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Transcription : S'orienter dans la fonction publique dès ses débuts
[00:00:00 Le logo de l'EFPC apparaît à l'écran.]
[00:00:06 L'écran s'estompe pour montrer Lainy Destin dans un panneau de discussion vidéo.]
Lainy Destin (Membre cadre du corps professoral, École de la fonction publique du Canada) : Bon après-midi et bienvenue. Je m'appelle Lainy Destin, je suis membre cadre du corps professoral de l'École de la fonction publique du Canada et je suis ravie d'être votre animatrice pour la séance d'aujourd'hui, « S'orienter dans la fonction publique dès ses débuts ».
Avant d'aller plus loin, j'aimerais souligner que je m'adresse à vous depuis le territoire traditionnel non cédé du peuple des Algonquins Anichinabés. J'exprime ma sincère gratitude aux générations d'Algonquins passées et présentes qui ont été les gardiens de cette terre. Je sais que nous avons des participants de partout au pays, et vous vous trouvez peut-être sur d'autres territoires autochtones. Je vous encourage à prendre un moment pour réfléchir aux terres que vous occupez et aux communautés qui en prennent soin. À titre personnel, j'aimerais dire qu'il est important que nous reconnaissions les enseignements de diverses communautés autochtones, qui nous ont aidé·es à apprendre non seulement comment survivre, mais également comment prospérer au Canada, quelle que soit notre origine.
La séance d'aujourd'hui est spécialement conçue pour les fonctionnaires en début de carrière qui souhaitent mieux comprendre les fondements d'une carrière réussie au sein du gouvernement. Nous parlerons de concepts fondamentaux comme l'intérêt public, la neutralité professionnelle, les négociations de la fonction publique, des idées essentielles qui façonnent les normes, les valeurs et les attentes de notre profession. Nous avons l'honneur d'accueillir deux éminents chercheurs, anciens fonctionnaires fédéraux et leaders d'opinion dans le domaine de l'administration publique canadienne.
[00:01:56 Les Drs Alex Marland et Jared Wesley apparaissent dans un panneau de discussion séparé.]
Bonjour, messieurs. Tout d'abord, nous avons le Dr Alex Marland, professeur de sciences politiques à l'Université de l'Acadie. Bonjour Alex.
Alex Marland (professeur de sciences politiques, Université de l'Acadie) : Bonjour.
Lainy Destin : En Nouvelle-Écosse. En tant que titulaire de la chaire Jarislowsky sur la confiance et le leadership politique, il élabore un programme visant à préparer la prochaine génération de leaders politiques. Avant de devenir professeur, il a travaillé, comme je l'ai mentionné précédemment, en tant que fonctionnaire à Transports Canada – pour ceux d'entre vous qui viennent de là-bas – à Ottawa et dans plusieurs ministères du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador à St. John's. Il possède donc une expérience à la fois provinciale et fédérale, c'est super. Et puis nous avons le Dr Jared Wesley – bonjour – qui est professeur de sciences politiques et membre du Black Faculty Collective à l'Université de l'Alberta, ainsi que directeur de l'école de politique et de démocratie. Il met en place une série de cours en ligne pour enseigner aux étudiant·es et aux professionnel·les la perspicacité politique. Il a occupé diverses fonctions au sein des gouvernements provinciaux de l'Alberta et du Manitoba, notamment dans le domaine des relations intergouvernementales et de la coordination du Cabinet. Ensemble, ils ont rédigé le The Public Servant's Guide to Government in Canada. Il s'agit d'un guide pratique et d'une ressource instructive qui fait le lien entre les fondements académiques de la fonction publique et les réalités du travail au sein du gouvernement. Leur présentation d'aujourd'hui explorera les principales stratégies pour naviguer dans la culture de la fonction publique, comment fournir des conseils avisés – parce que c'est avant tout notre travail – établir des partenariats significatifs et maintenir l'intégrité professionnelle en ligne et hors ligne. Je dois vous dire que j'ai eu l'occasion de lire l'ouvrage et qu'il s'agit d'un véritable bijou, et je travaille dans la fonction publique depuis 15 ans. Merci.
Sur ce, je vous invite à vous joindre à moi pour accueillir chaleureusement les Drs Alex Marland et Jared Wesley.
Dr Alex Marland : Merci pour cette magnifique présentation, Lainy. J'ai le plaisir de discuter en premier. Je tiens à préciser à tout le monde qu'en tant que professeurs, nous ne sommes pas ici pour essayer de vendre un livre. Notre but est en fait de partager des informations. C'est ce qui compte le plus pour nous. Pour ceux et celles qui sont intéressé·es par le livre, il n'est pas très épais, il est plutôt petit. Il vise à vous aider à comprendre comment devenir fonctionnaire, quelles sont les attentes dans la fonction publique et comment faire progresser votre carrière. La présentation que nous allons faire ne fait que survoler certains de ces éléments de haut niveau. Encore une fois, vous n'aurez pas besoin d'acheter le livre, car vous saurez tout ce qu'il y a à savoir grâce à la présentation qui va suivre. Nous allons commencer. Nous allons essayer de vous faire réfléchir à qui sont les fonctionnaires. Quel est le rôle des fonctionnaires? Nous allons discuter de la manière dont nous pouvons servir au mieux l'intérêt public lorsque nous travaillons pour le gouvernement, à quelque niveau que ce soit. Et aussi, en tant que fonctionnaires, comment pouvez-vous trouver votre place dans la démocratie au sens large?
Je pense qu'il serait pertinent de commencer par se demander pourquoi Jared et moi avons écrit ce guide. Pourquoi l'avons-nous créé? Il s'agit de la deuxième édition, ce qui signifie que nous l'avons mise à jour. Nous avons apporté de nombreuses modifications à la première version. Essentiellement, nous l'avons vraiment retravaillé. Au début, quand nous avons décidé que c'était quelque chose que nous voulions partager, Jared et moi sommes liés par le fait que, dans différentes régions du pays, nous travaillions tous les deux dans la fonction publique et nous pouvions nous appuyer sur nos expériences de travail au sein du gouvernement. Et bien sûr, lorsque vous êtes professeurs, vous finissez par puiser beaucoup dans les livres. Et parfois, ce que vous lisez dans les livres ne s'applique pas toujours dans la pratique. Nous avons donc essayé de trouver quelque chose qui aiderait vraiment les gens. Et puis, personnellement, j'étais à Terre-Neuve, et quand j'étais professeur là-bas – je suis maintenant en Nouvelle-Écosse – il était vraiment clair que les étudiant·es avaient besoin d'une sorte de petit guide, en particulier ceux et celles qui étaient en PEC ou en stage et qui débutaient leur carrière, pour essayer de comprendre comment le gouvernement fonctionne réellement. Personne… on reçoit une formation, mais cette formation ne permet pas toujours de s'y retrouver. L'idée était donc de créer un ouvrage très court, concis et facile à consulter, qui puisse être durable, afin que tout le monde puisse l'utiliser, surtout si vous n'avez jamais suivi de cours de sciences politiques ou d'administration publique.
[00:06:30 Une diapositive apparaît avec le titre suivant :
Fonctionnaires
- employés non partisans du gouvernement
- travaillent dans des ministères
- assistent les ministres]
Ce que nous voulons réellement aborder, ce sont les concepts de base. Si vous travaillez au sein d'un gouvernement en tant que fonctionnaire, l'une des premières choses à faire est de ne pas être partisan·ne. Et pour beaucoup de gens, ça peut être difficile à décortiquer, parce que vous l'êtes peut-être dans votre vie privée. Mais quand vous travaillez pour le gouvernement, vous devez le mettre de côté. Vous êtes un·e professionnel·le qui doit agir avec diligence malgré vos opinions politiques personnelles, et les fonctionnaires, bien sûr, travaillent dans des ministères, et peut-être que vous travaillez dans un organisme ou ce genre de choses, mais c'est utile de voir le gouvernement comme une énorme organisation qui doit être structurée et ciblée. Une partie de ce que nous essayons d'expliquer aux gens, c'est de les aider à comprendre l'ampleur du gouvernement et la raison pour laquelle il est structuré de toutes ces manières différentes, et ça consiste en partie à être en mesure de soutenir les ministres. Parce que bien sûr, ce sont les ministres qui sont partisan·nes. Les ministres sont les représentant·es élu·es qui sont nommé·es pour devenir essentiellement chef·fe d'un ministère ou éventuellement d'un organisme, et ce sont ces personnes qui vont donner les orientations politiques partisanes à suivre. En tant que fonctionnaire, vous n'aimez peut-être pas toujours ça, vous le pensez peut-être en privé, mais en public et dans l'exercice de vos fonctions, c'est vraiment important de vous rappeler que vous êtes non partisan·ne.
