Transcription
Transcription : Réflexions de Roy MacGregor
[00:00:00 Montage d'une série d'images : des gens marchant dans des rues animées ; un drapeau canadien flottant sur le côté d'un immeuble ; une vue aérienne de la Colline du Parlement et du centre-ville d'Ottawa ; l'intérieur d'une bibliothèque ; une vue de la Terre depuis l'espace. Textes à l'écran : Leadership ; Politique ; Gouvernance ; Innovation; Analyses et Réflexions. Réalisée par l'École de la fonction publique du Canada.]
Narratrice : Les fonctionnaires, les leaders d'opinion et les spécialistes à l'échelle canadienne réfléchissent aux idées qui façonnent la fonction publique. Le leadership, les politiques, la gouvernance, l'innovation et bien plus encore. Voici la série Analyses et Réflexions, réalisée par l'École de la fonction publique du Canada.
[00:00:30 Roy MacGregor apparaît en plein écran. Texte à l'écran : Roy MacGregor, Journaliste/Auteur/Chroniqueur]
Taki Sarantakis : Bienvenue. Aujourd'hui, nous allons discuter avec quelqu'un que je surnomme « M. Canadiana ». Il est impliqué dans deux ou trois sphères qui sont très canadiennes. Et il travaille dans ce domaine depuis longtemps. Il a écrit de merveilleuses choses sur notre pays. Je crois qu'on l'a surnommé le poète officiel du hockey. Et je parle de M. Roy MacGregor. Bienvenue, Monsieur.
Roy MacGregor : Merci, Monsieur.
Taki Sarantakis : Nous allons commencer par le hockey. Avant d'aborder les éléments plus récents concernant le hockey, les personnes avec lesquelles vous avez travaillé, celles avec qui vous avez écrit des livres, etc. Parlez-nous de vos tout premiers souvenirs sur le hockey.
Roy MacGregor : J'ai appris à patiner sur la patinoire de Maurice Monroe. Elle était à côté de notre voisin, Maurice, à Huntsville, en Ontario.
[00:01:26 Photo aérienne superposée de la ville de Huntsville.]
Roy MacGregor : Et le joueur le plus difficile à contourner était un pin rouge. C'était un énorme pin rouge, en plein milieu de la patinoire. Il fallait garder la tête relevée. J'ai commencé à jouer au hockey, et je crois que j'étais assez bon. J'ai fait partie de l'équipe des meilleurs joueurs de Huntsville. Et mon père, qui était bûcheron, est venu une seule fois me voir jouer. Il n'a pu assister qu'à un match, et il était très excité. J'avais hâte d'arriver. Nous sommes arrivés à la patinoire et il m'a dit : « J'ai vraiment hâte de voir ce garçon de Parry Sound qui s'appelle Bobby Orr. »
[00:02:03 Image superposée de Bobby Orr. Texte à l'écran : Bobby Orr est une légende de la LNH originaire de Parry Sound, en Ontario, et a été intronisé au Temple de la renommée du hockey en 1979.]
Roy MacGregor : Pas moi! On y va, on joue contre Bobby Orr. J'ai joué contre lui pendant plusieurs années. Nous sommes amis maintenant. Nous en rions. Je me souviens qu'il était tellement bon.
Je vais vous raconter une histoire ridicule et sexiste, pour laquelle je m'excuse d'avance, mais c'était simplement l'époque. Notre entraîneur, Mye Sedore, n'arrivait pas à trouver comment contrer Bobby Orr. Il pouvait marquer depuis la ligne bleue et tirer au-dessus de la tête de notre gardien.
Avant chaque match, nous devions signer une carte verte à côté de notre numéro, pour s'assurer qu'on ne faisait pas jouer le grand frère de quelqu'un ou quelque chose comme ça. Les Shamrocks de Parry Sound ont signé la carte en premier, puis ils sont venus dans notre vestiaire pour que nous la signions. Mye Sedore s'est promené dans le vestiaire en brandissant la carte en disant : « Regardez comment il signe son nom. Il écrit comme une fille! » Génial. Mais en arrivant sur la glace, il était évident que Bobby Orr ne jouait pas avec un stylo à bille. Il avait un bâton de hockey. Et il nous a écrasés. Mon père était très content.
Taki Sarantakis : Mais en tant que jeune garçon canadien, de qui étiez-vous partisan?
Roy MacGregor : Mon frère était un grand partisan des Maple Leafs de Toronto, alors bien sûr, je les détestais à l'époque, et je les déteste encore aujourd'hui, 70 ans plus tard.
Taki Sarantakis : Oh, mon Dieu. C'est terrible. Étiez-vous partisan des Canadiens de Montréal?
Roy MacGregor : Oui.
Taki Sarantakis : Oh, mon Dieu. Oh, c'est terrible.
Roy MacGregor : J'étais partisan de Detroit parce que j'aimais Gordie Howe.
Taki Sarantakis : Oui. Et qui est votre préféré? Aviez-vous un héros d'enfance de hockey? Gordie Howe?
[00:03:36 Image superposée de Gordie Howe. Texte à l'écran : Gordie Howe est un joueur de hockey canadien, surnommé « M. Hockey », et une légende des Red Wings de Detroit.]
Roy MacGregor : Je dirais Gordie Howe, oui. Et j'étais très fasciné par Bobby Hull, jusqu'à ce que je découvre plus tard dans ma vie qu'en dehors de la glace, il n'était pas si charmant.
Taki Sarantakis : Pouvez-vous expliquer à notre auditoire, aux plus jeunes, ce qu'est un tour du chapeau à la Gordie Howe?
Roy MacGregor : La particularité du tour du chapeau à la Gordie Howe, et je ne peux pas le prouver, mais je l'ai lu à plusieurs reprises, c'est qu'il ne l'a jamais réussi. Ce qu'on appelle un tour du chapeau à la Gordie Howe, c'est de participer à une bagarre, de faire une passe décisive et de faire un but dans le même match.
