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Redéfinir les réseaux scientifiques grâce à la collaboration (FON1-V59)

Description

Cet enregistrement d'événement permet d'examiner comment les politiques, les programmes de financement et les réseaux de recherche favorisent la collaboration interdisciplinaire afin de faire progresser l'innovation scientifique et d'aborder les défis sociétaux complexes.

Durée : 00:54:13
Publié : 19 août 2026
Type : Vidéo


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Redéfinir les réseaux scientifiques grâce à la collaboration

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Transcription : Redéfinir les réseaux scientifiques grâce à la collaboration

[00:00:01 Texte à l'écran : « Bienvenue. »]

[00:00:06 L'écran s'estompe pour laisser place à Cheryl Engler Wadasinghe.]

Cheryl Engler Wadasinghe (Membre du corps professoral de l'École de la fonction publique du Canada) : Bon après-midi et bienvenue à notre séance. Je m'appelle Cheryl Wadasinghe et je suis membre du corps professoral de l'École de la fonction publique du Canada. Je serai l'animatrice de la séance d'aujourd'hui, intitulée « Redéfinir les réseaux scientifiques grâce à la collaboration ».

Avant d'aller plus loin, j'aimerais souligner que je m'adresse à vous depuis le territoire traditionnel non cédé du peuple algonquin anichinabé. Je tiens à exprimer ma gratitude aux générations d'Algonquins, passées et présentes, qui sont les premiers gardiens de l'espace que j'occupe actuellement. J'ai récemment eu la chance de découvrir les enseignements des sept grands-pères, qui revêtent une grande importance pour le peuple anichinabé. L'un des sept grands-pères est la sagesse. Les autres sont l'amour, le respect, le courage, l'honnêteté, l'humilité et la vérité. Selon l'enseignement de la sagesse, chérir la connaissance, c'est connaître la sagesse. Cet enseignement fait écho à la séance d'aujourd'hui, qui souligne l'importance de rassembler différents types de connaissance afin de les mettre au service du bien-être de tous. Je sais que les participants à cette séance viennent de différentes régions du pays, et travaillent donc peut-être sur un autre territoire autochtone.

Nous commencerons aujourd'hui par une présentation de notre intervenante, suivie d'une séance de questions et réponses. Je tiens à vous informer que vous pouvez poser vos questions dès maintenant et tout au long de la séance en cliquant sur l'icône de la fonction de clavardage située dans le coin supérieur droit de votre écran. Vous pouvez poser votre question dans la langue officielle de votre choix, et nous répondrons à autant de questions que nous pourrons. Pour relever les défis scientifiques et sociétaux complexes d'aujourd'hui, les chercheurs doivent collaborer au-delà des frontières disciplinaires, institutionnelles et géographiques. Il est essentiel de comprendre comment ces collaborations se forment et se développent pour créer un espace propice à l'innovation et favoriser l'efficacité de la recherche et des résultats stratégiques. La séance d'aujourd'hui portera sur la manière dont les initiatives de financement gouvernementales redéfinissent la collaboration entre chercheurs.

[00:02:09 Shiri Breznitz apparaît dans une fenêtre de clavardage vidéo.]

En s'appuyant sur ses travaux de recherche, notre intervenante, la Dre Shiri Breznitz, expliquera comment des scientifiques issus de domaines tels que la biologie, l'ingénierie, l'informatique et l'éthique unissent leurs forces pour faire progresser la découverte scientifique et l'innovation. J'ai le plaisir de vous présenter la Dre Shiri Breznitz. Elle est professeure Roz et Ralph Halbert de l'innovation à l'École Munk des affaires internationales et des politiques publiques en plus d'être rattachée au secteur de la stratégie de l'École de gestion Rotman de l'Université de Toronto. Elle est également directrice de recherche à l'École Munk. La Dre Breznitz est la chercheuse invitée Jocelyne Bourgon de 2026 à l'École de la fonction publique du Canada; elle est une experte de renommée mondiale en géographie économique spécialisée dans les politiques d'innovation, la commercialisation des technologies et le développement économique régional. Ses travaux de recherche portent sur l'évolution des systèmes d'innovation et sur la manière dont les politiques publiques relatives aux universités, à la propriété intellectuelle et aux réseaux de recherche peuvent favoriser une croissance économique inclusive et résiliente. Sur ce, je vous invite à vous joindre à moi pour accueillir la Dre Shiri Breznitz.

Dre Breznitz, la parole est à vous.

Shiri Breznitz (chercheuse invitée, École de la fonction publique du Canada) : Merci, Cheryl. Je suis très heureuse d'être ici parmi vous, même si ce n'est que virtuellement, et je suis ravie de vous présenter aujourd'hui cet article qui, comme l'a mentionné Cheryl, examine plus précisément l'impact des politiques sur les réseaux sociaux entre chercheurs.

[00:03:33 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« Munk School of Global Affairs & Public Policy Innovation Policy Lab – University of Toronto » (Laboratoire de politiques de l'École Munk des affaires internationales et des politiques publiques – Université de Toronto)

« Reshaping Scientific Networks Through Collaboration » (Redéfinir les réseaux scientifiques grâce à la collaboration)

« Shiri M. Breznitz, Roz & Ralph Halbert professor of innovation, University of Toronto » (Shiri M. Breznitz, professeure Roz et Ralph Halbert de l'innovation, Université de Toronto)

« ***In collaboration with Paige Clayton & Mircea Gherghina » (En collaboration avec Paige Clayton et Mircea Gherghina).]

Nous examinerons différents types de collaborations, mais je pense que ce qui vous intéresse avant tout, c'est l'impact des politiques, et donc… ça n'avance pas. Attendez un peu. Bon, voilà.

[00:03:52 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« En bref :

Nous avons étudié la transformation des réseaux de collaboration entre chercheurs principaux/chercheuses principales au cours d'une initiative de financement précise.

Notre étude portrait sur un groupe de chercheuses et chercheurs qui ont participé à un programme de financement pour la recherche interdisciplinaire en médecine régénérative, un nouveau domaine scientifique.

Nos résultats indiquent que les initiatives de financement ciblées transforment les réseaux de collaboration d'un point de vue individuel, organisationnel et géographique, ce qui favorise les échanges interdisciplinaires et stimule la recherche dans les domaines émergents. »]

D'accord. Aujourd'hui, nous nous intéressons plus particulièrement aux collaborations entre chercheurs principaux et à la manière dont elles ont évolué au cours d'une période de financement précise; nous nous penchons également sur des chercheurs qui travaillent dans un domaine relativement nouveau – ou qui, au moment où; ils ont commencé, était relativement nouveau – à savoir la médecine régénérative, et je peux déjà vous dire, avant même de commencer la présentation, que ces travaux montrent que les initiatives de financement transforment les collaborations de ces chercheurs, tant au niveau de leurs caractéristiques individuelles qu'au niveau organisationnel et géographique, ce qui me semble vraiment intéressant lorsque l'on cherche à déterminer comment les politiques peuvent soutenir la recherche.

[00:04:52 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« Collaboration en recherche :

Types de collaboration – Co-publication (Li et al., 2013), Statut de co-inventeure (Balconi, Breschi et Lissoni, 2004), Partenariats avec l'industrie (Melese et al., 2009), Subventions de recherche (Smith, Sarabi et Christopoulos, 2023)

Plus les liens sont nombreux, divers et actifs, plus la productivité et les retombées de la recherche sont grandes (Gonzalez-Brambila, Veloso et Krackhardt).

Ces liens dépendent d'initiatives personnelles et du contexte structural global, comme l'émergence d'un nouveau domaine scientifique (Citron et Way, 2018). »]

Avant d'aborder plus en détail les résultats de cette étude, j'aimerais vous parler un peu de la collaboration dans le domaine de la recherche. Il existe différentes formes de collaboration. La plus connue est, bien sûr, la collaboration dans le cadre de publications. Nous avons tendance à rédiger des articles en collaboration avec d'autres personnes, avec nos étudiants ou avec nos collègues. Nous présentons également des demandes de subventions ensemble. Nous délivrons des brevets ensemble. Il arrive donc parfois que plusieurs inventeurs soient mentionnés dans les brevets. Et bien sûr, nous menons des projets en collaboration avec l'industrie. Nous savons grâce à la recherche que le nombre de personnes avec lesquelles on collabore, ainsi que la fréquence de ces collaborations — on peut par exemple avoir une seule collaboration avec la personne X, mais rédiger cinq articles avec la personne Y — plus on a de ces collaborations, plus elles sont intenses, plus notre productivité en matière de recherche sera élevée et plus son impact sera important. Nous savons également, d'après divers aspects de ces études sur la collaboration dans le domaine de la recherche, que la formation de ces liens ne dépend pas uniquement de la personne elle-même. Il faut aussi penser aux conditions générales. Alors, comment l'organisation dans laquelle je travaille aborde-t-elle la question de la collaboration? L'environnement dans son ensemble est vraiment important, mais il revêt également un caractère très unique lorsque l'on commence à réfléchir à un nouveau domaine de recherche. Pourquoi est-ce que je dis ça?