[00:07:54 Une diapositive apparaît avec le titre suivant :
L'intérêt public
- défini par le gouvernement
- approuvé lors d'élections
- supervisé par le pouvoir législatif
- avisé par des fonctionnaires
- notre rôle : permettre les décisions et les actions collectives]
L'intérêt public joue un rôle très important. C'est presque une source de fierté pour un fonctionnaire, car il y a tellement de bonnes raisons de travailler pour le gouvernement. Et avouons-le, il y a parfois des frustrations, mais l'une des motivations du travail au gouvernement est l'idée d'aider la société, d'aider les gens et de faire de bonnes choses, et donc d'essayer de comprendre quels sont les éléments liés au gouvernement, au parti au pouvoir, aux ministres, aux premiers ministres, de déterminer à tout moment quelles sont les priorités politiques, ce qui compte, et quelle est la voie à suivre pour aller de l'avant. Il s'agit d'une question qui se pose lors des élections. Le pouvoir législatif joue un rôle important dans la définition de nos priorités, de la législation à mettre en œuvre, du budget de l'État et des mesures à soutenir et à adopter. Et bien sûr, les fonctionnaires jouent un rôle constant dans les coulisses pour aider à faire avancer toutes ces choses. Collectivement, en tant que fonctionnaires, ce que vous essayez de faire, c'est de vous assurer que vous fournissez des informations pertinentes et utiles qui vont permettre des décisions et des actions collectives.
[00:09:00 Une diapositive apparaît avec le titre suivant :
Perspectives autochtones
- la réconciliation est essentielle a l'intérêt public
- apprenez-en davantage sur les traités, l'histoire et la gouvernance
- pratiquez la prise de perspective]
Dr Jared Wesley (professeur de sciences politiques, Université de l'Alberta) : Oui, Alex. Et dans le cadre de cette discussion sur ce qu'est l'intérêt public, sur ce que le gouvernement doit faire ou ne pas faire, il s'agit d'un concept évolutif, n'est-ce pas? Et différents gouvernements, à différentes époques et dans différentes régions du pays, ont défini l'intérêt public de différentes manières. L'un des points de consensus qui évolue est que l'intérêt public comprend le respect des traités et des droits des Autochtones, et qu'il est lié à des engagements en faveur de la réconciliation, ce qui varie également selon les régions du pays. Mais c'est important, en tant que fonctionnaires, que nous comprenions comment notre ministre, notre unité individuelle interprète cet engagement en faveur de la réconciliation, pour que nous puissions comprendre comment soutenir au mieux cet aspect particulier de la définition du bien public. Je pense que le reste de l'ouvrage explique également que les fonctionnaires ont un rôle très particulier à jouer pour aider les ministres à définir l'intérêt public et à le mettre en œuvre, ce qui est lié à ce que l'on appelle les négociations de la fonction publique.
Dr Alex Marland : Bien. Il s'agit d'un exemple de l'un des types de graphiques, de tableaux et de figures que nous avons dans ce livre, pour résumer les choses.
[00:10:14 Une diapositive apparaît avec le titre suivant :
Politiciens au Cabinet
- Fournir : Recrutements et promotions fondés sur le mérite, Responsabilité publique des décisions
- Recevoir : Des avis fondés sur des données probantes, Exécution de l'agenda
Fonctionnaires non partisans
- Fournir : Des avis sans crainte, Une mise en œuvre fidèle
- Recevoir : Salaire compétitif, avantages sociaux, sécurité de l'emploi anonymat
Le pacte du service public
- Un accord tacite entre les élues et les fonctionnaires, qui équilibre le leadership politique avec des avis et une administration neutres]
On ne vous demande pas de mémoriser tout ça, il n'y aura pas d'examen sur ce point, mais il s'agit vraiment de garder à l'esprit un concept fondamental. C'est un exemple où nous avons étudié la littérature sur l'administration publique en tant que professeurs et où nous avons essayé de la décortiquer pour que les fonctionnaires qui ne connaissent peut-être pas très bien ces concepts puissent obtenir cette espèce de formation de base et de connaissances à ce sujet. C'est l'idée même des négociations de la fonction publique, qui vise à garantir que les élu·es qui, bien sûr, sont responsables devant le public et envers leurs homologues et, dans une certaine mesure, devant le corps législatif, travaillent avec des fonctionnaires, et ce qui finira par se produire, c'est qu'il y aura un certain niveau de conseil non partisan. Et puis, il finit par y avoir une perspective politique. Et donc, l'élément principal de tout ça, c'est que les gens finiront par dire des choses comme, dire la vérité aux personnes de pouvoir. Et je répondrais, comment savons-nous ce qu'est la vérité? Ce qui compte vraiment, c'est la qualité des informations qui remontent de la fonction publique vers les ministres et les autres décideurs. Ce sont ces gens qui prennent les décisions. Ensuite, il y a un niveau de mise en œuvre qui en découle.
[00:11:22 Une diapositive montre une photo de la ministre fédérale Mélanie Joly s'exprimant sur un podium, à côté du texte suivant :
Le respect de l'autorité ministérielle
- les ministres définissent l'intérêt public
- les fonctionnaires avisent et mettent en œuvre]
Il s'agit d'un message clé qu'il est important de faire comprendre aux gens, à savoir qu'il n'appartient pas aux fonctionnaires individuel·les, ou aux fonctionnaires en tant que collectivité, de déterminer ce qu'est l'intérêt public. C'est la responsabilité des personnes qui se présentent aux élections et qui sont élues, et des personnes qui sont spécialement élues et nommées au Cabinet ou qui dirigent le parti au pouvoir et qui, bien sûr, sont chef·fes du gouvernement ou premier ministre. Évidemment, il y a aussi les gouvernements au niveau municipal et ce genre de choses. Ce sont ces personnes qui déterminent les orientations d'un gouvernement. En tant que fonctionnaires, imaginez-vous une sorte de hiérarchie. Les fonctionnaires sont en bas de la hiérarchie, au service de leurs maîtres politiques, et c'est très important de garder à l'esprit que, bien souvent, vous pouvez aimer ceci et être d'accord avec cela, mais il y aura aussi des moments où ce ne sera pas le cas. En réalité, en tant que fonctionnaire professionnel·le, votre travail consiste à faire avancer les choses que vos dirigeant·es politiques vous demandent de faire, dans les limites de la loi.
Dr Jared Wesley : Oui, et il y a ces compromis dans les négociations de la fonction publique qui remonte à des siècles. Il s'agit d'un concept qui a vu le jour au Royaume-Uni, qui a évolué aux États-Unis et que le Canada a adopté à sa manière. Et en échange de cette mise en œuvre loyale et des conseils audacieux que les fonctionnaires proposent aux ministres de la Couronne, ils ou elles bénéficient d'une certaine sécurité d'emploi et d'un certain anonymat. Il y a cette idée qui dit qu'on ne peut pas donner de conseils audacieux à quelqu'un avec toutes sortes d'options et les risques associés à ces différentes options et à votre recommandation, si vous craignez que vos conseils soient associés à vous en première page du journal, par exemple, ou si vous craignez que votre sécurité d'emploi fasse en sorte que si vous donnez des conseils audacieux, vous pourriez subir des représailles de la part d'un·e ministre pour l'avoir fait. C'est autour de ce type de principes que s'articulent les négociations de la fonction publique.
[00:13:20 Une diapositive apparaît avec le titre suivant :
Le respect du pacte
Des avis sans crainte
- Se fondant sur des preuves, et non sur des opinions
- Présentant toutes les options viables et leurs implications
- S'inscrivant dans le cadre des priorités du gouvernement
- Et anticipant les risques et les défis
Une mise en œuvre fidèle
- Il s'agit d'une prise de décision fondée sur des preuves
- La chaîne hiérarchique est essentielle à la responsabilité démocratique
- Expliquer, ne pas défendre, les décisions gouvernementales
- Maintenir la neutralité politique au-delà du bureau
Défis
- En dire trop ou pas assez]
Alors, qu'est-ce qu'on attend des fonctionnaires? Pour ce qui est de fournir des conseils audacieux, il est important de savoir que le rôle des fonctionnaires est de fournir suffisamment d'informations et de données probantes pour permettre aux décideurs d'entreprendre ce que nous appelons la prise de décision fondée sur des données probantes. Il existe un mythe, je pense, et vous et moi en avons beaucoup parlé, Alex, selon lequel toutes les décisions du gouvernement devraient être fondées sur des données probantes. Il y a toutefois d'autres considérations que les ministres doivent prendre en compte. Vous avez parlé des conseils politiques proposés par les collaborateurs et collaboratrices partisan·nes, par exemple, ou de l'opinion publique, ou parfois vos données probantes peuvent entrer en conflit avec celles provenant d'une autre source.