[00:04:15 Image superposée d'une statue de Gordie Howe au Temple de la renommée du hockey. Texte à l'écran : Le tour du chapeau à la Gordie Howe n'a été réalisé que deux fois par Howe lui-même : le 11 octobre 1953 et le 21 mars 1954.]
Roy MacGregor : Peut-être qu'il l'a réussi, mais c'est devenu le tour du chapeau à la Gordie Howe. Et Gordie, c'était un homme merveilleux, merveilleux et drôle. Il était tout simplement Gordie Howe. Une fois, j'ai participé à un événement caritatif en Saskatchewan, et Gordie faisait partie de l'équipe. J'ai emmené ma fille, Kerry, qui n'avait que 14 ans à l'époque. Elle était très excitée de rencontrer Gordie Howe. Nous étions à la patinoire quand Gordie est arrivé. Et tout à coup, boum, ma fille a été projetée contre la bande. Gordie l'avait mise en échec. Elle en parle comme l'une des meilleures choses qui lui soient arrivées!
Taki Sarantakis : Oh! Et Gordie Howe est sur le point d'être honoré à titre posthume. Le pont Gordie Howe ouvrira cette année et reliera le Canada et les États-Unis en passant par Winsor et Detroit.
Roy MacGregor : Si un camion arrive à y passer un jour!
Taki Sarantakis : Avançons un peu. À un certain moment, vous avez commencé à écrire sur le hockey. Parlez-nous-en un peu.
Roy MacGregor : Je suis devenu journaliste par accident. J'avais terriblement échoué ma 12e année, avec 37 % de moyenne. J'allais être renvoyé de l'école. Il y avait à cette époque une 13e année, vous vous souvenez, en Ontario. On m'a suggéré de partir pendant un an ou deux et d'y réfléchir. Le professeur d'anglais est venu dans le bureau du directeur et a dit : « J'aimerais lui donner une chance de revenir l'année prochaine. Je vais lancer un nouveau magazine et je veux qu'il soit le rédacteur en chef. » C'est la seule note où j'ai réussi, 53 %. Ça n'avait aucun sens. Et pourtant, j'ai adoré. C'était génial. La gestionnaire des affaires était une jeune femme qui venait d'arriver en ville. Son père était un nouveau professeur à l'école, et elle est devenue ma femme pendant 49 ans. Il y avait aussi ce lien. Et j'ai continué, je suis allé à l'école de journalisme.
[00:06:25 Image superposée du panneau d'entrée de l'Université Laurentienne, suivie d'un panneau de l'Université Western. Texte à l'écran : Roy MacGregor a obtenu un baccalauréat en sciences politiques à l'Université Laurentienne en 1970, puis un diplôme d'études supérieures en journalisme à l'Université Western Ontario (aujourd'hui Université Western) en 1972.]
Roy MacGregor : J'ai été embauché par Maclean's. Nous nous sommes mariés pendant la série de 1972, en fait. Je travaillais chez Maclean's en tant qu'assistant au bas de l'échelle, mais l'entreprise a considéré que je m'y connaissais en hockey.
[00:06:41 Image superposée de Ken Dryden. Texte à l'écran : Ken Dryden est un ancien gardien de but de la LNH, un auteur et une icône du hockey canadien, connu pour avoir dirigé l'équipe canadienne lors de la Série du siècle de 1972.]
Roy MacGregor : Ken Dryden voulait écrire un article sur la série de 1972. Et on m'a dit : « Vous serez le rédacteur anonyme en son nom, parce que, bien sûr, les joueurs de hockey ne savent pas écrire ». Ken et moi nous sommes rencontrés et avons discuté, et il avait toutes sortes de classeurs remplis d'informations qu'il avait transcrites pendant la Série du siècle de 1972.
Taki Sarantakis : Prenait-il des notes pendant qu'il…
Roy MacGregor : Il parlait dans un magnétophone, puis on le transcrivait pour lui. Tout se trouvait dans ces dossiers rouges. Je les ai lus, des pensées intéressantes, un esprit intéressant. J'ai écrit quelque chose qui, en y rependant, était vraiment terrible. Il m'a dit : « J'aimerais essayer, si ça ne vous dérange pas ». J'ai dit : « Bien sûr, allez-y. » Il a écrit une belle histoire sur la façon dont, vers le cinquième match, il y a eu un face-à-face dans son avantage. Il a levé les yeux et le capitaine de l'équipe soviétique lui a fait un clin d'œil. C'était un moment magique. Ils savaient qu'ils prenaient part à quelque chose d'extrêmement spécial.
Ensuite, je suis allé voir Doug Gibson chez Macmillan, qui était un ami, et je lui ai dit : « Cet homme sait écrire. Il a des blocs-notes. Vous devez y jeter un coup d'œil et lui parler. » Et ça a pris plusieurs années, parce que Ken n'était pas rapide. Et c'est ce qui est devenu « Le match ».
[00:07:59 Image superposée de la couverture du livre « Le Match ».]
Taki Sarantakis : Je pensais que vous aviez coécrit quelque chose avant ça.
Roy MacGregor : Oui, nous avons coécrit Home Team après ça.
Taki Sarantakis : C'était donc… C'était après. D'accord. Et Le match, c'est un livre canadien emblématique.
Roy MacGregor : Absolument.
Taki Sarantakis : Pour ceux et celles d'entre vous qui sont plus jeunes et qui aiment le hockey, c'est l'un des meilleurs livres sur le hockey.
Roy MacGregor : Probablement le meilleur.
Taki Sarantakis : Oui, il est emblématique.
Roy MacGregor : Le même jour, j'ai publié un roman sur le hockey, intitulé The Last Season. L'éditeur était Gibson, et il a eu l'idée géniale de distribuer des signets dans toutes les librairies du Canada. Sur une face, il y aurait Le match de Ken, et sur l'autre, The Last Season de Roy. Je suis allé dans toutes les librairies du Canada, et je n'ai jamais vu ma face vers le haut!
