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Mettre la recherche publique au service de l'intérêt public (TRN2-V09)

Description

Cet enregistrement d'événement permet d'explorer comment les cadres de propriété intellectuelle, les modèles de gouvernance des universités et la collaboration entre les secteurs transforment la recherche financée par le public en source d'innovation et de retombées économiques au Canada.

Durée : 01:00:05
Publié : 13 août 2026
Type : Vidéo


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Mettre la recherche publique au service de l'intérêt public

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Transcription : Mettre la recherche publique au service de l'intérêt public

[00:00:01 Taki Sarantakis est montré debout sur un podium.]

Taki Sarantakis (président, École de la fonction publique du Canada) : Bonjour. Je m'appelle Taki Sarantakis, je suis président de l'École de la fonction publique du Canada, et nous vous avons réservé une autre surprise aujourd'hui. Aujourd'hui, nous recevons Mme Breznitz, de l'Université de Toronto.

[00:00:15 Mme Shiri Breznitz est montrée assise à côté de Josianne Paul et Paul Pilieci.]

Taki Sarantakis : C'est la Breznitz intelligente. Vous connaissez peut-être l'autre Breznitz, mais c'est en quelque sorte elle qui tire les ficelles au sein de ce couple influent. Son intervention d'aujourd'hui portera sur sa spécialité universitaire, à savoir le transfert de connaissances depuis les universités, et nous avons certaines des meilleures universités au monde. Nous menons certaines des meilleures recherches du monde. Nous obtenons des résultats bien supérieurs à ce que l'on pourrait attendre compte tenu de nos ressources et des fonds que nous consacrons au secteur universitaire, mais nous semblons rencontrer certaines difficultés lorsqu'il s'agit de transférer ces connaissances vers d'autres secteurs. Voici comment j'aime expliquer cela, et je ne me souviens plus qui l'a dit, mais je devrais vraiment vérifier, car c'est très profond… quelqu'un a dit, en substance : « La science, c'est très mignon, mais si vous voulez changer le monde, il faut vous tourner vers l'ingénierie », ce qui revient à dire que l'idée en soi, à moins qu'elle ne se concrétise, n'a pas vraiment d'incidence dans le monde réel.

Alors, sans plus attendre, je cède la parole à Josianne et Paul, qui vont « s'en prendre » à Shiri, et nous parlerons de transfert de connaissances, de connaissances, de commercialisation et d'innovation. Donc, à vous deux maintenant.

Shiri Breznitz (professeure Roz et Ralph Halbert de l'innovation, Université de Toronto) : Merci.

Josianne Paul (directrice par intérim, Politiques et relations stratégiques, École de la fonction publique du Canada) : Merci.

(Applaudissements)

Paul Pilieci (directeur général, Politiques, priorités et partenariats, École de la fonction publique du Canada) : Nous avons donc aujourd'hui la chance d'accueillir parmi nous Mme Breznitz pour aborder toute une série de sujets liés à l'entrepreneuriat, à l'innovation et, comme l'a dit Taki, au transfert de connaissances des universités vers le secteur privé. Une petite précision d'ordre administratif : aujourd'hui, nous allons avoir une petite discussion informelle ensemble; nous commencerons par poser quelques questions. Comme vous pouvez le constater, il y a des micros sur chacune de vos tables. Je vous demanderai donc, à un moment donné au cours de la discussion, de poser vos questions. Si vous avez une question, n'hésitez pas à attirer mon attention; je regarderai autour de moi dans la salle. Et veuillez, s'il vous plaît, parler dans le micro pour que tout le monde puisse vous entendre.

Je voudrais donc commencer notre discussion par une petite mise en contexte dès le départ. Et donc, je voudrais commencer par aborder un concept qui, selon moi, est essentiel pour comprendre pour toutes les personnes présentes dans cette salle : celui de l'écosystème innovant. Pourriez-vous donc expliquer ce concept aux personnes dans la salle, s'il vous plaît?

Shiri Breznitz : Oui. Donc, bonjour, tout le monde. C'est un plaisir d'être ici. Je disais tout à l'heure que, même si je suis très honorée d'avoir reçu cette bourse, la principale raison pour laquelle j'ai accepté, c'est que je voulais tous et toutes vous rencontrer, et j'ai l'impression que c'est la dernière chose que je fais, et que je vous rencontre tous et toutes à la dernière minute. J'attends donc vos questions avec impatience.

Donc, pour réfléchir aux écosystèmes d'innovation, il faut revenir un peu sur d'autres termes que nous avons l'habitude d'utiliser au Canada, comme les grappes, ou, comme nous les appelons tous ici, les supergrappes ou les districts industriels, n'est-ce pas? D'une certaine manière, il s'agit de noms différents, selon la définition universitaire que l'on retient. Mais en réalité, ce que nous voulons dire, c'est qu'il s'agit d'un territoire, et que ce soit à l'échelle nationale, régionale, municipale ou même au sein d'un petit quartier, où; différent·es intervenant·es travaillent ensemble, collaborent et contribuent à promouvoir l'innovation. Meilleurs sont ces liens, plus il y a d'intervenant·es, et plus l'écosystème d'innovation est fort, n'est-ce pas? Quant aux différent·es intervenant·es, là encore, selon les travaux des universitaires que l'on consulte, il peut s'agir des universités et des organismes de recherche, des institutions de recherche, bien sûr le gouvernement, du secteur financier, et bien sûr de la société civile. Bien sûr, on peut décomposer cela en un nombre croissant d'intervenant·es, mais d'une certaine manière, il s'agit d'intervenant·es essentiel·les dont un système a besoin.

Josianne Paul : Donc, si je vous comprends bien, l'innovation ne se fait pas en vase clos. Pour s'épanouir, il faut l'intervention de plusieurs intervenant·es. Vous avez donc évoqué les universités, les entreprises, le gouvernement, voire le système financier. Tous et toutes jouent un rôle. Comment expliquez-vous ces rôles au sein de l'écosystème? Comment interagissent-ils tous entre eux? Pourquoi doivent-ils interagir pour que l'innovation puisse voir le jour?

Shiri Breznitz : D'accord. Bon, l'un des derniers projets sur lesquels j'ai travaillé, c'est le pôle de médecine régénérative de Toronto, n'est-ce pas? Et l'organisation que je suivais est l'initiative Medicine by Design. Ce projet a été financé par le Fonds d'excellence en recherche Apogée Canada (FERAC), qui est le fruit d'une collaboration entre les trois organismes subventionnaires, mais ce qui est intéressant dans un domaine comme la médecine régénérative, qui était relativement nouvelle au moment où; elle a été financée, mais qui ne l'est plus tellement aujourd'hui, c'est que pour créer quelque chose de nouveau, il faut acquérir de nouvelles connaissances. Bon, si l'on se trouve dans un système fermé et qu'on discute sans arrêt avec les mêmes personnes, n'est-ce pas? Nous n'obtenons pas de nouvelles connaissances. L'importance des différent·es intervenant·es réside donc dans le type de connaissances qu'ils apportent, n'est-ce pas? L'un des aspects intéressants de cette recherche est, par exemple, que cette collaboration a incité les gens à travailler ensemble, alors qu'auparavant, ils collaboraient principalement au sein des universités, ils collaborent désormais davantage avec les hôpitaux, ce qui est important, car cela leur permet de dialoguer avec les cliniciens et cliniciennes, n'est-ce pas? Mais on les voit aussi collaborer partout au Canada grâce à des liens qu'ils avaient noués auparavant aux États-Unis, n'est-ce pas?

Donc, aujourd'hui, ils favorisent la diffusion de ces connaissances dans différentes régions, différentes provinces du Canada, différentes villes, et auprès de chercheurs et de chercheuses travaillant sur des thèmes variés, contrairement à ce qui se passait autrefois, où; l'on se concentrait sur des lieux traditionnels comme Boston ou San Francisco, qui sont bien connus lorsqu'on parle de recherche médicale, n'est-ce pas? Alors, chaque fois, les protagonistes sont différent·es, et là encore, on pourrait approfondir le sujet et expliquer à quel point ces protagonistes sont essentiel·les; ainsi, dans chaque système, quelques protagonistes auront davantage d'importance que d'autres. Dans certains d'entre eux, vous trouverez des universités. Dans certains d'entre eux, vous trouverez des entreprises. Ainsi, quand on pense à l'industrie pharmaceutique dans l'Indiana, tout tourne vraiment autour d'Eli Lilly. C'est une grande entreprise. Il n'est pas tant question d'universités, n'est-ce pas? Quand on pense au Canada, on pense au pétrole et au gaz. La présence des entreprises pétrolières et gazières ouvre véritablement la voie dans une certaine direction, car elles jouent un rôle important. Chaque système d'innovation est donc différent, les connaissances sont différentes, les intervenant·es sont différents, et selon les liens qui les unissent, on obtient différents types de systèmes d'innovation.