Dr Alex Marland : Comment définir la notion de donnée probante?
Dr Jared Wesley : Oui, et les ministres des différents gouvernements définissent ce qu'ils ou elles veulent en termes de données probantes. C'est important, je pense, lorsque vous donnez des conseils audacieux, de garder à l'esprit que vous les donnez d'une manière qui permette aux décideurs de faire des choix fondés sur des données probantes. Et d'après mon expérience – je suis sûr que la vôtre est semblable – lorsque des conseils ou des notes d'information reviennent du cabinet d'un·e ministre, etc., c'est souvent parce que nous devons développer plus d'options, fournir plus d'informations et non moins, et plus d'informations sur la manière de communiquer avec le public ou sur les implications du choix d'une voie particulière. En ce sens, j'ai toujours apprécié cette partie de la fonction publique lorsque j'y étais, parce que vous avez mentionné que les fonctionnaires sont au bas de la chaîne de commandement, oui, mais cette place nous permet un plus grand niveau de créativité et nous permet de fournir ce genre d'options que les ministres exigent.
Une fois la décision prise, il appartient aux fonctionnaires de l'appliquer loyalement. Il s'agit là d'un élément important de ce processus de prise de décision fondée sur des données probantes. Comme Alex l'a mentionné, la chaîne de commandement est en fait très importante en termes de responsabilité démocratique. Vous pouvez ne pas être d'accord avec la décision qui a été prise. Vous vous êtes peut-être ardemment démené·e pour une recommandation politique particulière pour finalement constater que le gouvernement ne l'a pas suivie. Mais ultimement, ce n'est pas votre rôle de substituer votre propre jugement à celui des élu·es. Dans le livre, nous expliquons qu'il existe des circonstances très, très rares dans lesquelles un gouvernement peut agir de manière inconstitutionnelle, etc. Mais même dans ces circonstances, agir seul·e, avec son propre jugement, sans consulter les syndicats, les avocat·es, les superviseur·es, etc. n'est pas la bonne façon de procéder, et j'en dirai un peu plus à ce sujet dans un instant. Parfois, on attend des fonctionnaires qu'ils expliquent pourquoi une décision de politique publique particulière a été prise, et plus on monte dans la chaîne de décision, jusqu'à un·e sous-ministre, plus on peut se retrouver devant une commission des comptes publics ou autre pour expliquer pourquoi une décision a été prise. Mais c'est important de savoir que le contrat, le contrat de la fonction publique, stipule que vous n'êtes pas là pour défendre la décision du gouvernement. Vous n'êtes là que pour expliquer les éléments politiques qui ont contribué à cette décision particulière.
Avant de passer à la diapositive suivante, avez-vous quelque chose à ajouter?
Dr Alex Marland : Oui, je voulais juste ajouter que je pense que nous devons également nous rappeler qu'il y a beaucoup de fonctionnaires qui ne sont jamais en contact direct avec le ou la ministre, en particulier dans le gouvernement fédéral. Il se peut que vous ne rencontriez jamais le ou la ministre, et il y a également beaucoup de personnes qui sont peut-être ce que nous appellerions des travailleurs de première ligne, des bureaucrates au niveau de la rue à bien des égards. Il y a peut-être quelqu'un qui exploite un traversier. Il y a peut-être quelqu'un qui travaille dans les TI. Il y a peut-être quelqu'un qui fournit des services de première ligne et qui n'interagit pas directement avec les politicien·nes. Mais peu importe, le message est le même. Si l'on vous donne des instructions, on attend de vous que vous les suiviez. Et bien sûr, vous pouvez toujours les questionner et demander… apporter votre contribution. Mais en général, il s'agit d'une chaîne de commandement où vous suivez les ordres et les directives de la personne au-dessus de vous.
Dr Jared Wesley : Oui, et certains des défis auxquels sont confrontés les fonctionnaires, qu'ils ou elles soient en contact avec le public ou avec les ministres, c'est la pression d'en dire moins que voulu, et d'en dire plus que ce avec quoi ils ou elles sont à l'aise. Passons maintenant en revue quelques-uns des défis que nous soulevons dans le livre.
[00:17:32 Une diapositive apparaît avec le titre suivant :
« La neutralité politique ne signifie pas que l'on est apolitique ou indifférent à la politique »
La neutralité politique
- Des politiques publiques efficaces, ainsi que des programmes et services d'excellence, contribueront à renforcer la réputation du gouvernement auprès des électeurs et électrices. Toutefois, il ne vous incombe pas de promouvoir un programme partisan ni d'aider les responsables politiques à se faire réélire]
La première est cette notion de neutralité politique. Dans le livre, nous insistons, et je pense que chaque titre de chapitre contient le mot politique, parce que le travail de la fonction publique est intrinsèquement politique. Il est censé être non partisan. Vous n'êtes pas là pour veiller à ce que le gouvernement en place soit réélu, mais vous êtes là pour veiller à ce qu'il soit en mesure de mettre en œuvre le programme qu'il a lui-même défini et qui a été validé démocratiquement par des élections, et c'est là un point de distinction essentiel. On a parfois l'impression que notre travail consiste à essayer de faire réélire le gouvernement en place, alors qu'en réalité, nous ne sommes là que pour veiller à ce qu'il puisse exécuter son programme.
Dr Alex Marland : Je me souviens d'avoir parlé à un sous-ministre de Terre-Neuve-et-Labrador. Il s'agissait d'un changement de gouvernement, un parti politique passant à un autre, et je lui ai dit : « Comment gérez-vous ça? Vous faites ça depuis des années? » Et il a dit : « Un jour, je porte une cravate bleue, et le lendemain, je porte une cravate rouge. » On peut comprendre ce qu'il a voulu dire par là, et le fait est que l'on évolue au gré des vents politiques.
[00:18:39 Une diapositive apparaît avec le titre suivant :
« Les ministres ont besoin d'une vision globale pour prendre les bonnes décisions »
La dilution des avis
- Les ministres comptent sur des avis francs et courageux – il ne faut pas supposer qu'ils ou elles désirent entendre uniquement des messages rassurants]
Dr Jared Wesley : Nous avons interrogé plusieurs fonctionnaires dans le cadre de nos projets de recherche et nous avons constaté que beaucoup sont tenté·es d'édulcorer leurs conseils, de ne pas dire la vérité au pouvoir. Je suis également d'accord pour dire que ce n'est pas un bon usage de la langue, mais ces fonctionnaires ont l'impression de devoir jouer des coudes ou ne pas dire aux ministres ce qu'ils ont besoin de savoir, mais plutôt ce qu'ils ont envie d'entendre. Et comme je l'ai dit précédemment, la rétroaction que l'on reçoit quand on envoie quelque chose au Cabinet et qu'elle revient, c'est de recueillir plus d'informations, et non l'inverse. C'est donc important que les fonctionnaires vérifient leur propre état d'esprit pour s'assurer d'offrir toute une gamme d'options possibles en fonction des données disponibles à ce moment-là.
Dr Alex Marland : Oui, mais de manière concise. Parce que tout va très vite, c'est certain.
Dr Jared Wesley : Oui.
[00:19:21 Une diapositive apparaît avec le titre suivant :
« J'avais l'habitude de formular mesa vis en function de ce que je pensais que le gouvernement devrait faire, et non de ce qu'il pouvait faire »
Outrepasser ses fonctions
- Proposer plusieurs options pertinents et réalisables témoigne du respect de l'autorité ministérielle et préserve votre neutralité]
C'est également important de respecter votre niveau. Parfois, les fonctionnaires qui ont passé beaucoup de temps sur un dossier ou qui ont reçu une formation dans un domaine particulier peuvent juger avoir une expertise dans ce domaine, et penser que leur avis fait donc autorité par rapport à d'autres sources d'information qu'un ministre pourrait obtenir. Mais encore une fois, c'est important de se rappeler que votre travail consiste à veiller à ce que ces décisions soient fondées sur des données probantes, et qu'il est possible que les choses ne se passent pas toujours comme vous le souhaitez. Rares sont les fonctionnaires qui passent toute leur carrière sans connaître un certain niveau de déception à cet égard.
