a pris à part et a trouvé des explosifs dans sa voiture. Les Américains voulaient fermer la frontière. Ce que nous voulions, c'était assurer la sécurité à la frontière. J'avais donc défendu cette cause bien avant le 11 septembre, tout comme ma prédécesseure, Jocelyne Bourgon, membre du comité international du cabinet. Le premier ministre a répondu : « Je suis le comité international du cabinet. » Cet événement l'a convaincu qu'il fallait créer un comité international du cabinet, et il a demandé au vice-premier ministre, John Manley, de le présider. (Toux) Désolé. Manley préside cette réunion et présente l'idée d'une frontière intelligente. Pouvons-nous rassurer les Américains, et faciliter les échanges entre le Canada et les États-Unis au passage en facilitant les transferts lors du prédédouanement des personnes? J'ai une carte NEXUS, qui existe en raison des attentats du 11 septembre. C'est le concept d'une frontière intelligente qui nous a aidés à le comprendre.

Taki Sarantakis : Vous avez mentionné le vice-premier ministre Manley. Quand le ministre Manley est-il devenu l'homologue du département de la Sécurité intérieure?

Mel Cappe : Mais lui, parce qu'il présidait le comité, il était le majordome qui veillait sur tout cela. Et en effet, ce qu'il a fait, et vous avez soulevé la question des droits, c'est qu'il a présidé le comité. Après les attentats du 11 septembre, c'est le 7 octobre que les États-Unis et le Canada interviennent en Afghanistan. Cette période est suivie de la préparation de la Loi antiterroriste. Il a fallu un mois - le projet de loi a été déposé le 15 octobre - pour préparer la Loi antiterroriste. Le projet de loi a été adopté et a reçu la sanction royale le 15 décembre. C'est extraordinaire de voir à quelle vitesse il a été adopté. La question suivante, j'espère, est de savoir si nous avons commis des erreurs. Et la réponse est : pas beaucoup. La raison en est que Morris Rosenberg était le sous-procureur général et que John Sims était son associé. Anne McLellan était la ministre. Son travail, en tant que membre de ce comité, consistait à s'assurer que les droits seraient protégés. Les seuls fonctionnaires assis à la table du comité du Cabinet… le greffier a une petite table dans le coin, je me suis assis à ma table, Dick Fadden, qui est devenu directeur du SCRS et conseiller à la sécurité nationale, était le coordonnateur de la sécurité et du renseignement, et il était assis à côté de Manley. Le seul autre fonctionnaire présent à la table était Morris Rosenberg ou John Sims, le sous-procureur général. Et leur travail consistait à dire : « Non, vous ne pouvez pas faire cela, les droits vont être affectés. » En conséquence, je pense que la Loi antiterroriste, le projet de loi C-36 cette année-là, a connu un grand succès; nous étions assez bien protégés, et nous le sommes toujours depuis.

Taki Sarantakis : Faisons donc une dernière chose factuelle avant d'aborder plus ouvertement les leçons et les aspects philosophiques pour les personnes qui regardent cette vidéo. Je ne suis pas sûr qu'on appelait cela un budget à l'époque, mais il y a eu une déclaration économique assez importante que le gouvernement a appelée un budget, si je me souviens bien; c'était le 10 décembre et il y a eu beaucoup de dépenses. Parlez-nous un peu de vos souvenirs de l'époque.

Mel Cappe : Bien sûr. Ainsi, lorsque j'étais secrétaire adjoint au Conseil du Trésor, Paul Tellier était greffier. Paul disait ceci aux sous-ministres : « Vous avez tous des idées sur ce que le gouvernement devrait faire. Il est temps de les présenter. » Rob Wright était le sous-secrétaire aux plans, Kevin Lynch était le sous-ministre des finances et Mel était le sous-secrétaire aux programmes du Conseil du Trésor. Tellier dit à tous les sous-ministres : « Cette fin de semaine, vous allez venir et donner à ces trois personnes vos meilleures idées pour savoir où couper. » Tous les sous-ministres disaient : « On devrait réduire le budget de cette personne. » Et c'était toujours le budget d'un autre ministère. Quoi qu'il en soit! Mais je me souviens de cette phrase de Paul : « Vous avez ces idées dans vos tiroirs. » J'ai utilisé cette ligne de conduite avec les sous-ministres et je leur ai dit : « Vous avez tous travaillé, préparé des idées et élaboré des politiques; c'est l'occasion de faire avancer les choses. » Tout le monde m'a écouté. Dick Fadden est devenu le coordonnateur, le développeur de ce projet, et a travaillé en étroite collaboration avec le ministère des Finances, évidemment, car il s'agissait d'un poste budgétaire. Le ministère des Finances, le Bureau du Conseil privé et le Conseil du Trésor ont donc élaboré un budget de sécurité global. Il y avait deux objectifs. Il s'agissait d'une part d'améliorer la sécurité des Canadiens et d'autre part de convaincre les Américains que nous améliorions également leur sécurité.