Josianne Paul : Merci.

Paul Pilieci : Vous avez donc évoqué, vous avez parlé un peu des intervenant·es au sein d'un écosystème d'innovation, et vous avez souligné que les écosystèmes d'innovation sont différents les uns des autres. Il n'y a pas de recette miracle. Certain·es intervenant·es joueront des rôles différents selon les écosystèmes. Y a-t-il un point commun entre les écosystèmes qui réussissent? Voici quelques éléments que l'on retrouve généralement dans les écosystèmes qui réussissent.

Shiri Breznitz : L'un des aspects les plus importants est donc le transfert de connaissances, c'est-à-dire notre capacité à partager de l'information. Et en tant que spécialiste de la propriété intellectuelle, je peux affirmer qu'il ne s'agit pas ici de renseignements confidentiels, mais de la possibilité de rencontrer des gens. Alors, par exemple, je reviens à la médecine régénérative, peut-être parce que c'est tout simplement le sujet du moment, mais les universités et les hôpitaux ont toujours eu cette organisation appelée Toronto Academic Health Science Network (TAHSN), qui est censée faciliter leur collaboration, mais en réalité, ils ne se parlaient pas vraiment, n'est-ce pas? C'est donc une perte, si l'on pense à tout ce qu'ils auraient pu apprendre, au fil des années, en collaborant sur certains sujets liés à la recherche médicale, n'est-ce pas? Donc, à mon sens, quand on parle de connaissances, si l'on considère la notion d'ouverture (et, je le répète, par « ouverture », j'entends la volonté des gens de se rencontrer), Boston, lorsqu'elle a commencé à développer son secteur biotechnologique, était connue pour le « Biotech Tuesday » (mardi biotechnologique). C'était une soirée cocktail informelle. Personne ne la parrainait. Cela ne ressemblait pas aux États-Unis tels qu'on les connaissait traditionnellement. C'était simplement une initiative lancée par des professionnel·les du secteur qui se sont rencontrés. Donc, l'un des aspects que l'on aborde dans les théories très traditionnelles de l'économie et de la géographie économique, c'est la théorie de Marshall sur les connaissances, selon laquelle les gens, en étant côte à côte, partagent leurs connaissances; il décrivait cela comme quelque chose qui est dans l'air, n'est-ce pas? Il s'agit de personnes prêtes à dialoguer entre elles et à comprendre ce sur quoi elles travaillent. Et à Boston, très souvent, surtout quand les petites entreprises ont démarré à la fin des années 1990, on entendait dire : « Notre système de réfrigération est tombé en panne et on vient de demander à cette entreprise de nous aider », n'est-ce pas? Donc, il ne s'agissait pas forcément de partager des secrets, mais plutôt de s'entraider, de mettre des gens en relation : « On travaille avec cet investisseur en capital-risque, on peut vous mettre en contact avec lui ». Il s'agit donc de connaissances en matière de recherche et développement, mais aussi de connaissances sur la manière de faire les choses.

Paul Pilieci : Je peux donner suite à cela?

Josianne Paul : Oui.

Paul Pilieci : L'un des concepts sur lesquels vous et d'autres auteur·es avez peut-être écrit dans la littérature est, je crois, le fait que la théorie des écosystèmes régionaux est parfois interprétée comme une sorte de recette, mais qu'en soi, il lui manque peut-être certains éléments, ou que ceux-ci n'ont pas encore été pleinement déterminés, pour permettre aux gens d'en exploiter pleinement le potentiel. Donc, deux des concepts que vous aviez évoqués précédemment concernent en quelque sorte la mobilité et les contraintes régionales liées à ces écosystèmes. Pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet, s'il vous plaît?

Shiri Breznitz : Oui. Je vais donc revenir un peu en arrière pour dire que, surtout quand on parle d'universités et d'intervenant·es de l'innovation, il arrive un moment où; il faut s'inspirer du modèle de Stanford, n'est-ce pas? Il suffirait de copier le modèle de Stanford pour que tout aille bien, n'est-ce pas? Mais vous ne pouvez pas le faire.

Josianne Paul : Est-ce que je peux vous demander de m'expliquer en quoi consiste le modèle de Stanford?

Shiri Breznitz : Eh bien, Stanford a vraiment contribué au développement de la Silicon Valley, n'est-ce pas? Si l'on se penche sur l'histoire, la Silicon Valley, c'est Stanford. Donc, si on copie la Silicon Valley, il suffirait d'importer tous les éléments dont ils disposent pour que tout aille bien, mais la culture de la Silicon Valley était très différente de celle de Boston. L'un des exemples les plus classiques, parmi les études de cas souvent cités lorsqu'on aborde le thème de l'innovation, est la comparaison entre la Route 128, à Boston, et la Silicon Valley. La Silicon Valley a vu le jour parce que son fondateur, Terman, se trouvait à Boston. Il a dit quelque chose comme : « Il nous faut le même genre de modèle. Nous devons nous assurer que les entreprises se parlent entre elles. » En fait, les entreprises de Boston ne communiquaient pas entre elles. Elles étaient grandes. Je sais que personne ne s'en souvient, mais le secteur de l'informatique marchait en fait très bien à Boston, et c'étaient de grandes entreprises qui faisaient tout elles-mêmes, un peu comme Ford, tout en interne, n'est-ce pas? À Stanford, on a plutôt commencé par soutenir de petites entreprises dérivées des universités. Elles n'ont pas toutes démarré dans un garage comme HP; la plupart se sont plutôt établies dans le parc scientifique, avec l'appui de l'université. Mais comme elles étaient petites, elles collaboraient également entre elles. Boston a perdu son secteur de l'informatique parce que ses intervenant·es ne communiquaient pas entre eux. Donc, c'est un classique. Donc, votre question sur la mobilité et les contraintes régionales… Ces contraintes régionales sont importantes, car nous devons comprendre qui nous sommes. Alors, si nous voulons favoriser l'innovation, nous devons réfléchir à la région sur laquelle nous nous concentrons. Quels sont nos points forts? Y a-t-il de la recherche? Y a-t-il des universités? Peut-être pas. Peut-être que c'est plus que cela : si l'on parle de ressources naturelles, il existe un domaine dédié aux ressources naturelles. Il faut donc réfléchir à ce dont nous disposons. Nous ne pouvons rien y changer, même si nous croyons le contraire. Il y a peut-être certaines choses que vous voulez ajouter, modifier ou peaufiner, mais cela vous prendra sans doute 30 ans.

Si nous prenons l'exemple du modèle d'innovation de Singapour, nous constatons qu'ils ont commencé par créer des universités à partir de zéro. Donc, vous avez cet exemple. Il faut le garder à l'esprit. Et je dis toujours qu'au Canada, tout le monde panique parce que nous avons les États-Unis. Eh bien, oui, nous avons les États-Unis. C'est une évidence. C'est ce que nous avons. C'est pourquoi notre politique et la manière dont l'innovation doivent tenir compte du fait que nous avons les États-Unis pour voisins, et nous pouvons réfléchir aux nombreux avantages que nous pouvons tirer de ce pays, et pas seulement aux inconvénients liés à cette proximité géographique. Passons maintenant au deuxième point : la mobilité. Là encore, c'est un bon exemple : atterrir aux États-Unis à la dernière minute. Donc, oui, nous perdons des gens au profit des États-Unis, mais les personnes qui partent aux États-Unis apprennent aussi en y allant, car il y a là-bas toutes ces petites et moyennes entreprises que nous n'avons pas, et elles apprennent à devenir des cadres, à innover d'une manière différente et à collaborer d'une manière différente, n'est-ce pas? Malheureusement, nous sommes l'une d'elles. Vous me corrigerez peut-être, mais d'après ce que je sais, nous sommes l'un des rares pays à ne pas disposer d'une politique de retour visant à inciter les Canadien·nes à rentrer au pays. Pourquoi? Elles sont littéralement là, n'est-ce pas? Elles possèdent d'immenses connaissances. Je pense que, si l'on examine cette affaire, nous avons parlé tout à l'heure du cas de Waterloo, n'est-ce pas? Beaucoup d'étudiant·es en informatique à Waterloo ont déjà un emploi qui les attend aux États-Unis avant même d'avoir obtenu leur diplôme. Génial. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose, car, espérons-le, ce sont des Canadien·nes, et la plupart d'entre eux souhaitent rentrer au pays; ils ramèneront alors avec eux tout ce qu'ils ont appris. En somme, tout est une question de point de vue et de la manière dont nous mettons ces connaissances en pratique. Pouvons-nous trouver un moyen judicieux de tirer parti des connaissances qu'ils apportent?