[00:06:37 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« L'émergence d'un nouveau domaine :

À une époque où; la recherche est mise à rude épreuve, les chercheurs et chercheuses doivent mettre en commun leur expertise et leurs ressources pour réaliser des percées scientifiques (Camuffo et al., 2020; Schumpeter, 1939).

Pour y arriver, il est souvent nécessaire d'établir des collaborations avec de nouvelles organisations et en dehors de la zone géographique du réseau établi, une démarche qui implique des coûts directs (p. ex. assister à des conférences et à des activités de réseautage) ainsi qu'un coût de renonciation (p. ex. renoncer à un projet de recherche au sein du réseau établi).

Parce qu'il fournit des ressources et permet une certaine flexibilité, le financement public peut soutenir les dépenses nécessaires pour bâtir de nouvelles relations (Hicks et. al., 2019). Toutefois, ce travail ne porte pas toujours fruit. »]

Parce que c'est une question de connaissance. C'est précisément lorsque l'on s'intéresse aux nouvelles avancées et aux nouvelles connaissances qu'il faut pouvoir compter sur un éventail d'expertises très variées et de très haut niveau. En y réfléchissant bien, si nous travaillons tout le temps avec les mêmes personnes, nous puisons constamment dans le même bassin de connaissances. Lors de l'émergence d'un nouveau domaine, il est très important d'apporter de nouvelles informations, et pour établir des collaborations de ce type, il faut aller au-delà des organisations et des zones géographiques traditionnelles comme, par exemple, celles auxquelles je suis habituée. Donc, si je travaille sans cesse avec les mêmes coauteurs ou les mêmes universités, je ne vais probablement pas proposer quelque chose de très révolutionnaire dans mes travaux. Les études montrent également que le financement du gouvernement peut compenser certains des risques et coûts liés au lancement de nouveaux projets et à la mise en place de nouvelles connexions, et c'est en partie qui nous intéresse dans ce projet.

[00:07:45 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« Tendances geographiques en collaboration :

Les collaborations scientifiques suivent certaines tendances géographiques déterminées par la concentration des ressources dans le domaine en émergence (Isfandyari-Moghaddam et. al., 2023).

Agrawal et collaborateurs (2015) ont montré que la distance physique moyenne entre les collaboratrices et collaborateurs a augmenté au fil du temps, ce qui indique un élargissement des réseaux de recherche.

Selon Lungeanu et Contractor (2015), on observe également une forte homophilie nationale dans les nouveaux domaines interdisciplinaires. »]

Alors, qu'est-ce qu'on sait sur la géographie et les réseaux sociaux? Si l'on examine les collaborations scientifiques, on constate qu'elles suivent certaines tendances géographiques. Par exemple, j'ai fait mon doctorat à Cambridge, ce qui signifie que j'ai des relations là-bas. J'ai travaillé aux États-Unis, j'ai des contacts là-bas. Il est donc possible de suivre ma carrière pour voir avec qui je collabore. On sait aussi que les gens n'arrêtaient pas de dire : « Une fois qu'on aura Internet, la géographie n'aura plus d'importance. » On constate donc que les présentations ou les réunions sur Zoom réduisent la nécessité d'être dans le même bureau ou dans le même laboratoire. Mais on constate tout de même que la géographie est importante. Et elle a beaucoup d'importance quand on parle d'une même culture. Il est donc important de travailler avec des personnes qui partagent la même culture – et je ne parle pas seulement du fait d'être originaire du même pays, mais aussi de la culture universitaire, c'est-à-dire du type de recherches effectuées.

[00:09:06 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« Foyer organisationnel et collaboration :

Les jeunes entreprises qui participent à un incubateur d'entreprises ont un plus grand réseau lorsqu'elles sont sous le même toit que lorsqu'elles sont seulement membres (Breznitz et. al., 2018).

Les espaces de cotravail permettent aux entrepreneures de créer des liens et d'obtenir du soutien social (Howell, 2022). »]

C'est la même chose quand on pense à l'organisation au sein de laquelle les gens travaillent. Il est donc important de partager des locaux au sein d'une même organisation avec d'autres personnes. Ainsi, dans cette étude que nous avons menée à Georgia Tech et qui portait sur un accélérateur de cette université, nous avons constaté que les entreprises en démarrage qui s'installaient dans les mêmes incubateurs d'entreprises élargissaient en réalité leur réseau par rapport à celles qui étaient censées faire partie du même réseau, mais qui ne s'étaient pas installées dans le même accélérateur. Il en va de même pour les espaces de travail partagé. Si l'on réfléchit à ce que je viens de dire, même avec Zoom, même avec tous les outils numériques dont nous disposons, la proximité physique reste importante.

[00:09:53 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« Chercheurs principaux/chercheuses principales – Tendance en recherche selon le genre :

Les chercheuses, surtout celles dans un poste qui ne mène pas à la permanence, collaborent plus souvent avec d'autres femmes que les chercheurs dans un poste similaire (Bozeman et Corley, 2004).

Les femmes participent à plus de recherches interdisciplinaires que les hommes (Van Rijnsoever et Hessels, 2011).

Les chercheuses participent à moins de collaborations internationales que les hommes (Uhly et. al., 2015).

Les femmes prennent part à plus de collaborations interdisciplinaires en dehors de leur discipline principale que les hommes (Hall et. al., 2018).

Les chercheuses collaborent de manière plus étroite et répétée que les chercheurs (Ductor et. al., 2023). »]

Et qu'en est-il des caractéristiques individuelles précises? Je passerai en revue ici quelques points que nous avons abordés dans le cadre de la recherche. Commençons par la question du genre. On sait qu'il existe des différences entre les femmes et les hommes en matière d'entrepreneuriat, mais pas beaucoup dans les réseaux sociaux en matière de recherche. Les femmes, surtout celles ne faisant pas partie du personnel permanent, ont tendance à collaborer davantage avec d'autres femmes qu'avec des hommes. Elles ont également tendance à mener davantage de recherches interdisciplinaires. Elles collaborent moins avec des partenaires internationaux. Cependant, comme elles collaborent plus souvent en dehors de leur discipline principale, on a beaucoup plus de chances de trouver des femmes au sein de ces réseaux multidisciplinaires. Et bien sûr, leurs liens ont tendance à rester beaucoup plus étroits et récurrents, ce qui les amène souvent à travailler avec les mêmes personnes au fil du temps.

[00:11:05 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« Chercheurs principaux/chercheuses principales – Statut professionnel :

Les scientifiques vedettes suscitent beaucoup plus de collaborations que les autres (Agrawal et. al., 2013; Azoulay et. al., 2010).

Les professeurs adjointes participent à plus de projets de collaboration que les autres collègues de leur université; les professeures titulaires, pour leur part, participent généralement à plus de collaborations internationales (Abramo, D'Angelo et Murgia, 2014).