Taki Sarantakis : C'est difficile de rivaliser avec un quadruple, quintuple ou sextuple champion de la Coupe Stanley, mais aussi avec un avocat, un homme politique et un ministre.
Roy MacGregor : Une bonne personne. Simplement une bonne personne.
Taki Sarantakis : Une très bonne personne que nous avons perdue relativement récemment. Parlez-nous maintenant de la pièce de un dollar la plus célèbre de l'histoire du Canada. Racontez-nous cette histoire.
Roy MacGregor : C'était pendant les Jeux olympiques dans l'Utah, à Salt Lake City, et j'étais sur place pour les couvrir. J'avais appris à bien connaître Wayne Gretzky, à travailler avec lui.
[00:09:32 Image superposée de Wayne Gretzky. Texte à l'écran : Wayne Gretzky est un légendaire joueur de hockey canadien, largement considéré comme l'un des plus grands de l'histoire de la LNH.]
Roy MacGregor : Il m'a pris à part et m'a dit : « J'ai un secret que je vais vous révéler. Vous ne devez le dire à personne. » Et il a dit : « Trent Evans, le technicien de glace qui venait d'Edmonton, avait dissimulé une pièce de un dollar sous la glace au centre de la patinoire. » L'équipe féminine le savait et l'équipe masculine le savait aussi. Et bien sûr, les deux équipes ont gagné. C'était fantastique. Tout le monde pensait que c'était la chance de cette pièce de un dollar. Puis Wayne est venu me voir et m'a dit : « Il faut que quelqu'un écrive cette histoire. » Nous avons publié un livre à ce sujet. Wayne s'est occupé de l'avant-propos et moi du texte. C'est simplement l'histoire du « dollar porte-bonheur » à Salt Lake City qui a permis au Canada de remporter le match que nous voulions le plus remporter.
Taki Sarantakis : Savez-vous ce qu'il est advenu de cette pièce de un dollar?
Roy MacGregor : Je crois qu'elle se trouve au Temple de la renommée du hockey.
Taki Sarantakis : Le Temple de la renommée du hockey à Toronto.
[00:10:20 Image superposée de l'exposition du dollar porte-bonheur au Temple de la renommée du hockey.]
Roy MacGregor : C'est ce qui devait être fait du moins. Je le sais. Si ce n'est pas le cas, elle devrait vraiment s'y trouver.
Taki Sarantakis : Vous avez parlé de Wayne Gretzky. Parlez-nous un peu du plus grand, peut-être Bobby Orr ou Gordie Howe, mais du plus grand joueur de hockey de l'histoire.
Roy MacGregor : Oui. Son père était vraiment… J'ai très bien connu son père. Souvenez-vous de l'année du lock-out en 1994, Gretzky et ses amis sont allés en Europe. Et certains ont amené leurs pères, et Walter. J'ai passé beaucoup de temps avec lui. Il était tout petit. Lui-même avait été un bon joueur de hockey. Il a construit une belle patinoire dans leur jardin, appelée Wally's Coliseum.
[00:11:10 Image superposée de Walter Gretzky. Texte à l'écran : « Je patine là où la rondelle va être, pas là où elle a été »/« Tu rates 100 % des tirs que tu n'essayes pas ». – Walter Gretzky.]
Roy MacGregor : Walter avait toutes sortes de citations qui sont aujourd'hui légendaires : « Je patine là où la rondelle va être. Pas là où elle a été. »
Taki Sarantakis : Plusieurs personnes attribuent à tort ces paroles à son fils.
Roy MacGregor : Oui, exactement. « Tu rates 100 % des tirs que tu n'essayes pas », et tout le reste. C'était intéressant de voir la dynamique père-fils. Les autres pères étaient également présents. C'était très agréable.
Taki Sarantakis : Avant de parler de Wayne, il était le père de joueur de hockey par excellence, du hockey canadien par excellence. Vous avez parlé de la patinoire dans la cour.
Roy MacGregor : Le père du hockey national. Oui. Il est le père hockeyeur de tout le monde.
Taki Sarantakis : Il travaillait chez Bell Canada, se levait et emmenait son enfant à la patinoire tous les jours.
Roy MacGregor : Vous savez ce qui est lui est arrivé? C'est lui qui m'a raconté cette histoire. Il avait 55 ans. Je crois qu'il travaillait encore pour Bell, et il a souffert d'un anévrisme, d'un accident vasculaire cérébral. Il a perdu la partie de son cerveau qui gardait tous les souvenirs des coupes Stanley de Wayne, tous les souvenirs de ses grands matchs, et même le souvenir de Wayne marquant 383 buts pour l'équipe de Brantford lorsqu'il était un petit garçon. Les gens ont essayé de lui remettre en tête par des vidéos, des coupes Stanley, etc. Il a dit : « Je sais que ce n'est pas pareil. Je ne peux pas retrouver les mêmes sensations qu'à ce moment-là, mais je sais ce qui s'est passé. Je sais pourquoi ils sont importants. Mais ils sont partis ».
Taki Sarantakis : Remarquable. Un étranger, en quelque sorte, dans une grande partie de sa vie. Un autre amateur de hockey, un peu moins flagrant. Parlez-nous un peu de votre relation avec Stephen Harper, le premier ministre Stephen Harper et le hockey.
[00:12:49 Image superposée de Stephen Harper.]
Roy MacGregor : L'incident le plus insolite de ma carrière. J'ai reçu un appel de Michael Levine, qui était agent chez Westwood Creative à Toronto. Nous ne nous connaissions pas très bien à l'époque. Il m'a dit qu'il avait un client qui travaillait sur un livre sur le hockey et qu'il allait avoir besoin d'aide.
Taki Sarantakis : Il s'agissait de la bonne équipe, pas des Canadiens de Montréal. C'était à propos de la bonne équipe.
Roy MacGregor : Les mauvais garçons, oui.