Josianne Paul : Voulez-vous en dire davantage là-dessus?

Paul Pilieci : Continuez.

Josianne Paul : Parce qu'il y a une chose qui ressort beaucoup de ce que vous venez de dire : ce sont les entreprises, leur façon d'agir. Dans une perspective plus large, les universités ont également un rôle à jouer. Donc, elles ne se contentent pas de produire des connaissances. Comme vous l'avez dit, soit elles proposent des emplois à des personnes qui peuvent revenir, soit elles tiennent compte des réalités régionales des lieux où; ces projets sont mis en œuvre. Alors, dans quelle mesure les considérez-vous comme un moteur du développement économique? Selon vous, quel est leur rôle?

Shiri Breznitz : Les universités?

Josianne Paul : Oui, dans l'écosystème.

Shiri Breznitz : Alors, je pense que ce que nous oublions avant tout, c'est que les deux missions principales des universités ont toujours été la recherche et l'enseignement. Donc, en ce qui concerne les universités, je dirais que l'essentiel de notre temps est consacré à l'enseignement aux étudiant·es et à la formation de la main-d'œuvre. Je vais partir du principe que la plupart d'entre vous ont fait des études universitaires, car le Canada dispose de l'une des mains-d'œuvre les plus qualifiées dans les pays développés. C'est l'une des choses les plus importantes. Mais lorsque nous nous intéressons aux universités, nous pouvons évaluer leur contribution de deux manières différentes. Nous pouvons l'évaluer à court terme, c'est-à-dire en fonction des recettes qu'elles génèrent pour la région, n'est-ce pas? Pensez donc non seulement au gouvernement à Ottawa, mais aussi à la situation similaire dans une université d'une petite ville. Combien de personnes allons-nous recruter? Donc, elles louent des maisons, elles en achètent, et l'université s'approvisionne localement. Voilà des éléments que vous pouvez évaluer à court terme. Par contre, à long terme, nous avons le capital humain, nous avons la recherche. Espérons, à partir de cela, nous avons également les entreprises, et nous avons la relation avec les entreprises, que nous avons tendance à peu parler, mais le meilleur exemple (je n'arrête pas de me répéter), au cours des six derniers mois, je dirais, c'est celui d'Ozempic, n'est-ce pas? La relation entre l'Université de Toronto et Novo Nordisk est formidable. Je regarde vos visages. Il semblerait que la plupart d'entre vous ne le savaient pas, mais il s'agit en fait du résultat de la première invention du professeur Drucker, alors qu'il était professeur adjoint, dont la licence a été octroyée à Novo Nordisk.

C'était ce qu'on appelle un exemple, un exemple parfait, de ce qu'on attend des universités en matière de commercialisation. Personne n'en avait mesuré l'intérêt jusqu'à ce que l'on commence à mener des essais cliniques et que l'on se rende compte qu'il présentait des avantages en matière de poids et d'appétit, ce qui a incité Novo Nordisk à revenir. Nous établissons donc ces relations avec les entreprises, et nous espérons que cela permettra à nos diplômé·es d'y trouver un emploi. Cette relation nous permet également d'apprendre d'elles. Tout cela est donc vraiment important. Alors, quand nous pensons aux universités, nous pensons à l'enseignement et à la recherche, mais aussi au service; et dans le service, nous trouvons la commercialisation et la formulation de conseils stratégiques. J'ai moi-même discuté avec certain·es d'entre vous dans le cadre de vos fonctions, mais je sais que plusieurs d'entre vous sont nombreux à s'adresser à des professeur·es d'université pour mieux comprendre la recherche actuelle. C'est dommage qu'on ne le fasse pas plus souvent, comme aux États-Unis, de manière régulière. Je sais qu'on n'aime pas trop parler des États-Unis, c'est d'ailleurs un bon exemple, mais d'un point de vue historique, ils ont toujours su très bien se tenir au courant des dernières recherches, quel que soit le sujet. Les universités contribuent aussi aux infrastructures immobilières de base, n'est-ce pas? Prenons l'exemple du centre-ville de Toronto ou d'Ottawa, aux alentours de l'Université d'Ottawa : sans les bâtiments construits par l'Université… les universités transforment des quartiers entiers. De nombreuses études se sont penchées sur les différences entre les villes qui ont accueilli des universités et celles qui ne l'ont pas fait, et sur la manière dont cela a radicalement modifié leurs taux de criminalité, leur économie, etc. Il existe donc de nombreux rôles et de nombreuses façons d'apporter sa contribution.

Paul Pilieci : Je n'ai pas très bien rempli mon rôle de modérateur, car j'aimerais d'abord un peu revenir sur le sujet précédent. Ce que je voudrais vraiment aborder, c'est le concept dont vous avez parlé concernant la délocalisation des villes et des entreprises. Vous avez donc donné d'excellents exemples : nous sommes situés à proximité des États-Unis, les talents peuvent circuler dans un sens comme dans l'autre, mais je pense que la question des écosystèmes régionaux est un sujet auquel nous devons nous attaquer, et je souhaitais vous donner l'occasion d'évoquer l'exemple d'Israël et la manière dont ce pays a su gérer efficacement cette tension.

Shiri Breznitz : D'accord. Donc, l'exemple le plus simple est celui d'Israël, qui sait que la plupart de ces entreprises ne resteront pas, qu'elles ne se développeront pas là-bas, et que les multinationales ne viendront pas y construire de grandes installations, car ce n'est pas un endroit sûr. L'une des missions du scientifique en chef, qui est plus tard devenu par la suite l'Israeli Innovation Agency, consistait donc à élaborer une politique stipulant ce qui suit : si votre entreprise a reçu un financement de l'État pour développer vos recherches ou les phases ultérieures de votre produit, et que vous l'avez ensuite vendu, bravo, vous l'avez vendu, vous devez alors restituer six fois le montant que vous avez reçu. Bon, cette approche n'est pas adoptée parce qu'ils sont cupides, car ils ne donnent que de très petites sommes d'argent. Ce n'est pas un gros investissement. Il y a deux raisons pour cela. L'une d'entre elles consiste à veiller à ce que les entrepreneurs ne vendent pas trop tôt, ce qui est malheureusement un problème au Canada. Donc, vous allez vous dire : « Bon, je dois obtenir six fois ce que j'ai reçu, donc je vais attendre un peu », et la deuxième raison, c'est d'avoir un petit profit. Bon, cela ne va pas servir à financer l'Israeli Innovation Agency, mais ces fonds reviendront au moins en partie au système, n'est-ce pas? Ici, l'une des choses qui m'agacent le plus, c'est l'absence totale de réglementation en matière de propriété intellectuelle au Canada. Peu importe la forme qu'elles prendront, mais il faudrait établir des règles, d'un côté ou de l'autre, mais cela signifie que nous perdons beaucoup d'inventions qui ont été développées au Canada, financées par le gouvernement canadien pendant de très, très nombreuses années à coups de millions de dollars, et tout cela, la plupart du temps, revient à des multinationales, et nous n'en voyons pas les bénéfices, pas même dans la recherche.