Les professeures titulaires forment des liens étroits que leurs autres collègues, notamment avec des partenaires de l'industrie en raison de leur rôle et de la stabilité de leur poste (Abramo, D'Angelo et Murgia, 2014, Van Rijnsoever, Hessels et Vandeberg, 2008). »]

Nous avons examiné plusieurs aspects liés au statut professionnel tout en nous appuyant sur la littérature. Par exemple, il existe de nombreuses études qui s'intéressent à ce qu'on appelle les scientifiques vedettes. Au Canada, ils font partie des chaires de recherche du Canada ou de la Société royale du Canada. Ils attirent généralement, de manière disproportionnée, le plus grand nombre de collaborateurs. C'est compréhensible. Ils sont célèbres. Les gens veulent les contacter. Ils ne sont pas obligés de contacter d'autres personnes lorsqu'ils souhaitent collaborer. Nous constatons également que les professeurs adjoints collaborent davantage au sein de leur propre université, bien sûr, tandis que les professeurs titulaires ont davantage d'occasions de mener des collaborations internationales. Enfin, et surtout, les professeurs titulaires ont bien sûr tendance à collaborer davantage avec l'industrie. Pour vous plonger un peu dans mon petit monde universitaire, la plupart des professeurs adjoints n'ont pas de poste permanent. Ainsi, ils ont tendance à privilégier les valeurs sûres non seulement dans le cadre de leurs collaborations, mais aussi dans le type de recherches qu'ils mènent. Ils doivent publier des articles pour obtenir un poste permanent; c'est pourquoi ils collaborent avec des personnes et sur des sujets auxquels ils sont habitués. On observe ce phénomène dans différents domaines chez les professeurs adjoints.

[00:12:30 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« Chercheurs principaux/chercheuses principales – Expérience clinique ou industrielle :

L'expérience industrielle peut nuire à la production de publications (Lin et Bozeman, 2006).

Cependant, elle peut stimuler la collaboration interdisciplinaire (Van Rijnsoever et Hessels, 2011).

Bhullar et collaborateurs (2017) indiquent qu'une collaboration antérieure avec l'industrie peut générer un cercle vertueux : elle donne aux scientifiques une meilleure compréhension des défis sur le terrain, facilite l'accès à de nouveaux projets de recherche et à de nouvelles sources de financement et renforce la pérennité des réseaux de collaboration. »]

Le domaine de recherche que nous venons d'examiner est la médecine régénérative. Il y a donc beaucoup de travail avec les cliniciens et l'industrie. Nous essayons de voir ce qu'en dit la littérature et nous constatons que l'expérience dans l'industrie a en réalité un effet négatif sur les publications. Si on y réfléchit bien, dans l'industrie, il est plus important de déposer des brevets. Nous avons tendance à publier plus tôt. Du coup, bien souvent, les gens font beaucoup plus attention à ce qu'ils publient avant de le faire. Cependant, le fait d'être clinicien ou d'avoir de l'expérience dans l'industrie favorise également la collaboration interdisciplinaire, car ces personnes disposent de liens uniques en dehors du milieu universitaire. Et bien sûr, on sait qu'une expérience préalable dans l'industrie peut générer un cycle positif. Si on travaille avec l'industrie, ce travail ne cesse jamais. Par exemple, pensons au professeur Drucker, qui est à l'origine du brevet qui a donné naissance à l'Ozempic. Sa collaboration initiale avec l'Université de Toronto n'a pas généré de revenus importants pour celle-ci. Cependant, l'université a entretenu cette relation et a communiqué à nouveau avec lui une fois que le médicament a démontré son importance dans le domaine de l'alimentation, et il est revenu à l'université pour poursuivre ses relations et contribuer à la recherche. Ces relations sont donc très importantes. Que voyons-nous donc?

[00:14:03 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« Fonds d'excellence en recherche Apogée Canada :

Le Fonds d'excellence en recherche Apogée Canada (FERAC) a pour objectif de canaliser les forces des établissements d'enseignement postsecondaire du Canada afin qu'ils s'imposent sur la scène internationale dans des domaines de recherche aux retombées sociales et économiques durables pour le pays.

Par l'intermédiaire d'un processus de revue par les pairs hautement compétitif, le FERAC investit environ 200 M$par année dans les établissements canadiens récompenses afin de les propulser comme chefs de file mondiaux.

Compétitions – 2015, 2016, 2022. »]

Je vais donc vous parler du Fonds d'excellence en recherche Apogée Canada, ou FERAC. Le FERAC est une initiative conjointe de trois organismes, à savoir le CRSH, le CRSNG et les IRSC. Ils ne collaborent pas beaucoup. Il s'agit donc d'une expérience très unique : un fonds a été créé, et environ 200 millions ont été investis par an pour favoriser la réussite mondiale dans le domaine de la recherche, et le premier concours a eu lieu en 2015. C'est dans le cadre de ce concours que l'Université de Toronto a obtenu sa subvention. Ce concours a eu lieu à nouveau en 2016 et en 2022.

[00:14:52 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« Contexte de recherche : Medicine by Design

Établi en 2015 grâce à un investissement de 114 M$du FERAC

Environ 75 M$remis à plus de 170 projets

Carrefour central pour l'innovation en médecine régénérative dans le réseau Toronto Academic Health Science Network (TAHSN)

Sa mission : « Tirer profit de l'expertise extraordinaire de Toronto au sein de disciplines et d'établissements connexes dans le but d'inventer, de développer, d'évaluer et de mettre en œuvre des traitements qui transforment les soins de santé au Canada et dans le monde. »]

C'est l'organisation Medicine by Design qui a reçu des fonds dans le cadre du premier cycle du FERAC. Elle a été créée en 2015 grâce à une subvention de 114 millions de dollars du FERAC. Pour information, lors du dernier cycle, la subvention la plus importante accordée par le FERAC s'élevait à 200 millions de dollars. Nous avons donc augmenté cette somme au fil des ans. Il est important de souligner que le FERAC n'impose pas aux lauréats la manière d'utiliser ces fonds. C'est donc un autre aspect que j'essaie d'étudier dans le cadre d'un autre projet, mais qui présente un intérêt en soi. Ainsi, le FERAC donne en quelque sorte aux organisations une certaine marge de manœuvre pour mener à bien leurs recherches. Medicine by Design a choisi d'investir la majeure partie de ses fonds dans la recherche. On voit ici que 75 millions ont été investis expressément dans des projets de recherche. Mais ces fonds ont également permis de nommer 14 personnes au sein du corps professoral. Ainsi, la majeure partie de leurs fonds n'a pas été versée à l'organisation elle-même, mais a en réalité servi à financer la recherche. Medicine by Design repose sur la collaboration entre les universités de Toronto et les hôpitaux. Il s'agit du Toronto Academic Health Science Network (TAHSN); la mission du TAHSN et de Medicine by Design consiste à tirer parti de l'extraordinaire expertise de Toronto dans des disciplines convergentes afin de développer et de mettre en œuvre des thérapies qui transformeront les soins de santé au Canada et dans le monde entier. Ils se sont fortement investis dans cette démarche, qui visait non seulement à financer la recherche, mais aussi à assurer la commercialisation de ses résultats.

[00:16:35 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« Méthodologie :

Analyse de l'activité de 168 chercheuses principales/chercheurs principaux financés par Medicine by Design de 2015 à 2022 – N=1 344 personnes au total pour cette période, Suivi des résultats jusqu'à la fin de 2023.

1re partie de l'analyse : analyse descriptive – Analyse descriptive des chercheurs et chercheuses, et des tendances sur leurs réseaux sociales

2e partie de l'analyse : analyse économétrique des réseaux de collaboration – Modèles pour les données chiffrées et l'hétérogénéité non observée.

Données sur les publications scientifiques de 2005 à partir de la base de données Web of Science Core Collection

Autres sources de données sur le statut, l'affiliation, le financement des trois organismes subventionnaires, les brevets des chercheurs principaux et chercheuses principales : Observatoire des Sciences et des Technologies (OST), Medicine by Design, recherches sur le Web, réseaux sociaux professionnels »]

Alors, qu'avons-nous fait dans le cadre de ce projet? Au cours de son existence, Medicine by Design a financé 168 chercheurs. Nous avons donc examiné les travaux de ces chercheurs entre 2015 et 2022. Nous avons examiné toutes leurs publications. À un moment donné, nous avons également examiné leurs demandes de subventions et leurs brevets. Nous commençons par effectuer une analyse générale des réseaux sociaux. Vous découvrirez bientôt ces réseaux vraiment géniaux. Nous avons ensuite utilisé les données issues de l'analyse des réseaux sociaux et les avons intégrées dans une analyse économétrique afin de mieux cerner les différentes variables et de déterminer dans quelle mesure celles-ci relèvent des caractéristiques individuelles par rapport à celles d'ordre géographique et organisationnel. Ces données proviennent de données de publication; il s'agit donc de Web of Science. Nous nous intéressons plus particulièrement aux nouvelles publications. Nous regardons donc la recherche menée par Medicine by Design comme une forme de traitement dans le temps, si vous voulez. Ce que nous observons, c'est ce qui s'est passé en 2015, c'est-à-dire avant qu'elle ne commence à recevoir des fonds, puis en 2022, après plusieurs années de financement. Nous constatons également un décalage, car la parution des publications prend du temps. Nous faisons également la distinction entre les publications consacrées à la médecine régénérative et les publications générales. Comme je l'ai dit, nous examinons la géographie, nous examinons l'organisation, puis nous examinons les différentes caractéristiques personnelles.

