Transcription
Transcription : Réflexions de P. Tom Jenkins
[00:00:00 Montage d'une série d'images. Texte à l'écran : Leadership; Politiques; Gouvernance; Innovation.]
[00:00:16 Texte à l'écran : Analyses et Réflexions, Réalisée par l'École de la fonction publique du Canada.]
Introduction : Les fonctionnaires, les leaders d'opinion et les spécialistes à l'échelle canadienne réfléchissent aux idées qui façonnent la fonction publique. Le leadership, les politiques, la gouvernance, l'innovation et bien plus encore. Voici la série Analyses et Réflexions, réalisée par l'École de la fonction publique du Canada.
[00:00:26 Tom Jenkins apparaît en plein écran.]
Taki Sarantakis : Bienvenue à une autre séance de la série Analyses et réflexions. Dans cette série, nous mettons en avant des Canadien·nes intéressant·es et remarquables, et nous parlons un peu d'eux et de leurs réalisations afin que vous puissiez mieux connaître votre pays.
Aujourd'hui, nous nous entretenons avec une légende vivante. Nous nous entretenons avec P. Thomas Jenkins. Bienvenue.
Tom Jenkins : Je suis heureux d'être ici.
[00:00:57 Texte à l'écran : Tom Jenkins, président du conseil d'administration, OpenText.]
Taki Sarantakis : Que désigne la lettre « P »?
Tom Jenkins : Paul.
Taki Sarantakis : Paul?
Tom Jenkins : Oui.
Taki Sarantakis : Comment avez-vous choisi Thomas ou Tom?
Tom Jenkins : Mes parents n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur le prénom qu'ils allaient me donner, alors j'ai fini par m'appeler Tommy au lieu de Paul. Il s'agissait de deux grands-pères différents, et c'est finalement Tommy qui a été choisi.
[00:01:14 Image superposée de Tom Jenkins enfant.]
Tom Jenkins : Et, bien sûr, quand vous devez présenter votre passeport, c'est un peu embêtant, parce qu'ils vous appellent Paul. Et puis on reste là à se demander : « Où est Paul? » Et puis, bien sûr, ils appellent « Paul Thomas », et là, vous arrivez. Donc, c'est un peu une malédiction. Un petit conseil en passant à tous ceux qui nous écoutent : n'appelez pas vos enfants par leur deuxième prénom, tenez-vous-en plutôt au premier.
Taki Sarantakis : Et où êtes-vous né, Tom?
[00:01:38 Image aérienne superposée de Hamilton, en Ontario.]
Tom Jenkins : Je suis né à Hamilton, en Ontario.
Taki Sarantakis : Comment était Hamilton à l'époque?
Tom Jenkins : Hamilton est une ville sidérurgique; c'était donc un milieu ouvrier, et les gens là-bas n'hésitaient pas à dire ce qu'ils pensaient. Les gens allaient voir les matchs des Ticats de Hamilton, et c'était une ville très simple.
[00:01:57 Image superposée de l'Université de Toronto.]
Tom Jenkins : Quand j'étais à l'Université de Toronto, c'était beaucoup plus difficile de s'y retrouver, car les gens ne vous disaient pas vraiment ce qu'ils pensaient. À Hamilton, on n'avait jamais à deviner.
Taki Sarantakis : Étiez-vous partisan des Ticats ou des Argos?
Tom Jenkins : Vous avez dit « étiez », comme si c'était dans le passé. Encore aujourd'hui, je suis un partisan des Ticats de Hamilton dont la patience est mise à rude épreuve. En fait, Taki, je suis né le jour de la Coupe Grey.
Taki Sarantakis : Wow. Et je sais que vous aussi (puisqu'on parle d'une patience à toute épreuve) vous êtes, tout comme moi, un partisan des Maple Leafs de Toronto qui a su faire preuve de beaucoup de patience.
Tom Jenkins : Oui, cette séance s'annonce très difficile. Nous avons désormais parlé des Tiger-Cats de Hamilton et, malheureusement, des Maple Leafs de Toronto. Oui.
Taki Sarantakis : Et vous avez quelque part dans votre sous-sol quelque chose des Maple Leafs de Toronto que j'aimerais bien avoir, d'après ce qu'on m'a dit. Qu'est-ce que c'est?
Tom Jenkins : Oh, nous allons vraiment aborder des sujets intéressants ici.
[00:02:56 Image superposée des Maple Leaf Gardens.]
Tom Jenkins : En fait, lorsque les Maple Leaf Gardens ont été démantelés puis reconstruits, tous les objets liés aux Maple Leafs de Toronto ont été mis aux enchères, et j'ai remporté l'enchère pour la chambre des joueurs.
Taki Sarantakis : Wow. Qu'y a-t-il dans la chambre des joueurs?