[00:19:59 Une diapositive apparaît avec le titre suivant :
« Avant de publier quoi que ce soit j'imagine ce message apparaître dans la boîte de réception de mon ou ma sous-ministre, ou en capture d'écran dans un article de presse »
Votre empreinte numérique
- Serais-je à l'aise si ma supérieure ou mon supérieur direct prenait connaissance de cette publication ? Si la réponse est non, il est préférable de s'abstenir]
Et puis, nous parlons aussi un peu dans le livre de la façon dont la neutralité politique à l'ère numérique s'étend maintenant au-delà du lieu de travail. Et comment beaucoup de gens se sentent obligés d'être sur les médias sociaux pour toute une série de raisons, mais comment ça peut en fait interférer avec votre capacité à fournir des conseils audacieux et une mise en œuvre loyale. Dans le livre, nous expliquons comment vous pouvez être tenté·e, par exemple, de critiquer une décision gouvernementale sur les médias sociaux ou par d'autres moyens, et cette tentation peut parfois être très forte. S'il s'agit d'une décision politique que vous critiquez dans votre propre domaine, vous franchissez la limite.
Dr Alex Marland : Oui, et le conseil que je donnerais, c'est que si vous êtes sur les médias sociaux, si vous vous identifiez comme un·e fonctionnaire, un·e employé·e du gouvernement, et que vous publiez des choses, c'est potentiellement un problème. Je vous conseille de ne pas vous présenter comme un membre du gouvernement si vous avez l'intention de publier des critiques de quelque nature que ce soit.
Dr Jared Wesley : Oui, et même la perception, parce que les gens peuvent vous relier à vos autres informations biographiques. Il y a eu quelques cas de ce genre. La règle de base, et nous en avons plusieurs dans le livre, c'est de se demander, Est-ce que je serais à l'aise si mon ou ma superviseur·e voyait ce message? Est-ce qu'il ou elle approuverait cette publication? Et ça n'enfreint en rien vos droits en tant que Canadien·ne en vertu de la Charte. Nous voulons qu'il soit clair que vous avez le droit de dire ce que vous voulez, mais qu'il y a des limitations de carrière qui viennent avec ce genre de décisions. La liberté d'expression n'est pas sans conséquences.
Dr Alex Marland : Et vous avez aussi le droit d'être stupide.
Dr Jared Wesley : [rires] Vous pouvez nous citer. Enfin, je pense que c'est important de rappeler qu'en tant que fonctionnaires, nous avons un devoir de confidentialité. Parfois, nous disposons d'informations que le grand public n'a pas et que nous estimons importantes pour lui.
[00:21:52 Une diapositive apparaît avec le titre suivant :
« Mon efficacité au service de l'intérêt public repose sur la confiance »
Confidentialité
- En tant qu'institution publique, le gouvernement prend très au sérieux la confidentialité et le secret]
Il y a eu des cas, en particulier pendant la pandémie, dans certaines provinces, où des fonctionnaires ont pris l'initiative de divulguer des informations à la presse ou à l'opposition, etc., et nous mentionnons clairement dans le livre que ça ne respecte en aucun cas les négociations de la fonction publique. Il s'agit là encore d'une décision qui limite la carrière et qui a des conséquences, mais nous rappelons également qu'il existe des moyens d'exprimer son opposition à une décision particulière prise par un gouvernement. Vous pouvez vous adresser à votre superviseur·e, vous pouvez vous appuyer sur la législation relative aux dénonciateurs si elle concerne ce secteur particulier de la fonction publique, ou vous pouvez passer par votre syndicat, par exemple. Il existe d'autres possibilités que de rompre ce serment de confidentialité tellement important.
[00:22:35 Une diapositive apparaît avec le titre suivant :
Points clés à retenir
01 – Le service publique est politique
- Connaissez et respectez les limites]
02 – Respectez le pacte
- Les compromis sont bien réels]
03 – Embrassez votre rôle
- Le service public peut être gratifiant]
Les principaux points à retenir de notre brève discussion d'aujourd'hui sont donc les suivants : premièrement, nous espérons que vous vous rendrez compte que la fonction publique se doit d'être non partisane, mais qu'elle est intrinsèquement politique. Le livre vous explique comment connaître et respecter les limites, y compris le fait que vous êtes là pour veiller à ce que le gouvernement réalise son programme, et non pour le faire réélire. Ensuite, les négociations de la fonction publique existent depuis des siècles pour une raison bien précise. Elles permettent au Canada de conserver son statut de démocratie parmi les plus performantes et les plus respectées au monde. Enfin, nous avons également parlé des limites de votre rôle. Savoir où se trouvent ces repères et connaître, comme je l'appelle, le bac à sable dans lequel vous êtes autorisé à jouer, peut rendre le travail encore plus amusant et gratifiant parce que vous reconnaissez les limites de votre propre rôle, ce qui peut en fait libérer beaucoup de créativité si vous connaissez l'espace dans lequel vous êtes censé travailler.
Dr Alex Marland : Oui, plus que tout autre emploi, à bien des égards, vous pouvez faire une réelle différence en travaillant pour le gouvernement.
Dr Jared Wesley : Oui, et c'est pourquoi je suis sûr que beaucoup d'entre vous ont été attiré·es par ce rôle.
[00:23:37 Une diapositive apparaît avec une image du livre « Guide des fonctionnaires sur le gouvernement au Canada – Deuxième édition » à côté du texte suivant :
Comment ce guide peut contribuer à l'évolution de votre carrière]
Nous espérons que ce guide vous aidera dans votre carrière. Nous avons en fait d'autres chapitres consacrés à la préparation des entretiens, à l'orientation professionnelle, au travail avec des mentors, etc. Si vous souhaitez en savoir plus, nous serons heureux de répondre à vos questions et de vous renvoyer au livre, que nous n'essayons en aucun cas de vendre.
Lainy Destin : C'était génial. Merci beaucoup, Jared et Alex. J'espère que tout le monde a apprécié vos enseignements et votre présentation. C'était très concis, oui, de très bons points à retenir. J'aimerais demander aux participant·es de poser leurs questions. Il s'agit de la partie questions-réponses de l'événement. Je vois ici quelques questions qui pourraient nous aider à ouvrir le bal et à avoir quelques informations supplémentaires de votre part à tous les deux. Voyons ce que j'ai. Voyons. J'en ai une ici. Qu'est-ce que les fonctionnaires qui débutent devraient retenir de la culture de la fonction publique?
Dr Alex Marland : Excellente question. J'ai animé des ateliers sur le fonctionnement du gouvernement pour un grand nombre de fonctionnaires, certain·es en place depuis longtemps et d'autres qui débutaient, et je pense que beaucoup sont tout simplement consterné·es par la lenteur des choses au gouvernement. Ce serait l'un des premiers éléments. Il y a tellement de processus. Il y a tellement de niveaux et de couches. Parfois, nous n'avons aucune idée de la direction que prennent les choses. L'une des choses qui en ressort, c'est une culture qui semble… Parfois, les choses vont très vite, et d'autres fois, elles peuvent prendre des années. Le rythme au sein du gouvernement est une chose, et parfois aussi les formalités. Tout le monde est tellement soucieux de s'assurer que tout est fait de manière professionnelle. Ça peut presque devenir impersonnel, et vous devez vraiment faire un effort pour passer du temps dans une salle à manger. Vous devez vous assurer d'ajouter un côté social dans votre travail, pour briser ces formalités et atteindre le type de culture en milieu de travail que vous recherchez.
Dr Jared Wesley : Oui, je pense que dans le livre, nous réservons un espace pour parler du fait que si vous trouvez que votre travail est une corvée et que vous avez l'intention de devenir gestionnaire vous-même, prenez des notes, vous voyez? Comment vous pourriez faire certaines choses différemment. Et si vous vous sentez à l'aise d'en parler à votre superviseur·e, n'hésitez pas à le faire. Ce qui est ressorti pendant nos entretiens avec les cadres supérieurs et dirigeants, c'est que leur réaction était positive lorsque le personnel leur disait : « Je ne comprends pas pourquoi cette décision a été prise, j'aimerais vraiment comprendre pourquoi les personnes dont vous dépendez prennent ces décisions, pour que je puisse vous donner des conseils plus rationnels ». En fait, l'un des sous-ministres de l'Alberta avec lequel je travaillais a commencé à inviter le personnel qui se trouve à un ou deux niveaux en dessous de lui à ces réunions [inaudible] ou aux réunions des sous-ministres. Et ça les aide vraiment à comprendre comment les décisions sont prises. Ensuite, et j'adore cette partie, le sous-ministre demande à ces personnes de lui donner des conseils sur la manière d'améliorer la présentation d'un briefing en particulier, et ce type de culture d'équipe est une manière de s'opposer à ce qui peut être parfois une culture lente et lourde dont vous avez également parlé.