Josianne Paul : Et pour faire le lien entre ces deux sujets : vous parlez donc de l'entrepreneuriat en Israël, mais si l'on fait le lien avec les universités, nous avons pu constater, d'après vos articles précédents, qu'il peut y avoir (ou non), un lien entre les différents parcours éducatifs proposés dans les universités. Donc, lorsque les universités décident d'enseigner un sujet spécifique dans une région, avez-vous constaté un lien de causalité entre ce qu'elles enseignent, par exemple le parcours axé sur l'estime de soi, et une plus grande propension à l'entrepreneuriat et… excusez-moi, c'est mon français qui me pose problème avec ce mot… c'est-à-dire des résultats en matière d'entrepreneuriat? Et si ce n'était pas le cas, pourquoi, et quel autre type d'activité pourrait favoriser l'esprit d'entreprise?

Shiri Breznitz : Oui. Donc, si vous y réfléchissez, dans l'ensemble du monde développé, on favorise les disciplines des sciences, de la technologie, de l'ingénierie et des mathématiques (STIM), n'est-ce pas? Les STIM, nous voulons un enseignement axé sur les STIM. Les STIM sont vraiment importantes, et c'est important. C'est extrêmement important : lorsque nous développons des entreprises, nous avons besoin de personnes possédant des connaissances dans les domaines des STIM; cependant, les diplômé·es de ces filières, c'est-à-dire ceux qui ont obtenu à la fois un diplôme de premier cycle et un diplôme de deuxième cycle dans ces domaines, ne sont généralement pas ceux qui deviennent entrepreneurs. C'est très simple. Ils n'ont pas besoin de ce souci. Ils peuvent obtenir leur diplôme et décrocher un emploi bien rémunéré sans avoir à créer d'entreprise. C'est vraiment difficile, d'être entrepreneur. Ce que nous constatons ne provient pas uniquement de nos propres recherches : nous nous sommes appuyés sur l'enquête menée auprès des ancien·nes étudiant·es de l'Université de Toronto, mais d'autres études montrent également que les personnes qui se lancent dans l'entrepreneuriat sont généralement dotées de connaissances diversifiées. En y réfléchissant bien, cela remonte à bien plus loin, un peu comme quand on parle d'écosystèmes d'innovation, n'est-ce pas? Ainsi, les personnes qui possèdent à la fois un diplôme dans les domaines des STIM et un diplôme dans d'autres domaines sont plus susceptibles de devenir des entrepreneurs; ce n'est pas une règle absolue, mais si l'on examine les diplômé·es de l'Université de Toronto, nous disposons de ces données, on constate que lorsqu'ils présentent cette combinaison, et en particulier s'ils ont un diplôme de premier cycle en STIM et un diplôme de deuxième cycle dans un domaine non lié aux STIM, ils sont plus susceptibles de devenir entrepreneurs.

Paul Pilieci : Je vais donc commencer à faire le tour de la salle pour voir s'il y a des questions. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à me le signaler. Je ferai de mon mieux pour vous faire participer à la discussion. Je crois que nous avons une question de notre président, Taki Sarantakis.

Taki Sarantakis : Les gens sont toujours un peu timides au début, alors je vais prendre les devants, et je le referai s'il y a un autre temps mort, mais seulement s'il y en a un autre. Shiri, j'ai une grande question et une petite question. Vous voulez la grande question ou la petite question?

Shiri Breznitz : C'est vous le président.

Taki Sarantakis : (Rires) Pour encore 10 minutes. Donc, comme vous l'avez un peu dit, c'est un tabouret à trois pattes. Nous avons donc le système éducatif, principalement les universités, même si les collèges tentent de jouer ou jouent déjà un rôle de plus en plus important dans ce domaine; il y a donc les universités, le gouvernement et les entreprises. En quelques mots, dites-nous ce que chacun d'entre eux fait de mieux selon vous et, à l'inverse, ce qu'ils pourraient améliorer.

Shiri Breznitz : Ici?

Taki Sarantakis : Oui, au Canada. Désolé.

Shiri Breznitz : Bon, pour commencer, vous avez raison en ce qui concerne les collèges. Et pour moi, cela concerne l'enseignement supérieur, donc je parle simplement d'« universités », car là où; j'ai grandi, on ne fait pas de distinction entre les deux. Je dirais que, surtout au Canada, il existe un fossé énorme entre le monde des affaires et l'enseignement supérieur; c'est moins le cas dans les collèges, et pour cause, mais nous n'exploitons pas suffisamment ce potentiel. Par exemple, le gouvernement de l'Ontario a mis en place tous ces laboratoires dans la plupart des collèges, que les entreprises utilisent régulièrement; celles-ci viennent y utiliser les installations, mais nous ne faisons pas assez d'efforts pour assurer un suivi ou pour saisir cette occasion de leur fournir des renseignements sur la propriété intellectuelle, le marketing, et d'autres sujets susceptibles de les aider. Elles arrivent, on s'occupe d'elles, puis elles repartent, d'accord? En général, les universités continueront encore… alors que nous sommes en 2026, le point de vue, dans bon nombre d'entre elles, que le monde des affaires est une mauvaise chose, et que si, en tant qu'universitaire, je collabore avec des entreprises, c'est mal vu; et je pense que nous n'en faisons pas assez. En ce qui concerne l'enseignement de l'entrepreneuriat, si vous jetez un œil à la plupart des cours (faites simplement l'essai vous-même plus tard dans la journée sur Google), même à l'Université de Toronto, vous constaterez qu'il y en a probablement environ 300 dans chacune d'entre elles. La plupart d'entre elles dispensent des cours sur l'entrepreneuriat. Nous n'enseignons pas l'entrepreneuriat dans le cadre d'un cours universitaire, et cela pose un problème à notre établissement, car nous ne disposons pas du financement nécessaire pour mettre en place ces cours destinés à former les étudiant·es à devenir entrepreneurs, alors qu'il s'agit là d'une compétence à part entière. Vous pouvez apprendre à devenir entrepreneur. En général, les intermédiaires s'en sortent mieux, mais d'après les études que nous avons menées, suivre ne serait-ce qu'un cours à l'université sur la façon de devenir entrepreneur vaut mieux que de ne suivre aucun cours. Les entreprises, je pense, au Canada… je n'ai pas besoin de le dire à qui que ce soit : les entreprises au Canada ne font pas de recherche. Les dépenses en recherche et développement des entreprises au Canada sont parmi les plus faibles des pays développés, et elles ne cessent de baisser; or, je peux vous le dire, vous qui êtes ici présent·es, vous ne les incitez pas à faire de la recherche. Elles ne le feront pas d'elles-mêmes, un point c'est tout. Je pense que Shopify, qui est notre plus grande jeune entreprise à avoir réussi (même si ce n'est plus vraiment une jeune entreprise), est un bon exemple d'entreprise qui investit dans ce domaine : je crois qu'elle consacre environ 24 % de son chiffre d'affaires à la recherche et au développement, ce qui est exceptionnel au Canada, et explique sans doute aussi pourquoi elle continue de si bien se porter, d'accord? Donc, je crois que j'ai abordé les trois points. Et ensuite, la deuxième question? Vous aviez une petite question?

Taki Sarantakis : Est-ce que je devrais vous poser la petite question? C'est bon pour vous, Paul?

Paul Pilieci : Bien sûr.

Taki Sarantakis : Donc, pour revenir à la petite question : si l'on examine certaines des universités qui, historiquement, ont obtenu de bons résultats dans ce domaine dans le monde (Stanford, le MIT, Kitchener-Waterloo, l'Université de Waterloo), elles sont un peu spécialisées. Elles ont pris des risques importants, que ce soit en informatique, en mathématiques, ou dans d'autres domaines. Avons-nous besoin de davantage d'établissements d'enseignement supérieur spécialisés au Canada?

Shiri Breznitz : Je vais donc vous poser une question pour commencer. Quand vous dites qu'elles se sont bien débrouillées, en quoi exactement se sont-elles bien débrouillées?

Taki Sarantakis : Elles se sont bien débrouillées dans le sens qu'elles ont aidé à créer ou à centrer un écosystème.

Shiri Breznitz : Mais vous partez du principe que cela vient de l'université à Waterloo, et là, je ne suis pas d'accord avec vous.