Tom Jenkins : Ce dont tout le monde est au courant, sur toutes les patinoires de hockey. La porte, le banc des joueurs, les cabines, et ainsi de suite.
Taki Sarantakis : Bon sang! Alors…
Tom Jenkins : Mais j'ai aussi autre chose.
Taki Sarantakis : Qu'est-ce que vous avez?
Tom Jenkins : J'ai le banc des joueurs du Forum de Montréal.
Taki Sarantakis : Oh, bouh! Montréal.
Tom Jenkins : Et bien sûr, je dis à tous et toutes mes ami·es de Montréal que quand Toronto remportera la Coupe Stanley, je brûlerai le banc des joueurs dans un feu de joie, que Béliveau… et bien sûr, la réponse des partisan·es des Canadiens a toujours été : « Ah, vous ne le brûlerez que quand les Leafs remporteront la Coupe Stanley? Il est entre de bonnes mains. »
Taki Sarantakis : Oh, et à l'instant où nous nous parlons, pour les partisan·es furieux des Canadiens de Montréal qui nous écoutent en ce moment même, sachez que les Maple Leafs de Toronto ne se sont pas qualifiés pour les séries éliminatoires, tandis que les Canadiens de Montréal y sont encore. Maintenant, nous allons avancer rapidement. Qu'a fait votre mère? Qu'a fait votre père?
[00:04:13 Image superposée de Tom et sa mère lors d'un match des Tiger-Cats de Hamilton.]
Tom Jenkins : Ma mère était une femme de soldat britannique.
[00:04:16 Image superposée du père de Tom dans son uniforme de l'armée.]
Tom Jenkins : Mon père a débarqué le jour J, et c'est lors d'une permission de l'armée canadienne qu'il a rencontré ma mère. C'est donc à Hamilton que mon père est né et a été élevé. En fait, d'après ce que j'ai pu retracer jusqu'à présent, il vient de 12 générations de militaires et d'ingénieurs, croyez-le ou non. Mon cinquième aïeul a construit le fort de Burlington-Heights, qui est devenu le Château-Dundurn.
[00:04:45 Image superposée du Château-Dundurn.]
Tom Jenkins : Et cela s'est passé pendant la guerre de 1812. C'est ainsi que je me suis retrouvé à Hamilton. En effet, le sergent fourrier John Jenkins, des Royal Engineers, a eu pour mission de reconstruire et de construire des forts dans le cadre de la guerre de 1812.
Taki Sarantakis : Donc, c'est intéressant, car cela aborde, ou laisse entrevoir, certains des thèmes de votre vie publique.
[00:05:13 Images superposées de Tom Jenkins en uniforme des Forces armées canadiennes, à bord d'un avion à réaction de l'Aviation royale canadienne (ARC); en tenue de corvée dans une zone boisée; sur une aire de trafic avec un avion à réaction de l'ARC en arrière-plan.]
Taki Sarantakis : Tout d'abord, vous entretenez une relation avec les Forces armées canadiennes qui perdure encore aujourd'hui. Parlez-nous des débuts de votre lien avec les Forces armées canadiennes et de son évolution au fil des ans.
Tom Jenkins : Eh bien, mon père a débarqué le jour J avec l'armée, et quand est venu le moment pour moi d'endosser l'uniforme, il m'a dit : « Tu vas entrer dans la force aérienne », alors je suis devenu officier de la force aérienne, et c'est le lien. Et aujourd'hui, je siège à la Commission de l'air de l'Aviation royale canadienne.
Taki Sarantakis : Que signifie pour vous le fait de maintenir un lien avec nos forces armées?
Tom Jenkins : Eh bien, cela représente tout pour moi. Cela fait partie de notre patrimoine. C'est ce que nous sommes, ce que nous avons accompli. J'ai eu le grand honneur de rédiger, en collaboration avec le général Mike Hood, commandant de l'Aviation royale canadienne, l'ouvrage qui a souligné le 100e anniversaire de cette dernière.
[00:06:06 Image superposée du livre « La voie vers les étoiles », de Michael Hood et Tom Jenkins.]
Tom Jenkins : Ce livre s'intitule « Pathway to the Stars », et constitue une lecture formidable pour tout·e Canadien·ne. On ne peut s'empêcher d'avoir de la fierté pour son pays quand on lit tout ce qu'il a accompli.
Taki Sarantakis : En fait, la toute première fois que je vous ai entendu parler et la toute première fois que je vous ai rencontré, c'était virtuellement, à une époque où le « virtuel » n'existait pas encore. Et vous faisiez une présentation dans le cadre d'un programme de formation au leadership au sein du gouvernement du Canada. Vous avez commencé à parler, non pas de votre passage chez OpenText, ni des très nombreuses choses pour lesquelles nous vous connaissons tous, mais vous avez consacré une grande partie de votre temps à évoquer votre passage dans l'armée. Et vous avez prononcé une phrase que je n'avais jamais entendue auparavant, et elle m'a jeté par terre. Vous avez dit : « L'armée m'a appris à diriger en restant en retrait. »
Tom Jenkins : Oui.