Mais je ne savais pas de quoi il s'agissait, et je savais encore moins qui le faisait. J'ai répondu : « Oui, je serais prêt à aider quelqu'un. Je devrais savoir qui c'est, n'est-ce pas? » Il m'a dit : « Je vais vous le dire dans la plus stricte confidentialité, vous ne devez le dire à personne. Personne ne doit savoir. » De qui s'agit-il? « C'est le premier ministre. » Stephen Harper? « Oui, le premier ministre. C'est comme ça qu'il se détend le soir. Il travaille à un livre sur le hockey,
[00:13:46 Image superposée de la couverture du livre « A Great Game ».]
Roy MacGregor : sur les origines des Maple Leafs de Toronto, sur le hockey professionnel à Toronto, sur le passage du hockey amateur au hockey professionnel et sur la façon dont les gens se sont opposés à cette évolution. » Et je me suis dit : « Bon, d'accord, je vais aller le rencontrer. »
Je suis allé là-bas et j'ai rencontré Nigel Wright à l'édifice du Centre, jusqu'au bureau du premier ministre, celui qu'il a là-bas, pas celui de l'édifice Langevin. Nous avons discuté dans le bureau du premier ministre. J'avais lu ses notes, et j'avais 16 ou 17 commentaires. Il m'a écouté, et il n'a jamais souri. Je suis rentré chez moi et j'en ai parlé à ma femme, Ellen, et j'ai dit : « Bon sang, cet homme me déteste! »
J'avais travaillé sur le Parlement. J'avais écrit, comme tout le monde, quelques lignes pas très agréables à son sujet. Je crois qu'il n'aimait pas les médias à ce moment. Puis Nigel m'a rappelé. Et je suis retourné. Il s'assoit, et le premier ministre est aussi présent, et il dit qu'il a passé en revue chacun des 17 points et qu'il a réfuté chacun d'entre eux. Je suis rentré à la maison et je me suis dit qu'il me détestait réellement. Il voulait me remettre à ma place. J'ai reçu un autre appel et il m'a dit : « Le premier ministre serait ravi de travailler avec vous. » Nous avons donc commencé à travailler ensemble.
Il y a eu plusieurs incidents très drôles… Mais il ne s'est jamais laissé aller. Il aurait dû le faire. Il m'a demandé ce que je faisais avant. J'ai répondu que j'avais travaillé sur la Colline du Parlement. Et il a dit : « Vous savez quoi? Quand j'étais petit, je voulais être comptable, mais je n'avais pas assez de personnalité. Je suis donc devenu économiste. » Il sortait ce genre de phrase parfois.
Nous étions au chalet d'été à Harrington [Lake]. Ellen était là, et elle et Mme Harper sont allées faire une randonnée. Le premier ministre et moi avons travaillé sur son livre. Et j'ai dit : « Écoutez, vous devez y mettre quelque chose d'accrocheur… Il n'y a pas de personnalité là-dedans ». Je lui ai parlé de John Ross Robertson, qui était très connu à l'époque, et qui possédait en fait le Globe and Mail à un certain moment. Et j'ai dit : « Il est vraiment intriguant, parce qu'il se bat durement pour garder une image. » Et il a dit : « Mais c'est un excentrique. Vous savez quel était son passe-temps? Il allait aux enterrements et pleurait, pleurait et pleurait à l'arrière. » Un homme d'affaires de Toronto très prospère, qui partait à l'heure du dîner pour se rendre aux funérailles de quelqu'un qu'il ne connaissait même pas.
Franchement, c'est du matériel de première qualité, n'est-ce pas? Il m'a dit : « J'ai un livre sur lui, mais il n'est pas ici. Il est au 24 Sussex. Allons-y. » Tout d'un coup, des VUS noirs s'arrêtent devant le lac Harrington, la police montée est là, et nous allons chercher le livre. Ellen et moi sommes censés nous joindre à eux avec notre VUS Ford de 12 ans, rouillé et qui tombe en ruine. La police montée nous dit de nous mettre à l'arrière de la file et de les suivre, et nous descendons la route du lac Meech, vraiment trop vite. Jusqu'à l'autoroute 5. Nous sommes sur l'autoroute 5, et ils passent en « mode préventif d'assassinat ». Ils roulent comme ça sur l'autoroute. Nous sommes arrivés au virage à Chelsea, à l'arrêt à quatre sens. J'ai dû m'arrêter parce que je n'étais pas l'une de ces voitures noires avec les gyrophares allumés. Pour m'arrêter, j'ai dû couper la route à un homme dans une Jeep argentée. Il s'est rapproché très près de ma voiture, et je me suis dit qu'il était en colère contre moi. Il me poursuit. Nous descendons l'autoroute 5, et ils se déplacent comme ça, ils font des manœuvres d'esquive. J'ai dit à Ellen : « Qu'est-ce que je suis censé faire? » Elle dit que je ferais mieux de le faire aussi. Nous faisons des manœuvres d'esquive. Personne ne va m'assassiner!
Et nous arrivons au 24 Sussex. Nous nous garons. La Jeep se gare juste derrière moi. Je me suis dit que cet homme était fou. Et il sort. C'est un agent de la police montée, mais il a été posté là pour les attendre. Alors nous descendons, et nous allons chercher le livre. J'ai trouvé ça assez drôle.
Une autre fois, nous avons travaillé tard sur le livre et je parlais sur mon téléphone à la maison. Il était au téléphone à sa maison au 24 Sussex. Nous discutons au téléphone. J'entendais la sonnerie d'un téléphone en arrière-plan. Je voyais qu'il était distrait. Et j'ai dit : « Voulez-vous prendre cet appel? » Il a dit : « Je crois qu'il faut que je le prenne. » Il part, et je l'entends marmonner. Je ne pouvais pas entendre clairement, puis j'ai entendu un déclic. Il revient à notre appel et dit : « C'était LE téléphone. » Qu'est-ce que vous voulez dire par là? « Le téléphone. Le téléphone qui me relie au premier ministre de l'Angleterre, le téléphone en cas de guerre nucléaire. » Oh, mon Dieu. Il dit : « Mauvais numéro ». Oh, nous sommes vivants. Nous discutons, une demi-heure s'écoule et le téléphone se remet à sonner. À ce stade, je me dis que des missiles traversent l'Atlantique. Et il va répondre. Il revient et ri. J'ai dit : « Qu'est-ce qu'il y a? Qu'est-ce qu'il y a? » Il dit : « Il ne m'a pas cru. »
Taki Sarantakis : Fermons le sujet du hockey maintenant. Donnez-nous votre point de vue sur ce que le hockey représente pour le Canada, pour les Canadien·nes, pourquoi il représente tant pour le Canada et pour les Canadien·nes?