[00:18:11 Une diapositive s'affiche avec le titre « Variables » et le texte suivant :

« Dépendantes : Nombre de liens cumulés au cours de l'année pour chaque chercheuse principales/chercheur principal financé par Medicine by Design, calculé de quatre façons :

  1. a) Publications (totales et nouvelles)
  2. b) Publications (totales et nouvelles) en médecine régénérative
  3. c) Homophilie géographique
  4. d) Orientations organisationnelles

Indépendantes :

  1. a) Femme
  2. b) Titulaire d'une chaire de recherche du Canada
  3. c) Membre de la Société royale du Canada
  4. d) Affiliation clinique
  5. e) Expérience au sein de l'industrie
  6. f) Expérience en dehors de l'Université de Toronto
  7. g) Poste : professeure ajointe ou titulaire »

« Contrôle : Montant du financement de Medicine by Design et des trois organismes subventionnaires, valeurs retardées des variables dépendantes, effets fixes par année »]

SRC désigne la Société royale du Canada et CRC, la chaire de recherche du Canada. Nous examinons donc les critères liés au genre, au statut de scientifique vedette et aux affiliations à l'industrie clinique, ainsi que, bien sûr, leur rang : professeur assistant, associé ou titulaire. Nous passerons donc maintenant aux résultats descriptifs.

[00:18:43 Une diapositive s'affiche avec le texte : « Figure 1. Réseau de collaboration des chercheuses principales/chercheurs principaux financées par Medicine by Design selon de genre (2015 à 2022) ». Un graphique représentant le réseau de collaboration des chercheurs principaux en 2015 est présenté à côté d'un graphique représentant le réseau de collaboration des chercheurs principaux en 2022, ventilé par sexe.]

Le premier graphique affiché ici montre les différences entre les femmes et les hommes au sein du réseau. Les femmes sont représentées par la couleur orange – j'espère que c'est bien la même couleur que celle que vous voyez – et les hommes sont représentés par la couleur bleuâtre. Comme vous pouvez le constater, quelques femmes faisaient partie de ce réseau en 2015, mais elles occupaient plutôt une place en marge de celui-ci. Le nœud que vous voyez représente le nombre de leurs collaborations. On peut voir qu'elles ont été plus nombreuses au fil du temps. Le réseau lui-même est bien plus dense. Pour être claire, on ne s'intéresse qu'aux 168 chercheurs, car dès qu'on ajoute toutes leurs collaborations, on ne voit plus les collaborateurs, on ne voit plus rien. Voilà donc un aperçu des chercheurs principaux concernés. On peut voir qu'en 2022, les femmes occupent des postes clés au sein de ce réseau et des positions de force. Elles ont donc des collaborations étroites et régulières avec leurs collaborateurs.

[00:19:44 Une diapositive s'affiche avec le texte : « Figure 2. Réseau de collaboration des chercheuses principales/chercheurs principaux financées par Medicine by Design selon de poste (2015 à 2022) ». Un graphique représentant le réseau de collaboration des chercheurs principaux en 2015 est présenté à côté d'un graphique représentant le réseau de collaboration des chercheurs principaux en 2022, ventilé par rang.]

Nous nous intéressons maintenant au rang des professeurs. Les professeurs adjoints sont représentés par la couleur orange, qu'on ne voit même pas sur le graphique de 2015. Mais si l'on regarde le graphique de 2022, on constate qu'ils font partie du réseau; certains d'entre eux y occupent des rôles essentiels, et on voit également que les adjoints qui étaient jusqu'alors plutôt en périphérie jouent désormais un rôle central au sein de ce réseau. Ainsi, si l'on suit la logique du financement de la recherche, ce financement a permis tant aux professeurs assistants qu'aux professeurs associés de jouer un rôle central. Ils ont demandé des subventions, ont obtenu ces subventions, puis ont mené à bien leurs projets et publié leurs travaux.

[00:20:34 Une diapositive s'affiche avec une carte sur laquelle figurent des nœuds verts et rouges à différents endroits, sous le titre : « Le répartition géographique de ces réseaux de collaboration a-t-elle changé au fil du temps? »

« Légende:

Taille du point : total de liens de 2015 à 2022

Vert : plus de liens en 2022 qu'en 2015

Rouge : moins de liens en 2022 qu'en 2015

*exclusion de l'Ontario ».]

En ce qui concerne la géographie – je suis géographe – elle ne m'a pas déçue cette fois-ci. Je vais prendre un peu de temps pour vous l'expliquer. Voici la carte qui montre l'évolution au fil du temps. Il s'agit d'une carte couvrant la période de 2015 à 2022. Les nœuds verts indiquent une tendance positive, c'est-à-dire une augmentation des collaborations, tandis que les nœuds rouges indiquent une diminution. Il est intéressant de constater que les deux grands pôles mondiaux de la médecine régénérative, Boston et San Francisco, sont toujours très visibles sur cette carte, mais qu'ils affichent une tendance négative. Il y a donc davantage de nouvelles relations au Canada qu'aux États-Unis, et il y en a aussi à l'étranger.

[00:21:22 Une diapositive présente deux cartes supplémentaires comportant divers nœuds verts et rouges au-dessus d'un graphique illustrant un test de proportions à deux échantillons : Canada-Canada, Canada-International et Canada–États-Unis.

Une diapositive présente deux cartes internationales supplémentaires comportant divers nœuds verts et rouges, au-dessus d'un graphique affichant un test de comparaison de proportions pour deux échantillons :

« Testez pour deux proportions

2015 2022

Catégorie de lien Fréq. Prop. Fréq. Prop. valeur p

Canada-Canada 4 547 59.1 % 8 324 65.9 % 0,00

Canada-International 1 259 15.5 % 2 530 20.0 % 0,00

Canada-États-Unis. 1 882 24.5 % 1 776 14.1 % 0,00 »

« Légende:

Taille du point : total de liens de 2015 à 2022

Vert : plus de liens en 2022 qu'en 2015

Rouge : moins de liens en 2022 qu'en 2015

*exclusion de l'Ontario ».]

Ainsi, grâce à ces fonds – ce qui correspond en quelque sorte à ce que souhaitait faire le FERAC, qui se réjouit d'ailleurs de ce résultat, je peux vous l'assurer – nous avons pu établir davantage de collaborations au Canada et à l'international, au détriment de celles menées aux États-Unis. Vous allez sans doute me poser la question, mais je vais aussi la poser moi-même : pourquoi? Je peux vous dire que l'article est en cours de rédaction. Ainsi, après une première série d'évaluations, on a souhaité obtenir davantage d'informations à ce sujet. Nous avons donc mené quelques entretiens de suivi, notamment parce que, par le passé, nous ne disposions pas d'autant de moyens financiers, en particulier de subventions importantes, pour la médecine régénérative que ceux dont nous bénéficions aujourd'hui grâce à cette subvention. Ainsi, la plupart de ces personnes ont participé à des projets financés par des subventions américaines et ont donc publié des articles. Certaines d'entre elles ont également obtenu un diplôme aux États-Unis, mais c'est là, selon nous, la principale raison de cette situation. Nous avons tout calculé et intégré les résultats dans un modèle de régression. Je ne vais pas vous dévoiler le modèle, mais je vais vous présenter les résultats.

[00:22:23 Une diapositive s'affiche avec le texte : « Econometric results » (Résultats économétriques)]

[00:22:33 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« Le réseau :

Pendant le sept années de financement de Medicine by Design, les chercheurs principaux et chercheuses principales ont renforcé la collaboration au sein des universités, ainsi qu'entre les scientifiques et les cliniciennes des hôpitaux affiliés.

L'affiliation clinique, le statut de scientifique vedette, le poste de titulaire, et l'expérience de travail antérieure sont des variables prédictives de l'ampleur des réseaux de co-publication, ce qui soutient l'importance de présenter une diversité de profils pour encourager la collaboration.