Taki Sarantakis : C'est vrai, ce n'est pas que cela vient exclusivement de Waterloo, mais plutôt que Waterloo, c'est-à-dire l'Université de Waterloo, a joué un rôle important dans l'écosystème d'innovation de Kitchener-Waterloo.

Shiri Breznitz : Oui. Je dirais donc que vous vous intéressez à certaines technologies, car si l'on considère le domaine biomédical, aucune de ces universités ne serait au premier plan, n'est-ce pas? Alors, si l'on considère le domaine biomédical, il existe d'autres régions qui ont obtenu de bien meilleurs résultats, ainsi que des universités qui ont fait mieux qu'elles. Donc, je ne pense pas qu'il s'agisse d'être spécialisé. Je pense que cela concerne la capacité à transférer la technologie et à établir ces liens avec l'industrie. Par exemple, Georgia Tech a bien réussi dans ce domaine, car cette université dispose en quelque sorte d'un équivalent du Fraunhofer au sein de ses établissements. Il y a un institut de recherche sous contrat au sein de l'université, où; l'on emploie des chercheurs et chercheuses dont le seul travail consiste à mener des recherches pour le compte d'entreprises, n'est-ce pas? Donc, encore une fois, tout revient à ces canaux dont nous disposons. Je mentionnerais donc Stanford, grâce à Terman et à sa vision d'ensemble dès le début; il a mis en place ce système qui facilite vraiment les choses. Et même au MIT aujourd'hui, si vous vous intéressez au bureau de transfert de la technologie, l'une des choses qu'ils vous diront, c'est qu'ils n'en font pas grand-chose parce qu'ils n'en ont pas besoin : comme ils sont à Boston, ce sont les gens qui viennent à eux. Donc, si vous êtes une entreprise située à Boston, vous n'avez pas besoin de vous donner autant de mal pour passer un appel FaceTime avec l'investisseur en capital-risque, n'est-ce pas? C'est là. C'est dans le système.

Paul Pilieci : Nous avons reçu une autre question de l'auditoire. Avant d'aborder ce sujet, j'aimerais approfondir un peu les concepts évoqués par Taki concernant les trois piliers. Je crois d'ailleurs que vous avez coécrit un article vraiment excellent, qui traitait du rôle des intermédiaires et de la question de savoir si un soutien accru est nécessairement plus bénéfique pour les entreprises. Pourriez-vous donc, s'il vous plaît, commencer par nous expliquer le concept d'intermédiaires, puis aborder le sujet traité dans cet article?

Shiri Breznitz : Oui. Donc, les intermédiaires, ce sont des organisations qui ne relèvent ni du gouvernement, ni de l'enseignement supérieur, ni du monde des affaires, et qui contribuent à établir ces liens, n'est-ce pas? Parfois, ils touchent l'un de ces objets ou plusieurs d'entre eux. Donc, si l'on prend l'exemple du Canada, on dispose de plusieurs bons intermédiaires, comme Communitech. Nous avons même MaRS. Si je peux me permettre de le dire maintenant, je dirais que c'est sans doute un espace idéal pour jouer un rôle d'intermédiaire, et qu'il s'agit justement de créer ces liens. Beaucoup de ceux que nous avons étudiés sont des accélérateurs, n'est-ce pas? Certains sont gérés par des universités, d'autres sont sans but lucratif et gérés par la région ou une chambre de commerce; il en existe de toutes sortes. Leur capacité à rassembler des intervenant·es est, là encore, un atout pour la région, mais surtout pour les différent·es intervenant·es qu'ils réunissent; cela dépend aussi de ce qu'ils choisissent concrètement de faire. Tous et toutes ne réussissent donc pas aussi bien dans ce qu'ils entreprennent, et ne verront pas les résultats que nous espérons obtenir en matière d'innovation, n'est-ce pas? Donc, si l'on prend l'exemple des accélérateurs, nous avons mené cette étude sur l'Université de Toronto, qui compte désormais 13 accélérateurs. Elle en avait 11 quand j'ai commencé.

Je venais d'une petite université aux États-Unis et je me suis dit : « Pourquoi en ont-ils 11? C'est vraiment trop. » Mais l'Université de Toronto est une immense université, et bon nombre de ces accélérateurs sont spécialisés dans des domaines différents. Mais quand nous les comparons les uns aux autres, nous constatons qu'ils présentent de grandes différences quant à leur capacité à répondre aux besoins des entreprises qui font appel à eux. Nous avons donc cherché à savoir si, à l'issue de leur passage dans l'accélérateur, les entreprises avaient réussi à se développer sur le plan du nombre d'employé·es et du nombre de produits proposés. Ce qui, espérons-le, montre qu'ils ont réussi; et nous avons constaté qu'il fallait pouvoir compter sur des dirigeant·es hautement spécialisés, de préférence des entrepreneurs en série. Puisque vous souhaitez mettre en place un programme, vous voulez que ces entreprises franchissent certains jalons. Et pour finir, je sais que nous ne sommes pas censés dire ça au Canada, mais il faudrait mettre en place un processus de sélection, au lieu d'accepter tout le monde. Et oui, vous choisissez des gagnant·es, et c'est tout à fait normal. Et avec un peu de chance, si vous disposez des bonnes personnes au sein de votre direction et de votre conseil d'administration, vous pourrez alors déterminer les entreprises qui ont le potentiel de réussir.

Paul Pilieci : Donc, si je comprends bien, vous voulez notamment dire qu'il faudrait aussi laisser le marché se charger en partie de la sélection à notre place, et que nous jouons peut-être un rôle trop actif au Canada lorsqu'il s'agit de déterminer qui bénéficie de ce soutien, et qui n'en bénéficie pas.

Shiri Breznitz : Oui. Il y a quelques années, je crois que c'est Taki qui m'a fait participer à un cours en ligne, et j'y ai fait un exposé sur la commercialisation des technologies issues des universités et sur leur financement. Et puis, l'un de vos collègues m'a posé la question suivante : « Mais mon mari a une jeune entreprise, et s'il ne reçoit pas d'aide financière du gouvernement, qui va la financer? » Et j'ai répondu : « Si sa jeune entreprise ne parvient pas à obtenir de financement, c'est qu'elle ne devrait probablement pas exister. Cette entreprise ne devrait pas exister. » Parce que toutes les inventions ne débouchent pas forcément sur une innovation, et toutes les idées ne se traduisent pas forcément par un produit. Il faut un marché. Il faut que quelqu'un adhère au projet. Ensuite, selon notre degré (non pas de spécialisation, mais de connaissances) pour accompagner ces entreprises et leur offrir les services dont elles ont réellement besoin, nous pouvons les guider, mais nous ne pouvons pas façonner ce qu'elles ne sont pas. Donc, je pense que j'ai répondu à votre question. (Inaudible) (Rires).

Paul Pilieci : Nous allons répondre à une question de l'auditoire. Nous avons Nick (inaudible).

Question : Bonjour, Mme Breznitz. Je suis Nick. En fait, cela rejoint exactement ce dont vous venez de parler, à savoir : dans quelle mesure la source de financement a-t-elle de l'importance, et d'où; provient-elle? Alors, je pense aux initiatives récentes : les gouvernements se sont montrés très désireux d'attirer des investissements, d'accueillir un sommet en septembre, et de tenter de créer une banque de défense. À cet égard, quels sont donc les risques et les avantages potentiels liés à l'afflux de sommes importantes dans ce secteur, et quelle est son incidence sur l'écosystème?

Shiri Breznitz : Vous voulez dire, venant du gouvernement?

Question : En ce qui concerne les sources, je pense notamment aux fonds de pension situés hors du Canada, c'est-à-dire à la fois des sources internes et externes, car j'imagine que les sources externes seront assorties de conditions différentes de celles des sources internes.