Roy MacGregor : Premièrement, nous devons faire avec ce que nous avons. Nous avons de la glace. Et qui en connaît les origines? Il existe toutes sortes de théories différentes sur les origines, et ça n'a pas vraiment d'importance. J'aime dire qu'il est réinventé chaque jour sur les routes et dans les patinoires. Il est réinventé chaque jour par des petits enfants pleins d'imagination et maintenant, admirablement, par des petites filles pleines d'imagination.
La plus belle chose qui soit arrivée au hockey, à mon avis, au cours de toutes les années où je l'ai couvert, a été l'essor du hockey féminin. C'est fantastique de voir des petites filles dans les patinoires de hockey aussi enthousiastes que les petits garçons l'ont été pendant des décennies et des décennies. Et en tant que journaliste, j'ai toujours trouvé les joueuses de hockey
[00:20:16 Image superposée de l'équipe féminine de hockey du Canada posant avec leurs médailles d'or aux Jeux olympiques d'hiver de 2010 et 2014]
Roy MacGregor : beaucoup plus intéressantes à interviewer, plus ouvertes à penser tout haut, moins susceptibles de livrer les clichés habituels, « nous nous en tenons à notre jeu ». J'avais l'habitude de demander aux joueurs, quand ils me disaient : « Tout ira bien tant que nous nous en tiendrons à notre plan de match ». Je disais : « Quel est votre plan de match? » « Je n'en ai aucune idée » C'est ce qu'ils nous répondaient. J'ai beaucoup aimé interviewer des joueuses.
Ce que ça signifie pour le Canada, c'est que nous avons toujours cru que nous étions meilleurs que n'importe qui d'autre dans le monde, et nous y croyons toujours. C'est un travail d'équipe. Ce sont des clichés, et je comprends leurs failles. Mais le fait est que ce pays n'aurait jamais pu être peuplé sans travail d'équipe, sans partage, sans aide. Beaucoup de sports sont liés au travail d'équipe. Le hockey y accorde une grande importance. Dans le hockey, si on remonte à Gordie Howe et Jean Beliveau, ce genre de joueurs, l'humilité est très admirée. Les Canadien·nes s'excusent tout le temps. Les Canadien·nes n'aiment pas se bomber le torse autant que d'autres Américain·es. Je pense que c'est en partie parce que nous avons de l'humilité. C'est une très belle qualité, bien sûr. Maintenant, il y a vraiment un côté mixte. Il y a des hommes et des femmes, et nous sommes les meilleur·es au monde. Nous ne le sommes pas toujours. Je pense que c'est bénéfique de perdre. Je sais que c'est une drôle de chose à dire. Je crois sincèrement que c'est bénéfique de perdre de temps en temps.
Taki Sarantakis : J'étais dévasté. Je crois que c'était en 1980. Nous avons perdu aux Jeux olympiques. J'avais, je crois, 12 ans. J'étais dévasté. J'étais dévasté.
Passons maintenant à un deuxième sujet canadien. Pour le hockey, vous avez dit qu'on fait avec ce qu'on a. Nous avons également beaucoup de rivières et du canoë-kayak. De bien des façons, nous devons notre existence aux fleuves en tant que pays, au fleuve Saint-Laurent, puis à l'intérieur des terres et à l'utilisation des rivières comme nos premières autoroutes. Parlez-nous un peu de votre relation avec les rivières et le canoë-kayak. Vous avez également écrit plusieurs livres sur ce sujet.
Roy MacGregor : C'était une grande partie de ma vie. Je suis très fier de dire que ma mère m'a appris à faire du canoë. Mon grand-père, son père, était le garde de parc en chef du parc Algonquin.
[00:23:05 Image superposée de Roy MacGregor en canot.]
Roy MacGregor : La famille vivait dans le parc. Et ma mère était une excellente canoéiste. Nous allions partout et elle m'a appris. Et parce qu'elle avait non seulement ses quatre enfants, mais aussi plusieurs cousins et cousines, je vivais là tout l'été. C'était sa manière d'avoir un peu de paix, en allant sur l'eau. On entendait à peine la pagaie.
Et au fil du temps, ma femme Ellen et moi, nous avons commencé à faire beaucoup de voyages. Et un jour, j'ai eu cette phrase en tête, « Pas de canoë, pas de Canada », parce qu'en fait, beaucoup d'inventions de canoës étaient liées à l'exploration. Toutes ces explorations n'auraient pas pu avoir lieu sans le canoë. Et puis un jour, plus tard, je me suis dit : « Pas de rivière, pas de canoë ». Et j'ai fait un pas de plus dans cette direction. C'était les rivières. C'est pourquoi je les ai appelées les autoroutes d'origine (Original Highways).
[00:24:04 Image superposée de la couverture du livre « Original Highways ».]
Roy MacGregor : Je ne sais pas si c'était un bon titre ou non.
Elles étaient les autoroutes d'origine. Ce sont elles qui nous ont emmené·es partout et qui, dans une large mesure, nous transportent encore aujourd'hui. La beauté du Canada, je le crois vraiment, réside dans ses cours d'eau et ses rivières, et dans les endroits magnifiques où l'on peut se rendre. Tout le monde a un endroit secret, semble-t-il, au Canada. Mon endroit secret se trouve dans le parc Algonquin, ce qui n'est pas surprenant.
[00:24:29 Image superposée d'une rivière dans le parc Algonquin.]