Lainy Destin : C'est un excellent conseil. J'ai personnellement vécu l'expérience de poser ces questions, de ne pas avoir peur de faire tomber les barrières dans la salle à manger, de chercher à personnaliser votre relation avec les gestionnaires et de voir si vous pouvez participer à ces réunions à un moment ou à un autre. Un excellent conseil. Merci. Nous avons une autre question. Une fois établi·e dans la fonction publique, quels sont vos conseils pratiques pour gravir l'échelle de la carrière? Vous venez de nous donner un petit conseil sur le fait d'être… de demander à être au courant de certaines choses, mais avez-vous d'autres conseils à nous donner?
Dr Jared Wesley : Oui, je commencerais par remettre en question l'idée qu'il existe une échelle. De nombreux ouvrages sur les carrières vous diront que la métaphore de l'échelle est tout à fait dépassée, dans la mesure où j'ai toujours considéré ma carrière comme une sorte de jungle, vous voyez? C'est parfois nécessaire de se déplacer latéralement ou même de descendre dans une organisation pour obtenir le type d'occasions et d'expériences qui vous plaisent et dans lesquelles vous pouvez exceller, et que parfois cette voie est en fait un meilleur moyen de s'élever au niveau auquel vous voulez être à votre meilleur. Ensuite, je pense que nous devons nous défaire de l'idée que tout·e grand·e fonctionnaire convoite un poste de gestion ou de cadre supérieur·e et dirigeant·e. J'ai moi-même refusé ces rôles parce qu'ils ne correspondaient pas à la vie que je voulais mener. C'est-à-dire que mon temps ne m'appartient pas, que je n'ai pas de contrôle ou de temps à consacrer à ma famille et à mes enfants. Je suis sûr que beaucoup de personnes qui nous écoutent sont confrontées à ce genre de pressions. Je pense que c'est important de s'opposer à l'idée qu'il faut gravir les échelons ou que l'on ne sera pas un bon fonctionnaire. Dans ce livre, nous avons essayé de créer un espace sécuritaire pour ce genre de conversations.
Dr Alex Marland : Oui, j'ajouterais qu'il faut essayer au mieux d'avoir une attitude positive et de dépasser les attentes, et si je le mentionne, c'est parce que la bureaucratie en tant que mot, ça veut dire quelque chose. Et lorsque nous pensons au mot bureaucratie, nous avons tendance à penser à un certain type de culture, que ce soit au Canada ou ailleurs. De mon point de vue, dans toute grande organisation, il peut y avoir des personnes qui ne font pas le poids, qui sont presque, vous vous dites, pourquoi devrais-je travailler dur si cette personne ne le fait pas? Ne laissez pas ces personnes vous freiner. Dépassez les attentes. Si quelqu'un vous demande de faire quelque chose, essayez toujours de faire encore mieux que ce qui est demandé. Gardez cette attitude tout au long de votre carrière et vous irez loin.
Lainy Destin : C'est un excellent conseil. Oui, il faut s'investir et faire le travail. C'est un très, très, très bon conseil. Merci beaucoup. Bien. Nous avons une autre question. Dans le texte, vous recommandez de rechercher… enfin, dans le livre, pour ceux et celles d'entre vous qui l'ont lu, vous recommandez de rechercher l'expérience d'un organisme central. Tout d'abord, pouvez-vous nous donner le contexte de ce qu'est l'expérience d'un organisme central? Et puis [toux], pouvez-vous nous dire pourquoi ça peut être important et comment acquérir une telle expérience?
Dr Alex Marland : Oui, je vais me lancer en premier. Par organisme central, nous entendons des éléments de haut niveau, presque comme des éléments de contrôle du trafic aérien du gouvernement. Au niveau fédéral, le Bureau du Conseil privé en est un parfait exemple, et il existe évidemment des équivalents au niveau provincial. Et si vous avez la possibilité de travailler dans un organe de contrôle qui travaille essentiellement à tenter de coordonner tous ces différents ministères, vous avez une vue d'ensemble de la manière dont le gouvernement travaille ensemble, de son approche globale et des interactions qui se produisent entre les différents gouvernements. Lorsque vous travaillez avec différents ministères, lorsque vous travaillez dans un seul ministère, c'est très cloisonné et vous avez tendance à ne voir les choses que sous cet angle. Mais une fois que vous travaillez dans un organisme central, vous pouvez constater que les choses fonctionnent en corrélation entre les ministères. Il y a constamment des consultations. Il y a tellement d'éléments interactifs. Ça vous offre une très bonne perspective. Ensuite, si vous retournez dans un seul ministère, votre contribution est nettement supérieure que si vous n'aviez travaillé que dans ce ministère.
Dr Jared Wesley : Oui, je pense qu'en évoluant vers le centre, comme nous l'appelons, dans des rôles de coordination politique, dans certains cas dans des rôles de relations intergouvernementales, de finances et d'influence de ce type d'organismes, vous obtenez également une vue d'ensemble du gouvernement. Vous constatez que certains domaines politiques que vous n'aviez jamais vraiment considérés comme intéressants, présentent en fait un grand intérêt. Ou vous rencontrez des gens qui voient vos talents d'une manière différente, et beaucoup de gens savent que… il y a une vieille blague, en Alberta du moins, qui dit que quiconque passe plus de huit à douze mois dans un organisme central est une personne différente. On s'attend à ce que vous travailliez dans le centre pendant un certain temps, puis que vous passiez à l'étape suivante de votre carrière dans un ministère responsable quelque part. C'est l'occasion pour vous de rencontrer des gens et de tisser des liens avec eux, pour pouvoir déterminer qui serait un·e bon·ne gestionnaire dans ces autres domaines. J'enseigne à beaucoup d'étudiant·es qui sont très attiré·es par la politique environnementale et la politique sociale, par exemple. Mais après avoir intégré un organisme central, il s'avère que la politique économique peut être très amusante, et qu'il ne s'agit pas que de chiffres. Par exemple. Je pense qu'il est important d'acquérir ce type d'expérience au sein d'un organisme central et la façon d'y parvenir est de rencontrer des personnes qui occupent ces fonctions particulières. Il y a ce mythe, selon lequel ces personnes sont tellement occupées à coordonner le contrôle du trafic aérien, j'aime bien cette expression, qu'elles n'ont pas le temps de vous rencontrer. Leur emploi du temps est rapide, mais parfois aussi très lent, et elles seraient plus qu'heureuses d'aller prendre un café avec vous et de vous parler de leur rôle.
Lainy Destin : C'est super. D'ailleurs, l'été est une période idéale pour discuter avec les gens. Avant que le Parlement ne revienne, c'est le moment idéal pour discuter, les contacter par le SAGE ou vos réseaux. Bien. Merci encore, messieurs. D'accord, en voici une autre. Si nous sommes toujours aux études, tout en travaillant pour le gouvernement, devons-nous nous abstenir de certaines conversations? Certains domaines d'études doivent parler du gouvernement et des critiques peuvent être formulées. Où est la limite? J'imagine que c'est comme si vous étiez dans un cours de sciences politiques, d'économie, d'études autochtones ou autre, et décrire les différents contextes dans lesquels une telle situation pourrait se produire. Alors, messieurs?
Dr Alex Marland : Bien sûr. De mon point de vue, il s'agit réellement de ne pas révéler des choses auxquelles vous avez un accès privilégié dans le cadre de votre travail. Donc, si vous voulez parler du gouvernement de façon abstraite, disons que vous travaillez au ministère des Transports. Vous êtes donc au ministère des Transports, et vous avez un cours dans lequel on parle d'environnement. Pourquoi ne pourriez-vous pas parler d'environnement au sein du gouvernement? Vous pouvez. Mais si, tout à coup, la conversation porte sur le rôle du gouvernement dans les transports, vous devriez peut-être vous abstenir pour cette question.