Taki Sarantakis : Parlez-moi de cette phrase.
Tom Jenkins : Vous voyez, dans le monde des affaires, on nous apprend à utiliser des tableurs, et on nous enseigne comment gérer certaines choses. On nous enseigne à être des gestionnaires. En repensant à ma carrière, l'une des choses les plus importantes qu'on m'ait enseignées à l'école des élèves-officiers et élèves-officières était de savoir diriger. Et je me souviens encore aujourd'hui de tous les différents cours que j'ai suivis, et on nous apprenait toujours que [tous] les membres de la famille mangeaient en premier; vous, vous mangiez en dernier. C'était une philosophie du corps d'officiers et d'officières.
Et bon nombre de ces principes m'ont été très utiles dans le monde des affaires, car il s'agissait de diriger, et notamment de diriger en restant en retrait. C'est un point subtil, mais en réfléchissant à mon parcours professionnel, il a pris une importance considérable.
Taki Sarantakis : Cela nous amène tout naturellement à parler du domaine dans lequel la plupart des Canadien·nes ont entendu parler de vous, à savoir le monde des affaires, et plus précisément celui de la haute technologie. Vous avez été l'un des premiers, pas seulement au Canada, mais l'un des premiers à saisir cette nouvelle technologie appelée « World Wide Web », ou le « Net », ou je ne sais pas comment on l'appelait à l'époque, et à en tirer parti.
Tom Jenkins : On l'appelle l'autoroute de l'information.
Taki Sarantakis : Oui.
[00:08:35 Image superposée du sénateur Albert Gore père.]
Tom Jenkins : Et c'est le père d'Al Gore qui l'a inventée. C'étaient les termes utilisés à l'époque. Bien sûr, au début, on l'appelait « Internet », mais ensuite, c'est sous le nom de « Web » qu'elle s'est vraiment imposée. Et le World Wide Web avait besoin d'un moyen de trouver l'aiguille dans la botte de foin. À l'époque, dans le monde des algorithmes, on appelait cela un index booléen inversé. Et bien sûr, comme c'est un peu long à dire, les gens l'ont simplement appelé « moteur de recherche ».
Et bien sûr, à l'époque, quand je disais aux gens : « Eh bien, on développe des moteurs de recherche », ils pensaient que cela faisait partie d'une voiture. Donc, oui, une grande partie de la terminologie que nous considérons aujourd'hui comme allant de soi.
[00:09:26 Images superposées de logos d'entreprises, conformément à la description.]
Taki Sarantakis : Alors, parlez-nous un peu de ce monde. Si je me souviens bien, il y avait Netscape, il y avait AltaVista, et il y avait Ask Jeeves. Revenons un peu en arrière pour ceux et pour celles qui ne se souviennent pas de l'époque où Internet n'existait pas encore.
[00:09:40 Image superposée d'une disquette.]
Tom Jenkins : Eh bien, à l'époque, on avait des disquettes d'une capacité de 360 kilooctets.
[00:09:44 Image d'archives superposée de Tom Jenkins et Jerry Yang.
Texte à l'écran : Tom Jenkins en compagnie de Jerry Yang, cofondateur de Yahoo!, lors du lancement du moteur de recherche Yahoo! original, fondé sur des technologies canadiennes.]
Tom Jenkins : Et la première année où nous avons exploré l'intégralité d'Internet, c'était la somme totale : l'ensemble du World Wide Web ne représentait qu'un gigaoctet.
Taki Sarantakis : Qu'est-ce que cela signifie en langage courant aujourd'hui? Est-ce que c'est comme sur mon téléphone intelligent?
Tom Jenkins : Franchement, une clé USB ou quelque chose du genre, cela pourrait contenir un téraoctet aujourd'hui. Non, non, un gigaoctet, c'est du passé aujourd'hui. Mais à l'époque, un gigaoctet de mémoire sur un VAX 11750 coûtait environ 35 millions de dollars, et occupait toute une pièce. C'était les débuts d'Internet.
Taki Sarantakis : Bon, alors que tout le monde se ruait sur Internet, vous, vous avez commencé à travailler sur l'alter ego d'Internet : l'intranet. Parlez-nous un peu de cela.
[00:10:44 Image superposée de la page d'accueil d'OpenText.]
Tom Jenkins : Eh bien, c'était un moment typiquement canadien. À l'époque, nous utilisions, depuis environ trois ans d'affilée, OpenText Index, qui existait avant Google et avant Bing, et qui était en fait le moteur de recherche de Netscape, de Microsoft Network, et tout le reste.
[00:10:50 Image superposée du logo de Microsoft.]
