Transcription
Transcription : Prendre des décisions stratégiques
[00:00:01 Le texte suivant apparaît à l'écran : « Prendre des décisions stratégiques – Avec Jennifer Miller, secrétaire adjointe du Cabinet, Bureau du Conseil privé »]
[00:00:09 Jennifer Miller apparaît à l'écran.]
Jennifer Miller: Je m'appelle Jennifer Miller et je suis secrétaire adjointe du Cabinet pour la Politique du développement social au Bureau du Conseil privé.
[00:00:15 Le texte suivant apparaît à l'écran : « Relevez quelques éléments clés de la prise de décision au gouvernement du Canada. »]
Je crois que les éléments clés de la prise de décision au sein du gouvernement du Canada peuvent être divisés en deux catégories, essentiellement. Il y a les moments de prise de décision formelle, qui consistent par exemple à demander la signature d'un·e ministre sur une note d'information officielle, à prendre des décisions concernant le budget ou des décisions du Cabinet concernant des mémoires au Cabinet.
Et puis il y a la prise de décision informelle, et c'est la partie qui, à mon avis, est tout aussi intéressante – j'allais dire plus, mais je crois que c'est tout aussi intéressant. La prise de décision informelle, c'est chaque fois que vous avez l'occasion d'influer sur le déroulement d'une conversation, et c'est vraiment de cette façon que je vois le processus politique.
Le processus politique est une conversation. Il s'agit d'une conversation entre vous et votre DG, si vous occupez un poste de direction politique, ou entre vous et votre SMA, ou votre ministre adjoint·e. Ça peut être entre le ou la ministre et son cabinet. Parfois, la conversation se déroule également à l'externe. Donc vous, en tant que représentant·e du gouvernement du Canada à l'externe, lorsque vous vous adressez aux Canadien·nes ou aux parties prenantes. Et je pense que la magie du processus de prise de décision réside dans le fait de trouver des moyens de faire le lien entre les deux, la partie informelle et la partie formelle.
Comment tirer parti de chaque moment d'influence que vous avez eu ou vécu dans la partie informelle, c'est-à-dire les réunions d'information constantes, les échanges entre les parties prenantes, et l'utiliser pour guider les conseils que vous donnez sur le moment dans le cadre des transactions formelles? Je pense que c'est tout aussi important de se rappeler que la politique, quel que soit votre rôle dans le processus politique, que vous soyez un·e analyste politique ou que vous occupiez un poste de direction politique, vous avez tout autant d'occasions d'exercer une influence. Votre travail peut être différent, mais l'objectif ultime que vous essayez d'atteindre est le même.
Quand je pense à des dossiers où je ne suis pas la responsable, je me demande toujours à quel·les collègues je dois m'adresser. Comment partager ce que j'ai appris? Comment exprimer mon opinion? Et je crois que c'est la même chose, que l'on soit analyste, directeur ou directrice, gestionnaire ou sous-ministre. On essaie de rassembler toutes ces opinions et tous ces éléments de recherche de manière à influencer le résultat du dossier sur lequel on travaille.
[00:02:31 Le texte suivant apparaît à l'écran : « Comment le programme politique du gouvernement est-il formulé et communiqué à la fonction publique? »]
Le programme politique du gouvernement est, selon moi, quelque chose qui doit parfois être un peu démystifié, n'est-ce pas? Parce qu'il y a des politiques… il y a beaucoup de politiques différentes. Il y a la politique avec un P majuscule, qui peut être publiée par le Conseil du Trésor ou peut être une déclaration officielle du gouvernement dans un budget ou dans le contexte d'une mise à jour économique, ce genre de choses. Et puis il y a une politique qui est définie avec beaucoup de moyens moins formels.
Parfois, la façon dont un·e ministre choisit de s'exprimer régulièrement vous donne une idée de la façon dont il ou elle exprime son orientation politique, la voie qu'il ou elle souhaite suivre. Il peut s'agir de la manière dont le gouvernement répond aux questions posées à la Chambre des communes ou aux commissions parlementaires. Tous ces éléments vous donnent une idée de la manière dont le gouvernement exprime ce qu'il veut accomplir et du type de choses qui sont importantes pour eux.