Dr Jared Wesley : Oui, et c'est difficile, et plus facile à dire qu'à faire parce que, surtout en début de carrière, si nous travaillons dans un domaine qui nous intéresse vraiment, ça peut être très tentant d'être dans le coup. Vous voulez partager quelque chose, mais les règles de confidentialité s'appliquent là aussi. Beaucoup d'étudiant·es de notre programme de maîtrise en études politiques à l'Université de l'Alberta doivent rédiger des mémoires de fin d'études sur le gouvernement, et ça crée souvent les tensions dont vous parlez ici, Lainy, lorsque les étudiant·es doivent faire des recherches sur quelque chose qui fait partie de leur travail quotidien, mais qu'un professeur doit lire. C'est pourquoi nous conseillons toujours aux étudiant·es de s'assurer qu'ils ou elles travaillent en étroite collaboration et de manière transparente avec leur superviseur·e professionnel·le et leur superviseur·e universitaire, afin que tout le monde soit au courant des mêmes informations. Votre superviseur·e universitaire peut insister pour que vous ayez un élément essentiel de votre recherche qui critique le gouvernement de manière constructive, mais votre gestionnaire peut ne pas vouloir qu'une telle chose fasse partie de l'échange de courriels. C'est donc très important d'avoir ces conversations avec les responsables de vos programmes et votre superviseur·e professionnel·le et d'être transparent·e à ce sujet.
Dr Alex Marland : Je n'ajouterai qu'une petite remarque. Une compétence qui vaut la peine d'être développée est celle d'être discretou discrète, parce que c'est comme ça que les gens vous font confiance. Si les gens savent qu'ils peuvent vous dire certaines choses et que vous n'allez pas les divulguer, ils seront plus enclins à vous confier d'autres informations et à faire avancer les choses. Je pense souvent, ne serait-ce que lors de conversations personnelles avec des gens qui abordent des sujets sensibles, qu'il faut être une éponge, absorber, absorber, mais ça ne veut pas dire qu'il faut le diffuser.
Lainy Destin : Encore une fois, c'est un excellent conseil. Voici une autre bonne question, si vous êtes prêt. Avez-vous des conseils sur la manière d'évoluer au sein du gouvernement lorsque l'on est un expert en la matière? Faut-il abandonner la spécialisation pour des rôles plus généraux, afin de progresser ou d'avoir une carrière riche?
Dr Jared Wesley : Oui, je suppose que ça dépend de ce que vous entendez par progresser. De nombreux gouvernements, y compris le gouvernement du Canada, valorisent l'expérience dans plusieurs rôles différents, comme pour la haute direction, par exemple. Et dans certains cas, c'est établi très clairement, quand vous arrivez à ce niveau, vous devez développer une expérience en matière de politique opérationnelle, de politique stratégique, ou travailler dans un ministère hiérarchique et un organisme central, pour passer à l'échelon supérieur. Je dis toujours aux gens que le début de leur carrière est une période propice à l'expérimentation. Et forcez-vous à sortir de votre zone de confort dans votre domaine d'expertise, parce que très honnêtement, si vous êtes formé·e dans ce domaine, que vous êtes un scientifique, par exemple, vous pourrez toujours y revenir. Une fois que vous êtes au sein du gouvernement du Canada, par exemple, et que vous avez cette formation universitaire, vous ne manquerez pas d'occasions de démontrer votre expertise. Mais s'il y a quelque chose qui sort un peu de votre domaine d'expertise et de votre zone de confort, le début de votre carrière est le moment idéal pour l'explorer. Vous pourriez réaliser que vous aimez vraiment cette facette de votre travail, et décider d'y rester. Je ne pensais pas que la coordination du Cabinet m'intéresserait vraiment. C'est là que j'ai fini. Je pensais que je resterais toute ma vie dans les relations intergouvernementales, mais un superviseur m'a dit : « Si tu t'enfermes ici, tu n'auras plus de possibiltés. » Parce que si vous restez dans ce domaine de spécialisation, vous ne pouvez pas aller plus loin. Il n'y a pas beaucoup de postes au-dessus de vous. Le début de votre carrière est donc une période propice à l'expérimentation.
Dr Alex Marland : Je vais juste ajouter quelque chose. Soyez excellent·e, et je sais que ça semble un peu banal, mais honnêtement, si vous travaillez fort, ce n'est pas important que vous vous spécialisiez ou que vous soyez généraliste. Les gens vous chercheront. Ils vous demanderont de travailler dur. Nous vivons dans un monde où tout le monde est inondé de courriels sur le lieu de travail. Le courriel est essentiel. C'est un élément primordial. Je sais qu'il existe d'autres moyens de communication. Mais si vous êtes quelqu'un qui est à l'affût de ses courriels, qui répond aux questions, les gens le remarqueront et se diront, d'accord, cette personne travaille dur, elle se tient bien informée, je peux lui faire confiance. Contrairement à quelqu'un qui laisse ses courriels sans réponse et puis tout le monde se demande ce qu'il se passe. Essayez d'exceller dans tout ce que vous faites, que vous soyez spécialisé ou généraliste.
Dr Jared Wesley : La plupart des grand·es gestionnaires vous le diront, nous les avons interrogé·es, nous leur avons demandé, ils recherchent des personnes compétentes qui font bien leur travail.
Dr Alex Marland : Oui.
Dr Jared Wesley : Et leur attitude est la suivante : si ces personnes sont capables de faire du bon travail, je peux les former aux particularités du domaine politique. La recherche de ces occasions peut être un moyen de surmonter cette réticence à sortir de sa zone de confort.
Lainy Destin : Encore une fois, excellents conseils, messieurs. Exceller, c'est aussi être fiable, si je puis dire, c'est être présent·e quand il le faut, tout le temps, pour que les gens connaissent votre valeur. Je ferai une petite transition sur la façon dont nous percevons nos postes, sur ce que peuvent ressentir les fonctionnaires nouvellement en poste. Quelques membres de l'auditoire souffrent peut-être du syndrome de l'imposteur. C'est le cas lorsque vous doutez de vos capacités et de vos réalisations malgré les preuves du contraire, de peur d'être démasqué·e comme un·e imposteur. En tant que fonctionnaire débutant·e, quels sont les moyens de faire face à ce sentiment ou de l'apaiser? Vous avez déjà abordé une grande partie de ces questions, il suffit de bien faire son travail et le faire de façon cohérente. Les conseils sont déjà très riches, mais on a parfois l'impression, lorsqu'on commence, qu'il existe une culture de l'expertise. Comment conseilleriez-vous aux gens de faire face au syndrome de l'imposteur?
Dr Jared Wesley : Oui, et nous voyons ce genre de situation tout le temps dans le monde universitaire également, et beaucoup de fonctionnaires sortent maintenant de l'université avec des diplômes de haut niveau ou partent et reviennent. Je comprends très bien. J'accompagne beaucoup d'étudiant·es et de fonctionnaires nouvellement en poste sur ce sujet. Mon meilleur conseil est de savoir que les imposteurs ne souffrent pas du syndrome de l'imposteur. Si vous essayez honnêtement de mentir pour vous frayer un chemin dans le monde et de bluffer sur vos qualifications et votre expertise, vous n'aurez pas d'inquiétude à être un·e imposteur. Vous allez simplement jouer le rôle. Le fait que vous vous préoccupiez de ce genre de choses est donc un signe positif. Il démontre, dans une certaine mesure, de l'humilité.
Le deuxième conseil est de savoir que notre système ne se limite pas au gouvernement. Vous avez dit que la bureaucratie avait des connotations négatives, mais la plupart des lieux de travail cultivent ce sentiment chez le personnel, malheureusement. Pour que vous vous sentiez inférieur·e. Certain·es superviseur·es veulent toujours être la personne la plus intelligente de la pièce et pourraient vous faire sentir inférieur·e si vous n'arrivez pas tout à fait préparé·e à une réunion d'information. Vous devez être prêt·e à traiter avec ces personnes, mais savoir que c'est le système et la culture que cette personne essaie de cultiver et que l'on peut s'y opposer. Les meilleur·es superviseur·es que j'ai eus dans la fonction publique adoptaient l'approche consistant à espérer qu'ils ou elles n'étaient pas la personne la plus intelligente dans la pièce, et à essayer de rassembler d'autres personnes intelligentes pour prendre de bonnes décisions. C'est ce type de gestionnaire que vous devriez rechercher, et ce type de gestionnaire que vous devriez essayer de devenir, si vous le souhaitez.