Tom Jenkins : Mais comme de très nombreuses entreprises se sont lancées dans cette course, cela a fini par devenir un phénomène très axé sur le consommateur ou la consommatrice. Ainsi, étant Canadien·nes, ne vivant ni à New York ni à Los Angeles, et ne souhaitant pas nous installer à New York ou à Los Angeles, nous avons décidé que, depuis Waterloo, en Ontario, la meilleure stratégie serait peut-être de nous positionner « derrière » ce qu'on appelle le « pare-feu »; cela signifiait que nous avons commencé à développer des moteurs de recherche à l'intérieur du pare-feu de chaque entreprise et de chaque administration publique dans le monde.
Taki Sarantakis : De manière à ce qu'ils puissent trouver leurs renseignements, les trier et les utiliser pour leurs applications d'affaires et leurs renseignements opérationnels.
Tom Jenkins : Oui, eh bien, c'est correct. Et c'est ainsi que nous avons fini par écrire un livre sur le sujet, intitulé « Enterprise Content Management », qui a donné son nom à ce secteur [la gestion du contenu d'entreprise], aujourd'hui une industrie multinationale se chiffrant à plusieurs, plusieurs milliards de dollars. Et c'est tout à fait exact. Nous avons commencé à aider les gens à trouver les aiguilles dans leur propre botte de foin, plutôt que dans celle de tout le monde.
Ce que nous ignorions à l'époque (et que nous savons aujourd'hui), mais que nous ne savions pas alors, c'est que beaucoup de gens seraient très surpris d'apprendre que, qu'il s'agisse de Google, de Facebook ou de n'importe quelle autre plateforme, on ne parle que 2 % de l'information disponible dans le monde. Nous ne nous étions pas rendu compte que nous étions en train de heurter un iceberg, et que ce que l'on pouvait voir publiquement n'en représentait qu'une infime partie.
[00:12:27 Image superposée du logo de Boeing.]
Tom Jenkins : Saviez-vous que, pendant les 10 premières années d'existence d'Internet, le réseau interne de Boeing était plus vaste que l'Internet public, en raison de tous les manuels techniques de toutes les compagnies aériennes, etc.?
Taki Sarantakis : C'est remarquable. Cela nous donne une idée de l'ampleur du phénomène et de la croissance exponentielle, voire explosive, qu'ont connue tant Internet que les différents intranets.
Bon, quand vous dites « nous », vous faites référence à OpenText, une entreprise à laquelle vous êtes lié depuis, je crois, trois décennies. Si je me souviens bien, OpenText a vu le jour sous la forme d'un projet à l'Université de Waterloo.
Tom Jenkins : Oui, oui.
Taki Sarantakis : Parlez-nous de cela.
[00:13:14 Image superposée des volumes 3-9 du Oxford English Dictionary.]
Tom Jenkins : C'est donc à l'Université de Waterloo qu'elle a vu le jour. En gros, il s'agissait de numériser l'Oxford English Dictionary. Et l'Oxford English Dictionary était un ouvrage gigantesque de 640 mégaoctets, qui remplissait des dizaines de volumes sur une étagère, et personne ne savait comment y effectuer une recherche numérique. Et nous avons donc, à l'Université, mis au point un algorithme capable de trouver l'aiguille dans cette botte de foin, ce qui a conduit à la création d'OpenText. Il s'agissait donc d'une entreprise dérivée.
Taki Sarantakis : Et vous l'avez numérisé? Avez-vous pris des photos de l'Oxford English Dictionary en version papier?
Tom Jenkins : Oui, nous l'avons fait. En fait, ce que nous avons fait, c'est qu'à l'époque, la reconnaissance optique de caractères en était encore à ses balbutiements : les machines commençaient tout juste à être capables de distinguer un mot, une lettre. C'est ainsi que, dès le début, nous avons pu numériser tous ces renseignements, et c'est d'ailleurs comme cela que j'ai commencé chez OpenText, car je travaillais auparavant dans une autre jeune entreprise issue de l'Université de Waterloo, appelée DALSA.
Et DALSA fabriquait des numériseurs, et on numérisait tellement de choses qu'on ne les retrouvait plus. C'est là que j'ai compris que les professeur·es qui avaient mis au point l'algorithme d'OpenText étaient sur la piste de quelque chose de bien, bien plus profond.
Taki Sarantakis : Maintenant, votre lien avec OpenText dure, je pense, depuis trois décennies. Vous avez pris cette entreprise, qui a vu le jour à Waterloo en tant que dérivé d'un projet universitaire, et vous en avez fait l'un des champions canadiens à l'échelle mondiale.
[00:15:05 Image superposée d'une photo de groupe de collègues d'OpenText.
Texte à l'écran : OpenText est la première entreprise à procéder à l'ouverture officielle du NASDAQ au Canada, en présence du ministre Champagne, au Centre national des Arts à Ottawa, le 3 février 2023.]