Plus précisément, dans le domaine de la médecine régénérative, on observe une plus grande collaboration parmi les femmes chercheuses, les scientifiques vedettes et les professeures titulaires. »

Catégorie de lien 2015 2022

Fréq. Prop. Fréq. Prop. valeur p

Université-Hospital 303 17.8 % 2 108 22.0 % 0.00

Université - Industrie 105 6.2 % 149 1.6 % 1.00

Université-Université 1 125 66.1 % 6 426 67.1 % 0.20”]

Selon moi, l'un des résultats intéressants que nous avons obtenus est que, au cours des sept années du programme, on constate davantage de collaborations entre les universités et les hôpitaux, plutôt que simplement entre universités. Désolée, au lieu d'entre les universités et l'industrie, mais nous avons renforcé les relations avec les hôpitaux et les cliniciens. On peut voir également, si l'on examine les caractéristiques des chercheurs principaux, qu'ils ont une affiliation professionnelle. Je ne sais pas combien d'entre vous le savent, mais la plupart des cliniciens des hôpitaux sont affiliés à l'Université de Toronto. Ça ne veut pas dire qu'ils sont à l'université. Si on parle de l'organisation avec laquelle on travaille, cette collaboration a en fait renforcé notre relation avec les cliniciens. Ainsi, le fait d'avoir une affiliation professionnelle, d'être associé à un scientifique vedette – par exemple au sein de la Société royale ou des chaires de recherche du Canada – ou encore d'être professeur titulaire ayant déjà exercé en dehors du milieu universitaire, sont autant d'indicateurs importants pour élargir les réseaux. Si l'on s'intéresse plus particulièrement aux articles publiés dans le domaine de la médecine régénérative – car il ne faut pas oublier que certaines de ces personnes continuent de publier des articles dans d'autres domaines, et pas seulement en médecine régénérative – mais précisément dans ce domaine, le renforcement de la collaboration était particulièrement manifeste chez les chercheuses principales, les femmes scientifiques vedettes et les femmes occupant des postes de professeure titulaire. C'est une excellente façon de montrer que, même si l'on a toujours tendance à dire que les femmes ne collaborent pas assez, elles ont réussi à renforcer leurs collaborations dans ce domaine précis grâce au soutien des politiques.

[00:24:31 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« L'importance de l'homophilie et du foyer organisationnel :

Nos résultats indiquent que le financement de Medicine by Design a permis d'élargir les réseaux de collaboration au sein du Canada et à l'international, et de réduire le dépendance aux collaborations pré-existantes avec les É.-U.

À l'exception des cliniciennes et des titulaires de chaires de recherche, la plupart des groupes ont élargi leur réseau de collaboration au pays et à l'étranger.

Les données sur le foyer organisationnel indiquent que bien que les cliniciennes et les professeures titulaires collaborent avec les hôpitaux, les universités et l'industrie, parmi les chercheuses principales et chercheurs principaux, seulement les personnes qui ont une expérience de travail antérieure dans l'industrie ou qui sont membres de la Société Royale du Canada étendent leur réseau de collaboration au-delà de l'université. »]

Il y a des questions concernant la géographie et les foyers organisationnels. Ainsi, sur le plan géographique, comme je vous l'ai montré sur la carte, le financement de Medicine by Design a permis d'élargir la collaboration au sein du Canada, mais aussi à l'échelle internationale, tout en réduisant les réseaux américains préexistants. À l'exception des cliniciens et des chaires de recherche du Canada, la plupart des groupes ont élargi leurs collaborations tant au niveau national qu'à l'étranger. Mais plus précisément, en ce qui concerne les cliniciens et les professeurs titulaires, ils ont collaboré avec des hôpitaux, des universités et l'industrie. Bien sûr, les chercheurs principaux qui ont à la fois de l'expérience dans l'industrie et une affiliation à la Société royale du Canada – ce qui signifie qu'ils jouissent d'une grande notoriété à l'échelle internationale – ont mené des collaborations au-delà du milieu universitaire.

[00:25:37 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« Conclusion :

En plus de renforcer leur collaboration, les chercheuses principales et chercheurs principaux financées par Medicine by Design ont transformé l'organisation et la portée de leurs réseaux d'un point de vue démographique, organisationnel, et géographique.

Nos résultats mettent en évidence le rôle essentiel d'un financement stratégique pour encourager la collaboration interdisciplinaire et entre établissements.

La collaboration demeure étroitement liée aux foyers organisationnels et aux écosystèmes de recherche nationaux, ce qui porte à croire que d'autres interventions seraient nécessaires pour élargir les réseaux. »]

Qu'est-ce que cela signifie pour nous quand on réfléchit aux politiques et au financement de la recherche? Les chercheurs principaux en médecine régénérative ne se contentent pas de renforcer les liens qui les unissent au sein de ces petits réseaux, mais, en quelque sorte, ils redéfinissent leur réseau. Et je pense que c'est important pour nous, mais aussi pour les décideurs politiques américains qui réfléchissent à l'impact de leurs politiques sur le Canada : on constate que ce type de financement a contribué à renforcer les collaborations au Canada, mais cela signifie également que nous avons favorisé l'émergence d'une spécialisation en médecine régénérative partout au pays. Cette étude met également en évidence le rôle essentiel du financement stratégique. Ainsi, surtout quand on pense à l'interdisciplinarité et aux collaborations interinstitutionnelles, je peux vous dire, en tant que personne travaillant dans la recherche multidisciplinaire, qu'il est très difficile d'obtenir du financement au Canada. Nous avons tendance à financer les sciences politiques, la géographie et la gestion. Nous n'effectuons pas de financement interdisciplinaire. Ainsi, lorsqu'un tel financement est fourni, on en comprend toute l'importance, car il permet de tisser des liens et nous aide à développer de nouvelles connaissances dans un domaine qui n'en est qu'à ses débuts. Nous avons aussi des foyers organisationnels. Les institutions, les cliniciens et les hôpitaux… Mais cela signifie que si nous voulons élargir les collaborations, si nous voulons nous assurer que de nouvelles connaissances soient intégrées, ce type d'outils revêt une importance capitale lorsque nous envisageons de créer de nouveaux domaines et de mettre en place des collaborations pluridisciplinaires.

[00:27:37 Une diapositive s'affiche avec le texte :

« Laboratoire de politiques de l'École Munk des affaires internationales et des politiques publiques – Université de Toronto

« Merci! »

« Shiri.Breznitz@utoronto.ca »

« Nous tenons à remercier le FERAC et Medicine by Design pour leur soutien financier à ces travaux. Nous tenons à remercier Mauricio Sepulveda, John Wang, Que Kanh Luong, Hannah Wu, Jenna Muschong et Catherine Yeh pour leur aide à la recherche. » Nous tenons également à remercier Michael Sefton et Allison Brown pour leurs commentaires sur les versions précédentes de ces travaux. »]

C'est tout, merci.

Cheryl Engler Wadasinghe : Merci beaucoup, Shiri, pour votre présentation. Nous sommes désormais prêts à passer à la séance de questions-réponses. Avant de commencer, je voudrais simplement rappeler à tout le monde que vous pouvez poser vos questions en cliquant sur la petite icône en forme de bulle de clavardage située dans le coin supérieur droit de votre écran. Shiri, si ça ne vous dérange pas, je vais peut-être commencer par vous poser une question de moi-même (rires). D'après les résultats de votre étude, il s'agit d'un domaine de recherche passionnant qui permet d'aborder les aspects intersectoriels et interdisciplinaires, en particulier dans les domaines de recherche nouveaux et émergents. Avant de rejoindre l'École, je travaillais dans le domaine de l'analyse judiciaire afin de faire avancer les enquêtes criminelles. Je me suis lancée dans ce métier pour constater par moi-même à quel point la collaboration entre laboratoires peut contribuer à faire progresser la mise en œuvre de nouvelles technologies, ce qui nous a permis d'obtenir des résultats plus probants et a été bénéfique pour les tribunaux fédéraux. C'est toutefois un travail délicat et chronophage, et j'aimerais simplement savoir ce qui vous a poussée à vous intéresser à la manière dont les chercheurs, les établissements d'enseignement, les hôpitaux, les cliniques et l'industrie collaborent et mettent en place ces réseaux. Quelle graine cela a-t-il fait germer pour vous?