Dr Alex Marland : Oui, je vais inverser la médaille, Lainy, en disant qu'il faut aussi penser que certaines personnes sont trop confiantes, vous voyez? Surtout quand on sort de l'école. On peut sortir de l'école, être prêt·e à se lancer et se dire, je suis prêt·e à me rendre à ce niveau. Mais c'est important de garder à l'esprit que les personnes avec lesquelles vous travaillez peuvent avoir 10 ans, 20 ans, voire 30 ans d'expérience professionnelle et de vie. Le fait de sortir de l'école ne vous prépare pas nécessairement à la manière dont les choses fonctionnent dans un endroit donné. C'est donc important d'essayer de trouver un moyen de ne pas être trop sûr de soi. Je me souviens d'une publicité qui passait à la télévision et qui mettait en scène une personne qui venait d'être embauchée et avait un diplôme d'études supérieures. Elle entrait et avait besoin de faire copier quelque chose sur la photocopieuse, à l'époque où elles étaient toujours utilisées. Et donc la personne est là, elle parle à une secrétaire qui lui dit : « Voilà la photocopieuse ». Et l'autre la regarde d'un air hautain et lui dit : « Non, non, non, vous ne comprenez pas, j'ai un diplôme d'études supérieures ». Et la secrétaire lui dit : « Alors je ferais mieux de vous montrer comment l'utiliser ».
Dr Jared Wesley : [rires]
Lainy Destin : [rires]
Dr Alex Marland : Donc, [inaudible], c'est apprendre des gens avec lesquels on travaille, quel que soit leur niveau d'éducation officielle.
Dr Jared Wesley : Absolument. J'ai eu le privilège, mais la malchance, de participer à un certain nombre d'interventions en raison de catastrophes naturelles en Alberta, des incendies et inondations. Différentes unités ont été vidées pour envoyer des personnes en première ligne, pour distribuer des cartes de débit et ainsi de suite, et je me souviens que j'étais dans les rouages du gouvernement à cette époque et que mon travail consistait à informer le premier ministre chaque semaine sur les 212 principaux enjeux auxquels la province était confrontée. En temps normal, nous étions 14, mais comme nous devions intervenir pour les inondations dans le sud de l'Alberta, il ne restait plus que moi. Et donc, si j'avais adopté l'approche « je ne fais pas de photocopies, je ne remplis pas de classeurs, je ne fais pas toutes ces choses », rien n'aurait été fait. Je pense que les grandes équipes sont celles qui cultivent ce sentiment que tout le monde est sur le pont. Je ne veux pas savoir d'où vous venez, je veux savoir ce que vous apportez, et ça devient vraiment évident en temps de crise, c'est certain.
Lainy Destin : C'est super. Le syndrome de l'imposteur, et le fait de ne pas se sentir imposteur et d'avoir un excès de confiance, sont deux points importants à souligner. Il y a un équilibre à trouver, c'est certain. Je vous remercie tous les deux. Nous avons ici une question très intéressante. Elles sont toutes excellentes, mais nous en avons un autre. Recommandez-vous de passer d'un ministère à un autre ou de rester dans le même?
Dr Alex Marland : C'est une excellente question. Je pense que ça dépend en grande partie des opportunités offertes. Le point de départ, c'est la fréquence à laquelle vous changez de poste. Si vous parlez de rebondir et de bouger constamment, je ne suis pas sûr que ce soit un bon conseil, parce que toute personne qui cherche à vous embaucher va se dire, eh bien, cette personne ne va rester dans les parages que pendant quelques mois avant de partir à nouveau. La durée de votre maintien en poste doit être envisagée. Selon moi, il faut avoir exercé la plupart des emplois pendant au moins un an avant de commencer à les comprendre. Après deux ans, la quantité d'informations que vous absorbez est probablement un peu plus limitée. Et donc, la première chose que je dirais, c'est que ça dépend de la fréquence à laquelle vous envisagez de changer de poste.
Dr Jared Wesley : Je vous dirais aussi de rester avec les bonnes équipes. Nous l'oublions souvent, surtout si vous travaillez dans un bureau, je sais qu'il y a aussi des gens qui travaillent à domicile, mais vous êtes physiquement avec ces personnes plus qu'avec des membres de votre famille ou des amis proches. Même si vous ne trouvez pas nécessairement le travail particulièrement stimulant, je n'ai pas assez de mes deux mains ou des vôtres pour compter le nombre de personnes qui sont venues me voir et qui m'ont dit : « Ça m'a semblé être une très bonne occasion politique de faire des choses très stimulantes, mais l'environnement de l'équipe était horrible. J'aurais dû rester où j'étais avant, et certaines personnes très proches de moi sont en fait revenues très rapidement après avoir fait le choix de changer. » Je dirais qu'avant de faire le choix de changer, si vous êtes invité·e après l'entretien officiel à passer un entretien d'adéquation, ce qui arrive parfois, où l'on vous invite à venir voir le bureau, prenez ça comme une possibilité. Pour y aller et voir où vous allez travailler. Le nombre de personnes à qui j'ai parlé et qui m'ont dit : « Je ne savais pas que je travaillerais dans un cubicule sans fenêtre, ce n'était pas ce que j'imaginais. Je vais vraiment passer huit heures par jour là-dedans? » Mais ça fait partie de la décision. Je peux aller prendre un café avec des membres de l'équipe? Et d'ailleurs, ça vient après l'offre. Ne le faites pas avant que l'offre ne soit sur la table ou avant d'être invité·e à un entretien d'adéquation, mais c'est légitime et je pense qu'en tant que gestionnaire, j'ai toujours été ouvert à ça. J'ai toujours pensé qu'une telle attitude démontrait une personne très engagée, qui voulait vraiment s'assurer que le poste lui convenait, ce qui est une bonne nouvelle. Et franchement, les gestionnaires qui vous disent, non, vous ne pouvez pas venir rencontrer un·e membre de mon personnel, une visite n'est pas possible avant l'embauche, c'est peut-être un drapeau rouge. Je pense qu'il est important de s'assurer que l'on ne se contente pas de rechercher des occasions parce qu'elles semblent intéressantes sur papier, mais que l'on s'assure qu'elles correspondent bien à ce que l'on recherche.
Lainy Destin : Je dois vous dire très sérieusement que vous nous offrez de vraies perles. J'espère que tout le monde prend de nombreuses notes.
Dr Jared Wesley : Nous allons devoir écrire un deuxième livre. Certaines choses ne sont pas là [rires].
Dr Alex Marland : Lainy, veux-tu écrire un livre avec nous?
Lainy Destin : Pardon?
Dr Alex Marland : Veux-tu écrire un livre avec nous?
Lainy Destin : [rires] Je le ferais. Non, mais sérieusement, ces conseils sont de vrais bijoux, et je repensais au moment où je suis devenue cadre, et je me suis dit, oui, oui, oui, au lieu de subir des coups durs, vous écouter aurait été plus facile [rires]. Mais encore une fois, on n'a rien sans rien. J'ai une autre question pour vous. D'accord, en voilà une drôle. Vous allez peut-être être mal à l'aise, mais certaines personnes veulent savoir où elles peuvent se procurer votre livre.
Dr Jared Wesley : Oui, je veux dire, la meilleure façon, c'est de consulter les Presses de l'Université de Toronto.
Lainy Destin : Bien.
Dr Jared Wesley : Oui, recherchez la deuxième édition. Une première édition circule, mais comme l'a dit Alex, nous avons passé beaucoup de temps à la mettre à jour et à envisager les choses d'une manière un peu différente. Et voilà. Vous pouvez également l'obtenir dans les principales librairies en ligne. Mais dans l'environnement dans lequel nous nous trouvons, c'est important pour nous de veiller à soutenir nos presses et librairies locales.
Lainy Destin : Ça me semble très bien. Les Presses de l'Université de Toronto.
Dr Alex Marland : Oui, c'est parfois moins cher de s'adresser aux distributeurs qu'à la presse elle-même. Quoi qu'il en soit, vous pouvez l'obtenir en ligne.
Lainy Destin : Oui, super. Merci, messieurs. Avez-vous une liste des choses à faire et à ne pas faire ou des bonnes pratiques à partager sur l'utilisation de l'IA par les fonctionnaires? C'est un sujet chaud dans l'actualité. Je sais que nous avons reçu une formation à ce sujet à l'EFPC et même dans mon ancien ministère de la Défense nationale. Faites-nous part de vos idées.