[00:04:07 Le texte suivant apparaît à l'écran : « Quels éléments clés les analystes des politiques doivent-ils comprendre au gouvernement du Canada? »]
Je vais vous donner deux exemples, aux deux extrémités du spectre. En ce qui concerne les moments de prise de décision auxquels vous devez prêter attention en tant qu'analyste, le premier d'entre eux est de prêter attention aux décisions que vous prenez vous-même, chaque jour. Je vous parie que 90 % des décisions que vous rencontrez en une journée sont prises par vous-même. La manière de répondre à quelqu'un pendant une réunion, de répondre à un courriel, les mots que vous allez choisir dans une note d'information, chacun de ces choix contribue à la politique du gouvernement. C'est important d'en être conscient, parce que c'est ce qui donne tout son sens à notre travail, quel qu'il soit.
Le deuxième exemple est à l'autre bout du spectre, et je dirais que le processus de prise de décision du Cabinet est un autre élément qu'il est très important de comprendre. Et ça peut être difficile parce que, évidemment, pour que le Cabinet puisse avoir des discussions franches, ces discussions sont protégées et ce n'est pas possible d'y participer en tant qu'analyste pour savoir ce qui s'y passe.
Je crois que la chose la plus importante que j'ai apprise lorsque j'ai commencé à soutenir le Cabinet en tant qu'analyste au Bureau du Conseil privé, c'est que lorsqu'on fait l'effort de créer un MC, de constituer un dossier parfait au Cabinet, on se demande ce qui se passe ensuite, comment ils en discutent. Et je crois que la chose la plus importante que j'ai retenue de cette expérience, c'est que le Cabinet est un groupe d'élu·es, élu·es par les Canadien·nes, qui ont tous et toutes des antécédents différents, des expériences différentes, des niveaux d'expertise différents sur des sujets différents. Ces personnes sont réunies par le premier ministre selon diverses structures pour examiner des questions importantes en raison de leur expertise et de leurs points de vue.
Lorsque vous assistez à une discussion du Cabinet, vous devez vous rappeler que toutes ces personnes appliquent leur expertise aux informations que vous, en tant qu'analyste, fournissez. C'est pourquoi il est essentiel que les informations soient complètes, justes et qu'elles expriment réellement vos meilleurs conseils sur les options présentées par votre ministre, parce que c'est sur ces informations que le gouvernement s'appuie pour prendre ses décisions.
Mais au final, ces deux types de processus sont les mêmes. Que vous preniez votre propre décision en tant qu'analyste ou que vous souteniez le Cabinet, tout se résume à la qualité et à l'excellence des conseils que vous fournissez à tout moment, parce que c'est réellement ce qui fait fonctionner le gouvernement.
[00:06:33 Le texte suivant apparaît à l'écran : « Quels conseils donneriez-vous aux futurs leaders pour comprendre ce qui motive leur travail en politique? »]
Le principal conseil que je donnerais à un·e analyste, c'est d'être curieux. Soyez curieux à propos de votre dossier, soyez curieux des personnes à qui vous parlez, de leur façon de penser, de ce que vous pouvez faire pour les aider à prendre des décisions, pour influencer leurs décisions, pour les aider à comprendre un sujet. Prêtez vraiment attention à tout ça et réfléchissez-y, parce que c'est ce qui vous permet d'apporter votre expertise personnelle au travail.
Et au final, une excellente fonction politique au sein d'une équipe ou d'un ministère dépend vraiment des personnes qui s'engagent dans leurs dossiers, des personnes qui s'engagent à travailler ensemble en tant qu'équipe. C'est aussi un élément clé des valeurs et de l'éthique. Quand on parle de valeurs et d'éthique, on se demande souvent comment empêcher les gens de faire la mauvaise chose. Et selon moi, ça fait partie du travail, de savoir ce qui est bien et ce qui ne l'est pas, et savoir faire la distinction entre les deux.
Mais pour moi, il s'agit surtout d'un engagement en faveur de l'excellence et du respect de la démocratie, qui ne peut s'exprimer que si je suis prête à faire de mon mieux chaque jour. Et on n'y parvient qu'en s'exerçant, on n'y parvient qu'avec l'aide de ses collègues et, idéalement, de ses supérieur·es et des personnes qui vous soutiennent, pour vous aider à savoir quand c'est le cas. N'est-ce pas? En politique, il peut être très difficile de le savoir, parce que beaucoup de gens disent qu'il n'y a pas de mauvaise idée. Je pense que c'est parfois vrai, parfois non!
Mais selon moi, la politique est toujours un sport d'équipe, aucune idée n'est suffisante à elle seule. Il faut travailler avec les autres et être réellement déterminé·e à offrir les meilleurs conseils avec d'autres personnes, pour exprimer nos valeurs et notre éthique. Dans la fonction publique, vous ne pouvez exceller seul·e. Nous devons exceller ensemble. Et pour la politique, c'est vraiment, vraiment important.