Transcription
Transcription : L'écosystème des politiques du Canada et les facteurs qui l'influencent
[00:00:01 Le texte suivant apparaît à l'écran: « L'écosystème des politiques du Canada et les facteurs qui l'influencent – Avec Catherine Jobin, Sous-ministre adjointe, Stratégie, politiques et affaires publiques, Affaires mondiales Canada »]
[00:00:09 Catherine Jobin apparaît à l'écran.]
Catherine Jobin: Je suis Catherine Jobin, je suis Sous-ministre adjointe intérimaire des Politiques stratégiques à Affaires mondiales Canada.
[00:00:15 Le texte suivant apparaît à l'écran: « Comment décririez-vous l'écosystème des politiques du Canada? »]
J'aime beaucoup, moi, m'intéresser au vocabulaire. Donc, l'idée d'écosystème, ça vient de la biologie, puis ça réfère à quelque chose de très complexe. Un ensemble qui se tient, mais où il y a plein d'acteurs, il y a plein de phénomènes, il y a plein de processus qui interagissent pour donner un tout. Puis, bon, en fait, quand on parle d'écosystème des politiques, c'est une métaphore qu'on utilise, c'est la métaphore de la biologie, pour référer à l'ensemble des acteurs qui produisent des décisions, qui produisent des résultats. Donc, on peut s'intéresser au rôle du Parlement, au rôle des tribunaux, au rôle des groupes de pression, au rôle de la fonction publique. On peut s'intéresser aux résultats, à la valeur pour les citoyens, et c'est l'ensemble de ces phénomènes, de ces acteurs-là, de ces processus, de la culture qui les sous-tend que je définirais comme l'écosystème des politiques.
Pour moi, quand on parle de l'écosystème des politiques puis de ces éléments fondateurs ou fondamentaux, il faut vraiment revenir à la base. On parle du Canada, donc on parle d'un pays avec une constitution de nature fédérale. C'est il y a…on a un régime de gouvernance où il y a plusieurs ordres de gouvernement. C'est sûr que si je m'adresse à des praticiens, surtout qui sont issus de la fonction publique fédérale, donc on est très sensible, très au courant du rôle du gouvernement fédéral dans la société, dans l'économie canadienne.
Mais c'est aussi pertinent de comprendre, de s'intéresser au rôle des provinces, au rôle des Premières Nations, des peuples métisses et inuits, rôle des municipalités aussi. Donc, ce facteur constituant-là est pour moi fondamental. Ensuite, il y a aussi d'autres dimensions, par exemple les principes du gouvernement responsable, le rôle de la Charte des droits et libertés, le rôle des tribunaux.
Et puis ensuite, il y a des aspects qui sont beaucoup moins structurants, mais qui sont tout aussi importants, toute la question de l'histoire, des traditions, des débats qui nous paraissent parfois plus anciens, mais qui reviennent, de la culture qui pourrait être particulièrement canadienne, et aussi des sous-cultures régionales qui est une culture quand même du consensus. Il y a des particularités à notre histoire qui animent l'environnement des politiques dans lequel on vit maintenant.
[00:03:02 Le texte suivant apparaît à l'écran: « Parlez-nous du concept de l'équilibre entre les intérêts des différents groupes concernés par l'élaboration des politiques? »]
La formulation des perspectives, mais différents gouvernements avec différentes orientations politiques, idéologiques, pourraient en arriver à des conclusions différentes sur la façon dont les intérêts doivent être équilibrés. Ça, je pense que c'est toujours bon de l'avoir en tête. La question des lorgnettes me paraît toujours pertinente. Quand on pense à des questions d'équité, d'équilibre, quand on aborde un problème complexe en matière de politique – et la plupart des problèmes sont complexes de nos jours – de s'entourer dans la formation des équipes ou de s'entourer même intellectuellement de différentes lorgnettes (inaudible), c'est particulièrement utile.