Shiri Breznitz : Oui, ça fait donc longtemps que je m'intéresse au rôle des universités dans le développement économique et que je mène des travaux sur les accélérateurs et les incubateurs. Mais en venant ici, surtout quand on se rend compte… concrètement, quand on voit ces hôpitaux qui sont situés l'un à côté de l'autre, mais qui sont aussi situés à proximité de l'université. J'ai donc eu l'occasion de m'impliquer auprès de Medicine by Design et de découvrir leur travail. J'étais donc vraiment curieuse d'essayer de comprendre comment fonctionnent ces collaborations. On sait que les collaborations solides, ont un impact positif sur l'innovation. J'essaie donc de comprendre comment les hôpitaux et les universités collaborent. D'ailleurs, si vous entendez des gens dire qu'ils ont organisé des groupes de discussion et penser que c'est naturel, ce sont aussi des universitaires; les cliniciens font également de la recherche, mais ce fut très difficile pour eux et il a fallu du temps pour y parvenir et collaborer au point où; aujourd'hui, les bureaux de transfert de technologie travaillent ensemble et présentent des demandes de subventions ensemble, mais ce n'était pas si naturel que ça, même s'ils étaient censés être regroupés sous le TAHSN. Pour moi, c'était un signe. Je voulais essayer de comprendre ce qui se passait là-bas.

Cheryl Engler Wadasinghe : C'est donc ainsi que tout cela a pris forme. Merci. J'ai une autre question à vous poser. En quoi les réseaux de collaboration se distinguent-ils des indicateurs d'innovation plus traditionnels? Vous en avez parlé brièvement au tout début, mais pourriez-vous en dire un peu plus à ce sujet?

Shiri Breznitz : Oui. Grâce aux réseaux de collaboration, nous pouvons voir tout cela. Il existe différentes façons de présenter ces collaborations. On voit donc le réseau lui-même et, si on le souhaite, on voit aussi le résultat. Nous utilisons donc ce réseau pour mener une analyse portant à la fois sur les publications, les brevets et les demandes de subventions.

Cheryl Engler Wadasinghe : Oui, je vois, un autre… Je suis curieuse d'en savoir plus sur le modèle de financement. Vous aviez mentionné qu'une des caractéristiques du FERAC est qu'il n'est pas aussi imposé que d'autres modèles peuvent l'être. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur la nature de ce modèle? Y a-t-il d'autres caractéristiques qui, selon vous, ont joué un rôle déterminant dans la manière dont cette industrie ou ce secteur de recherche a été soutenu?

Shiri Breznitz : Oui. Comme je l'ai dit, nous avons organisé plusieurs groupes de discussion. Le FERAC a été pris en compte, mais d'autres FERAC au Canada l'ont également été, et c'est très intéressant puisque chacun d'entre eux a opté pour des approches différentes. Certains se sont contentés de créer un institut et d'encourager les collaborations en organisant des événements, des ateliers et des formations, tandis que d'autres ont financé des recherches. Je pense donc que leur argument était le suivant : comme certains de ces domaines étaient plus traditionnels et d'autres plus récents, ils ne voulaient rien imposer de cette manière. Ils souhaitaient que leurs chercheurs et leurs organisations trouvent le meilleur moyen de promouvoir la recherche. En somme, leur point de vue est le suivant : nous essayons de promouvoir la recherche, mais nous travaillons dans le domaine politique et ne connaissons pas forcément les détails de la recherche. Par exemple, l'un de ces domaines est l'océanographie. Du coup, on a des chercheurs issus d'une multitude de disciplines différentes qui n'auraient jamais pu se rencontrer sans cette occasion. Si l'on examine les études consacrées à la collaboration en matière de recherche, certaines d'entre elles indiquent qu'il n'y a pas vraiment de méthode imposée. D'un autre côté, quand on discute avec ces organisations, certaines d'entre elles expliquent que puisqu'il y avait cette ouverture, elles ont pu trouver la meilleure façon, adaptée à leur discipline et à leur organisation, de collaborer et d'encourager les collaborations.

Cheryl Engler Wadasinghe : D'accord, je suppose qu'ils ont la marge de manœuvre pour mettre en place eux-mêmes cette structure en fonction de leurs priorités. C'est très intéressant. Une autre question a été soulevée par les participants. « Outre l'angle du sexe, d'autres critères d'équité ont-ils été pris en compte dans l'analyse des chercheurs principaux ou des réseaux? »

Shiri Breznitz : Oui. Nous avons examiné leur sexe. Nous avons examiné leur rang : assistant, professeur adjoint, professeur titulaire. Nous avons cherché à savoir s'il s'agissait de scientifiques vedettes, en nous penchant notamment sur la Société royale du Canada et la chaire de recherche du Canada. Nous avons cherché à savoir s'ils avaient de l'expérience en dehors du milieu universitaire. Nous avons également examiné s'ils avaient ou non de l'expérience clinique.

Cheryl Engler Wadasinghe : Si je comprends bien, la question porte également sur d'autres caractéristiques liées à l'équité, et j'imagine que les plus courantes seraient l'âge, l'origine ethnique, la race, etc.

Shiri Breznitz : Non, on n'a pas cette information. Nous avons mené une recherche très ciblée, en partant du principe qu'ils se trouvent tous au Canada, à Toronto; d'une certaine manière, cela permet d'avoir un certain contrôle. Bien sûr, nous savons que nous sommes sans doute l'un des endroits les plus diversifiés au monde. Mais bon, on part du principe qu'au moins sur le plan universitaire, ils partagent la même culture. C'en est donc un aspect. Il y a aussi bien sûr les foyers organisationnels et la distance géographique.

Cheryl Engler Wadasinghe : C'est vrai, et je pense que, compte tenu de ces informations, cela pourrait constituer un domaine à inclure à l'avenir.

Shiri Breznitz : Oui, et je dirais que l'âge, d'une certaine manière, permet aussi de se faire une idée de leur rang. Dans une certaine mesure.

Cheryl Engler Wadasinghe : C'est vrai dans une certaine mesure. Très bien, passons à la question suivante : « Votre présentation fait penser aux travaux de recherche bibliométrique menés à l'Université d'Ottawa, notamment dans Web of Science, ce qui est formidable. Pense-t-on que l'on obtiendrait des résultats semblables dans d'autres domaines d'étude pluridisciplinaires? » Qu'en pensez-vous?

Shiri Breznitz : C'est une excellente question. Oui, c'est une excellente question. J'essayais de poursuivre ce travail, et on essaie peut-être encore, je ne sais pas encore, mais l'idée est notamment d'étudier d'autres FERAC. Certains sont plus pluridisciplinaires que d'autres. C'est donc un cas très intéressant à examiner, mais je m'attendrais à voir des différences. Ici, de nombreux cliniciens sont impliqués. Je pense donc que nous constaterons des différences, d'autant plus que les résultats montrent que le fait d'être clinicien est important, tout comme la relation avec l'hôpital. Je suppose donc que nous constaterons des différences selon les domaines.

Cheryl Engler Wadasinghe : D'accord. Notre prochaine question est la suivante : « Peut-on collaborer à l'excès? La collaboration peut-elle freiner l'innovation? »

Shiri Breznitz : Tout à fait. Ainsi, si l'on examine les études consacrées aux réseaux sociaux, on constate que, dans de nombreux cas, il existe ce que l'on appelle un « réseau cloisonné », où; l'on a tendance à collaborer sans cesse avec les mêmes personnes; quand on y réfléchit bien, il ne s'agit pas nécessairement de cinq personnes, mais il peut également s'agir d'un phénomène régional. Par exemple, Cambridge, au Royaume-Uni, connaissait beaucoup de problèmes qui rendaient l'accès très difficile aux nouveaux arrivants. Même s'ils étaient parfois physiquement présents, ils n'ont pas réussi à joindre le réseau. On se retrouve donc dans une situation où;, comme je l'ai expliqué, si l'on souhaite acquérir de nouvelles connaissances et développer de nouveaux domaines, il faut des connaissances de l'extérieur. Du coup, quand un réseau est cloisonné, on ne voit pas ça. C'est un sujet qui a fait l'objet d'études; ce n'est pas moi qui les ai menées, mais il existe des articles à ce sujet. Et si certains souhaitent écrire, je serai ravi de vous en faire part.