Shiri Breznitz : Oui. Donc, bonne question. Je ne suis pas une experte du secteur du capital-risque, alors soyez indulgents. Mais d'après les études dont nous disposons, la plupart des sociétés internationales de capital-risque n'investissent pas à l'échelle locale sans qu'une société de capital-risque locale ne s'engage à investir avec elles, ou du moins sans qu'un·e intervenant·e du pays ou de la région concernée n'investisse conjointement avec elles. Le fait que nos fonds de retraite n'investissent pas dans nos jeunes entreprises pose problème, car cela les prive d'un avantage concurrentiel, n'est-ce pas? Il y a quelques années, David Wolfe, Dan Breznitz et moi-même avons mené cette étude sur le secteur financier à Toronto, enfin, au Canada en fait, et nous nous sommes plus particulièrement intéressés aux entreprises de technologie financière, d'accord? Donc, je ne connais pas grand-chose sur la défense. L'un des problèmes, c'est qu'aucune banque ne voulait adopter le logiciel d'une entreprise canadienne. Nous avons mené toutes ces entrevues avec les cinq grandes banques, nous avons essayé de leur proposer notre produit, mais elles nous ont répondu : « Eh bien, nous travaillons déjà avec toutes ces entreprises américaines de technologie financière. Elles ont déjà testé leurs produits auprès des petites banques aux États-Unis, ces caisses populaires qui n'existent pas chez nous. Donc, c'est plus simple de choisir une entreprise qui a déjà testé quelque chose. » Et je me souviens que c'était peut-être au cours des premières années qui ont suivi mon arrivée au Canada, et j'ai dit : « Mais vous êtes une banque canadienne, n'est-ce pas? » Donc, il y a tout de même un rôle à jouer tant pour le financement gouvernemental que pour le financement spécifique destiné à investir dans les entreprises locales, mais là encore, cela nécessite-t-il la mise en place de certaines restrictions, ou qu'est-ce que cela signifie concrètement une fois que nous avons investi dans votre entreprise, n'est-ce pas?

Dans le Connecticut, ils ont donc créé un petit fonds, rien de comparable à ça, et ils ont dit : « Bon, si nous investissons dans votre projet, et que vous devez rester dans la région pendant X années; si vous partez, vous devrez rembourser la somme investie. » Cela ne veut donc pas dire qu'il y a un problème à ce sujet, surtout si, lors de la création de ces fonds, vous faites appel à des spécialistes pour les gérer et à d'autres spécialistes pour décider qui bénéficiera d'un financement. Je sais que la question se pose : le gouvernement peut-il choisir les gagnant·es? Eh bien, ce n'est pas vraiment le gouvernement. Eh bien, personne ne s'attend à ce que vous ou moi choisissions les gagnants. Nous prenons des entrepreneurs en série, nous prenons des personnes expérimentées, et nous leur demandons de prendre cette décision; nous faisons appel à des intervenant·es du secteur du capital-risque, mais c'est important parce que, bien souvent, quand nous parlons d'innovation, le rôle du gouvernement consiste à réduire le risque, n'est-ce pas? Et si nous voulons que les gens développent des innovations, nous constatons que les entreprises elles-mêmes investissent davantage dans la recherche lorsque l'État y investit également. Il leur arrivait parfois même de doubler le montant qu'elles avaient prévu d'investir si le gouvernement investissait avec elles dans leur propre entreprise, ce qui, encore une fois, est une pratique que nous adoptons rarement au Canada. Nous n'investissons pas directement dans des entreprises. C'est donc une bonne nouvelle.

Paul Pilieci : Nous avons une autre question de l'auditoire. J'aimerais quand même revenir un peu là-dessus, désolé (rires). L'une des idées que vous avez, je crois, évoquées dans certains de vos écrits est que ce sont les intervenant·es régionaux d'un écosystème qui le connaissent le mieux. Et pourtant, nous, en tant que fonctionnaires fédéraux, qui essayons, comme vous l'avez dit, d'injecter des fonds et d'autres ressources dans ces systèmes, ne comprenons pas forcément les nuances qui existent entre ces écosystèmes. Alors, d'après votre expérience professionnelle peut-être, qu'est-ce que le gouvernement fédéral ne comprend pas, ou interprète mal lorsqu'il met en œuvre ce genre d'initiatives?

Shiri Breznitz : Donc, quand nous avons parlé d'adopter le modèle de la Silicon Valley, c'est ça? Il est erroné de penser que l'on peut appliquer le même traitement à toutes les régions du Canada. Elles sont différentes. Elles ont besoin de choses différentes. Comme vous le savez, nous n'avons donc pas d'organismes régionaux. Même au Royaume-Uni, cela existait autrefois, mais ils ont fini par les supprimer. Si vous n'avez pas de personnel sur le terrain, vous ne savez pas ce qui se passe dans la région. Vous ne savez pas qui sont les intervenant·es clés. Vous ne savez pas d'où; viennent les connaissances. Vous ne savez pas qui occupe la position centrale qui permet de contrôler les renseignements ou le réseau de personnes. Et c'est donc vous qui allez mettre au point le traitement pour tout le monde. Et encore une fois, les régions les plus fortes, qui disposent de davantage de ressources, sauront en tirer parti, contrairement aux autres; je vais vous donner un exemple tiré de mon expérience à Memorial, à Terre-Neuve. L'Université s'efforçait vraiment de collaborer avec toutes les régions de Terre-Neuve, qui est très étendue, et ses responsables se sont dit : « Nous allons mettre en place ce programme et tout le monde, toutes les petites communautés, seront en contact avec nous, n'est-ce pas? Parce que nous créons ce programme. Nous voulons donner de l'argent. » Mais ils n'ont pas eu d'offre d'acquisition. Et quand ils ont commencé à poser des questions, ils se sont dit : « Les gens sont occupés, ils travaillent. La communauté n'a pas de personne chargée de venir ne serait-ce qu'aux réunions, n'est-ce pas? »

Il y a un an et demi, j'ai assisté à une réunion en Italie à laquelle participait un représentant du Fonds monétaire international (sans citer de nom), et il a expliqué comment ils avaient mis en place ce programme destiné aux associations locales, mais que personne n'avait déposé de candidature. L'organisation locale n'a jamais entendu parler de ce programme, n'est-ce pas? C'est tellement abstrait qu'elle ne se rend même pas compte qu'il existe. Je peux vous dire qu'en tant que chercheur ou chercheuse universitaire, nous sommes submergés, peut-être deux fois par semaine, de courriels nous présentant toutes les possibilités de collaboration pour lesquelles nous pouvons présenter une candidature. La plupart d'entre nous, on supprime, on supprime, on supprime. Vous commencerez à poser des questions quand vous aurez besoin de quelque chose, puis vous vous mettrez à chercher cette chose. Donc, vous voulez que l'État joue un rôle actif. Surtout quand nous parlons d'innovation, nous souhaitons qu'elle soit présente à la fois à l'échelle fédérale, mais aussi, autant que possible, à l'échelle locale, et par « locale », nous ne parlons pas ici de l'échelle provinciale ni même régionale, n'est-ce pas? Parce que quand on y pense, Waterloo, ce n'est même pas une ville, n'est-ce pas? C'est une région. La Silicon Valley n'est pas une ville. Donc, très souvent, l'un de nos problèmes, c'est que ces domaines ne sont pas clairement définis. Il s'agit de quelques autorités réunies. Il ne s'agit pas d'une seule municipalité ou d'une seule communauté qui peut poser sa candidature. Donc, si vous ne savez pas ce qui se passe dans la région, vous ne savez pas comment la soutenir.

Paul Pilieci : Une question de l'auditoire?

Josianne Paul : Oui.

Paul Pilieci : Monsieur Stewart.

Question : Bonjour, Shiri.

Shiri Breznitz : Bonjour.

Question : Cela a été génial. J'apprends beaucoup. Et d'une certaine manière, si je pose ma question un peu plus tard, vous avez déjà abordé certains de ses aspects; je vais donc essayer de la préciser autant que possible. Vous êtes ici dans le cadre d'une sorte d'échange interculturel. Vous êtes ici pour mieux nous comprendre, et d'une certaine manière, nous essayons, grâce à vous, de mieux comprendre votre univers et votre expertise. Vous êtes donc une experte en communication des résultats de recherche. En fait, vous êtes chercheuse dans le domaine de la transposition des résultats de la recherche. Je me demandais donc : si vous parlez un peu de la manière d'être soi-même lorsqu'on exerce le métier de chercheuse dans un domaine donné, quels sont les obstacles qui vous empêchent de transposer le fruit de vos recherches? Quand on évoque la valorisation de la recherche, on pense souvent à la commercialisation, mais en réalité, celle-ci n'en est qu'un aspect parmi d'autres. En tant que penseuse des politiques, vous menez des recherches, puis vous devez les transposer en incidence. Alors, en tant que vous-même, votre laboratoire, vos étudiant·es, etc., pourquoi n'en faites-vous pas davantage, ou qu'est-ce qui vous pousse à en faire moins, et ainsi de suite? Numéro un. Il s'agit donc d'une question qui vous concerne dans le cadre de cette relation d'échange. Et puis, en ce qui nous concerne, si vous réfléchissez à nos programmes, là encore, en vous mettant à votre place, en tant qu'experte chargée de diffuser les résultats de vos travaux, que pourrions-nous améliorer dans nos programmes, dans votre univers, dans le domaine de la transposition de la recherche en politiques?