Taki Sarantakis : Maintenant, parlons un peu des leçons, je pense que nous en avons déjà abordé une. Il est très important de se préparer avant une crise. Qu'avez-vous appris d'autre au fil du temps?

[00:25:13 Mel Cappe sort quelques notes pliées de la poche de sa veste et les déplie.]

Je suis sûr que c'était la plus importante, mais vous avez probablement géré de nombreuses crises en tant que greffier et en tant que sous-ministre principal.

Mel Cappe : Je dirais donc qu'une autre de ces leçons consiste à trouver les bonnes personnes et à faire en sorte qu'elles soient au bon endroit au bon moment.

[00:25:34 Mel Cappe passe à la deuxième page de ses notes.]

J'ai préparé quelques notes et je vais les relire. L'une des conséquences des attentats 11 septembre a été la montée de l'islamophobie, et il nous fallait valoriser l'existence des Canadiens musulmans en les distinguant de quelques personnes qui se trouvaient être musulmans et qui étaient des terroristes. Le SCRS travaillait déjà beaucoup sur l'engagement communautaire, et après avoir établi ces relations, ils pouvaient s'appuyer sur elles, ce qui était important. J'ai mentionné la promotion de l'investissement et de la façon d'investir, et je pense que ce fut important.

[00:26:30 Mel Cappe passe à la troisième page de ses notes.]

Comment se préparer à une catastrophe… nous avons parlé de la planification nécessaire, nous avons parlé des relations personnelles. Je pense que c'est vraiment important. Mais comme vous l'avez mentionné, ces relations doivent être nouées au préalable, elles ne peuvent pas l'être pendant une crise.

[00:26:48 Mel Cappe passe à la quatrième page de ses notes.]

L'autre chose que je dirais, c'est que le processus est important. Je pourrais minimiser l'importance de mon travail en disant que j'étais le responsable des beignes et du café pour le gouvernement du Canada, parce que tout ce qui m'intéressait, c'était le processus, ou je pourrais vous dire que c'était vraiment important. Et je vous le dis que c'est important.

[00:27:20 Mel Cappe plie ses notes et les remet dans la poche de sa veste.]

Taki Sarantakis : C'est très intéressant, car je pense que beaucoup de gens se disent intuitivement qu'en cas de crise, qu'il faut ignorer le processus. C'est exactement le contraire de ce que vous dites.

Mel Cappe : Au contraire, je pense que ce qui est vraiment important, c'est de respecter le processus, d'avoir un processus dans un but précis. J'ai parlé de la réunion des sous-ministres à 14 h. Comme je l'ai dit, je me suis demandé si je devais n'en parler qu'à quatre ou cinq personnes, ce qui aurait été plus facile, mais j'avais besoin que tout le monde soit au courant. Ils avaient tous besoin de savoir, donc… et ils allaient en parler avec leurs ministres, qui avaient besoin de le savoir. Il s'agissait donc de faire participer tout le monde au plan de maintien des services gouvernementaux. Chacun savait quel était son travail et ce qu'il devait faire. Ce n'était pas le cas aux États-Unis.

[00:28:13 Une photo montre Andrew Card à côté de George W. Bush, qui tient un bout de papier, avec trois autres représentants autour de lui. Le texte au-dessus de la photo indique « © The U.S. National Archives, domaine public, via NARA & DVIDS Public Domain Archive »]

Il y a cette image célèbre d'Andrew Card, le chef de cabinet du président Bush, allant lui chuchoter à l'oreille alors qu'il fait la lecture à des enfants.

[00:28:22 Une photo montre George W. Bush assis dans le Bureau ovale et tenant un bout de papier, avec Andrew Card et deux autres représentants près de son bureau. Le texte au-dessus de la photo indique « © Unknown author, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons ».]

Andy Card n'avait pas de processus, et je lui en avais parlé à un moment donné, il n'avait pas la liste téléphonique de toutes les personnes responsables de tous les emplois qui allaient être touchés.