Taki Sarantakis : Pouvez-vous nous expliquer un peu ce que signifie être un champion canadien à l'échelle mondiale, par opposition à un simple champion à l'échelle mondiale?
Tom Jenkins : Eh bien, c'est vrai que nous avons commencé au-dessus d'un Dairy Queen à Waterloo, juste en bas de l'Université, et nous étions 6; c'était il y a 35 ans. OpenText s'apprête donc à fêter ses 35 ans dans quelques mois, et le parcours a été remarquable. Qu'il s'agisse d'une entreprise canadienne ou non, très peu d'entreprises aujourd'hui (OpenText affiche un chiffre d'affaires d'environ 7,5 milliards de dollars et emploie quelque 22 500 personnes) donc, qu'elle soit canadienne ou non, c'est un parcours remarquable.
Mais c'était formidable en tant que Canadien, car 98 % de l'ensemble des activités et du chiffre d'affaires d'OpenText proviennent de l'extérieur du Canada, et plus de 50 % proviennent de l'extérieur de l'Amérique du Nord. J'ai donc eu le privilège, en tant que Canadien, de parcourir le monde pour présenter différentes technologies à diverses organisations. Et cela a été une expérience spectaculaire.
Taki Sarantakis : Aujourd'hui, c'est vous qui êtes devenu un champion canadien. Si on pense aux Olympiques, vous êtes vous-même un porte-drapeau. Racontez-nous comment vous avez commencé à vous intéresser à ce domaine, car vous avez toujours manifesté un amour profond et un engagement marqué pour les politiques publiques, notamment les politiques publiques canadiennes, ce qui ne semble pas être courant au sein de la classe des entrepreneurs au Canada.
Tom Jenkins : Les membres du monde des affaires participent bel et bien. C'est juste très difficile, quand on est très occupé. En fait, dans mon cas, j'ai commencé très jeune et, après avoir occupé le poste de directeur général pendant 20 ans, alors que la durée moyenne du mandat d'un directeur général au NASDAQ est d'environ 36 mois. Donc, au bout de 20 ans, j'avais en quelque sorte envie de faire autre chose. Et comme j'avais été dans l'armée, puis dans la force aérienne, et que j'avais toujours eu à cœur d'agir pour le bien commun, cela m'est venu tout naturellement.
[00:17:15 Image superposée de Kevin Lynch.]
Tom Jenkins : Kevin Lynch, l'un de nos grands greffiers et fonctionnaires, a en quelque sorte appris à me connaître parce qu'il faisait partie de ces fonctionnaires qui estimaient qu'il fallait sortir d'Ottawa.
[00:17:31 Images superposées de John Manly, Jim Flaherty et Stephen Harper.]
Tom Jenkins : C'est ainsi que j'ai fait sa connaissance et celle John Manley, alors ministre de l'Industrie, et que j'ai commencé à travailler avec eux. Ensuite, Jim Flaherty, notre ministre des Finances, et Stephen Harper, qui était alors premier ministre, m'ont demandé de commencer à siéger dans des commissions. Et j'ai eu l'occasion merveilleuse de travailler avec Red Wilson. Et Red Wilson vient de nous quitter cette année. Richard Dicerni et lui ont été des mentors merveilleux, vraiment merveilleux.
Taki Sarantakis : Donc, ce pour quoi vous êtes surtout connu dans le domaine des politiques publiques, c'est un mot-clé, et ce mot-clé, c'est « innovation ». Et cela semble nous empoisonner la vie, en tant que Canadien·nes. Je sais que je travaille dans la fonction publique depuis 29 ans. S'il y a bien un mot qui a été une constante tout au long de cette période, c'est celui d'« innovation ».
Dites-nous un peu, de votre point de vue, ce que vous estimez que nous avons bien compris en matière de politiques publiques par rapport à l'innovation, et ce que vous pensez que nous ne comprenons pas aussi bien dans ce domaine.
Tom Jenkins : Oui, cela fait partie de notre débat sur les politiques publiques depuis près de 30 ans. Pour le Canada, ce problème est en partie d'ordre structurel. Le Canada, comme Richard Dicerni me le disait toujours, repose en réalité sur deux moteurs. À cette époque, l'industrie manufacturière constituait le moteur de l'économie à l'est, tandis que les ressources naturelles étaient le moteur de l'économie à l'ouest.
Cela place un pays face à un dilemme, car la plupart des pays qui disposent de ces deux moteurs (et il y en a plusieurs avec lesquels on peut les comparer; l'Australie est un exemple), lorsque vous bénéficiez de richesses et d'atouts aussi considérables, que vous avez la chance de disposer de ces ressources, vous avez tendance à ne pas avoir à fournir autant d'efforts, disons, dans d'autres secteurs de votre économie. Bien sûr, c'est une pratique dangereuse, et au fil des ans, divers gouvernements ont fait de leur mieux pour y mettre un terme.