Dr Alex Marland : C'est un sujet dont nous parlons un peu dans le livre, et l'essentiel est d'essayer de comprendre quelles sont les politiques de l'entreprise en la matière. Soyons honnêtes. Tout le monde est en train d'essayer de comprendre l'IA. Et quelle que soit la réponse que nous donnons aujourd'hui, dans six mois, elle aura peut-être changé. La vérité, c'est qu'il y a un élément éthique à l'IA, mais au-delà de cet élément, l'IA génère réellement des informations superflues, parfois ça semble bon, parfois non. Je ne saurais vous dire le nombre de fois où j'ai dû l'expérimenter pour essayer de me préparer à certains mandats, et où elle crache des informations, mais parce que je suis un expert dans certains domaines limité, j'arrive à me rendre compte que ce qu'elle génère est en fait inventé et faux. Le problème, bien sûr, lorsqu'on travaille pour le gouvernement, c'est qu'il n'y a pas de place pour l'erreur. Votre travail en tant que fonctionnaire consiste à fournir des faits, et les informations générées par l'IA pourraient ne pas être factuelles, ce qui posera un sérieux problème. Vous devez faire très attention et comprendre la différence entre l'utilisation de l'IA pour générer des informations et l'utilisation de l'IA pour nettoyer les informations que l'on a soi-même générées.
Dr Jared Wesley : Au sud de la frontière, nous voyons maintenant des histoires presque quotidiennes sur la façon dont certain·es secrétaires de haut rang publient des rapports qui présentent des citations irréelles. Des rapports gouvernementaux de haut niveau qui ont été publiés. Je me demande simplement si l'on peut imaginer qu'une note d'information contienne des propos erronés tenus par un·e ministre, et qu'il ou elle soit critiqué·e pour avoir utilisé de la mésinformation. C'est au-delà du [inaudible]. Je pense… et nous nous attaquons honnêtement à cette question dans nos programmes d'études supérieures et dans d'autres programmes universitaires également, et nous apprenons en cours de route. Travaillez avec votre superviseur·e pour comprendre quelles sont les attentes. Je suis d'accord avec Alex. Traiter l'IA, si vous êtes autorisé·e à l'utiliser, comme un assistant plutôt que comme une source d'autorité peut s'avérer utile, et j'utilise toujours la règle empirique. Ça peut être très tentant de demander à l'IA d'écrire quelque chose pour vous, mais j'ai une règle empirique, que j'ai intégrée à mon système ChatGPT. Il s'agit de ne jamais me fournir un texte que je puisse simplement copier et coller dans un document, et je dis la même chose à mes étudiant·es de troisième cycle. Il m'arrive d'introduire quelque chose, un texte que j'ai rédigé, comme des messages clés si je suis autorisé à le faire, et de demander des conseils sur la manière de le rendre plus concis. Remarquez que je n'ai pas dit de le réécrire pour moi, mais plutôt de me donner… Voici le public cible, j'aimerais avoir des conseils pour l'améliorer. De cette façon, vous gardez votre voix et votre contrôle sur le contenu de ces informations, mais le conseil que je vous donne aujourd'hui, comme vous l'avez dit, au moment où vous regardez cette vidéo, pourrait être dépassé parce que vos politiques ont changé.
Dr Alex Marland : Oui. D'une certaine manière, vous l'utilisez presque comme vous le feriez avec Wikipédia, n'est-ce pas? Je veux dire par là que vous n'utiliseriez pas Wikipédia comme source définitive. Vous utiliseriez Wikipédia pour vous aider à réfléchir à certaines choses et à les rechercher vous-même, mais tout ce qui se trouve sur Wikipédia est potentiellement suspect et n'est pas réel, et j'ai trouvé de nombreux cas où ce n'était pas le cas. C'est la même chose pour tout ce que l'IA génère parce que, bien sûr, elle obtient des informations dans le Web.
Dr Jared Wesley : J'ai adopté une technique mentale qui consiste à supposer que ChatGPT est un jeune de 14 ans et que les informations qu'il va me donner sont peut-être très bien rédigées et rassemblées, mais ferais-je confiance à un jeune de 14 ans pour ce que je vais mettre dans une note d'information ou un document ministériel? Bien sûr que non. Je vais le vérifier.
Lainy Destin : [rires] Excellente perspective. C'est vrai. Il s'agit de lui fournir des instructions. Bon, voilà… nous concluons, messieurs. Merci beaucoup. J'ai une dernière question pour vous, d'accord? La conversation d'aujourd'hui a permis de tirer de nombreux enseignements, mais quel est le message que chacun d'entre vous souhaiterait nous transmettre?
Dr Alex Marland : Bonne question. Je pense que pour moi, je vais juste répéter ce que j'ai dit plus tôt, c'est qu'il faut dépasser les attentes. Toutes les questions qui m'ont été posées portaient sur les améliorations à apporter à la carrière, sur l'orientation à prendre, Qu'est-ce qui est le mieux pour moi? Je vous promets que si vous dépassez les attentes, il se passera de bonnes choses dans votre carrière parce que les gens autour de vous voudront vous confier des choses.
Lainy Destin : Oui.
Dr Alex Marland : Bien sûr, il y a la question de l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée et toutes ces choses, mais il faut trouver le moyen de faire en sorte que lorsque quelqu'un dit qu'il faut faire ceci ou cela, vous le fassiez d'une manière telle qu'il se dise : « Bon sang, c'est encore mieux que ce que j'aurais pensé ». C'est fait dans les délais. Vous êtes… comme vous dites, Lainy, vous étiez présent·e. Vous vous êtes impliqué·e. Vous vous êtes mobilisé·e. Essayez toujours d'être cette personne du mieux que vous pouvez. Oubliez ce que font les autres. Soyez juste excellent·e.
Lainy Destin : Oui.
Dr Jared Wesley : Je dirais aussi qu'il y a cette tendance, en particulier pour les personnes qui ont passé toute leur vie dans la fonction publique, à penser que l'herbe est plus verte de l'autre côté. Et pour ceux et celles d'entre nous qui sont entré·es et sorti·es de la fonction publique, je pense que nous avons une appréciation différente des avantages et de certains des inconvénients de la fonction publique. J'en ai un en tête. La dernière fois que j'ai quitté la fonction publique au profit du milieu universitaire, l'un de mes mentors m'a dit : « Avant que tu ne quittes la fonction publique, Jared, je veux que tu répondes à une question. Quand t'es-tu senti coupable pour la dernière fois d'être un fonctionnaire? » Et j'ai dit : « Je ne pense pas que ce soit une émotion que je ressente très souvent, parce que j'arrive, je donne mes meilleurs conseils et je rentre chez moi. Je peux dormir sur mes deux oreilles parce que ce n'est pas moi qui prendrai la décision politique. Je reviens le lendemain, je comprends ce qui a été décidé et je vais le mettre en œuvre. » Mais les personnes qui ne travaillent pas dans la fonction publique, que ce soit dans le secteur privé ou dans le milieu universitaire, prennent de nombreuses décisions qui ont une incidence directe sur leur carrière. Vous pourriez toujours en faire plus, vous pourriez toujours faire ceci ou cela, et il y a toujours ce sentiment de culpabilité. Que vous pourriez en faire plus ou que vous auriez dû prendre une décision différente. Je vois ça d'un œil positif, parce que vous avez un rôle précis à jouer en tant que fonctionnaire, en diffusant une mise en œuvre loyale et en prodiguant des conseils audacieux. Et tant que vous faites ça, vous pouvez tirer de la fierté de votre rôle.
Lainy Destin : C'est super. Bien. Je vous remercie tous les deux pour votre temps et pour cet excellent plan de travail que j'ai l'intention de faire utiliser à tous mes employé·es nouvellement en poste à l'avenir. C'est une excellente référence. Au nom de l'École de la fonction publique du Canada, nous tenons à vous remercier tous les deux, Alex et Jared, pour cette riche conversation, pour vos excellents conseils et pour le temps que vous nous avez consacré. Et je tiens à vous remercier, dans tout le pays, d'avoir participé à cette discussion et j'espère qu'elle a été une source d'inspiration. J'espère que vous avez pu vous rendre compte de la grandeur, de la valeur et de l'importance du métier de fonctionnaire. Je vous encourage à visiter le site Web de l'École de la fonction publique du Canada pour découvrir d'autres possibilités d'apprentissage. Et encore une fois, merci, Alex, merci, Jared. Je vous remercie d'avoir participé à la discussion et je vous souhaite un bon après-midi.
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