Shiri Breznitz : Merci, Ian. D'accord, alors, dans mon univers, je pense que je suis plutôt du genre extrême. J'ai toujours souhaité partager mes renseignements non seulement avec les décideurs et décideuses politiques, mais aussi avec la communauté. Donc, lorsque j'interrogeais des entreprises, je veillais à ce qu'elles reçoivent les résultats et non l'article, car sa publication prend deux ans, mais un résumé de ces résultats. C'est très important. Pour moi, c'est une occasion incroyable. C'est ce que nous devrions tous faire. Nous aimerions pouvoir passer plus de temps avec vous, et je sais que vous êtes tous très occupés, mais dans la mesure du possible, nous souhaitons vous parler des travaux liés à votre domaine. Et je dois dire que, d'une manière générale, le Laboratoire des politiques d'innovation a, selon moi, été très actif dans sa collaboration avec les décideurs et décideuses politiques. David Wolfe et Dan Breznitz l'ont toujours fait tout au long de leur carrière et, nous tous qui sommes concernés, nous nous efforçons constamment d'en faire autant. Nous recevons donc des demandes de la part des décideurs et décideuses politiques ou d'entreprises, mais nous prenons également l'initiative. Notre série de conférences est lancée. Nous publions une infolettre. En fait, jusqu'à récemment, nous avions une infolettre envoyée à tout le monde, dans la mesure du possible, pour présenter notre travail, mais aussi celui d'autres personnes, et pour veiller à ce que ces canaux de communication demeurent ouverts. Donc, je pense que c'est important. Mais pour en venir à votre deuxième question, c'est une formidable occasion, mais elle s'adresse vraiment uniquement aux personnes qui travaillent dans le domaine des politiques.

Mais si l'on peut avoir cela dans presque tous les domaines d'activité du gouvernement canadien, la richesse des connaissances que l'on peut ainsi acquérir est incroyable, n'est-ce pas? Étant donné notre métier d'universitaire et selon l'université où; l'on se trouve, la définition peut varier, mais disons qu'à l'Université de Toronto, et je crois que c'est le cas principalement au Canada, nous sommes censés consacrer 40 % de notre temps à l'enseignement, 40 % à la recherche, et 20 % au service, principalement pour assurer le bon fonctionnement de l'université, n'est-ce pas? Mais pour nous, c'est aussi le service pour le Canada, n'est-ce pas? Et si on pouvait trouver des canaux où; il y a des expert·es… je ne parle pas de ces moments où; vous nous demandez de venir au Parlement pour intervenir cinq minutes sur un sujet et dire ce qu'on a à dire, parce que je ne pense pas que cela permet à qui que ce soit d'en apprendre quelque chose. Je l'ai fait aussi bien ici qu'aux États-Unis. Ce genre de discussions, c'est justement l'occasion de partager des connaissances qui comptent vraiment, n'est-ce pas? Et là, vous pouvez vous dire : « J'aimerais en savoir plus sur ce petit domaine. » Mais vous en avez déjà assez à faire. Aucun d'entre vous ne va lire mes articles, à l'exception de Paul qui a fait un travail formidable en les lisant, mais je pense que le meilleur moyen de tirer parti des connaissances dont nous disposons, c'est d'en apprendre davantage grâce à la discussion et de trouver des moyens de rapprocher les universitaires et les professionnel·les.

Josianne Paul : Nous avons donc parlé du financement et du transfert de connaissances. Mais à mon sens, quand on parle de commercialisation et qu'il s'agit de mettre des choses en place, la question sous-jacente est toujours celle de la propriété intellectuelle. Alors, où; en sommes-nous à cet égard au Canada, et comment nous situons-nous par rapport au reste du monde dans ce domaine?

Shiri Breznitz : Donc le gouvernement fédéral n'a pas de politique concernant la recherche financée par le gouvernement fédéral, d'accord? Nous sommes l'un des deux pays développés à ne pas disposer d'une politique en matière de recherche financée par le gouvernement fédéral. La plupart des pays ont emboîté le pas aux États-Unis, en adoptant la Bayh-Dole Act des années 1980, qui stipule que toute recherche financée par le gouvernement fédéral dont celui-ci ne souhaite pas disposer appartient aux universités ou aux instituts de recherche qui bénéficient de ce financement. La plupart des pays européens ont emboîté le pas au fil des ans, et dans ces pays, ces logements appartiennent à l'employeur; si vous êtes employé·e par l'université, c'est donc elle qui en est propriétaire, mais cela n'a pas d'importance. Quel que soit le ou la bénéficiaire du financement, l'organisme qui a reçu ces fonds est propriétaire de la technologie; cette initiative a vu le jour parce que l'idée était qu'il fallait essayer de faire sortir certaines de ces inventions du domaine de la recherche et de les mettre autant que possible dans le domaine public. Bon, c'est vrai, si vous allez sur le site Web de la plupart des universités et que vous tapez simplement « brevets », vous obtiendrez une longue liste. Elles tiennent des listes permanentes de brevets pour lesquels aucune licence n'a été accordée; ces derniers demeurent inutilisés alors même que les universités s'efforcent de leur trouver preneur. Donc, nous n'avons rien de tel, et Richard Gold a poursuivi les travaux de Nancy Gallini de l'Université de la Colombie-Britannique; en fait, Richard Gold, de McGill, a poursuivi les travaux de Nancy Gallini de la Colombie-Britannique, et il montre (je crois d'ailleurs que je l'ai présenté dans l'un de vos cours) que la majorité des inventions canadiennes appartiennent à des intérêts étrangers, d'accord? Bon, si vous comparez avec le reste du monde, c'est vrai que nous ne faisons pas très bonne figure. Mais pour en revenir à ce que je disais tout à l'heure, nous avons les États-Unis juste à côté de nous, un marché gigantesque.

Donc, c'est logique. Je ne pense pas que c'est nécessairement une mauvaise chose. Ce qui est regrettable, c'est que nous sommes en train de l'ignorer, que nous ne réfléchissons pas à la manière dont nous pourrions l'exploiter, ni au fait que nous disposons d'une invention qui a été financée par le gouvernement canadien pendant des années et qui n'est désormais plus accessible aux Canadien·nes; je trouve cela plus problématique que le fait qu'elle appartienne à une entité étrangère. Je pense qu'au Canada, en général, si l'on se réfère à l'histoire de l'insuline avec Banting et Best, l'idée, c'est de partager, n'est-ce pas? Nous souhaitons la partager avec le public. Le problème, c'est que le monde des affaires à l'échelle internationale ne fonctionne pas comme cela. Quelqu'un doit en être propriétaire. Comme beaucoup d'entre vous le savent, Shopify a démarré sans aucun brevet, zéro brevet, jusqu'à ce que l'entreprise connaisse un grand succès, après quoi elle a été poursuivie en justice par des chasseurs et chasseuses de brevets. Ce sont des entreprises dont la seule activité consiste à acheter des brevets, puis à saisir la moindre occasion de vous poursuivre en justice dès que vous rencontrez du succès. Et puis, il leur a fallu encore deux ans pour se défendre contre les chasseurs et chasseuses de brevets, et prouver que leurs brevets leur appartenaient bel et bien, ce qui leur a fait perdre beaucoup de temps et d'argent. C'est aussi, d'une certaine manière, une triste histoire pour RIM, n'est-ce pas? Et lorsque Nortel a été démantelée, tous les brevets avaient été rachetés par des entreprises étrangères. Le Canada n'a absolument rien fait pour protéger ces brevets, et le problème, encore une fois, ce n'est pas le fait que nous les ayons vendus, mais bien le fait que nous n'avons pas la liberté d'exploiter et d'utiliser ces connaissances pour lesquelles nous avons payé, ni même, dans de nombreux cas, de poursuivre nos recherches dans ce domaine, ce qui constitue un grave problème.