Cheryl Engler Wadasinghe : C'est très intéressant. L'une des conclusions que j'en tire, c'est que ce n'est pas de la collaboration. On ne peut pas considérer la collaboration comme un seul aspect. Il faut regarder ce qui se passe dans le cadre de cette collaboration : est-elle bien établie et régie par une gouvernance ou des pratiques assez strictes? Et comment cette structure s'assure-t-elle de disposer d'une certaine souplesse pour pouvoir intégrer de nouveaux esprits et différents types de connaissances? Merci. Très bien, je peux passer à la question suivante. « D'après vos travaux sur les réseaux sociaux et l'innovation, qu'est-ce qui rend un réseau de collaboration efficace et quels sont les obstacles courants qui limitent son impact? »

Shiri Breznitz : Excusez-moi, pouvez-vous répéter la question?

Cheryl Engler Wadasinghe : Bien sûr. « D'après vos travaux sur les réseaux sociaux et l'innovation, qu'est-ce qui rend un réseau de collaboration efficace et quels sont les obstacles courants qui limitent son impact? » C'est donc un peu similaire à ce dont nous parlions à propos de la structure, mais y a-t-il d'autres facteurs?

Shiri Breznitz : Oui. Par exemple, lorsque nous nous sommes penchés sur les jeunes entreprises – rappelez-vous de mon exemple de Georgia Tech, où; les accélérateurs travaillaient en collaboration – lorsque nous parlons de culture, il s'agit parfois du langage, au sens de la communication directe, mais aussi du langage universitaire ou professionnel. Souvent, surtout lorsqu'on pense aux universitaires, on évoque les enjeux de la collaboration entre le milieu universitaire et l'industrie en parlant d'un « langage commun ». C'est parce qu'on a tendance à croire qu'on a tout le temps du monde pour faire notre travail, alors que le secteur veut que ce soit prêt pour hier. C'est en quelque sorte une question de culture. Donc, pour qu'un réseau social réussisse, au-delà de ce que j'ai expliqué tout à l'heure, oui, l'âge est sans aucun doute un facteur important, mais une partie de la question de l'âge réside aussi dans le fait d'être reconnu dans un domaine ou au sein d'un réseau; il y a aussi la question de la culture, autant universitaire qu'ethnique. Il y a longtemps, je faisais partie d'un groupe de recherche au MIT où; nous avions organisé une réunion entre Américains et Norvégiens. Avant le début de la réunion, le directeur a dit : « Bon, je tiens à rappeler à tout le monde que nous avons des Norvégiens et des Américains parmi nous. Aux Norvégiens, je vous invite à poser des questions et à participer activement; quant aux Américains, n'oubliez pas que les Norvégiens ont tendance à ne pas le faire, alors laissez-leur la place de s'exprimer. » Et parfois, ces petites choses sont vraiment importantes.

Cheryl Engler Wadasinghe : D'accord, il faut garder ça à l'esprit. C'est très intéressant.

Shiri Breznitz : Des différences, oui.

Cheryl Engler Wadasinghe : Des différences, oui. D'une certaine manière, une collaboration qui fonctionne, ou qui existe déjà et que l'on souhaite développer, aura sa propre personnalité ou ses propres caractéristiques en fonction des personnes qui y participent et de celles que l'on souhaite faire intervenir dans la conversation.

Shiri Breznitz : C'est donc les personnes elles-mêmes. C'est l'environnement. L'emplacement compte vraiment. Mais il y a aussi la culture générale et la question de savoir si l'on dispose de mécanismes. Dans ce cas précis, nous disposions de mécanismes de financement qui ont permis de promouvoir le réseau, mais on peut aussi penser à des événements. Il s'agit donc d'un aspect que je n'ai pas encore pu vous présenter, mais nous menons actuellement une analyse des événements organisés par Medicine by Design afin de déterminer si les participants à ces événements collaborent davantage avec des personnes avec lesquelles ils n'avaient jamais travaillé auparavant et qu'ils ont peut-être rencontrées lors de ces événements. Donc, tout cela concerne la personne, l'environnement dans lequel elle se trouve, puis la culture.

Cheryl Engler Wadasinghe : D'accord. Merci. Passons à la question suivante : la visibilité ou la fréquence de diffusion sur les médias sociaux par les chercheurs a-t-elle été prise en compte dans votre étude et dans votre… pardon, je dois recommencer. « La fréquence de diffusion sur les médias sociaux par les chercheurs a-t-elle été prise en compte dans votre étude, et dans quelle mesure cela a-t-il influencé les possibilités de collaboration ou la productivité? »

Shiri Breznitz : Non, nous n'avons pas du tout consulté les réseaux sociaux, mais plutôt des publications universitaires, des brevets et des subventions.

Cheryl Engler Wadasinghe : D'accord, très bien. Si la fonction publique souhaitait appliquer vos conclusions à sa propre réalité institutionnelle, quelle mesure concrète nous suggéreriez-vous de prendre pour mieux soutenir ou encourager la collaboration entre les ministères du gouvernement fédéral?

Shiri Breznitz : On ne peut pas contrôler bon nombre des caractéristiques personnelles, n'est-ce pas? Mais si nous voulons encourager les collaborations entre les chercheurs débutants et les chercheurs plus expérimentés, ainsi qu'entre disciplines, je sais que la situation est différente au Canada, car les gens ont tendance à se déplacer; on retrouve donc des personnes qui ont travaillé dans différents domaines. Mais on pourrait peut-être désigner des champions parmi ceux qui ont acquis de l'expérience dans divers domaines : ils comprendraient ainsi la culture de ce bureau ou de ce ministère, voire posséderaient les connaissances de base sur le type de travail que l'on y effectue, ce qui permettrait d'établir ces collaborations. Certaines personnes collaborent sans doute régulièrement. Et d'autres moins, donc il faut essayer de repérer ces failles et voir où; l'on peut établir un lien. Souvent, dans le milieu universitaire, nous essayons de désigner des champions pour établir ces liens.

Cheryl Engler Wadasinghe : D'accord.

Shiri Breznitz : Quand on parle d'entrepreneuriat, on a souvent des entrepreneurs en résidence qui établissent ce lien avec l'industrie, car ils maîtrisent les deux langages. Et bien sûr, quand il y a des événements interdisciplinaires ou interministériels, je pense qu'une institution comme l'École de la fonction publique du Canada représente une excellente possibilité. Quand on participe à ces réunions, on rencontre des personnes issues de différents ministères qu'on n'aurait probablement pas l'occasion de rencontrer dans d'autres circonstances. On découvre leur travail, les tâches qu'ils accomplissent et leur méthode de travail, qui est différente, ce qui est très important lorsqu'on réfléchit à de nouvelles approches et méthodes, en découvrant une autre méthode d'analyse utilisée par un autre ministère. On peut décider de l'adopter, on peut décider d'en tirer des leçons et d'en adopter certains aspects, mais si on ne dispose pas de ces liens, on ne prendra jamais conscience de ces relations et de ces connaissances.

Cheryl Engler Wadasinghe : D'accord. En fait, ce que je retiens particulièrement d'une remarque que vous avez faite tout à l'heure, c'est l'idée que, si l'on examine les réseaux de collaboration existants, il existe en quelque sorte des ensembles d'organisations ou de ministères et d'organismes fédéraux qui ont déjà l'habitude de travailler ensemble, mais je ne sais pas combien de temps est consacré à se demander ce que font les autres organismes et ministères dans ce domaine. Même si, à proprement parler, cela n'a qu'un rapport indirect avec ce dont nous allons parler. C'est sans aucun doute quelque chose à garder à l'esprit, notamment en ce qui concerne, comme vous l'avez mentionné, ces nouveaux enjeux.

Shiri Breznitz : C'est pourquoi la création d'organisations telles que l'École de la fonction publique du Canada et Medicine by Design est importante : sans elles, rien de tout cela n'existerait, car on travaille, on atteint ses objectifs, mais on ne sait pas automatiquement, ni même toujours, sur quoi travaillent les autres. Mais si l'on dispose d'une structure capable d'établir ces collaborations ou, à tout le moins, de créer des occasions de collaborer ou d'approfondir ses connaissances, alors la moitié du chemin est déjà parcouru pour rassembler les gens.