Roy MacGregor : À cet endroit, il y a une chute. Elle tombe dans un bol de granit et se déverse dans un autre bol de granit, puis dans un autre… Les enfants y vont en pagayant depuis les camps, puis mettent leur gilet de sauvetage à l'envers, comme une couche. Ils les enfilent vers le haut de cette manière, puis ils glissent d'un bol à l'autre. C'est un endroit magique. Je dis toujours que si c'était aux États-Unis, il y aurait des panneaux indiquant « 40 minutes pour monter », et des navettes y amèneraient les gens. Mais non, il faut pagayer.
Taki Sarantakis : Vous souvenez-vous de ce que Pierre Trudeau, le premier Trudeau, a dit à propos des canoës et du canotage? Pouvez-vous le dire à notre auditoire?
[00:25:23 Image superposée de Pierre Trudeau. Texte à l'écran : « Ce qui distingue une expédition en canoë, c'est qu'elle vous purifie plus rapidement et inéluctablement que toute autre. Voyagez mille milles en train et vous êtes une brute; pédalez cinq cents sur une bicyclette et vous restez fondamentalement un bourgeois; pagayez cent milles en canoë et vous êtes déjà un enfant de la nature » – Pierre Elliott Trudeau.]
Roy MacGregor : Essentiellement, il a dit que si vous parcourez 500 mètres, vous entrez dans une zone sauvage dans un état d'esprit différent. Je ne me souviens pas de ses mots exacts, mais c'est essentiellement ce qu'il a dit : « Il suffit de pagayer cinq minutes pour oublier quel jour on est. » Vous êtes retourné sur le territoire d'origine, et c'est difficile de croire qu'une grande partie de ce territoire n'a pas changé depuis l'époque où l'on pagayait.
Taki Sarantakis : Il a aussi mentionné quelque chose qui disait que si on peut lire sur le Canada, on peut écrire sur le nationalisme. Il a dit quelque chose comme : « Mais tant que vous n'êtes pas dans un canoë, que vous sentez le Canada dans vos os. » C'est l'une des déclarations canadiennes classiques sur le canoë.
Avez-vous une blague préférée sur le canoë-kayak?
Roy MacGregor : Une autre déclaration, celle de Pierre Burton, bien sûr « Un vrai Canadien est quelqu'un qui sait faire l'amour dans un canot. » Mon ami, mon partenaire des rapides, Phil Chester, un enseignant à la retraite de Deep River, m'a dit : « Non, un vrai Canadien sait qu'il faut enlever le banc central avant de faire l'amour dans un canoë. »
Taki Sarantakis : Bien. Passons maintenant à notre troisième et dernier sujet sur le Canadiana, que vous avez déjà évoqué. Vous avez mentionné à plusieurs reprises Huntsville et le parc Algonquin. Vous êtes l'une des plus grandes autorités du Canada sur l'une des plus grandes icônes culturelles du pays, Tom Thomson.
[00:27:05 Image superposée de Tom Thomson.]
Taki Sarantakis : Parlez-nous un peu de votre relation, parce que je sais que vous avez une relation un peu familiale avec Tom Thomson, la légende, et le parc Algonquin.
Roy MacGregor : J'ai grandi avec Tom Thomson, mais il ne l'a jamais su. Nous étions dans le parc Algonquin. Je suis né à la lisière du parc Algonquin, dans un endroit appelé Whitney. J'ai ensuite grandi à Huntsville, de l'autre côté d'Algonquin. J'ai vécu dans ses tableaux, pour ainsi dire. Mais c'était plus que ça. Mon grand-père l'a connu. Il était garde-feu à l'époque. Il n'était pas encore garde de parc en chef, mais il connaissait Tom Thomson et ne l'aimait pas. Mon grand-père ne jurait pas, par exemple, et Tom Thomson jurait. Il buvait. Mon grand-père ne buvait pas. Et il était perçu comme un coureur de jupons. L'une des femmes qu'il fréquentait était Winifred Trainor,
[00:27:59 Image superposée de Winifred Trainor]
Taki Sarantakis : dont la sœur avait épousé le frère de mon grand-père. Il y avait donc une connexion familiale. Et Winifred vivait en bas de notre rue à Huntsville, sept maisons plus loin. J'ai donc grandi avec elle. Ma mère était terrifiée par elle. Elle se cachait si elle pensait que Winnie venait lui rendre visite, parce que c'était une femme forte qui avait des opinions bien arrêtées.
Taki Sarantakis : Et pour notre auditoire, la rumeur raconte qu'elle ait été la fiancée de Tom Thomson.
Roy MacGregor : Oui, la rumeur raconte qu'ils aient été mariés. Notre famille en est convaincue. Ils avaient regardé pour louer un chalet, où quelque chose du genre, pour se marier. Et Winifred l'avait maintenu. J'ai aidé à nettoyer sa maison après sa mort en 1962. Et bien sûr, c'était figé dans le temps, et bien que je ne puisse pas affirmer les avoir eus en main, il y avait 14 petites peintures. Elles valent aujourd'hui 2 millions de dollars chacune. Les croquis, 28 millions de dollars. Elle n'avait même pas d'eau chaude courante dans sa maison. Elle n'avait pas de four. Pas de chauffage.
Taki Sarantakis : À Huntsville?
Roy MacGregor : Oui. Juste un simple réchauffeur d'huile à l'ancienne. Elle n'avait rien. Elle n'a jamais voulu les vendre. Elle n'en a jamais rien fait. Lorsqu'elle rendait visite à ses beaux-parents qui s'étaient installés aux États-Unis, à New York, elle portait le panier de six pintes jusqu'à… Elle s'appelait Addie Sylvester. Elle était opératrice de Bell Telephone à Huntsville. Et Addie les emmenait chez elle. Elle vivait seule et les mettait derrière le poêle à bois. Le poêle à bois et les 14 tableaux étaient là. Ils n'ont jamais brûlé.