Taki Sarantakis : Je vais m'arrêter un instant, car beaucoup de gens sont surpris lorsque nous leur faisons remarquer cela : Il n'existe pas d'équivalent au greffier du Conseil privé aux États-Unis.

Mel Cappe : En effet. Ainsi, au Canada, je dirais qu'il y a deux personnes qui remplissent la fonction de chef de cabinet, à savoir le greffier et le chef de cabinet du premier ministre. Et à mon époque, nous avions une réunion quotidienne « à trois ».

[00:29:13 Une photo de Mel Cappe, de Jean Pelletier et de l'ancien Premier ministre Jean Chrétien est affichée.]

Le premier ministre était assis derrière son bureau, je l'ai vu sur une photo qui figure dans un livre publié à ce sujet, me montrant avec Jean Pelletier, alors que j'étais secrétaire du Cabinet! – puis le chef de cabinet du Premier ministre, de l'autre côté du bureau, et nous nous rencontrions tous les jours pendant une demi-heure. À un moment donné, je me suis adressé à Jean et je lui ai dit : « Lorsque je suis devenu greffier, j'entendais les questions que j'allais soulever. » Jean répondait : « Non, non, non, Mel, ne me dis pas ce dont tu vas parler. Je ne vais pas vous dire ce dont je vais parler, mais vous devriez vous sentir libre d'intervenir sur ces questions, et je me sentirai libre d'intervenir sur les vôtres. » Ce processus a permis d'établir une relation de travail qui s'est avérée extrêmement précieuse et utile. Ainsi, le 11 septembre 2001, je n'ai pas eu à passer par Jean Pelletier pour joindre le premier ministre, c'est le premier ministre qui prenait mes appels. D'un autre côté, je devais le tenir informé, lui et son équipe, afin qu'ils puissent éviter de s'égarer. Cela est devenu plus important, bien sûr, dans l'environnement actuel avec les cabinets, qui sont plus puissants.

Taki Sarantakis : Il me semble que votre poste, ou votre ancien poste, est en quelque sorte à la croisée de plusieurs éléments. La politique, le cabinet, les sous-ministres, les militaires, les civils, la justice, l'économie. Pour conclure, êtes-vous heureux et fier de la façon dont le système a réagi aux attentats du 11 septembre? Et avez-vous des recommandations pour les gens? Malheureusement, nous serons confrontés à d'autres catastrophes, à d'autres situations d'urgence, qu'elles soient causées par le climat, les humains, etc. Vous pourriez nous donner un peu de sagesse sur la façon dont le système fonctionne ou pourrait être amélioré, ou les deux.

Mel Cappe : J'ai quitté le gouvernement il y a plus de 20 ans et il ne m'appartient donc pas de porter un jugement sur la situation actuelle, mais cela ne m'empêcherait pas de le faire. Je pense que j'étais très fier de la manière dont le système fonctionnait. J'étais fier de la communauté, j'étais fier de la manière dont les ministres travaillaient. Le professionnalisme de la fonction publique canadienne est un atout énorme pour le pays, que nous tenons beaucoup pour acquis. Comme je l'ai dit, le système américain n'était pas encore arrivé à un équilibre parce que le directeur du FBI n'avait pas été approuvé au moment où on en avait besoin! Nous avions ceci. Le professionnalisme et la nature non partisane de la fonction publique fédérale constituent un atout considérable pour le pays. Les gens connaissent leur travail, ils sont dans le système depuis longtemps, ou depuis un certain temps, ils ont appris ce qu'est leur travail et ils savent ce qu'il faut faire. Je pense donc que nous sommes très bien servis par notre fonction publique canadienne. Peut-on l'améliorer? Bien sûr! Il y aura toujours des possibilités de l'améliorer. Mais dans l'ensemble, nous partons d'un niveau élevé.

Taki Sarantakis : Mel Cappe, ancien greffier du Conseil privé, secrétaire du Cabinet et, entre autres, sous-ministre principal dans plusieurs ministères. Merci d'avoir pris le temps de nous parler aujourd'hui d'une crise majeure dans l'histoire du Canada, et non seulement de la manière dont nous l'avons gérée, mais aussi des leçons que nous pouvons en tirer pour l'avenir. Merci beaucoup.

Mel Cappe : Formidable. Merci.

[00:33:04 Le logo de l'EFPC apparaît à l'écran.]

[00:33:10 Le logo du gouvernement du Canada apparaît à l'écran.]

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