Si l'on analyse cela du point de vue des politiques et que l'on s'intéresse plus particulièrement à la productivité, disons, de nos intervenant·es à l'international, qu'il s'agisse d'OpenText ou de Linamar, nous sommes aussi bons que n'importe qui dans le monde, car, par définition, nous ne survivrions pas si ce n'était pas le cas. Donc, quand on examine la situation de près et qu'on l'isole… mais il y a une autre sorte d'artéfact, si l'on peut dire, car nous sommes liés à la plus grande économie du monde, située au sud de notre frontière.
Cela nous a amenés à créer des secteurs protégés. Chaque fois que vous créez un secteur protégé, notamment pour préserver votre souveraineté et votre identité nationale, cela limite la concurrence, ce qui freine à son tour l'innovation. Il s'agit donc d'une histoire un peu compliquée. C'est en quelque sorte un tabouret à trois pattes, si vous voulez. Nous disposons de ressources naturelles, nous avons un secteur manufacturier, mais nous avons aussi des industries que, conformément aux politiques publiques et à la volonté de toute la population canadienne, nous devons préserver en tant qu'industries souveraines.
Taki Sarantakis : Peut-on affirmer que le fait d'être voisin de ce vaste marché économique, de disposer d'importantes ressources naturelles et de voir plusieurs secteurs clés de notre économie, tels que les télécommunications et le secteur bancaire, bénéficier d'une protection a eu une incidence sur ces industries? Peut-on dire que nous sommes peut-être un peu plus complaisant·es que nous ne le serions autrement?
Tom Jenkins : Je pense que si vous discutiez avec un·e entrepreneur·e, ou un homme ou une femme d'affaires, aucun d'entre eux ne se considérerait qu'il ou elle reposant sur ses lauriers, car ils doivent affronter la concurrence. Pourtant, à grande échelle, on serait amené à tirer une telle conclusion. Mais si vous vous adressez à une personne qui travaille d'arrache-pied au sein d'une organisation, quelle qu'elle soit, je peux vous assurer qu'elle ne semble pas se reposer sur ses lauriers. Mais c'est sans aucun doute un témoignage de la générosité dont font preuve les Canadien·nes. Nous sommes un des pays les plus comblés dans le monde.
Taki Sarantakis : Bon, passons un peu à la suite : vous avez évoqué la souveraineté, un sujet qui est soudainement sur toutes les lèvres au Canada et dans d'autres pays du monde. À certains égards, nous sortons de l'ère de la mondialisation. Nous ralentissons dans l'ère de la mondialisation. Notre premier ministre a qualifié cela de rupture avec les anciennes relations. L'un des sujets dont vous et d'autres parlez beaucoup en ce moment, c'est l'IA souveraine. Expliquez-nous pourquoi nous devrions nous intéresser à l'IA souveraine. Commencez par nous expliquer de quoi il s'agit, puis dites-nous pourquoi cela devrait nous intéresser.
Tom Jenkins : Eh bien, je pense que, d'un point de vue global, on passe réellement du néolibéralisme au néoroyalisme, pour reprendre les termes de l'édition du mois dernier de « Foreign Affairs Magazine ». Il faut donc considérer cela comme une étape évolutive pour le monde, car nous vivons dans un monde multipolaire. Nous n'avons plus affaire à une seule superpuissance. Il faut donc commencer par envisager les choses sous cet angle. Et puis, deuxièmement, il faut vraiment faire preuve de reconnaissance pour le fait que nous avons un allié fantastique à nos côtés. Les Américain·es ne posent pas de problème. Ils constituent un avantage formidable pour nous.
Cela dit, nous sommes des alliés, pas une colonie. Et, quand on examine les alliances au fil du siècle, en particulier au cours du siècle dernier, on constate que des alliés solides sont très bénéfiques pour les États-Unis, pour la Grande-Bretagne, pour la France, etc. Donc, il n'y a aucun doute ici. Alors, si l'on part du principe que nous sommes un allié des États-Unis, cela signifie que nous devrions également être souverains. Et que nous devrions choisir de faire partie d'une alliance avec eux. Cela nous amène donc à une définition plus nuancée de la souveraineté, car nous souhaitons, bien sûr, partager notre sécurité avec les Américain·es. Nous n'avons donc pas besoin d'y exercer notre souveraineté. Ce serait stupide. Ce n'est pas dans notre intérêt.
[00:24:17 Image superposée d'un centre de données.
Texte à l'écran : Un centre de données à très grande échelle est une entreprise qui exploite de vastes réseaux de centres de données afin de fournir de l'infonuagique, du stockage, des services d'IA, et d'infrastructure numérique à des millions d'utilisateurs et d'utilisatrices, et d'organisations.]