Josianne Paul : Et si l'on considère la situation à l'échelle mondiale, qui fait mieux que nous, et quelles leçons devrions-nous en tirer?

Shiri Breznitz : Malheureusement, je pense que tout le monde s'en sort mieux que nous sur ce point précis, sur ce point précis. Selon les pays européens, comme l'Allemagne par exemple, l'État participe au financement d'une partie des frais liés aux brevets. Bon, je ne sais pas combien d'entre vous le savent, mais un brevet coûte environ 30 000 $, car il ne suffit pas de simplement l'inscrire au registre. La plupart des bureaux des brevets exigent qu'on leur soumette une étude de marché, ce qui coûte très cher. Donc, si vous déposez des brevets, ce qu'on appelle les « tri-brevets » (c'est-à-dire aux États-Unis, en Europe et en Chine), cela vous reviendra à environ 30 000 $, et un seul brevet ne suffit pas. En général, il faut disposer d'un ensemble de brevets pour se protéger, encore une fois parce qu'il y a des chasseurs et chasseuses de brevets, n'est-ce pas? Donc, je veux dire, il y a de meilleures façons de faire les choses. Si l'on prend l'exemple de l'Office de la propriété intellectuelle du Canada (OPIC), c'est-à-dire le Bureau des brevets canadien, j'espère qu'il n'y a personne de l'OPIC dans cette salle, mais nous pourrons en discuter. L'Université de Toronto proposait autrefois un cours sur la propriété intellectuelle dans le cadre duquel les étudiant·es étaient invités à consulter le site Web de l'OPIC. Savez-vous quel exemple l'OPIC utilisait, je crois, jusqu'à il y a environ trois ou quatre ans, pour illustrer ce qu'est une invention? Un téléphone à cadran. Nos étudiant·es vont probablement penser qu'il s'agit d'une invention, car ils n'ont probablement jamais rien vu de tel auparavant, n'est-ce pas? Mais nous avons fait appel à Nathalie Raffoul pour nous aider à mettre en place le cours sur les brevets que nous avons créé à l'Université de Toronto. Elle s'est mise en colère. Ce n'est pas un exemple que l'Office canadien des brevets devrait utiliser, n'est-ce pas? Si l'on prend un exemple, vous connaissez tous la page d'accueil de Google, n'est-ce pas? Et même avant l'IA, et maintenant avec l'IA, vous vous retrouvez probablement devant quelque 30 000 brevets sur une seule page.

Mais même avant l'IA, on se retrouvait devant des centaines de brevets sur une seule page, car la recherche elle-même constitue un brevet. Cette conception est protégée par un brevet. C'est une marque de commerce de Google. Tout cela relève de la propriété intellectuelle. Quand je me suis installée au Canada en 2013, pendant des années, on disait (et je parle ici de tous les intermédiaires, et je peux affirmer que cela concernait presque tous les bureaux de transfert de la technologie au Canada) aux entreprises du secteur de l'informatique qu'elles n'avaient pas besoin de brevets, parce qu'elles ne faisaient que des logiciels, donc pas besoin de brevets, n'est-ce pas? Donc, c'est aussi une question d'éducation. Et je pense que, depuis la création d'ÉleverlaPI et des différents offices de propriété intellectuelle, je dirais, à ce sujet (je sais que nous sommes à Ottawa, donc je peux le dire) : le Québec s'en sort mieux, je dirais, que les autres provinces en matière d'enseignement sur la propriété intellectuelle, de réflexion sur la manière de la protéger, et de financement d'un organisme spécialisé doté de professionnel·les capables d'aider les universités et les entreprises à réfléchir à la propriété intellectuelle. L'Ontario en avait un, mais je ne sais pas s'il est toujours actif ou non; il s'agit là d'une compréhension élémentaire. Prenez n'importe quel·le étudiant·e aux États-Unis : il ou elle vous expliquera ce qu'est la propriété intellectuelle, et pas seulement les brevets. Ils le savent. Et ici, il y avait des organismes intermédiaires, dont beaucoup étaient financés par le gouvernement canadien, qui ne comprenait pas l'importance de protéger l'invention elle-même, de protéger le nom. Vous avez choisi un nom pour votre entreprise : il s'agit d'une marque de commerce. Le fait de ne pas maîtriser ces notions de base et de donner des conseils à des entreprises alors que l'on ne comprend pas ce qu'est la propriété intellectuelle pose problème. Je pense donc que nous nous en sortons mieux en matière d'éducation. Nous ne sommes pas encore très efficaces lorsqu'il s'agit de protéger la propriété intellectuelle en tant que telle. En ce qui concerne le processus d'enregistrement de la propriété intellectuelle au moyen des différents systèmes, nous n'en sommes pas encore là.

Paul Pilieci : Donc, nous arrivons à la fin de notre temps ensemble. Avant que je cède la parole à Taki pour qu'il vous remercie, j'aimerais beaucoup connaître votre avis : que souhaiteriez-vous transmettre à cet auditoire en guise de conclusion pour aujourd'hui?

Shiri Breznitz : Je pense que je reviendrais sur la question posée par Ian, et je vous invite tous à réfléchir, dans votre domaine, à savoir si cela vous a été utile d'une manière ou d'une autre, puis à vous demander : « D'accord, qui d'autre? Sur quels autres sujets aimerais-je en savoir plus, et quelles sont les personnes au Canada qui travaillent là-dessus? » Et la plupart des universitaires sont super content·es de parler, comme vous pouvez le constater (rires), de parler de leur domaine d'expertise, et sur les possibilités de mettre en place ces collaborations et de poursuivre cette discussion?

Paul Pilieci : Merci. Je vais donc laisser la parole à Taki pour qu'il vous remercie au nom de l'École.

Taki Sarantakis : Donc, au Canada, nous avons de nombreuses valeurs. Nous tenons aux programmes sociaux. Nous tenons à la cohésion sociale. Nous tenons à la sécurité des frontières. Nous tenons aux hôpitaux. Nous tenons à l'éducation. Toutes ces choses, toutes ces choses dépendent de notre capacité à les financer, et toutes ces choses se détérioreront, voire disparaîtront, si nous ne sommes plus en mesure de générer de la richesse à l'avenir. C'est l'une de mes dernières apparitions publiques en tant que sous-ministre. Je tiens à le dire très clairement : nous avons fait preuve de négligence criminelle dans ce domaine au cours des 30 dernières années, de négligence criminelle, et ce sont nos enfants qui en feront les frais; et à mesure que la situation continuera de se dégrader, ce sera également à nous d'en subir les conséquences lorsque nous serons âgés. Je pense que si vous ne retenez qu'une seule chose de tout cela (et vous devriez en retenir beaucoup), c'est que les politiques constituent un choix et qu'elles mènent, à terme, soit à de bons résultats, soit à de moins bons résultats, et je tiens à inciter tous ceux qui regardent cette vidéo à prendre le temps de réfléchir sérieusement à tout cela, car dans un contexte où; le monde est encore croissance, nous ne croissons qu'à un rythme bien inférieur à celui des autres. Et dans certains cas, nous reculons dans l'absolu, et plus seulement de manière relative. Nous sommes la grenouille que l'on fait bouillir à petit feu sans qu'elle s'en rende compte Donc, Mme Shiri Breznitz, la bonne Breznitz. J'aime votre mari, en passant, c'est pour cela que je peux dire cela. La bonne Breznitz, merci beaucoup d'avoir pris le temps, malgré votre emploi du temps universitaire chargé cette année, d'occuper le poste de chercheuse invitée Jocelyne Bourgon, et merci infiniment de nous avoir consacré cette dernière heure pour nous parler, d'une manière extrêmement claire, d'un sujet qui revêt une importance considérable pour nous tous et toutes. Veuillez-vous joindre à moi pour remercier Mme Breznitz.

(Applaudissements)

[00:59:56 Le logo de l'EFPC, puis l'URL canada.ca/ecole apparaissent à l'écran.]

[01:00:01 Le logo du gouvernement du Canada s'affiche à l'écran.]

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