C'est comme ça que j'ai commencé à m'intéresser de très près à l'histoire de Tom Thomson. J'ai commencé à la suivre. Ma cousine a hérité de toutes les affaires de Winifred, de son chalet, où Tom Thomson gardait ses peintures à Canoe Lake. J'ai aussi participé à son nettoyage. Au fil du temps, j'ai commencé à interviewer des gens, à parler à des personnes auxquelles on n'avait pas parlé, comme le Dr Pocock, le médecin de Winifred. Mme Daphne Crombie, qui, je pense, était courtisée par Tom. Son mari souffrait de tuberculose, et on avait l'habitude d'envoyer les malades dans le parc, de les envelopper dans des couvertures en hiver, pour vous faire respirer l'air du parc Algonquin ou de Banff. C'est la femme du propriétaire de Mowat Lodge, où Tom avait séjourné au moment de sa mort en 1917, qui le lui avait dit.
Taki Sarantakis : Arrêtons-nous à sa mort. Nous reviendrons sur sa mort dans un instant. Parlez-nous un peu de sa vie. Parlez-nous un peu de ses tableaux. Expliquez-nous un peu pourquoi ils semblent être des Canadiana. Si vous parlez aux gens du Groupe des Sept, etc. Parlez-nous un peu de tout ça avant que nous ne parlions de sa mort.
Roy MacGregor : Bien sûr. Il a peint ce qu'il a vu, ce qui est un cliché, mais c'est vrai.
[00:30:55 Série d'images superposées de peintures de Tom Thomson.]
Roy MacGregor : De nombreuses personnes au Canada ne croyaient pas qu'il s'agissait de peintures. Les peintures étaient des portraits. Les peintures représentaient de vieux bâtiments en Europe. Ce n'était pas des arbres, des feuilles, de l'eau. Voyons. Mais il a été formé.
Il a grandi sur une ferme du sud-ouest de l'Ontario et a commencé à peindre très tôt. Ce n'était pas vraiment possible de devenir peintre dans cette région, alors il est devenu artiste commercial. Il a travaillé à Toronto en tant qu'artiste commercial, chez Grip. Ils étaient plusieurs, et certains sont devenus plus tard membres du Groupe des Sept, comme McDonald, par exemple. Ils partaient le week-end et peignaient dans les environs de Toronto. Tom a découvert le parc Algonquin,
[00:31:51 Image superposée de « Mowat Lodge »]
Roy MacGregor : où l'on peut se rendre en train. Vous pouviez vous loger. Un pavillon a été construit dans un ancien camp de bûcherons, le Mowat Lodge. Vous pouviez y rester et sortir peindre. Il amenait Varley et d'autres membres du Groupe des Sept, et ils peignaient.
Taki Sarantakis : Et ils pouvaient pêcher.
Roy MacGregor : Et ils pouvaient pêcher. Et boire. Et passez un bon moment.
Taki Sarantakis : Et boire, et peindre.
Roy MacGregor : Et rencontrer des femmes. Et bien sûr, mon grand-père les considérait comme des bons à rien. Une histoire raconte qu'un collègue de mon grand-père est descendu, il était dans le train [wagon à bras]. Les gardes de parc se déplaçaient d'avant en arrière sur les rails. Et il est revenu dans le bureau des gardes de parc. Il a dit : « Jésus-Christ! Il y a un homme au bout des rails. Il a une planche et il met de la peinture partout. » Je ne sais pas si c'est mon grand-père, mais l'un des autres gardes de parc a dit : « Oui, c'est un artiste. » « Qu'est-ce qu'un artiste? » C'est dire à quel point ils étaient des extraterrestres aux yeux des gens qu'ils croisaient dans le parc. Et pourtant, ils adoraient y aller. Ils ont continué à peindre. Peu à peu, certaines personnes, comme MacCallum, le dentiste de Toronto, ont compris qu'en tant que collectionneur d'art, il y avait là une certaine magie. Et il a vu, comme beaucoup le reconnaissent aujourd'hui, que l'essence et la beauté se trouvaient dans les œuvres réalisées rapidement.
Taki Sarantakis : Les petits tableaux.
Roy MacGregor : Les petits, comme ceux que Winnie avait dans son panier. Tout le monde connaît les grandes peintures accrochées dans les écoles publiques, West Wind, Northern…, et The Jack Pine, ce genre de tableaux. Elles sont magnifiques.
Taki Sarantakis : Elles le sont vraiment. Avez-vous une préférée?
Roy MacGregor : Ce sont des croquis. Une préférée?
[00:33:38 Images superposées des peintures de Tom Thompson : « Jack Pine », « The West Wind » et « The Canoe ».]
Roy MacGregor : J'aime bien Jack Pine, je crois, et j'aime bien The West Wind, vraiment. Mais ma préférée? Je vais vous expliquer pourquoi, parce que c'est particulier. C'est The Canoe. Elle s'appelle simplement The Canoe.
Taki Sarantakis : Je l'aime aussi.
Roy MacGregor : C'est ce qui est intéressant.
Taki Sarantakis : C'est du bouleau blanc, je crois. Ça y ressemble.
Roy MacGregor : En effet.
Tom meurt, se noie, est assassiné, ou peu importe ce qui lui est arrivé, en juillet 1917. Son corps refait surface sur Canoe Lake. Et c'est là que commence le mystère. Winifred Trainor a essayé de parler des peintures à la famille Thomson, et une rumeur, largement répandue, a circulé selon laquelle elle était enceinte. Elle part passer l'hiver à Philadelphie avec sa mère. Elle avait une sœur qui suivait une formation d'infirmière à New York. Elles ont passé l'hiver à Philadelphie. Elles n'avaient pas de famille là-bas. Elle est revenue à Pâques, faites le calcul, sans enfant ni rien de tel. La rumeur a persisté. Elle est restée dans sa maison, la maison de Winifred Trainor, la maison Trainor. Elle y est restée toute sa vie. Elle est décédée à plus de 80 ans, en 1962.