Tom Jenkins : Donc, par exemple, si l'on veut entrer dans les détails techniques, je pense que les centres de données à très grande échelle américains sont absolument essentiels à notre productivité, et que nous devrions être très reconnaissant·es de pouvoir compter sur Microsoft, Google ou AWS. C'est une merveilleuse chose.
Cependant, nous devons également préserver notre identité nationale. Et cela nous oblige donc à adopter une approche hybride, dans laquelle 90 % (je vais juste inventer ce chiffre, disons 90 %) de nos activités devraient être réalisées chez un centre de données à très grande échelle, mais 10 % devraient l'être à l'interne.
Taki Sarantakis : Et vous avez parlé de 10 % (prenons ce chiffre à titre d'exemple) quels types d'éléments entreraient dans ce pourcentage de 10 %?
Tom Jenkins : Les renseignements financiers d'une personne physique ou morale; son état de santé; ses préférences personnelles; ses droits civils. Ces documents sont conservés par le Parlement du Canada. Ce sont là des domaines qui devraient relever de notre souveraineté.
Mais quand il s'agit de choisir un téléviseur à acheter ou quelque chose de ce genre, nous devrions aller sur Amazon. Il faudrait trouver un équilibre. Un peu comme ce dont nous parlions tout à l'heure, à savoir que les générations précédentes avaient réussi à s'imposer grâce aux industries protégées. Les générations qui nous ont précédées savaient que les télécommunications et le secteur bancaire devaient être protégés pour préserver la souveraineté. Ce dont nous parlions tout à l'heure, ce « tabouret à trois pattes », nous ne faisons que le transposer à l'ère de l'IA.
Taki Sarantakis : Donc, si je vous comprends bien (et n'hésitez pas à me corriger si ce n'est pas le cas), je crois que vous faites une distinction entre un type de données, appelons-le une « marchandise », pour laquelle la concurrence devrait se jouer, comme pour toutes les marchandises, en fonction du prix et de l'efficacité. Franchement, il m'est égal de savoir où je me procure le sel pour déneiger mon allée. Je tiens vraiment à ce que ce soit aussi accessible et aussi économique que possible. Et puis, d'un autre côté, il y a quelque chose qui compte vraiment pour nous, en tant que Canadien·nes, quelque chose de sensible, quelque chose qui nous définit en tant que personnes vivant en Ontario, au Québec, etc. N'est-ce pas?
Tom Jenkins : Oh, vous l'avez. Et en effet, cela fait déjà plusieurs décennies que nous disposons d'une solide tradition dans nos lois en la matière. Au Canada, nous disposons donc d'une loi appelée « LPRPDE » (Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques). En Europe, il existe des dispositions législatives connues sous le nom de « RGPD » (Règlement général sur la protection des données), etc. Les Américain·es ont la même chose. Ils ont l'« USDR » (US Digital Response).
Donc, tous les pays l'ont. Ce phénomène n'est pas propre au Canada. Mais ce qui est unique, c'est la manière dont les pays abordent l'IA. Et l'IA constitue un moyen bien plus puissant d'interagir avec ces données. Je pense donc que nous constaterons, partout dans le monde, et pas seulement au Canada, que les lois internationales se contenteront de récupérer les données pour les intégrer à l'IA, car c'est là que réside la source de connaissances d'une IA.
Taki Sarantakis : On vous connaît depuis longtemps comme quelqu'un qui œuvre pour rapprocher le Canada et l'Allemagne. Parlez-nous-en un peu.
Tom Jenkins : OpenText entretient depuis près de 30 ans un partenariat particulier, dans le domaine du partage des données et des renseignements, avec la société allemande SAP, située à Waldorf, en Allemagne.
[00:27:56 Image superposée du siège social de SAP.]
Tom Jenkins : Nous entretenons depuis des décennies l'un des partenariats les plus anciens du secteur technologique; nous travaillons donc en étroite collaboration et entretenons d'excellentes relations. En fait, j'ai consacré beaucoup de temps à des questions politiques au sein d'une organisation appelée « Atlantik-Brücke ».
[00:28:22 Image superposée de Tom Jenkins et Friedrich Merz.]
Tom Jenkins : Mon coprésident, Friedrich Merz, est désormais chancelier de l'Allemagne; il a donc dépassé toutes les attentes, tandis que moi, malheureusement, je ne suis pas allé plus loin.
[00:28:32 Image superposée d'Angela Merkel, de Tom Jenkins et de Stephen Harper.]
Tom Jenkins : Mais le « Brücke » est, disons, un lieu de rencontre entre les politiques canadiennes et allemandes depuis des décennies déjà.