Il y a des lorgnettes qui sont plus des lorgnettes juridico légales, donc c'est plus une question presque de légitimité de l'autorité, de comment ça découle des grands principes fondateurs. Parfois, c'est aussi une lorgnette d'équité, de justice. Il y a des lorgnettes qui sont de nature plus politiques ou anthropologiques, par exemple, essayer de comprendre qui va être un gagnant dans une circonstance particulière, qui va être un perdant. Comment les gens vont, ou vivent une situation présente ou pourraient la vivre dans le futur ? Donc l'aspect très, très concret des impacts d'une décision.
Il y aurait aussi… moi, j'appelle ça peut-être la lorgnette qui vient du monde du génie un petit peu – et je ne suis pas ingénieure, mais j'en ai côtoyé dans ma carrière – la perspective de la résolution de problèmes. Il y a quelque chose qui ne marche pas, est-ce qu'on peut la faire marcher ? Est-ce que la machine pourrait repartir ?
Finalement, il y a la question… toute la question qu'on pourrait appeler des communications. De au final, si on prend une décision, si quelque chose se passe, comment ça va se communiquer, comment on pourrait l'expliquer ? C'est aussi la même lorgnette, qui s'appelle la lorgnette de party de famille, c'est-à-dire en trois, quatre… trois, quatre minutes, l'expliquer à un oncle, une tante, un cousin; est-ce qu'on est capable de bien l'expliquer, le problème, et puis les solutions possibles?
Puis dans ce contexte-là, la question de l'équilibre devient un petit peu plus claire parce que c'est possible de faire la part des choses, d'expliquer tous les angles d'un problème, des possibilités de sa résolution, des éléments de ce qu'on appelle la boîte à outils; est-ce que c'est une solution législative, règlementaire, reliée à la mobilisation de plusieurs parties prenantes ? Est-ce que c'est une solution qui part du concept de dépenser, donc de créer des programmes, des paiements de transfert, de contraindre, d'interdire ? Donc, une fois qu'on a examiné un enjeu à travers plusieurs angles, on peut passer à la boîte à outils.
[00:06:12 Le texte suivant apparaît à l'écran: « Comment s'assurer que les politiques tiennent compte des perspectives diverses des citoyens? »]
Je pense que un bon analyste des politiques doit s'intéresser à son environnement et à l'actualité, donc l'actualité nationale, internationale, la curiosité, la curiosité par rapport à ce qui se passe dans le pays puis ce qui se passe dans le monde est essentiel. Il y a plein de formules anciennes et nouvelles qui existent maintenant, qui permettent ce contact-là dans le contexte du développement des politiques.
Le schéma classique, c'est un peu un schéma de type grandes orientations, consultations par des véhicules divers. On regarde ce que les gens nous ont dit, ensuite, on développe des options, on fait une analyse avec quelques lorgnettes, on les assemble un petit peu pour décision. Il y a une décision qui sort puis ça crée quelque chose, puis, après quelques années on l'évalue.
Ça, c'est un idéal type, c'est pas mauvais de l'avoir en tête, mais évidemment ça ne représente pas la réalité à laquelle je pense qu'on aspire, qui est une réalité de contact en continu, parfois de contact qui n'est pas… qui n'est pas tout à fait visible. Mais il y a aussi toute la question d'être à l'écoute de façon constante de la façon dont les programmes, les services, les enjeux sont perçus, et puis de ramener ça dans le processus d'élaboration des politiques.
[00:07:40 Le texte suivant apparaît à l'écran: « Quel conseil concret donneriez-vous aux leaders en politiques en devenir? »]
La dernière chose, c'est que je dirais de s'entourer de gens qui peuvent regarder des problèmes, des questions, des enjeux, sous des lorgnettes différentes. Ça, c'est pertinent dans la constitution des équipes. Pour un gestionnaire, c'est pertinent dans la constitution d'un réseau. Pour un analyste, en matière de politiques. Donc il faut toujours garder cette vision grand angle.
Puis l'aspect final, c'est que c'est sûr qu'il faut être… il faut travailler avec compétence, avec un petit peu de chance, avec excellence tous les jours; donc les habiletés fondamentales, de réfléchir, d'écrire, de communiquer, de collaborer. Ça, ça fait partie des choses auxquelles… je pense que c'est des attentes de base, puis qu'on peut peaufiner. Même les haut gestionnaires peaufinent chaque jour leurs habiletés à communiquer puis à réfléchir.