Plus de 20 ans passent et Huntsville décide d'honorer le Groupe des Sept et Tom Thomson en réalisant des fresques murales. Elles ont été affichées dans toute la ville. Elles sont très bien faites et attrayantes. Un peu comme une attraction touristique. La maison de Winifred Trainor a été rasée et on y a construit une structure en briques qui a servi de centre médical pendant un certain temps. La ville a décidé de mettre quelque chose sur le mur, là où Winifred Trainor a vécu et est décédée.
Le tableau choisi est celui du canoë vide. Ça n'a pas été pensé. Il n'y avait pas de connexion. C'est juste arrivé. Ça vous donne des frissons.
Taki Sarantakis : Aujourd'hui, vous transformez cette rumeur en un magnifique roman, Canoe Lake,
[00:35:39 Image superposée de la couverture du livre « Canoe Lake ».]
Taki Sarantakis : l'un des meilleurs romans canadiens du siècle dernier. Parlez-nous un peu des raisons de ce livre.
Roy MacGregor : J'ai été fasciné par l'histoire de Winifred Trainor et Tom Thomson. Alors je me suis dit que j'allais l'écrire sous la forme d'un roman. À l'époque, je voulais devenir romancier. J'avais écrit deux romans au cours de la dernière saison. Ils n'ont pas eu beaucoup de ventes. J'ai profité de mon expérience de journaliste pour me tourner vers la non-fiction. Et j'ai continué à faire de la fiction avec des livres pour enfants, etc. Mais c'était une façon d'aborder l'histoire de Tom Thomson. C'était en 1980. C'était il y a longtemps. Et puis des années et des années ont passé. Et je me suis dit que j'avais tellement de matériel. D'autres personnes m'envoyaient encore des choses intéressantes. Et peu importe ce que c'était. Chaque fois que quelque chose arrivait, c'était toujours mystérieux.
L'autre jour, j'ai reçu un courriel d'un homme qui m'a dit que son oncle… Tom se noie dans Canoe Lake. Ses amis l'attachent à une racine. C'est l'été. La chair est en train de se détacher. Ce n'est pas beau. Ils ont dit : « Nous allons l'enterrer. » Ils l'ont enterré dans le petit cimetière de Canoe Lake. Winifred Trainor, au nom de la famille, fait venir un entrepreneur de pompes funèbres pour déterrer le corps et l'emmener à Leith par le train.
Tout est censé être fait, mais beaucoup de gens croient qu'il n'a rien fait parce qu'il est arrivé tard dans la journée. Il a soi-disant travaillé toute la nuit. Le lendemain matin, il est là avec un cercueil scellé, prêt à partir pour Leith. Un garde de parc, Mark Robinson, s'est rendu sur place et a vérifié le trou où l'homme avait déterré le corps. Il ne croyait pas qu'il avait pu creuser pour retirer le vieux cercueil, retirer le corps et le mettre dans un vrai cercueil, et tout faire seul. Il ne croyait pas qu'il avait fait tout ça. J'ai reçu un courriel l'autre jour, un homme me disait que son oncle était l'une des personnes qui ont déplacé le cercueil, à la gare de Kearney ils devaient changer les voies pour aller de North Bay au sud, alors lui et d'autres personnes ont dû déplacer le cercueil dans un autre wagon. Il a dit que c'était trop léger. L'oncle avait toujours dit qu'il était trop léger pour contenir un corps. Qu'il entendait des pierres rouler à l'intérieur. De petites choses comme ça, vous voyez? Pour ajouter au mystère.
Taki Sarantakis : C'est notre dernière question. Pour ajouter à l'histoire de Tom Thomson, l'artiste, l'icône, sa mort constitue un autre moment, une autre histoire, un autre conte ou un autre mystère emblématique pour le Canada. Je sais que vous vous êtes déjà exprimé sur le sujet, mais dites-nous, pour notre auditoire, comment pensez-vous que Tom Thomson soit mort?
Roy MacGregor : Je pense que c'est un mystère, et je pense que c'est un beau mystère. J'ai parlé à la famille Thomson, parce qu'il y a eu un mouvement à un moment où l'ADN est devenu très populaire, l'identification par l'ADN. Déterrez ce qui se trouve à Leith, si c'est un corps. Et si ce n'en est pas un, ce sera la preuve qu'il est toujours à Canoe Lake. Retournez à Canoe Lake où les ossements ont été remis en terre après avoir été examinés, lorsqu'il a été décidé que ce n'était pas Tom Thomson. Que c'était, comme on disait à l'époque, un « Indien ». Mais un Autochtone qui chassait et faisait du portage? Non, c'est impossible. Même les Algonquins de cette région disent que ce n'est pas possible. Il y a donc des ossements à Canoe Lake. À qui appartiennent-ils? L'ADN pourrait nous donner la réponse à cette question. Mais j'ai parlé à Tracy Thomson, qui est une artiste exceptionnelle à part entière, et la petite-nièce de Tom. Elle m'a dit, et je pense que c'était très bien exprimé, « Je ne pense pas que nous devrions faire ça. Nous en sommes arrivés à un point où le mystère et les peintures sont inextricablement liés. Chacun soutient l'autre, chacun vit de l'autre, chacun rend l'autre plus grand qu'il ne pourrait l'être. Pourquoi ne pas laisser planer le mystère? »
Je suis tout à fait d'accord. Je pense qu'il a été tué. Je pense qu'il est toujours à Canoe Lake. Je ne peux pas le prouver. J'y crois, c'est tout, et je suis heureux comme ça.
Taki Sarantakis : Roy MacGregor, auteur, journaliste. J'ai eu beaucoup de plaisir à vous entendre parler de Canadiana, de hockey, de rivières, de canoës et de Tom Thomson. Merci beaucoup.
Roy MacGregor : Plutôt cliché. C'est le Canada. C'est moi, j'imagine. Merci. C'était un entretien formidable.
[00:40:42 Le logo animé de l'EFPC apparaît à l'écran. Texte à l'écran : canada.ca/ecole.]
[00:40:48 Le mot-symbole du gouvernement du Canada apparaît à l'écran.]