Taki Sarantakis : À présent que nous arrivons à la fin, parlez-nous un peu de ce que vous entrevoyez pour l'avenir, alors que nous sommes en 2026. Pour beaucoup d'entre nous, le monde semble morne. Nous voyons au moins trois guerres. Nous voyons du protectionnisme, nous voyons des tarifs douaniers, nous voyons des sanctions économiques, nous voyons beaucoup de choses qui, à première vue du moins, ne sont pas vraiment positives. Dites-nous un peu ce que vous voyez, alors que nous sommes en avril 2026.
Tom Jenkins : Je suis un optimiste. J'ai été un entrepreneur toute ma vie. J'ai toujours été un optimiste. Je vois, à l'échelle mondiale, un défi colossal pour l'humanité. Nous tous et toutes, en tant qu'êtres humains, devons accepter le fait que des machines plus rapides et plus intelligentes que nous sont en train d'apparaître. Cela ne les rend pas plus sages. Cela ne les rend pas plus créatives, mais nous devons redéfinir notre rôle dans une société où ces machines sont à nos côtés.
Et nous avons toujours su nous réinventer. Les êtres humains sont capables de s'adapter, mais ce sera le plus grand défi d'adaptation qu'ils aient jamais eu à relever. Et les scientifiques et les chercheur·es débattent pour savoir si nous serons capables d'y parvenir, mais je reste optimiste. Je pense que nous y parviendrons.
À l'échelle canadienne, je pense que les Canadien·nes ont été mis au défi de se redéfinir, mais ils l'ont fait tout au long de leur histoire, et je pense qu'ils sauront relever ce défi.
[00:30:34 Images superposées de Tom Jenkins avec Stephen Harper et Mark Carney.]
Taki Sarantakis : Donc, vous avez donc travaillé avec des premiers ministres. Vous parlez avec des premiers ministres. Si vous deviez à nouveau vous entretenir avec des premiers ministres (je ne dis pas que ce n'est pas le cas, mais si vous deviez à nouveau vous entretenir avec eux), compte tenu de votre attachement à la souveraineté canadienne et à l'innovation canadienne, que leur diriez-vous au sujet de ce nouveau monde?
Tom Jenkins : En fait, si vous me le permettez, j'aime vraiment discuter avec les sous-ministres. Comme vous le savez, j'ai toujours voulu devenir sous-ministre tout au long de ma carrière. C'est ironique, pour un directeur général.
Taki Sarantakis : Vous voulez faire un échange? Je suis un sous-ministre.
Tom Jenkins : Absolument. J'aimerais beaucoup. J'adorerais passer un an dans votre univers, car les sous-ministres doivent se conformer aux souhaits du premier ministre, et les réaliser. C'est très compliqué, car il faut tenir compte des aspects économiques, et pas seulement des aspects politiques. C'est une énigme complexe. Et c'est pourquoi j'ai toujours apprécié cela.
Mais en ce qui concerne un premier ministre (et je pense que nous avons actuellement un excellent premier ministre), je crois que celui-ci saisit bien la complexité des choses, tant à 50 000 pieds qu'à 5 pouces du sol. Ce n'est pas facile de pouvoir zoomer et dézoomer. Je n'ai vraiment aucun conseil à donner à ce premier ministre. Je pense que ce premier ministre a tout compris. La question est : le reste du pays pourra-t-il suivre le rythme?
Taki Sarantakis : Bon, terminons là-dessus. La plupart des personnes qui nous regardent sont des fonctionnaires. Si vous êtes trop modeste pour donner des conseils au premier ministre, donnez-en au moins quelques-uns au reste d'entre nous, à ceux qui travaillent pour lui et au sein de la fonction publique du Canada.
Tom Jenkins : Les sous-ministres, les sous-ministres adjoint·es, ils occupent des postes de niveau EX pour diriger. Alors, dirigez. C'est la raison pour laquelle ils aspirent à le faire. Le ou la sous-ministre, les sous-ministres, ils sont là pour diriger. Dans le monde des affaires, on dit : « Ayez toujours votre CV à portée de main, dites la vérité aux puissant·es, et faites ce qui est juste. » Et c'est facile à dire, mais difficile à faire; pourtant, pour les sous-ministres, c'est justement leur rôle. Leur rôle est de diriger, de dire la vérité au ou à la ministre, et de prendre des risques. Le principal défi auquel est confronté ce service est de surmonter l'aversion au risque. Et cela exige du leadership.
Et je peux vous dire que, dans le secteur privé, nous devons le faire tous les jours. Il faut trouver un juste équilibre entre le risque et le rendement.
Taki Sarantakis : Paul Thomas Jenkins, d'OpenText, entrepreneur dans le domaine des politiques publiques, aspirant sous-ministre, Compagnon de l'Ordre du Canada, merci beaucoup de nous avoir consacré un peu de votre temps aujourd'hui.
Tom Jenkins : Merci.
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[00:33:56 Le mot-symbole du gouvernement du Canada s'affiche à l'écran.]