Cheryl Engler Wadasinghe : D'accord. Et une fois le financement confirmé, en 2015 ou au cours des années suivantes, quel type de structure a été mise en place pour rassembler des idées et prendre des décisions concernant l'allocation de fonds? Je sais que cela concerne davantage le fonctionnement du modèle une fois le financement approuvé que les réseaux eux-mêmes, mais avez-vous une confirmation à ce sujet?

Shiri Breznitz : En fait, c'est dans l'article. Leur processus d'examen était très rigoureux. Ils ont un conseil d'administration, mais ils ont également un conseil scientifique. Je crois donc qu'ils ont lancé quatre appels à financement au fil des ans. Pour chacun d'entre eux, les demandes ont été transmises à des examinateurs internationaux. Ensuite, un comité a examiné les demandes et a formulé une recommandation à l'intention du conseil afin que celui-ci décide à qui accorder des fonds. Cette démarche très rigoureuse s'appuyait, si je ne me trompe pas, sur la rubrique de classement des IRSC.

Cheryl Engler Wadasinghe : D'accord, c'est très intéressant, car dans un modèle moins structuré, il faudrait mettre quelque chose en place du côté du destinataire pour garantir la transparence du processus.

Shiri Breznitz : Oui, ils l'ont fait pour eux-mêmes.

Cheryl Engler Wadasinghe : Oui, exactement, un processus transparent.

Shiri Breznitz : En fait, le FERAC leur imposait de rendre compte chaque année. Ils devaient rendre compte de l'utilisation des fonds et des bénéficiaires de ces subventions. On voit très clairement comment ils ont dépensé leur argent au fil des ans. Je crois que plusieurs avis leur demandaient d'apporter des modifications, et pas seulement à eux, mais aussi à l'autre FERAC. Ainsi, l'organisation du FERAC a été très impliquée dans ces projets, ainsi que dans le processus d'examen, tout au long de la durée de la subvention.

Cheryl Engler Wadasinghe : D'accord, c'est très intéressant. J'ai encore quelques questions à vous poser. Je ne fais que surveiller l'heure. Y a-t-il une règle précise à ce sujet? Par exemple, certains partenaires impliqués dans cette discussion, dans ce modèle collaboratif, sont-ils davantage mis à l'épreuve que d'autres? Ou encore, pour prendre l'exemple des acteurs non universitaires, leur contribution à cette évolution change-t-elle, ou pensez-vous que cette évolution soit le résultat de ce type de modèle de financement?

Shiri Breznitz : Je ne suis pas sûr de bien comprendre la question, car tout le monde, d'une certaine manière, est un universitaire. Comme je l'ai dit, tous les cliniciens font partie de l'Université de Toronto. Ils sont rattachés à l'Université de Toronto, et donc au TAHSN. Le FERAC a clairement précisé que les fonds devaient être versés à ce groupe. En fait, ils ont trouvé cela très difficile. C'est pourquoi ils se sont réjouis de voir que la collaboration allait plus loin, car ils ne pouvaient pas financer des personnes n'appartenant pas à ce groupe. C'est l'exigence du FERAC. Ils font donc tous partie de cette équipe de financement.

Cheryl Engler Wadasinghe : D'accord, intéressant. J'essaie simplement de trouver les mots justes pour ma prochaine question. Au vu de vos recherches et de ce que l'on entend concernant l'importance de pouvoir financer des solutions canadiennes alors qu'on aurait pu, auparavant, se tourner vers l'étranger, dans quelle mesure ce type de modèle est-il applicable à certains des secteurs où; nous cherchons à stimuler l'innovation et à développer des solutions canadiennes? Je pense que c'est en partie un défi parce que certaines des solutions que nous chercherons à créer existent déjà, contrairement à la médecine régénérative, qui était à l'époque un domaine en pleine expansion à l'échelle mondiale; du coup, c'était une course pour tout le monde.

Shiri Breznitz : Oui, mais en fait, on est déjà bien en retard. Aux États-Unis, la médecine régénérative a été financée dès 1992. Il existe donc plusieurs établissements spécialisés dans la médecine régénérative. Nous étions en retard, et c'est sans doute pour cela que, selon moi, les relations étaient plus nombreuses aux États-Unis par le passé, car les chercheurs bénéficiaient de subventions en collaboration avec des partenaires américains. Je ne connais pas tous les mécanismes de financement, surtout dans le domaine des sciences, mais il y a aussi le FNFR, soit le Fonds Nouvelles frontières en recherche. Nous avons des programmes de financement. Je crois que le FNFR n'offre des fonds que tous les deux ans, mais je ne le connais pas très bien. Nous ne disposons pas de beaucoup de fonds destinés à des collaborations interdisciplinaires visant à créer quelque chose de nouveau. La plupart du temps, quand on parle de financement, c'est à cela qu'on pense traditionnellement. Il s'agit surtout de comités axés sur des domaines scientifiques précis, comme la physique, les mathématiques, etc., des disciplines traditionnelles de ce genre.

Cheryl Engler Wadasinghe : Donc, d'une certaine manière, l'application ou la reproduction de cette approche pourrait s'avérer très intéressante pour briser certains de ces cloisonnements et créer davantage de possibilités de travail interdisciplinaire.

Shiri Breznitz : Absolument. Je pense que c'est l'un des atouts des États-Unis, car ils ont toujours bénéficié de ce type de financement.

Cheryl Engler Wadasinghe : Je vois.

Shiri Breznitz : Mais ce n'est pas qu'on n'en a pas du tout, c'est juste qu'ils sont plus limités que ce que j'aimerais.

Cheryl Engler Wadasinghe : Ce qu'on pourrait faire, oui. Merci beaucoup. J'ai une autre question avant de conclure. Quelles leçons clés tirées de vos recherches devrions-nous garder à l'esprit en tant que fonctionnaires travaillant dans les domaines de la science, de l'innovation et du financement de la recherche? Nous avons brièvement évoqué l'idée de reproduire le modèle de fonctionnement du FERAC, mais auriez-vous d'autres suggestions à nous faire en matière de collaboration dans les domaines émergents?

Shiri Breznitz : Oui; pour commencer, c'est difficile. C'est agréable aujourd'hui de prendre un peu de recul et de revenir sur quelque chose que j'ai réalisé il y a des années, il y a près de 11 ans, pour me dire que c'était formidable. C'est très difficile de prédire l'avenir, n'est-ce pas? Et l'une des raisons pour lesquelles nous continuons à financer la recherche fondamentale, c'est que bon nombre des technologies les plus révolutionnaires au monde sont issues de la recherche fondamentale. Rien n'était prévu. Encore une fois, Ozempic en est un excellent exemple. La première invention concernait la recherche sur le diabète. Ce n'était pas pour perdre du poids, n'est-ce pas?

Cheryl Engler Wadasinghe : Oui.

Shiri Breznitz : Si nous n'avions pas suivi cette voie, si nous avions cherché une solution pour perdre du poids, nous n'en serions probablement pas arrivés là. Il y a donc un énorme avantage à financer la recherche fondamentale, et j'y crois fermement. Je pense qu'il y a de la place pour des collaborations et pour soutenir ce type de travail dans le cadre du financement général de la recherche fondamentale afin de veiller à ce que toutes ces voies restent ouvertes, car on ne sait jamais d'où; viendront ces nouvelles connaissances.

Cheryl Engler Wadasinghe : D'accord, merci. Merci beaucoup, Shiri pour cette présentation. Au nom de l'École, je tiens à vous remercier chaleureusement pour votre présentation et pour la conversation que nous avons eue. Elle a été très agréable. Je tiens à remercier tous les membres de notre public, partout au pays, d'avoir pris part à la discussion d'aujourd'hui, et j'espère que cette conversation vous a inspirés. J'aimerais encourager notre public à consulter le site Web de l'École de la fonction publique du Canada pour rester au fait des dernières nouvelles et s'inscrire à de futures formations comme celle-ci, et je voudrais simplement profiter de cette occasion pour vous remercier à nouveau, Shiri. J'espère que vous passerez tous une excellente fin de journée.

Shiri Breznitz : Merci.

[00:54:04 Le logo de l'EFPC, puis l'URL canada.ca/ecole apparaissent à l'écran.]

[00:54:08 Le logo du gouvernement du Canada s'affiche à l'écran.]

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